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Jesus II – le retour

Hanoukka est sur le point de commencer et cette année la fête sera couplée à Noël, qui célèbre la naissance de Jésus, et se terminera avec sa circoncision le jour de l’an. Sauf que je me pose une question depuis quelques temps: Jésus a-t-il existé ? J’ai déjà discuté de ce sujet dans deux articles précédents mais j’ai depuis approfondi la question.

Voilà une interrogation apparemment ridicule. L’existence de Jésus est considérée comme établie par la quasi-totalité des historiens et des spécialistes de la question. Comme le rappelait le dossier récent du Point sur lui: « Deux mille ans plus tard, nous disposons à son sujet d’une documentation d’une richesse rare pour un homme de l’Antiquité, et la recherche historiographique qui s’est développée depuis le XVIIIe siècle nous aide à mieux cerner sa biographie et sa personnalité. »

C’est d’ailleurs un des arguments massue souvent utilisé contre ceux qui nient que le messie des chrétiens a existé: nous savons plus de choses sur lui que sur Vercingétorix ou Alexandre le Grand. Et s’il n’a pas existé alors rien ne prouve que ces derniers aussi. Et pourtant personne n’a jamais nié leur existence.

Sauf que – c’est complètement faux. Nous n’avons absolument pas plus, ni même autant, d’informations et de sources historiques de première main sur Alexandre, Vercingétorix ou n’importe quel autre personnage connu de l’Antiquité. Parce que concernant Jésus, nous n’avons strictement rien. Rien du tout. Aucune source hors les Evangiles écrits au minimum 50 ans après sa mort supposée (voire beaucoup plus).

La thèse qui rejette l’existence de Jésus, dite « mythiciste », a été avancée depuis plus de 200 ans sous diverses formes. Elle a connu son plus grand succès au début du 20ème siècle avant d’être, apparemment, réfutée de façon quasi-définitive. Et depuis plusieurs décennies, cette thèse semblait appartenir au même monde que les théories de conspiration ou les théories sur les extra-terrestres qui ont construit les pyramides, celui de la pseudo-science farfelue et paranoïaque, très loin du monde académique. Pourtant elle revient en force ces dernières années, pas seulement portée par des chercheurs autodidactes illuminés mais de plus en plus, par des gens dotés de vrais cursus universitaires. Néanmoins le consensus académique sur le sujet reste favorable à l’idée que Jésus a bien existé, même si nous ne savons pas grand chose de sa vie réelle.

J’ai étudié le sujet sans a priori, lisant de nombreux articles et livres, allant des thèses les plus absurdes (le christianisme est un complot de l’élite romaine) à l’orthodoxie chrétienne. Que Jésus a existé ou non ne change rien à ma vie. S’il a existé il était un prophète illuminé parmi les très nombreux qui encombraient la Judée à l’époque, sauf qu’il aura eu, post-mortem, plus de succès, sans doute par hasard. S’il n’a pas existé, les choses deviennent un peu plus intéressantes parce qu’il faut alors expliquer comment et pourquoi il a été inventé et comment est né le christianisme.

Les deux principaux ouvrages sur lesquels je vais m’appuyer ici sont « Did Jesus Exist » du professeur Bart Ehrman, un des plus grands spécialistes mondiaux de la question, et qui répond par l’affirmative – bien qu’il ne croit pas du tout au Jésus des Evangiles – et « On the Historicity of Jesus » de Richard Carrier, un docteur en histoire et militant athéiste, qui, après l’avoir réfutée est aujourd’hui la figure de proue de la thèse mythiciste. Et je dois dire immédiatement plusieurs choses: d’abord il est absolument impossible en l’état actuel des connaissances de déterminer de façon affirmée qui a raison. Une grande partie des opinions est le résultat de pure spéculation, elle-même colorée par les a priori idéologiques de leurs auteurs. Néanmoins je dois dire d’emblée que la thèse mythiciste minimale développée par Carrier est beaucoup plus convaincante que les arguments assez légers de Ehrman (qui a écrit avant mais répond directement à certains arguments de Carrier avec qui il a eu plusieurs discussions dans les médias).

Comment donc une thèse qui semblait avoir été complètement vaincue il y a un siècle peut-elle ressurgir aujourd’hui ? En fait, la thèse mythiciste n’avait pas été proprement réfutée à l’époque mais seulement certaines versions effectivement peu sérieuses qui ne voyaient de façon simpliste dans le christianisme qu’une religion à mystère paienne et ignoraient complètement les aspects proprement juifs de sa théologie. Dans l’ombre de l’histoire officielle, les mythicistes ont continué à travailler et à avancer leurs propres recherches, et émergent aujourd’hui avec de nouveaux arguments beaucoup plus difficiles à attaquer.

Commençons par le commencement: d’abord pourquoi douter que Jésus a existé ?

Comme je l’ai dit au début, il n’existe aucune source contemporaine de Jésus qui évoque son existence. L’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence, c’est certain. Néanmoins, la Judée de l’époque n’était pas un coin paumé au fin fond de l’Empire romain mais une province qui intéressait de nombreux historiens et commentateurs de l’époque, à commencer par les Juifs, et personne n’a rien écrit sur lui ou son ministère. Nous n’avons pas toutes les sources de l’époque et il est possible que les textes qui auraient parlé de lui n’aient pas été conservés. Sauf que c’est très improbable puisque justement ceux sont les chrétiens de l’antiquité et du moyen-âge qui ont en grande partie décidé ce qui est arrivé jusqu’à nous, et tout ce qui évoquait de près ou de loin Jésus a été gardé. Philon d’Alexandrie, le célèbre philosophe juif qui vivait exactement à la même époque et dont la philosophie est quasi-identique sur de nombreux points à celle des premiers chrétiens, ne dit pas un mot sur lui bien qu’il suivait de près la situation à Jérusalem. Ni Philon, ni personne à l’époque. Donc si Jésus a existé, il était tellement marginal qu’il n’a laissé aucune impression à personne, ce qui contredit complètement l’histoire officielle chrétienne et nécessite d’expliquer ce qui c’est passé autant que s’il n’avait pas existé (voire plus en fait).

