sionisme

Juifs – oui, fuyez la France !

Article paru dans The Times of Israel en français

En 2004, Ariel Sharon alors premier ministre d’Israël, avait provoqué un tollé en France en appelant les Juifs de France à faire leur Aliyah le plus vite possible face à la montée d’un antisémitisme d’inspiration islamiste.

Une décennie plus tard, l’aspect prophétique de ces paroles est frappant et une grande partie des Juifs de France, sans doute la majorité, est aujourd’hui consciente qu’elle n’a pas d’avenir dans ce pays.

Pourtant, les mêmes propos prononcés récemment, de façon d’ailleurs nettement plus modérée, par Binyamin Netanyahu, ont à nouveau suscité une forte condamnation.

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Pourquoi la gauche ne pourra plus jamais gagner les élections

Article publié dans The Times of Israel en français

A croire la presse, le combat pour la victoire aux prochaines élections du 17 mars en Israel est serré, et l’issue incertaine.

Un jour les sondages donnent l’avantage au « camps sioniste » de Herzog et Livni, cette semaine c’est le Likoud qui a repris la main. Pourtant, ce n’est qu’une illusion d’optique.

Sauf renversements d’alliances et trahisons dignes de Game of Thrones, Binyamin Netanyahu est assuré de rester au pouvoir le 17 mars et lui ou son successeur à la tête de la droite aussi pour de nombreuses années, voire, à tout jamais.

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L’Aliyah sans langue de bois

Article publié dans The Times of Israel en français

Cet article s’adresse aux Juifs de France qui envisagent ou ont déjà décidé de partir vivre en Israel et de faire leur Aliyah. Vous étiez 7,000 l’an passé, vous serez peut-être le double cette année, il est encore trop tôt pour le dire, mais quoi qu’il en soit, le chiffre sera historique.

En tant que Juif sioniste, je pense que si chacun est individuellement libre de vivre où il le souhaite, la place des Juifs en tant que peuple est sur leur terre ancestrale où ils jouissent de la pleine souveraineté et peuvent s’épanouir en tant que nation indépendante.

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La différence entre un Juif de France et un Juif d’Israel

manifisraelparis

Article publié sur The Times of Israel français

Il y a quelques jours 400 Olim de France sont arrivés en Israel. Des centaines d’autres vont les rejoindre dans les prochaines semaines. Au bout de trois mois, ils deviendront officiellement des citoyens israéliens. Plus qu’une nouvelle citoyenneté, c’est une nouvelle façon, pleine et entière, de vivre son identité juive qu’ils vont acquérir.

Je suis né en France, j’y ai grandi, et j’ai fait mon aliyah à l’age de 22 ans. Après 17 ans en Israel j’ai été envoyé en France pour une mission dans le cadre d’une institution nationale. Envoyé plutôt que renvoyé parce qu’après tout ce temps, je n’avais pas l’impression de revenir chez moi mais bien d’aller vivre dans un pays (un peu) étranger.

Ce n’est pas que je n’ai pas visité la France depuis mon aliyah, mais uniquement en vacances, pour des séjours de plus en plus courts et de moins en moins fréquents. Cela faisait en fait quelques années que je n’étais pas venu quand on m’a demandé de m’y expatrier.

Le pays a changé mais ce n’est pas de cela dont je veux parler maintenant. Ce qui m’a le plus frappé c’est ce qui distinguait ma vie de Juif en Israel par rapport à la France. Je me retrouvais membre d’une minorité qui, notamment à cause de la situation, cherche à être discrète et à ne pas afficher son identité en publique. Les fêtes nationales et religieuses ne sont pas les miennes, les gens dans la rue sont des étrangers, je ne partage rien avec mes voisins. Je ne suis pas chez moi.

Je ne veux pas avoir à faire de compromis sur mon identité, à me cacher ou au contraire être observé comme un monstre de foire parce que je suis différent. Je n’ai pas envie de devoir supporter la culture et les règles d’un autre peuple et d’une autre culture, aussi respectables soient-ils. La culture française est un des joyaux du patrimoine mondial, mais ce n’est pas ma culture.

