Pourquoi les Olim de France doivent entrer en politique

En octobre dernier, l’ancien ministre Dani Danon, un des piliers de l’aile dure du Likoud, a pris ses fonctions au poste prestigieux d’ambassadeur d’Israel à l’ONU. A priori un choix étonnant: Danon n’est pas un diplomate professionnel, il ne brille pas par sa qualités oratoires en anglais ni par un charisme débordant. Il est surtout connu pour ses positions politiques et son opposition à la création d’un Etat palestinien.

Tout le monde s’interroge: faut-il y voir le signe d’un durcissement de la politique israélienne ? Un message envoyé à Obama et à la communauté internationale ?

C’est oublier qu’Israel n’a pas de politique extérieure, juste une politique intérieure. La seule raison pour laquelle Netanyahou a envoyé Danon à l’ONU c’est pour se débarrasser de lui au gouvernement et surtout libérer le poste clé de président du comité central du Likoud détenu par Danon (ainsi que celui de président du Likoud mondial). De ce poste, Danon pouvait faire voter par le comité centrale des résolutions et des décisions qui risquaient d’embarrasser Netanyahou et ce dernier était contraint de consacrer un temps non négligeable à gérer ses relations avec les puissantes factions qui composent le parti. Il n’y a donc aucun message et aucune inflexion de la politique israélienne. C’est juste de la politique politicienne.

Et si c’est valable pour la représentation d’Israel face aux Nations, c’est encore plus vrai pour la vie quotidienne des citoyens. La plupart d’entre nous ignorent la cuisine interne des partis, pensant que ça n’a pas vraiment d’importance. Nous avons tort. Qui ne connait pas le fonctionnement interne des grands partis, et du Likoud en particulier, ne peut pas comprendre pourquoi la Knesset prend parfois des mesures qui défient toute explication rationnelle, pourquoi les députés font des déclarations ridicules, et pourquoi l’intérêt général semble le cadet des soucis de nos élus.

Prenons un exemple simple, celui des primaires du Likoud. Petite précision: je suis membre du comité central du Likoud. Ce parti, comme le parti travailliste et le Foyer juif, élit ses députés dans un système de primaires internes ouvertes aux adhérents. Dans le cas du Likoud il faut être membre depuis au moins 16 mois. Les députés du Likoud  actuellement à la Knesset ont été élus lors des primaires organisées le 31 décembre 2014. La liste qui a été choisie lors de ces primaires se décomposait en deux grandes parties: les candidats élus sur la liste « nationale », où votaient tous les adhérents ; et les candidats élus sur un « créneau réservé », généralement local et élus par les adhérents de la région concernée. Il y avait aussi des places réservées pour les femmes, les nouveaux immigrants, et pour des choix personnels de Netanyahou.

Remarquez que le comité central a récemment fait changer le fonctionnement des primaires et la prochaine fois, c’est lui seul et ses 3,700 membres qui choisira les candidats sur les « créneaux réservés » locaux (le candidat de Jérusalem, de Tel Aviv, etc…). Les adhérents continueront à choisir la liste nationale, les femmes, le représentant des jeunes et des nouveaux immigrants.

En 2013, le Likoud s’était présenté sur une liste commune avec Israel Beitenu et cette liste avait obtenu 31 sièges dont 20 pour le Likoud et 11 pour le parti d’Avigdor Lieberman. A la fin de la législature, pour différentes raisons techniques et suite à quelques départs, le Likoud n’avait plus que 18 députés. Comme il obtenu 30 sièges en 2015, 11 nouveaux élus sont entrés à la Knesset pour la première fois (plus un qui avait déjà été élu dans le passé), puis 12 avec le départ de Dani Danon et peut-être bientôt 13 avec l’application de la « mini-loi norvégienne » qui fera démissionner un ministre de la Knesset.

Or, les règles internes du Likoud stipulent qu’une personne ayant déjà été élue député à la Knesset précédente est obligée de se présenter sur la liste nationale et pas sur les créneaux réservés. Ce qui signifie qu’à moins que le Likoud n’obtienne un score particulièrement élevé la prochaine fois, il va y avoir beaucoup de victimes et de nombreux députés ne seront pas réélus. Car ils seront une trentaine à se présenter pour une vingtaine de places réalistes (la liste nationale reprend généralement à partir de la 35ème place et il semble peu probable que le Likoud obtienne autant de sièges). Et encore, car tous ne sont pas égaux, il est bien évidemment que les dirigeants les plus puissants et les plus connus sont assurés de repasser sans problème (pour la plupart). Il y a donc en fait 5 places pour 15 personnes. Sans compter d’éventuelles célébrités médiatiques qui pourraient se joindre à la course et jouiraient d’un avantage certain sur les députés les plus anonymes (un ancien présentateur télé est déjà sur les rangs).