Il existe des historiens ultérieurs, vers la fin du premier siècle, qui évoquent Jésus d’une façon plus ou moins directe. Mais soit ils ne font que nous apprendre l’existence de chrétiens et pas de Jésus lui-même, soit il s’agit d’interpolations de scribes chrétiens rajoutées aux textes originaux, par erreur le plus souvent (des commentaires dans la marge insérés plus tard par un autre scribe dans le texte). L’exemple le plus célèbre est celui du « Testimonium Flavianum » – un paragraphe qui se trouve dans les « Antiquités juives » de Flavius Josèphe et que voici:

« En ce temps-là paraît Jésus, un homme sage, si toutefois il faut l’appeler un homme, car ; c’était un faiseur de prodiges, un maître des gens qui recevaient avec joie la vérité. Il entraîna beaucoup de Judéens et aussi beaucoup de Grecs ; Celui-là était le Christ. Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix, ceux qui l’avaient aimé précédemment ne cessèrent pas. Car il leur apparut le troisième jour, vivant à nouveau ; les prophètes divins avaient dit ces choses et dix mille autres merveilles à son sujet. Jusqu’à maintenant encore, le groupe des chrétiens ainsi nommé après lui n’a pas disparu. »

Pas besoin d’être un expert pour comprendre qu’un Juif pieux comme Josèphe n’aurait jamais écrit ce texte, en fait seul un chrétien aurait pu l’écrire. Le consensus des historiens est quasi-total sur le fait que ce paragraphe n’est pas authentique mais il y a débat pour savoir si tout le paragraphe est faux ou seulement une partie. Je ne vais pas entrer dans ce débat mais il prouve à quel point les spécialistes sont parfois tellement pris dans leurs idées qu’ils ne voient plus les choses clairement. Flavius Josèphe a écrit « La Guerre des Juifs » juste après la première guerre judéo-romaine de 67-74. Dans ce livre il revient longuement et en détail sur les décennies qui ont précédé le conflit. Il évoque plusieurs pseudo-messies sauveurs (littéralement « Jesus Christ » en grec) qui ont créé des troubles – aucun n’est le Jésus des Evangiles, bien qu’un s’appelait Jésus (Yoshua) de Jérusalem et son histoire ressemble beaucoup sur certains points à celle de Jésus de Nazareth. Sauf qu’il a fait parlé de lui 30 ans après la mort supposée de ce dernier et quand le christianisme existait déjà (mais pas les Evangiles). 20 ans après, en 93, il a écrit les « Antiquités juives », et c’est là qu’on retrouve ce fameux paragraphe qui n’a aucune logique. Il évoquerait Jésus sans presque rien dire sur lui alors qu’il s’adresse à un public romain, et que ce n’est pas sa méthode, il donne toujours beaucoup de détails. Et ce paragraphe n’a pas de continuité logique avec celui qui le précède ni celui qui le suit. En fait si on l’enlève, tout est beaucoup plus clair et logique. Bref, il n’y a aucun doute que tout ce paragraphe est un faux. D’ailleurs personne n’en avait jamais entendu parlé avant le 4ème siècle, et pourtant des apologistes chrétiens connaissaient et citaient Flavius Josèphe avant, mais pas ce passage. Et malgré tout ça, il y a une (petite) majorité d’experts  aujourd’hui pour penser que ce paragraphe contient un noyau authentique. Cela incite à se demander s’ils sont sérieux.

Donc aucune source non-chrétienne n’a entendu parler de Jésus à l’époque. Ce n’est pas suffisant pour dire qu’il n’a pas existé. Ce qui fait pencher la balance c’est le fait que les premiers textes chrétiens historiques dont nous disposons (essentiellement les Epitres authentiques de Paul et quelques autres, qui datent des années 50), ne parlent pas de Jésus comme d’un être humain réel mais comme d’un personnage cosmique. Dans toutes ces lettres et malgré les interpolations ultérieures reconnues par tout le monde, aucun détail de la vie de Jésus n’est jamais donné, aucune parole prononcée – toutes les citations de Jésus viennent soit de la Septuante (la traduction grecque de la Bible hébraïque), soit de « révélations » faites directement par Jésus à Paul. Au contraire ce dernier se défend constamment de n’avoir jamais reçu la moindre tradition sur Jésus, que tout ce qu’il sait vient de révélations directes – et c’est pour ça qu’il est considéré comme un apôtre. Il explique en long et en large que tout le message de Jésus vient des textes saints (l’Ancien Testament) et des révélations reçues par les apôtres et c’est par les apôtres que les gens connaissent Jésus.

Alors qui était ce Jésus s’il n’était pas un homme réel et comment sont apparus les Evangiles qui racontent sa vie ?

