Netflix n’aime pas les ultra-orthodoxes

En ces jours ou les haredim (ultra-orthodoxes) sont la cible de nombreuses critiques en Israel pour leur non respect des consignes au debut de la crise, Netflix semble ajouter de l’huile sur le feu avec pas moins de deux titres racontant l’histoire de jeunes haredim quittant leur monde ferme, etouffant, yiddishisant et bizarre pour rejoindre le monde moderne germanophone. Car dans les deux cas effectivement, le monde moderne est represente par Zurich et Berlin.

Le premier est une comedie suisse, « L’eveil de Motti Wolkenbruch ». Je ne connais pas la communaute haredit de Zurich, j’ignorais meme qu’elle existait donc je ne sais pas a quel point sa representation est exacte ici. Dans ce film comique, le jeune Motti Wolkenbruch appartient a une communaute haredit assez ouverte, il travaille et etudie l’economie a l’universite, mais parle yiddish a la maison, ce qui est plutot la marque des groupes hassidiques les plus fermes sur eux. Il tombe amoureux d’une « shiksa » (une goya), part en Israel pour trouver une femme et y rencontre des filles faciles, et finalement rompt avec sa famille, mais pas completement. C’est une comedie donc les personnages sont volontairement caricaturaux, le monde haredi n’est cependant pas depeint avec horreur mais plus avec les poncifs ashkenazes classiques (la mere juive en particulier), et le monde exterieur n’est pas idealise. La jeune shiksa n’est pas la femme ideale. A la fin, le jeune Motti n’a pas vraiment decide de son avenir et de ce qu’il va faire.

Le second titre, qui a fait beaucoup plus de bruit, est la mini serie « Un-Orthodox » inspiree vaguement du livre de Deborah Feldman sur sa fuite de la communaute Satmar de New York. Dans cette serie, la jeune Esty quitte un mariage malheureux dans cette communaute oppressante pour aller vivre a Berlin ou habite sa mere qui a elle meme fuit ce milieu 15 ans auparavant. Tout le monde a fait l’eloge de la serie mais je dois avouer avoir ete moins touche. Pas parce que je n’aime pas la critique des Satmar. Je suis un Juif croyant et traditionaliste et je respecte les haredim mais j’ai honnetement du mal a comprendre leur mode de vie. Les hassidim encore plus. Et les Satmar, une secte extremiste et tres antisioniste, encore moins. La serie est divisee en deux, les flashbacks sur la vie d’Esty dans la communaute, bases sur les memoires de Deborah Feldman et assez realistes (meme si parfois Esty, pour les besoins du scenario, semble ignorer des choses que n’importe quel enfant juif meme non haredi connait), et « le present » a Berlin principalement, completement invente. Et ca se voit. C’est une succession de cliches a la limite de la propagande: Esty debarque a Berlin sans rien, meme pas une valise, et est immediatement et sans poser de questions adoptee par un groupe de jeunes musiciens rencontres par hasard – et ca tombe bien , elle reve d’etre musicienne ! Et ces musiciens sont une sorte de pub Benetton vivante, multi ethniques, multi religions, multi sexuels, tolerants, gentils, ouverts, l’inverse de son monde. Le professeur de l’ecole qui accepte immediatement de l’inscrire au concours d’entree sans avoir meme verifie une seconde si elle sait jouer d’un quelconque instrument est un arabe. La seule un peu mechante est d’ailleurs une israelienne. Difficile de prendre ca au serieux. Dans la realite il est peu probable qu’une jeune fille SDF visiblement pas tres normale soit acceptee par quiconque aussi facilement. D’ailleurs dans la realite, Deborah Feldman n’a pas etudiee la musique en secret de sa communaute mais de facon tout a fait officielle, et elle est partie vivre a Berlin de nombreuses annees apres, quand elle etait deja un ecrivain reconnu.

Evidemment le principal probleme reste Berlin. Berlin comme symbole de la delivrance de l’oppression juive c’est quand meme un peu dur a avaler. On se rappelle du debat il y a quelques annees sur « le phenomene » des jeunes israeliens partant vivre a Berlin (en fin de compte, juste quelques milliers, principalement d’extreme gauche), et la serie prend clairement partie. Israel n’est meme pas une option – contrairement a Wolkenbruch qui donne plutot une bonne image du pays – meme si l’antisionisme radical des Satmar est evoque et que faire son alya serait une vraie revolte. C’est surtout ca qui m’a gene.

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