Mois: décembre 2015

Star Wars – La Force se réveille bien mais manque un peu d’originalité

Un avis garanti sans spoilers.

J’aime beaucoup JJ Abrams, surtout le showrunner qui nous a donné deux excellentes saisons d’Alias (vraiment fantastique) et le pilote de Lost. En tant que réalisateur de cinéma, j’ai toujours trouvé qu’il lui manquait quelque chose. A part l’excellent Mission Impossible 3, ses autres films sont techniquement irréprochables, mais pèchent souvent du côté de l’intrigue. Abrams maitrise parfaitement le langage du cinéma, ses codes, sa technique, les relations entre les personnages, la construction d’une histoire – mais il a tendance justement à ne pas prendre l’histoire au sérieux, ne pas se soucier de la cohérence interne de l’intrigue, n’a pas de souci de réalisme. Ce qui compte c’est de susciter les émotions voulues chez le spectateur, et pas de réfléchir.

Star Wars était donc une franchise parfaitement adaptée pour lui. Dans sa version originale, les films sont un mélange entre les pulp serials des années 30 (Flash Gordon en particulier, qui est l’inspiration majeure) et les mythes/légendes classiques. Le Bien contre le Mal, le héros et sa quète, rien de cérébral.

C’est une des raisons majeures pour laquelle les prequels de Georges Lucas avaient été des désastres. Ils essayaient d’introduire des concepts réalistes, politiques, voire économiques dans une série qui était fondamentalement basée sur de simples archétypes mythologiques qui n’avaient jamais eu vocation à être pris littéralement. Cependant, aussi mauvais furent les prequels (et ils étaient très très mauvais), ils avaient au moins essayé de raconter une histoire originale et différente. Ils avaient aussi réussi à donner l’impression d’un monde réellement vaste et peuplé, où tout le monde n’est pas le fils ou la soeur de quelqu’un d’autre.

Le nouveau Star Wars est au contraire un très bon film. Mais qui pèche précisément sur ces points: on retombe dans une galaxie qui semble peuplée par 100 personnes. L’histoire est essentiellement un remake/remix de l’ancienne trilogie. Et elle ne se prend pas vraiment au sérieux. En fait, le film est beaucoup trop « meta » – il a beaucoup trop conscience de lui-même et du fait d’être la suite des films précédents. Lorsque les nouveaux personnages rencontrent les anciens, ils parlent comme s’ils étaient des fans de Star Wars rencontrant les acteurs mythiques de leur jeunesse. Il y a tout le temps des clins d’oeil appuyés aux spectateurs. Des scènes entières sont des copies de scènes des anciens films, des rappels, des références. Comme si le film nous disait tout le temps « vous vous rappelez ce que vous aviez aimé dans Star Wars et que les prequels n’avaient pas su faire ? Et bien moi j’y arrive ». Comme en plus j’étais dans une salle où le public ne cessait d’applaudir chaque fois qu’un ancien personnage faisait son entrée (comme au théâtre), ça avait tendance à me faire sortir du film.

L’intrigue est un remake de l’ancienne trilogie, en particulier de l’épisode 4, avec quelques innovations évidemment. Mais difficile d’être vraiment surpris par ce qui va se passer, surtout quand on utilise le même truc pour la troisième fois. Il y a aussi d’énormes invraisemblances, comme le fait que les personnages sur une planète voient dans le ciel une explosion qui situe dans un autre système solaire, au minimum à des années lumières de là, ce qui est évidemment impossible et donne l’impression qu’on nous prend un peu pour des cons.

Ceci dit, le positif est largement supérieur. Le film réussit en particulier là où les prequels s’étaient complètement vautrés: les personnages. Les nouveaux héros de la série, Rey, Fin, et le méchant Kylo Ren sont fantastiques, charismatiques, et ont ensemble une chimie parfaite et crédible. Kylo Ren est le méchant le plus intéressant jamais présenté dans Star Wars, justement parce qu’il n’a pas exactement le physique du rôle, qu’il est profondément tiraillé, et qu’il défie les attentes.