C’est là que ça devient passionnant. Parce que Jésus Christ, le Sauveur Messie/Oint, était un personnage déjà connu dans le Judaïsme, ou en tout cas certains courants, des siècles avant le christianisme ! Philon en parle justement longuement. Certaines sectes juives semblaient penser, en se basant sur des textes bibliques qui évoque ça plus ou moins directement, qu’à l’origine Dieu avait créé en tout premier un être, une sorte d’Adam cosmique, par l’intermédiaire duquel il a ensuite créé le reste de la création. Cet Adam cosmique était son « fils » et a été identifié au futur sauveur (Yoshua/Jésus). En se basant encore une fois sur des textes de la Bible hébraïque dont le célèbre Isaïe 53, toute une théologie a été batie sur l’idée que cet Adam/Jésus devait descendre du 7ème ciel ou il se trouvait aux côtés de Dieu jusqu’au firmament (l’espace entre la Terre et la Lune, dont on pensait à l’époque qu’il était le royaume de Satan et des démons), de façon déguisée, prendre l’apparence d’un homme, se faire tuer par les démons et alors ressusciter dans toute sa gloire pour confondre et vaincre Satan, seul son sang parfait pouvant effacer les péchés des hommes (je résume grossièrement). Tout ce processus se passait dans le cosmos ou les sphères spirituelles, pas sur Terre. Le christianisme serait donc né de la conjonction de ces idées avec des concepts hellénistiques et a pris la forme d’une religion à mystère dont l’objectif principal était de remplacer le culte du Temple par celui intime de Jésus. Paul voulait aller plus loin en abolissant le respect des lois de la Torah, ce à quoi s’opposait Pierre – le probable fondateur de la secte.

Notons que cet Adam cosmique n’a pas disparu du Judaïsme puisqu’il semble correspondre au personnage talmudique et kabbalistique de Metatron.

Après la destruction du Temple – probablement vu par les chrétiens comme la confirmation de leurs croyances -, un auteur de la tendance paulienne a écrit le premier Evangile « selon Marc ». Il est la base de tous les autres évangiles qui le copient (parfois mot à mot), le réécrivent, le critiquent, mais ne viennent pas d’une autre source (il existe une théorie d’une source appelée Q mais elle n’apparait plus vraiment crédible aujourd’hui et de toute façon ce Q aussi se serait basé sur Marc). Cet évangile selon Marc a été écrit comme une sorte de séries de midrashim faits pour présenter les thèses chrétiennes et mélés à d’autres inspirations, en particulier la vie de Socrate et les récits d’Homère. Comme les midrashim, il s’agit de récits imaginaires et allégoriques. Il n’y a là aucun souvenir, aucun témoignage réel, aucune tradition transmise oralement et l’analyse du texte peut le prouver facilement.

Les autres évangiles sont des réponses à Marc d’abord, puis à Matthieu (qui est pro-Pierre et pro-Torah) etc… chacun réécrivant l’histoire en fonction de sa vision théologique, pas en fonction de ce qui ce serait réellement passé.

La clé de la compréhension du passage d’un Jésus cosmique à un Jésus historique est liée à la disparition de tous les fondateurs et la première génération chrétienne, probablement dans les années 60. Des années 60 à 80-90, nous n’avons aucun texte chrétien. Ce trou générationnel, couplé au fait que le christianisme était une religion à mystère, dont les secrets n’étaient connus que d’un nombre réduit parmi les fidèles (qui n’étaient pas nombreux à la base) explique comment les chrétiens de la fin du siècle se sont mis à croire à l’existence réelle de Jésus (pas tous d’ailleurs, loin de là).

Un autre point avant de passer aux arguments de ceux qui pensent que Jésus a réellement existé: la secte chrétienne originale, celle qui suivait la Torah, a continué à survivre pendant quelques siècles avant de disparaitre. Nous savons indirectement – l’église a éliminé systématiquement les écrits de toutes les sectes dissidentes – que ces continuateurs du christianisme originel avaient eux aussi fini par croire en un Jésus historique – mais ils le faisaient vivre un siècle plus tôt, à l’époque Hasmonéenne. Ce qui correspond exactement à certains écrits sur Yeshu dans le Talmud – soit il s’agit du véritable Jésus originel conservé dans la tradition juive aussi, soit les rabbins ne connaissaient que la secte chrétienne originale et sa version de Jésus et ont proposé leur propre explication de son histoire.

Que répondent les partisans de la thèse de l’existence de Jésus ?

Après tout si la quasi-totalité des historiens et chercheurs pensent que Jésus a existé ils doivent s’appuyer sur des arguments solides, non ?

Le premier argument est justement que « la quasi-totalité des historiens et chercheurs pensent que Jésus a existé », donc toute personne qui pense le contraire est un illuminé ou un inculte. C’est l’argument d’autorité par excellence et il n’a aucune logique. Mais il sert à éviter le débat. Ce que je peux comprendre, après tout les partisans de théories complètement folles comme les « 9/11 truthers » (ceux qui pensent que c’est le gouvernement américain qui est responsable du 11 septembre) ont toujours des arguments qui en surface semblent convaincants bien qu’ils soient en fait absolument stupides. Cependant je ne pense pas que cela soit le cas ici. En fait, il semble tout simplement que les historiens ne se soient pas posés la question et que jusqu’à récemment aucun n’a cherché à peser les évidences sérieusement. L’argument d’autorité est donc avant tout un argument d’esprit de mouton. Il faut donc de meilleures réponses.

Le deuxième argument le plus utilisé est que « si Jésus n’avait pas existé, les adversaires polémiques juifs et païens des chrétiens auraient été les premiers à l’affirmer ». Là encore, ça n’a pas grande logique. Avant la fin du premier siècle, personne ne faisait vraiment attention aux chrétiens. Les polémiques anti-chrétiennes commencent vraiment au second siècle, des dizaines d’années voire un siècle après la mort supposée de Jésus. Personne à ce moment là n’avait ni les moyens ni d’ailleurs de raisons de douter de son existence. Et pourtant certains l’ont apparemment fait (y compris des chrétiens).

