Mohammed a-t-il existé ?

La naissance de l’islamisme est, sous ce rapport, un fait unique et véritablement inappréciable. L’islamisme a été la dernière création religieuse de l’humanité et, à beaucoup d’égards, la moins originale. Au lieu de ce mystère sous lequel les autres religions enveloppent leurs origines, celle-ci naît en pleine histoire ; ses racines sont à fleur de sol. La vie de son fondateur nous est aussi bien connue que celle de tel réformateur du xvie siècle. Nous pouvons suivre année par année les fluctuations de sa pensée, ses contradictions, ses faiblesses.

Ernest Renan, Mahomet et les origines de l’islamisme, 1851

Lorsque j’ai entendu poser pour la première fois la question de l’existence réelle ou non de Mohammed, le prophète de l’Islam, cette citation est la première chose qui me soit venue à l’esprit. Contrairement à la question de l’historicité de Jesus, que j’ai déjà abordé, les faits concernant Mohammed semblent clairs et connus. Nés en 570 à la Mecque, Mohammed se révèle comme prophète en 610 à l’âge de 40 ans, et ses prèches forment la base du Coran. Il crée une nouvelle religion qui unifie toute la péninsule arabique, et après sa mort en 632 ses successeurs envahissent et conquièrent en peu de temps un gigantesque empire qui va de l’Atlantique à l’Inde, écrasant au passage les deux grands empires qui se partageaient depuis des siècles l’ancien monde, la Perse et l’Empire Romain oriental (appelé « byzantin » par les historiens du 19ème siècle).

C’est du moins la version consensuelle de l’histoire qui a l’étrange particularité de ressembler assez fortement à ce que dit la religion musulmane elle-même. C’est que le travail critique et scientifique qui a été lancé depuis le 18ème siècle au sujet de la Bible hébraique et du Nouveau Testament a à peine été ébauché concernant l’Islam. Très peu de chercheurs et d’historiens ont abordé le Coran et l’histoire musulmane avec les mêmes outils critiques utilisés pour analyser les autres religions. Il y a deux raisons principales: la première est que l’islam est une religion et une culture non-occidentale ce qui induit un rapport différent. Les premiers à s’intéresser à l’islam étaient souvent des amoureux de cette culture qui cherchaient à la promouvoir en occident, ils n’étaient donc pas en état d’apporter une vision critique. Ces dernières décennies, surtout suite aux écrits d’Edward Said sur l’orientalisme, c’est un sentiment de culpabilité envers la façon dont les peuples musulmans ont été traités par l’impérialisme européo-américain qui a guidé les chercheurs. On ne critique pas les « victimes », uniquement les oppresseurs.

La deuxième raison, c’est tout simplement la peur. D’abord la peur d’être ostracisé dans son milieu social progressiste et de passer pour un horrible réactionnaire islamophobe si on ose ne pas faire l’éloge de la perfection de la religion de paix et de tolérance. Et avant tout, la peur de se faire assassiner par un islamiste. C’est d’ailleurs très précisément le genre de menaces subies par les rares experts qui ont écrits de façon critique sur l’Islam, au point que certains écrivent sous pseudonymes.

En conséquence, depuis 200 ans, assez peu d’experts (historiens, archéologues, linguistes etc…) ont tenté d’approcher l’Islam et son texte fondateur, le Coran, avec un oeil critique et scientifique et la recherche dans le domaine laisse à désirer. Néanmoins le terrain n’est pas complètement vierge et plusieurs ouvrages, notamment ces dernières années, ont apporté une contribution fascinante, en particulier: « The Syro-Aramaic reading of the Koran« , de « Christoph Luxenberg » (un pseudonyme) (2009) qui a révélé que les fameuses « 72 vierges » qui attendent les martyrs au paradis seraient en fait des grappes de raisin ; « Crossroads to Islam« , de Yehuda Nevo et Judith Koren (2003), une analyse pointue des évidences archéologiques du 7ème siècle qui met en doute l’existence du personnage de Mohammed tel que présenté dans le Coran ; et enfin « Did Muhammad Exist« , de Robert Spencer (2012), qui offre une synthèse de la recherche critique scientifique. On remarquera qu’aucun de ces livres n’a été traduit en français, bien qu’ils aient fait grand bruit dans leurs domaines et que certains ont été des best-sellers.

Alors que disent ces chercheurs ? Que le Mohammad décrit dans le Coran n’a certainement jamais existé, même s’il est peut-être basé sur un personnage historique réel dont nous ne savons rien. Le Coran n’a probablement été écrit ou assemblé que plus de 60 ans après la mort officielle de Mohammad en 632, à partir de textes chrétiens en syriaque. Et l’islam lui-même, en tant que religion séparée du christianisme et du judaïsme, ne date sans doute que du début du 8ème siècle, soit un siècle après son apparition selon la version officielle.