La réalisation est splendide, les décors, réels pour la plupart, donnent une impression de vécu, pas d’artificiel, on retrouve cette sensation de vétusté, d’univers habité par des gens réels. Le spectacle est impressionnant. Et il faut avouer qu’on rigole beaucoup aussi. J’ai adoré une scène où Ren, découvrant qu’un prisonnier s’est échappé, appelle les gardes, et deux stormtroopers, qui sont dans le couloir, et qui savent que quand il est énervé, Ren a tendance à tout casser et être imprévisible, préfèrent se barrer discrètement. C’était hilarant et ça humanise aussi ces soldats qui ont tendance à ne rien faire d’autre que de se faire tuer par les gentils.

Sur le plan de l’intrigue, même si elle n’est pas originale, elle est parfaitement exécutée et il y a quelques petites surprises. Et la fin donne envie de voir la suite. Ce film est avant tout une réintroduction dans l’univers classique de Star Wars et une manière de faire oublier les prequels. Espérons que les prochains films sauront prendre leur propre voie et nous raconter leur propre histoire.

Mohammed a-t-il existé ?

La naissance de l’islamisme est, sous ce rapport, un fait unique et véritablement inappréciable. L’islamisme a été la dernière création religieuse de l’humanité et, à beaucoup d’égards, la moins originale. Au lieu de ce mystère sous lequel les autres religions enveloppent leurs origines, celle-ci naît en pleine histoire ; ses racines sont à fleur de sol. La vie de son fondateur nous est aussi bien connue que celle de tel réformateur du xvie siècle. Nous pouvons suivre année par année les fluctuations de sa pensée, ses contradictions, ses faiblesses.

Ernest Renan, Mahomet et les origines de l’islamisme, 1851

Lorsque j’ai entendu poser pour la première fois la question de l’existence réelle ou non de Mohammed, le prophète de l’Islam, cette citation est la première chose qui me soit venue à l’esprit. Contrairement à la question de l’historicité de Jesus, que j’ai déjà abordé, les faits concernant Mohammed semblent clairs et connus. Nés en 570 à la Mecque, Mohammed se révèle comme prophète en 610 à l’âge de 40 ans, et ses prèches forment la base du Coran. Il crée une nouvelle religion qui unifie toute la péninsule arabique, et après sa mort en 632 ses successeurs envahissent et conquièrent en peu de temps un gigantesque empire qui va de l’Atlantique à l’Inde, écrasant au passage les deux grands empires qui se partageaient depuis des siècles l’ancien monde, la Perse et l’Empire Romain oriental (appelé « byzantin » par les historiens du 19ème siècle).

C’est du moins la version consensuelle de l’histoire qui a l’étrange particularité de ressembler assez fortement à ce que dit la religion musulmane elle-même. C’est que le travail critique et scientifique qui a été lancé depuis le 18ème siècle au sujet de la Bible hébraique et du Nouveau Testament a à peine été ébauché concernant l’Islam. Très peu de chercheurs et d’historiens ont abordé le Coran et l’histoire musulmane avec les mêmes outils critiques utilisés pour analyser les autres religions. Il y a deux raisons principales: la première est que l’islam est une religion et une culture non-occidentale ce qui induit un rapport différent. Les premiers à s’intéresser à l’islam étaient souvent des amoureux de cette culture qui cherchaient à la promouvoir en occident, ils n’étaient donc pas en état d’apporter une vision critique. Ces dernières décennies, surtout suite aux écrits d’Edward Said sur l’orientalisme, c’est un sentiment de culpabilité envers la façon dont les peuples musulmans ont été traités par l’impérialisme européo-américain qui a guidé les chercheurs. On ne critique pas les « victimes », uniquement les oppresseurs.

Lire la suite