Le troisième argument le plus classique est celui du « ridicule » de Jésus. Un messie inventé n’aurait pas été aussi faible et facilement vaincu. Mais nous avons vu au contraire que toute la théologie chrétienne reposait sur l’idée de la mort et de la résurrection du Messie. Il devait être humilié et tué pour expier nos fautes.

Le quatrième argument affirme que les différences entre les Evangiles prouvent qu’ils proviennent de témoins différents, tandis qu’une source unique et inventée aurait au contraire produit des textes identiques. Mais nous avons vu que les différences sont le résultat de débats théologiques, pas de témoignages variants.

Le cinquième argument accepte que les Evangiles ne rapportent pas la réalité historique mais ils contiendraient quand même un noyau de faits historiques enfouis sous les inventions et les embellissements. C’est une possibilité, mais rien de plus, personne n’a réussi à établir avec certitude le moindre de ces faits.

Le sixième argument est que « si Jésus n’a pas existé, alors d’où vient le christianisme ? » – et j’ai présenté ici une thèse, absolument pas certaine mais possible, qui répond à cette question. Cela signifie qu’en se basant sur les éléments réels dont nous disposons il est possible de reconstruire des scénarios crédibles et qui correspondent aux faits, qui voient l’apparition de la religion chrétienne sans que Jésus existe réellement.

Enfin le dernier argument repose sur les propos de Paul. Pris littéralement dans certains passages, il semble que Paul sous-entende que Jésus avait un frère (Jacques), et il évoque son père et sa mère (sans donner de noms). Mais tous ces passages sont interprétables de manière allégorique et correspondent en fait assez bien à la théologie du Jésus cosmique. Le fait est que Paul ne donne aucun détail de la vie terrestre de Jésus, ne cite jamais le moindre propos qu’il a tenu ni la moindre action qu’il a fait lors de son ministère, n’évoque aucun évènement de sa vie en dehors de sa crucifixion. Il ne dit même pas qu’il est né, mais qu’il a été créé, comme Adam.

Aussi, pour le moment et en l’absence d’arguments plus convaincants, je dois avouer que la thèse mythiciste me semble plus pertinente. Cependant ce n’est pas une certitude. Beaucoup repose sur des conjectures et des interprétations. Les textes dont nous disposons aujourd’hui ont été modifiés, réécrits, transformés pendant des siècles et ne représentent qu’un petit pourcentage de ce qui existait à l’époque. Il se peut que l’archéologie fasse de nouvelles découvertes qui changent toute la donne. C’est ce qui est arrivé dans le passé pour d’autres figures bibliques que certains croyaient imaginaires comme David ou les Hittites. Je reste donc prudent.

Le vide spirituel de l’Occident

Mon article sur les trois pièges à éviter suite aux attentats de Paris a suscité beaucoup de commentaires et quelques critiques, un certain nombre se focalisant sur le troisième point que j’évoquais: le vide spirituel de l’occident. Je vais donc essayer de développer un peu plus ce que je voulais dire par là, très rapidement, même si un tel sujet mérite d’être traité par un ouvrage entier.

L’Occident s’est créé sur l’héritage du monde classique, d’Athènes, Rome et Jérusalem. En s’appuyant sur cet héritage, les Européens ont créé les bases du monde moderne fondé sur la protection des libertés, en particulier la liberté de penser et de critiquer. Mais nous sommes arrivés à un moment où le monde occidental s’est coupé de ses propres racines philosophiques, juridiques et bibliques et continue à avancer sans savoir où il va.

Le thème du « désenchantement du monde » n’est pas nouveau. La science a façonné un univers (apparemment) rationnel, où tout semble avoir une explication logique, dans lequel le magique, le religieux, le spirituel sont relégués au rang de superstitions. La société occidentale actuelle se concentre exclusivement sur l’accomplissement personnel et matériel de ses membres. Gagner suffisamment, « se réaliser » et être « heureux » sont les mots d’ordre de la culture dans laquelle nous vivons.

L’Occident a été trahi par ses propres élites intellectuelles. Depuis les années 60, le monde académique, puis tout le milieu intellectuel, a été contaminé par une nouvelle façon de penser qui rejette ce qui fut l’objet même de son existence: la recherche de la vérité. L’idéologie post-moderne et son bras armé, le politiquement correct, ont pris le contrôle progressivement des universités, en particulier dans les sciences sociales, et formé des générations entières à nier la réalité, le monde tel qu’il est, et sa compréhension, tout en se complaisant dans la haine de soi et l’autoflagellation perpétuelle et moralisatrice. Le monde académique, hormis les sciences dures, n’est plus qu’un immense marais de médiocrité et de bêtise où quelques ilots de lumière survivent encore.

L’être humain a besoin de transcendance pour vivre, de quelque chose qui le dépasse, et qui donne un sens à sa vie. La société ne lui propose plus rien qui réponde à ces besoins. Je ne parle pas forcément de religion et de croyance. D’ailleurs la religion elle-même peut se fossiliser et ne plus répondre aux attentes des hommes. Je n’ai aucun amour pour la religion catholique traditionnelle moyen-âgeuse. Mais il faut admettre que le catholicisme bien pensant et bien propre sur lui de l’après-guerre, qui donne parfois l’impression de vivre dans le pays des bisounours, est le premier responsable de son effondrement en occident. Il n’a plus rien à dire – à part quelques banalités vaguement socialisantes.