Le contraste est saisissant par rapport à ma vie en Israel. Ma culture est la culture du pays, mes fêtes ses fètes. On vit en hébreu, les enfants apprennent le Tanakh et l’histoire juive à l’école sans que j’ai besoin de les envoyer dans une école privée et protégée par la police. Le pays vit au rythme du calendrier hébraïque, se repose le Shabbat, tout le monde va célébrer le Seder de Pessah au premier soir de la fête, la plupart des restaurants respectent les lois alimentaires.

Quel moment incroyable que de se retrouver dans les rues le jour de Yom Hakippourim lorsqu’aucune voiture ne circule et que tout le peuple, qu’il jeune ou pas, se retrouve dans la rue. Quel plaisir d’entendre ses voisins chanter le Kiddoush le vendredi soir, de voir des gens de promener en kippa dans la rue, de savoir que l’armée, les policiers, les fonctionnaires, les agriculteurs, les vendeurs, les ouvriers partagent votre identité. Je suis chez moi.

Etre chez soi signifie aussi avoir une relation plus calme et complète avec son identité. Je ne me demande pas comment conjuguer ma vie de citoyen dans la sphère publique avec ma vie de juif à la maison. En Israel, je peux être entièrement juif chez moi et dans la rue. Je n’ai pas besoin d’implorer les pouvoirs publiques pour qu’ils protègent les synagogues en priant pour que certaines forces politiques n’arrivent jamais au pouvoir. Je ne me demande pas si les enfants auront un avenir dans ce pays ou devront s’enfuir.

Le choix de vivre en Israel met fin à l’alternative devant lequel se trouve placé le Juif de diaspora qui hésite perpétuellement entre l’assimilation et le ghetto. La souveraineté juive sur la terre d’Israel permet de vivre pleinement sa vie de Juif dans la cité sans la moindre compromission avec son identité. Même le dernier des athées et le Juif le plus anti-religieux vit sa vie en hébreu, peut lire la Torah dans le texte naturellement, organise sa vie selon le calendrier hébraïque, et défend la terre d’Israel.

Pendant ce temps la, les Juifs de diaspora essaient de survivre en tant que Juifs et de ne pas disparaitre. Ils peuvent contribuer de façon remarquable à la culture, la science ou l’économie de leur pays, mais leur contribution n’est pas spécifiquement juive, n’apporte presque rien à leur peuple et ne représente pas l’expression d’une vision juive du monde.

Les Juifs d’Israel ne survivent pas, ils vivent leur Judaisme de façon entière. Ce n’est qu’en Israel, parce qu’ils sont libres et indépendants, que les Juifs peuvent remplir leur mission universelle et être une lumière pour les Nations. Ce n’est qu’en Israel que peut naitre une parole spécifiquement juive qui s’adresse d’égale à égale aux autres nations.

Evidemment, personne ne peut nier les problèmes, les tensions, les crises, et les conflits que connait le pays. Mais ils sont la conséquence de l’immense vitalité créative et de l’incroyable foisonnement chaotique qui caractérisent la vie juive d’Israel. Et ces problèmes et ces conflits, aussi désespérant peuvent-ils apparaitre parfois, sont les nôtres. C’est à nous de les résoudre ou au moins d’essayer.

Ignorons Le Pen et laissons le dire ce qu’il veut

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Article paru dans The Times of Israel français

 

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. » Albert Einstein.

De « Durafour crématoire » à sa nouvelle « fournée », Jean-Marie Le Pen a toujours su trouver les bons mots pour nous rappeler la véritable nature de son idéologie nauséabonde.

Voilà 30 ans que la communauté juive de France pense que la meilleure façon de lutter contre le FN, son racisme, et son antisémitisme est de faire condamner le moindre propos ambigu émanant de ses dirigeants.

Après des dizaines de condamnations judiciaires, de condamnations morales, de hautes postures bienpensantes de la part des intellectuels, juifs ou non, et de l’ensemble de la classe politique française, le résultat est un FN à 25% et premier parti de France.