En conséquence, les députés et surtout les nouveaux moins connus, font tout ce qu’ils peuvent pour faire parler d’eux, sachant que les électeurs de primaires tendent à voter pour ceux qu’ils connaissent. Ce qui implique des propositions de loi fantaisistes et populistes, des scandales, des menaces contre Netanyahou pour se donner un statut de leader et mettre la coalition en danger avec des demandes ridicules etc… Parfois ces propositions de lois absurdes arrivent à passer (rarement heureusement) ou bien le premier ministre est obligé de consacrer du temps et de l’énergie à régler des mini-crises artificielles plutôt que de s’occuper du pays.

C’est valable pour tous les partis qui organisent des primaires. Mais cela ne signifie pas que le système dictatorial qui existe dans les autres partis soit meilleur, il produit des députés dont le seul objectif est de plaire au chef et de répondre à tous ses caprices, et qui n’ont ni personnalité ni impact réel et surtout qui n’ont pas de contact direct avec leur électorat. La démocratie a un prix.

Alors que faire ? Ignorez la politique interne des partis à vos risques et périls. L’action la plus simple et la plus efficace est tout simplement d’adhérer à un parti qui organise des primaires et d’influencer directement la composition de la liste en votant pour les gens qui vous semblent aptes à vous représenter à la Knesset. C’est exactement ce que de nombreux groupes de pression ont compris et appliquent à la lettre. Ils font adhérer des centaines voire des milliers de gens de façon concentrée pour ensuite peser sur les primaires et faire élire « leurs » hommes ou pousser les députés à adopter des politiques qui les satisfont. Le groupe le plus connu est celui des membres du syndicats de l’industrie aéronautique qui a fait entrer 10,000 personnes au Likoud et dont le représentant, Haim Katz, aujourd’hui ministre des affaires sociales, joue un rôle déterminant dans la composition de la liste à la Knesset. L’autre groupe qui a beaucoup fait parler de lui fut celui de l’ancien député Moshe Feiglin, à l’origine créé comme une cinquième colonne nationale-religieuse-messianique, mais qui a évolué vers des positions plus proches du libertarianisme avec le temps. Feiglin a quitté le Likoud mais ses adhérents sont restés pour la plupart. On peut citer aussi les « nouveaux Likoudnikim », un groupe de militants de centre-gauche qui voulaient contrer l’influence de Feiglin au sein du Likoud.

Les adhérents isolés n’ont aucun poids, leur vote se perd dans la masse. La seule façon de changer les choses est de s’organiser soit même en groupe et de s’allier avec d’autres groupes aux idées proches afin d’établir une liste de candidats solides qui sera à même de représenter les valeurs que nous voulons défendre.

La seule façon de faire en sorte que les députés prennent enfin l’aliyah de France au sérieux, c’est de créer un groupe important et uni d’adhérents originaires de France. Tout le monde aime l’aliyah de France, tout le monde est prêt en principe à l’aider, à faire disparaitre les barrières administratives, les absurdités bureaucratiques, à trouver des solutions pour les familles, à améliorer l’intégration. Mais quand il faut réellement faire avancer les choses, quand il faut se battre contre les fonctionnaires, contre les lobbies de médecins, contre la sécurité sociale, contre la réticence des mairies et des autorités locales, il n’y a plus grand monde parce qu’il n’y a pas vraiment d’intérêt pour le député à mener un combat qui ne lui rapportera rien.

Or le député est intéressé avant tout par une chose: être réélu. Et dans les partis à primaires, il y a parfois à peine quelques dizaines de voix entre la réélection et le retour à l’anonymat de citoyen lambda. C’est ici qu’un groupe important d’olim de France prend tout son poids et devient un véritable démultiplicateur de pouvoir. Car chaque voix compte pour les prochaines élections, et chaque député voudra se retrouver sur la liste conseillée par le groupe à ses membres. Et pour s’y retrouver ils devront être jugés sur pièce.

Ce groupe est en train de se former. Rejoignez-le. Adhérer ne coute pas cher, n’engage à rien à part venir voter aux primaires et peut changer beaucoup. Si vous souhaitez adhérer au Likoud, faites-le ici sur ce site en français. Vous pouvez aussi rejoindre notre page Facebook. Cela coûte 64 shekels par an et 96 pour un couple. Il faut être adhérent 16 mois pour pouvoir voter. Aussi il est impératif de se presser. Pour le parti travailliste, je peux aussi vous mettre en contact avec des gens de ce parti. Il est important de préciser qu’il est interdit par la loi d’être adhérent à deux partis politiques.

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