Il y a d’autres façons de se transcender. Pendant un temps, le monde occidental à remplacé la religion chrétienne par le nationalisme messianique, ce qui a mené à une impasse, mais la réaction fut de jeter le bébé de la nation avec l’eau du bain, surtout en Europe. Et il ne reste plus rien. Les gens comblent avec ce qu’ils peuvent – la drogue, la télé-réalité, les divertissements…. Et une manifestation de cet état de fait est qu’ils ne font plus d’enfants. En Europe occidentale, minorités musulmanes et chrétiens intégristes compris, les femmes font en moyenne 1,5 enfants, alors qu’il en faut 2,1 juste pour stabiliser la population à long terme.

Pour de nombreux intellectuels conservateurs, comme David Goldman, auteur de « How Civilizations Die » ou Yoram Hazony, à mon avis le plus grand penseur israélien, cet effondrement démographique, sans précédent dans l’histoire de l’humanité, exprime une grande désillusion métaphysique. Les occidentaux (et ils ne sont pas les seuls d’ailleurs) ne croient plus en eux-mêmes, ni en l’avenir. Ils vivent pour le maintenant et la satisfaction immédiate de leurs désirs individuels. C’est évidemment une recette qui mène au désastre et au suicide collectif – soit par la disparition démographique soit par le remplacement par des minorités religieuses extrémistes dont la natalité est sensiblement plus élevée.

Car nombreux sont ceux qui ne peuvent pas se satisfaire de cette absence de transcendance du monde moderne. Et c’est ce qui explique le succès des sectes ainsi que des mouvements islamistes, bien au-delà des jeunes d’origine musulmane: ils donnent un but à la vie, ils donnent du sens, ils offrent une mission et la possibilité de changer le monde. Le monde occidental ne propose que doute et relativisme moral, ils incarnent au contraire une vérité qui se veut absolue. Ils attireront de plus en plus de gens à mesure que le monde occidental sera incapable de proposer une alternative.

Est-il déjà trop tard ? Tout le monde ne le pense pas. Yoram Hazony pense que c’est le rôle des Juifs que d’aider les occidentaux à revenir vers la Bible et son message divin. Peut-être la concurrence musulmane finira-t-elle aussi par réveiller les chrétiens. Ou peut-être trouvera-t-on une autre voie. Car sinon, l’alternative sera, à plus ou moins long terme, la fin de l’Occident.

 

Mohammed a-t-il existé ?

La naissance de l’islamisme est, sous ce rapport, un fait unique et véritablement inappréciable. L’islamisme a été la dernière création religieuse de l’humanité et, à beaucoup d’égards, la moins originale. Au lieu de ce mystère sous lequel les autres religions enveloppent leurs origines, celle-ci naît en pleine histoire ; ses racines sont à fleur de sol. La vie de son fondateur nous est aussi bien connue que celle de tel réformateur du xvie siècle. Nous pouvons suivre année par année les fluctuations de sa pensée, ses contradictions, ses faiblesses.

Ernest Renan, Mahomet et les origines de l’islamisme, 1851

Lorsque j’ai entendu poser pour la première fois la question de l’existence réelle ou non de Mohammed, le prophète de l’Islam, cette citation est la première chose qui me soit venue à l’esprit. Contrairement à la question de l’historicité de Jesus, que j’ai déjà abordé, les faits concernant Mohammed semblent clairs et connus. Nés en 570 à la Mecque, Mohammed se révèle comme prophète en 610 à l’âge de 40 ans, et ses prèches forment la base du Coran. Il crée une nouvelle religion qui unifie toute la péninsule arabique, et après sa mort en 632 ses successeurs envahissent et conquièrent en peu de temps un gigantesque empire qui va de l’Atlantique à l’Inde, écrasant au passage les deux grands empires qui se partageaient depuis des siècles l’ancien monde, la Perse et l’Empire Romain oriental (appelé « byzantin » par les historiens du 19ème siècle).

C’est du moins la version consensuelle de l’histoire qui a l’étrange particularité de ressembler assez fortement à ce que dit la religion musulmane elle-même. C’est que le travail critique et scientifique qui a été lancé depuis le 18ème siècle au sujet de la Bible hébraique et du Nouveau Testament a à peine été ébauché concernant l’Islam. Très peu de chercheurs et d’historiens ont abordé le Coran et l’histoire musulmane avec les mêmes outils critiques utilisés pour analyser les autres religions. Il y a deux raisons principales: la première est que l’islam est une religion et une culture non-occidentale ce qui induit un rapport différent. Les premiers à s’intéresser à l’islam étaient souvent des amoureux de cette culture qui cherchaient à la promouvoir en occident, ils n’étaient donc pas en état d’apporter une vision critique. Ces dernières décennies, surtout suite aux écrits d’Edward Said sur l’orientalisme, c’est un sentiment de culpabilité envers la façon dont les peuples musulmans ont été traités par l’impérialisme européo-américain qui a guidé les chercheurs. On ne critique pas les « victimes », uniquement les oppresseurs.

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En Israël, plus de gens travaillent et gagnent plus

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Article publié sur The Times of Israel en français

Le hasard faisant bien les choses, ce matin sont parues deux études, une en Israel et une en France, qui prouvent empiriquement ce que j’avançais dans un article précédent : il n’y a que peu de rapport entre la pauvreté réelle et ce qui est calculé par le taux de pauvreté relative.

Selon une étude de l’INSEE, en 2012, le taux de pauvreté a légèrement reculé par rapport à 2011 de 14,3 % à 13,9 %, mais dans le même temps, le revenu médian des français a aussi reculé de 1 %.