Dans le même temps, l’antisémitisme a explosé, pas juste en propos mais surtout en actes, pas juste à l’extrême-droite mais aussi à gauche. Dieudonné, lui aussi condamné des dizaines de fois, prospère et est devenu le héros de toute une partie de la population française. Des choses inimaginables il y a encore 15 ou 20 ans sont devenus banales aujourd’hui.

Il arrive un moment où il faut savoir se remettre en question. Quand une stratégie donne des résultats aussi clairement contraires aux objectifs initiaux, il est probable qu’il faille en changer et que s’obstiner dans la même vois relève plus de la pathologie que de l’admirable persistence.

Et si, la meilleure tactique face à des propos tels que ceux de Le Pen sur Patrick Bruel était… de ne rien faire ? De ne pas en parler. D’ignorer les éructions séniles d’un vieillard qui n’a plus vraiment d’importance. Si on n’avait pas relevé ces propos abjects, qui aurait fait attention ? Les quelques personnes qui suivent son videoblog et sont déjà convaincues ?

Il y a des moments où, comme on dit en Israel, il vaut mieux être intelligent qu’avoir raison.

Ce n’est peut-être pas un hasard si dans un pays comme les USA, où la liberté d’expression est presque totale, où un véritable parti nazi existe de façon officielle, légale, ouverte, il n’y a pas de Front National à 25%, ni de Dieudonné, ni de synagogues et d’écoles juives qui ressemblent à des forteresses. Ce n’est pas la seule raison mais surement une raison importante.

Sanctionner les gens pour leurs propos, même extrêmes, ne sert qu’à faire d’eux des martyrs et à donner l’impression qu’on a quelque chose à cacher. Les jeunes, qui adorent les théories de conspiration, sont les premiers à vouloir défendre, juste par esprit de contradiction, les gens condamnés pour des propos odieux.

N’oublions jamais que la liberté d’expression ce n’est pas la liberté d’entendre des opinions qui nous plaisent mais au contraire la liberté d’exprimer des idées énervantes ou choquantes.

Et puis après tout ne vaut-il pas mieux savoir vraiment ce que pensent les gens plutôt que de vivre dans une société d’hypocrisie où les gens vous détestent mais n’osent pas le dire ?

Donc laissons les Le Pen et autres cinglés extrémistes dire ce qu’ils veulent. Ignorons-les. Ne leur donnons pas une importance qu’ils sont les premiers à espérer. Alors autant tenter autre chose qu’une méthode qui dans le meilleur des cas n’a donné aucun résultat et a probablement empiré les choses. Nous n’avons rien à perdre, et dans tous les cas ça ne pourra pas être pire que maintenant.

La communauté juive de France est-elle sur le point de disparaitre ?

alya

 

Update: Une version plus récente de ce post a été publiée sur « The Times of Israel Français ».

Je suis en France depuis 3 mois et partout où je vais, dans le cadre de mes activités professionnelles, les gens me parlent de quitter la France pour Israel, prochainement, demain, plus tard, un jour, mais en tout cas ils ne voient clairement pas leur avenir ni celui de leurs enfants en France.
Dans le même temps, l’aliyah française a bondi de 63% cette année en atteignant 3120 Olim, un nombre qui sans être un record absolu, est néanmoins un des plus élevés jamais atteint. Et encore, la majeure partie de cette hausse s’est produite ces derniers mois. Fin aout, lors d’une réunion avec Ariel Kandel, le directeur de l’Agence juive à Paris, ce dernier s’attendait à 2500 Olim pour 2013, un chiffre déjà très satisfaisant. L’explosion a eu lieu à partir de la rentrée et n’a cessé de s’amplifier depuis. Le Global Center de l’agence juive traiterait près de 900 appels par jour en ce moment contre quelques dizaines en temps normal.

Ajoutons à cela le « plan de sauvetage » élaboré par une commission inter-ministérielle pour l’Aliyah française et qui parle d’investissements importants pour faire venir en Israel plus de 40,000 personnes d’ici 2016. Alors sommes-nous à la veille de la disparition de la communauté juive de France ?