Comment est-ce possible ? D’abord, parce qu’il n’existe aucune trace archéologique ou documentaire de l’existence de l’islam et du Coran au 7ème siècle. Le seul fait historique c’est la conquête arabe, qui commence ver 622 (date de l’Hégire qui dans la tradition musulmane marque le passage de la Mecque à Médine mais reflète sans doute le début de l’expansion arabe). Toutes les batailles et conflits intra-musulmans de la tradition islamique n’ont aucune trace dans l’archéologie. Les textes des commentateurs non-arabes de l’époque parlent des invasions arabes et parfois de l’existence d’un « prophète armé d’une épée » parmi eux (et encore vivant après la date officielle de la mort de Mohammad), mais pas d’une nouvelle religion ou d’un nouveau livre saint qui motive les envahisseurs. Au contraire, la religion apparemment prônée par ces conquérants, appelés de divers noms (comme Hagarites) tout au long du 7ème siècle mais jamais « musulmans », est un monothéisme abrahamique qui rejette essentiellement la divinité de Jesus. Pour le peu qu’on puisse voir, aussi bien par les textes non-arabes qu’arabes et les inscriptions laissées sur les monuments ou les pièces de monnaies émises, ces « hagarites » semblent professer une religion assez proche des sectes chrétiennes et surtout judéo-chrétiennes très présentes en Syrie à l’époque.

Les deux meilleures preuves sont d’abord le Dome du Rocher, à Jérusalem, qui contient plusieurs inscriptions qui ressemblent à des versets du Coran, mais avec quelques différences et dans un ordre très singulier, et qui presque toutes traitent de Jesus et de l’erreur de croire en sa divinité alors qu’il était simplement un prophète. D’ailleurs, il semble qu’ici, comme dans certains passages du Coran, le nom « Mohammad », qui signifie « celui qui est loué », s’applique en fait à Jesus.

Et la deuxième preuve c’est le Coran lui-même. Contrairement à ce que les gens croient en général, le Coran ne relate pas principalement la vie et l’oeuvre de Mohammad. En fait il ne dit rien de sa vie. Le Coran en grande partie répète des histoires bibliques, de façon assez confuse parfois, mélangeant Myriam la soeur de Moise avec Marie la mère de Jesus, ou plaçant Haman, le conseiller du roi de Perse au temps d’Esther, à la cour du Pharaon de l’exode, mille ans auparavant. Or, le Coran est très concerné par la personne de Jesus. Et, si on suit « Luxenberg », il a été originellement écrit en Syriaque (une forme d’Araméen), puis mal traduit en Arabe. C’est d’ailleurs un paradoxe fascinant. On entend souvent les apologistes de l’islam nous expliquer que le Coran est écrit dans l’Arabe le plus pur et le plus parfait. Le Coran lui-même insiste à plusieurs reprise sur ce point, ce qui est pour le moins étrange (la Torah n’insiste pas sur le fait qu’elle est écrite en hébreu, elle n’en parle même pas). Or, mis à part qu’il est rempli de mots étrangers et dont l’origine et le sens sont parfois inconnus, il est surtout très mal écrit et souvent incompréhensible. Il n’insisterait pas sur son caractère arabe s’il n’y avait pas un doute sur la question.

Pour ce qui est de Mohammad lui-même, l’existence d’un prophète arabe, au rôle exact inconnu, et qui aurait pu porter ce surnom est tout à fait possible voire probable, mais nous ne savons strictement rien de lui. La première biographie de Mohammad a été écrite 100 ans après sa mort supposée, à partir de sources dont la fiabilité est proche du néant – les hadiths. Or la tradition musulmane elle-même avoue que la plupart des hadiths sont des faux, inventés pour des raisons politiques et les intérêts de divers partis. La vie de Mohammad telle que relatée répond entièrement à des impératifs théologiques (certaines choses que Mohammad devait faire d’un point de vue théologique pour donner sens à l’islam) et politiques. Mais sur aucun fait réel. Ainsi par exemple, La Mecque n’était pas un centre commercial international important quand Mohammed aurait commencé ses prêches, même pas mineur, or c’est un point essentiel de l’histoire de l’islam dont dépend une grande partie du récit.

Alors que s’est-il réellement passé ? Difficile à dire en l’état actuel des connaissances, notamment sur l’Arabie pré-islamique. Il faut rappeler le rôle qu’a pu jouer le royaume de Himyar – un royaume yéménite qui s’est converti au Judaisme au 5ème siècle avant d’être détruit par les Ethiopiens chrétiens (il est probablement à l’origine et de la communauté juive yéménite et de celle d’Ethiopie). Quoiqu’il en soit, il semble que l’Arabie a été unifiée et que les Arabes (déjà largement installés à travers tout le proche-orient), sous l’influence spirituelle de sectes judéo-chrétiennes (Ebionites) ou simplement chrétiennes, ont profité de l’affaiblissement des deux empires romain et perse qui se faisaient la guerre depuis des siècles, pour remplir le vide laissé.

Vers la fin du 7ème siècle, le Calife Abd Al-Malik, celui qui a construit le Dome du Rocher, a probablement été le premier, pour des raisons purement politiques, a inventé l’idée d’une religion purement arabe, une idée amplifiée de manière spectaculaire sous les Abbassides à partir des années 750 où on voit se multiplier de nouveaux Hadiths et vies du Prophète.

Quand au Coran, il s’agirait à l’origine, comme d’ailleurs son nom l’indique, d’un lectionnaire ou épistolier « un livre liturgique contenant les passages des textes religieux lus à l’occasion des cérémonies religieuses (chrétiennes) » (d’après Wikipedia). Remanié, traduit, il serait devenu le livre saint d’une nouvelle religion. Et on voit à quoi tient l’histoire de l’humanité.

 

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