Les Français ont gagné moins d’argent, leur situation s’est empirée, mais la pauvreté dite « relative » a reculé. Tout le monde s’est appauvri mais comme les écarts et les inégalités se sont réduits, « relativement » la situation s’est améliorée.

En Israel le taux de pauvreté a augmenté depuis le début des années 2000 même s’il est en légère baisse depuis quelques temps.

Une autre donnée qui a été récemment publiée montrait que de 2003 à 2014 le salaire moyen réel n’avait que très peu augmenté, car la hausse des salaires n’avait été que faiblement supérieure à l’inflation.

Pourtant, d’après une étude de la banque d’Israel parue ce matin, de 2003 à 2013, les revenus réels ont augmenté de 40% pour *toutes* les couches de la population, des pauvres aux riches, de façon à peu près équivalente.

Comment expliquer un tel paradoxe ? Comment les différents chiffres pourraient-ils être tous vrais en même temps ?

Rien de mieux qu’un exemple concret pour expliquer : il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à travailler dans une petite société Internet à Tel Aviv.

Nous étions alors une trentaine, dont 7 au service marketing « extérieur » (qui s’occupait d’amener du trafic sur le site), et 10 au service marketing « interne » (le service clientèle).

Le salaire moyen dans le premier groupe était de 12,000 shekels environ et dans le second 6,000, ce qui fait que le salaire moyen dans l’ensemble du département marketing était de 8,470 shekels.

Deux ans après, la société avait énormément grandi.

Nous étions plus de 150 employés, et tout le monde gagnait beaucoup plus d’argent. Le marketing extérieur était passé à 30 employés dont le salaire moyen était de 15,000 shekels, tandis que le service clientèle comptait 100 personnes, payées 7,000 shekels par mois.

Ces salaires moyens comprenaient donc aussi bien ceux des anciens qui avait explosé, que ceux des nouveaux, qui naturellement commençaient plus bas.

Or, le salaire moyen était d’environ 8,850 shekels par mois, une hausse d’à peine 4,5 % alors que les salaires avaient fortement augmenté pour tout le monde.

C’est tout simplement parce que la part relative des employés du service clientèle, moins bien payés, avait augmenté encore plus vite que la hausse de leur salaire. C’est le miracle des statistiques.

C’est exactement ce qui s’est passé en Israel depuis 10 ans. Le taux d’emploi qui n’était que de 54 % des plus de 15 ans en 2003, un des taux les plus bas de l’OCDE, atteint maintenant 64 %, ce qui est au-dessus de la moyenne de l’organisation.

Des centaines de milliers d’Israéliens qui ne travaillaient pas, surtout des gens issus des secteurs les plus défavorisés d’Israel, sont arrivés sur le marché du travail.

Etant peu qualifiés, leurs revenus se situent surtout dans le bas de l’échelle, au moins au début, et ainsi la moyenne générale des salaires a stagné tandis que les salaires réels ont sensiblement augmenté pour ceux qui étaient déjà sur le marché.

Pour les nouveaux arrivés sur le marché du travail, ces revenus, même plus faibles que le moyenne, sont aussi une immense amélioration par rapport à leur situation antérieure.

C’est pourquoi les salaires réels n’ont apparemment pas bougé depuis 10 ans tandis qu’en même temps la situation générale de la population a connu une embellie significative. .

Evidemment il reste beaucoup de travail à faire. Les prix de l’immobilier, de la nourriture, et de tous les secteurs qui ne sont pas ouverts sur la concurrence sont ceux qui ont le plus augmenté depuis une décennie.

On paie aujourd’hui beaucoup moins cher ses meubles, appareils électro-ménagers, ordinateurs, ou vêtements qu’il y a 10 ans, mais quand votre loyer que vous payez chaque mois a augmenté de 40 % sur la même période, vous sentez d’abord la baisse de votre pouvoir d’achat.

Le combat pour la hausse du niveau de vie doit donc se focaliser sur l’ouverture à la concurrence de tous les secteurs fermés et protégés du marché.

Quel avenir pour Game of Thrones ?

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C’est les vacances, donc un sujet plus léger pour changer: la saison 5 de la série la plus populaire du monde. Il ne s’agit pas de raconter ce qui va se passer, il n’y aura pas de spoilers, mais de mettre à plat la problème créatif auquel la série va se heurter l’an prochain: il n’y a plus de livres à adapter.

A priori, voilà qui parait étrange, puisque la saison 1 avait adapté le premier livre, la saison 2, le deuxième, la saison 3, les 2/3 du troisième, et la saison 4, le reste et quelques bouts du 4ème. La saison 5 a donc largement de quoi puiser puisqu’il reste la majeure partie du 4ème livre et le 5ème, et on parle de livres énormes.

Néanmoins, les choses ne sont pas si simples. Pour les téléspectateurs qui ne lisent pas les livres, il faut savoir que la gestation de ces deux derniers livres fut particulièrement douloureuse. Alors que « A Game of Thrones » est sorti en 1996, suivi par les deux autres premiers livres tous les deux ans, le 4ème, « A Storm of Crow » n’est sorti qu’en 2006, après avoir été annoncé, annulé et réécrit plusieurs fois. GRRM avait du abandonner son idée de départ qui était de faire passer 5 ans entre le 3ème et le 4ème livre – ce qui aurait permis de régler notamment le problème du trop jeune âge de certains personnages – et au final, et à la consternation des fans, ce n’est qu’un demi-livre qui est paru, qui ne suivait les aventures que d’une partie des personnages, et pas les plus populaires. Il a fallu attendre 5 années supplémentaires pour avoir le complément, et un début de suite aux deux parties. 3 ans ont passé et le 6ème livre n’est toujours pas là, GRRM préférant s’adonner à des projets annexes, faire le tour du monde, donner des interviews et écrire toute sorte d’autres livres, que de se consacrer à finir la série qui l’a rendu mondialement célèbre.

GRRM, qui a l’apparence d’une caricature de pédophile et semble effectivement obsédé par le sexe avec les jeunes filles à peine pubère dans ses livres, a longtemps été persuadé que HBO, la chaine qui produit et diffuse la série, n’oserait pas continuer la série au-delà de ce qu’il a écrit et il s’amusait à lancer des idées de prequels, films de cinéma, pauses de 2 ans ou autres absurdités qui ont été fermement rejetées. Je dois avouer que pour un homme issu du milieu hollywoodien il semble assez naïf et « clueless ». Il avait il y a 4 ans méchamment critiqué la fin de la série Lost, expliquant qu’il ferait beaucoup mieux, avant qu’on s’aperçoive qu’il n’avait en fait rien compris et avait cru « qu’ils étaient tous morts depuis le début », ce qui n’était évidemment pas le cas et dit textuellement et bien souligné par un des personnages dans l’épisode. On en vient à se demander si c’est bien lui qui écrit ses livres.

Revenons à la série. Il y a plusieurs façons d’adapter des romans à la télé. On peut faire comme (l’horrible et nullissime série) « Dexter », juste s’inspirer du début et du concept et partir sur des histoires complètement originales et sans rapport avec les romans (qui sont parait-il tout aussi médiocres mais virent dans le surnaturel et la science fiction) ; on peut faire comme (la ridicule et pathétique) « True Blood », suivre très vaguement le matériel d’origine en le remodelant suivant ses besoins ;  et on peut faire comme « Game of Thrones », qui a suivi avec une certaine fidélité le matériel écrit.

Evidemment toute adaptation requière des changements, pour des raisons techniques, de temps ou de moyens – des personnages sont supprimés, des intrigues qui touchaient plusieurs personnages sont rassemblées sur un seul, etc… -, à cause de la dynamique propre du media – le charisme d’un acteur, les choix de réalisation par exemple – et parce que la grammaire du cinéma ou de la télé est différente de celle de l’écrit. Le structure narrative d’un roman, qui expose l’histoire à travers le point de vue interne d’une série de personnages, ce qui constitue l’originalité principale des romans de GRRM, ne peut être reproduite à l’écran. L’adaptation a su profiter de la différence de nature entre les media, en apportant un éclairage différent sur certains personnages ou évènements qu’on appréhende plus au travers de la subjectivité d’untel ou d’untel mais de façon extérieure et objective.

Au fil du temps, les petites différences s’accumulent et les déviations deviennent des routes nouvelles. Pour le moment la série est restée fidèle aux grandes lignes des livres mais les chemins pour y arriver sont vraiment différents. La saison 4 présentait de nombreuses altérations, pour le mieux en général, ce ce qui se passe dans les romans. Cependant, nous arrivons au noeud du problème, arrive le moment où se conjugue le double effet de déviations qui vont trop loin avec la fin du matériel écrit pour certains personnages. La série a effectivement atteint la fin des intrigues publiées de plusieurs d’entre eux comme Sansa ou Bran Stark. Elle a complètement laissé de côté (pour le moment mais tout indique que c’est définitif) ce qui semble être une intrigue majeure des romans (Lady Stoneheart), sans parler de la lise à l’écart complète de ce qui se passe sur les Iron Islands – en général pas la partie la plus passionnante des romans.

La saison 5 ne va pas partir dans le vide, des pans entiers de l’intrigue n’ont pas encore été dévoilés à la télé, mais sachant que beaucoup de choses vont être coupées, et que les romans 4 et 5 sont artificiellement longs – beaucoup de pages mais légers en développement de l’intrigue -, on va vite se retrouver avec des épisodes qui sortent presque complètement de l’imagination des auteurs de la série et des quelques informations données par GRRM. Ce dernier, poussé par HBO, a décidé très récemment de ne plus accepter de nouveaux projets et de se consacrer uniquement au 6ème livre – ce qui ne l’empêche pas de continuer à voyager, et il n’écrit pas quand il voyage hors de chez lui.

L’avantage c’est qu’on pourra dorénavant ne plus subir le comportement insupportable de certains lecteurs du livres qui se croient obligés de prévenir en permanence les non-lecteurs sur le thème « olala, vous n’imaginez même pas ce qui va arriver à untel, mais je ne vous dis rien » quand ils ne racontent pas tout juste pour s’amuser.

Plus intéressant, la série va pouvoir s’affranchir réellement de GRRM et de ses livres, ne mes gardant que comme inspiration, et corrigeant les défauts assez importants des derniers livres et leurs innombrables diversions pour se consacrer à l’essentiel – raconter une bonne histoire et surtout la finir.

Interlude publicitaire: Quentin Tarantino vous recommande : Big Bad Wolves, le 2 juillet au cinéma

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J’avais vu ça à la télé, et ça a fini par m’arriver : des sociétés de Public Relation utilisent les blogs pour faire la promotion de leurs produits. J’ai donc été contacté pour faire la promotion du film israélien « Big Bad Wolves » qui sort en France le 2 juillet.

Je n’ai pas vu ce film donc je ne peux pas encore vous donner mon avis. Par contre j’avais effectivement entendu Quentin Tarantino dire que c’était le meilleur film de 2013. Il sera probablement plus efficace que moi pour promouvoir ce film.

Je dois avouer ne pas en avoir entendu parler en Israel mais mis à part que je m’intéresse assez peu au cinéma israélien en général, j’étais un peu trop occupé l’an passé pour diverses raisons personnelles pour faire attention.

Voici la bande annonce:


Et voici le synopsis:

« Une série de meurtres d’une rare violence bouleverse la vie de trois hommes : le père de la dernière victime qui rêve de vengeance ; un policier en quête de justice qui n’hésitera pas à outrepasser la loi ; et le principal suspect – un professeur de théologie arrêté et remis en liberté suite aux excès de la police. Forcément, ça ne peut pas donner une enquête classique… »

Et la page Facebook:

https://www.facebook.com/BigBadWolves.lefilm

Si jamais je le vois – on m’a promis une invitation -, je vous donnerai mon avis.

Sexe et cinéma – l’hypocrisie n’est pas là où on croit

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Je n’ai pas vu « Welcome to New York », le film inspiré de l’affaire DSK, et comme il semblerait que ce soit une sorte de porno soft vaguement antisémite, je n’en ai pas non plus l’intention. Mais parmi les commentaires du film, beaucoup glosent sur l’identification entre Depardieu et DSK et plus précisément entre le corps de Depardieu et de son personnage – ce n’est pas Depardieu qui joue un personnage mais Depardieu lui-même qui est mis en scène dans le film, et son corps « énorme » est exposé, affiché, nu.

Yvan Attal avait déjà évoqué le sujet du rapport entre la nudité au cinéma et les conséquences dans le monde réel dans son film « Ma femme est une actrice » il y a quelques années. Je lisais récemment une interview où il sous-entendait que sa compagne, Charlotte Gainsbourg, n’avait pas vraiment l’air de se rendre compte des dégâts qu’elle causait à ses enfants en jouant dans des films comme « Nymphomaniac ». Le film de Lars Von Triers s’inscrit dans une vague récente de « pornos pseudo-intellos », des films à prétention artistique dans lesquels sont montrés à l’écran des relations sexuelles non simulées. Je précise que dans ce film, Charlotte Gainsbourg n’a aucune relation sexuelle non simulée, si j’ai bien compris, elle a été remplacée par des acteurs pornographiques et son visage fut ensuite incrusté numériquement sur celui de l’actrice qui effectue les actes.

Vous avez surement déjà entendu des dizaines de fois l’argument selon lequel les Américains seraient d’ignobles hypocrites puritains au contraire des Européens éclairés parce qu »ils sont plus choqués par la nudité au cinéma que par la violence. Or, la violence c’est horrible et traumatisant, tandis que le sexe, c’est l’amour et c’est beau. « Faites l’amour, pas la guerre » disait-on à une époque.

Si hypocrisie il y a , elle est probablement plus à chercher chez ceux qui tiennent ce discours. Apparemment ils n’ont pas l’air de comprendre la différence essentielle entre la violence et la nudité ou le sexe au cinéma: l’une n’est qu’une illusion et le résultat d’effets spéciaux, un simple jeu. La violence des films est fictive. Personne n’est blessé, personne ne meurt (sauf accidents) dans les films. Le public le sait parfaitement et l’effet des scènes d’action n’est valable tant que dure le « suspension of disbelief », ce temps où le spectateur est absorbé dans le film et dans l’histoire. La violence qu’on voit à l’écran n’a jamais existé dans la réalité, elle est imaginaire.

Par contre, lorsque des acteurs sont montrés nus, c’est leur véritable corps et leur intimité qui est dévoilée. La plupart d’entre nous préféreraient mourir que de se retrouver nus en public, la pudeur étant un réflexe humain basique qu’on observe chez les enfants sans que cela leur soit inculqué par leur parent. Aussi, quand des acteurs se dénudent dans un film, le spectateur ressent une gène qui est due au fait qu’il se retrouve comme un voyeur, à observer l’intimité de deux personnes réelles.

Les scènes de sexe dans la plupart des films sont « simulées », mais par simulation on veut juste dire qu’il n’y a pas eu de rapport sexuel complet. Le fait est que les corps nus se sont caressés et je doute que cela ne provoque aucune réaction réelle physiologique ou sentimentale chez ceux qui prennent part à ces scènes. D’ailleurs, c’est un secret de polichinelle que les acteurs qui partagent des scènes de sexe à l’écran couchent souvent ensemble en dehors des heures de tournage.

Ce ne sont donc pas seulement les personnages que nous voyons nus dans une scène d’amour mais les acteurs. Et évidemment, quand les scènes ne sont pas simulées du tout, les dernières barrières qui permettent une distanciation avec le statut de voyeur pervers s’effondrent. Nous ne sommes plus spectateurs d’une histoire fictive à laquelle nous faisons semblant de croire pendant un petit moment de déconnection du monde réel. Nous assistons à un acte réel que nous ne devrions pas voir. L’amour et le sexe sont des choses magnifiques mais qui ne sont pas faites pour être vues en public. Ces moments doivent rester intimes et personnels. Les gens qui font l’amour en public sont soit des prostitués soit des pervers malsains. En tout cas, pas des gens qui méritent d’être traités en héros culturels.

Quand on voit en France ou ailleurs – mais pas (encore ?) en Israel – que d’anciens acteurs pornographiques, voire d’anciennes prostituées, sont reçus dans les émissions comme si c’était normal, qu’ils profitent de leur notoriété acquise dans ces professions pour devenir acteurs mainstream ou présentateurs télé, il y a de quoi être consterné. C’est le signe d’une société malade qui a perdu le sens des valeurs humaines les plus basiques.