Les raisons de la vague d’aliyah sont connues. Depuis 2000 et le début d’une nouvelle vague d’antisémitisme issue de l’immigration arabo-musulmane avec le soutien ou la compréhension de l’extrême-gauche qui ne veut y voir que de l’antisionisme, une rupture s’est opérée dans l’identité juive française. Jusqu’à présent, les Juifs de France n’avaient aucun mal à conjuguer leur identité de citoyens français et leur identité juive. Pour la plupart, la question ne se posait pas de savoir s’ils étaient des Français juifs ou des Juifs français, ils étaient tout simplement Juifs et Français, sans y voir la moindre contradiction. La montée du nouvel antisémitisme, couplée à l’absence totale de réaction des pouvoirs publics socialistes voire à la négation de l’antisémitisme dans un premier temps, a été un choc profond pour la communauté juive et beaucoup ont alors compris que leurs petits enfants ne grandiraient pas dans ce pays.

En ce sens, les propos actuels sur l’envie de partir ne sont pas nouveaux, ils expriment par contre une plus grande urgence. Car si les pouvoirs publics ont depuis adopté un comportement irréprochable et ne tolèrent plus l’expression de l’antisémitisme, l’antisémitisme n’a pas régressé et a même progressé violemment, de l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006 aux massacres de Mohammed Merah à Toulouse en 2012, en passant par Dieudonné et ses quenelles actuellement omniprésentes. Le climat est clairement malsain.

Le deuxième facteur est la lourde crise économique que traverse l’Europe depuis 2008 et la France en particulier. Israel n’a pas connu la récession en 2009 et a vite renoué avec la croissance. Le chômage est descendu ce mois ci à 5,5% un chiffre historiquement bas. Le PIB par habitant à parité de pouvoir d’achat est maintenant d’un niveau presque équivalent à celui de la France – encore 2-3 ans pour le dépasser au rythme actuel – contre à peine 80% il y a 10 ans. Dans ces conditions, Israel semble offrir des opportunités intéressantes surtout pour les jeunes. Récemment, un excellent article de The Marker comparait le destin des Juifs séfarades qui ont choisi de venir en Israel avec ceux qui étaient partis en France. Sans entrer dans le débat du pourquoi, il est incontestable que ceux qui sont partis en France ont beaucoup mieux réussi que ceux partis en Israel. Mais cela n’est pas forcément le cas aujourd’hui. En fait, il est possible qu’un jeune séfarade de 18 ans, à niveau égal, réussisse mieux en Israel qu’en France.

Le troisième facteur, plus conjoncturel, découle de la politique fiscale du gouvernement de François Hollande – irréprochable sur sa politique extérieur par ailleurs. Dans ces conditions, il devient très intéressant de faire son aliyah pour protéger ses revenus ou simplement pour pouvoir entreprendre.

Cela signifie-t-il qu’il n’y aura bientôt plus de Juifs en France ? D’abord de combien de gens parlons-nous ?

La question du nombre de Juifs en diaspora se heurte généralement au problème de savoir qui est juif. Déjà que cette question se pose en Israel où la réponse est censée être relativement aisée à apporter, on imagine que la difficulté est démultipliée dans les pays où les Juifs sont des citoyens intégrés, assimilés, où leur identité juive n’est qu’une possibilité parmi d’autres. Cette problématique a été encore parfaitement illustrée par le fameux rapport du center Pew sur le Judaisme américain paru en octobre dernier. Alors que la dernière étude importante sur la communauté américaine, en 2001, avait estimé le nombre de Juifs à 5,2 millions et en diminution, l’étude Pew en compte 6,7 millions en 2013. La différence s’explique intégralement par des questions de méthodologies et de définition. Pew, qui n’est pas un groupe juif, compte comme Juifs des gens que nous n’identifierions pas forcément comme tels, et inversement ne comptent pas comme Juifs des gens qui le seraient indubitablement à nos yeux. Par exemple, le rapport compte 500,000 adultes américains dont les deux parents sont juifs mais qui ne se définissent pas comme tels ou seulement partiellement et sont au choix sans identité ethnique ou religieuse, chrétiens ou bouddhistes. Or il s’agit peut-être de Juifs complètement assimilés mais ils sont Juifs quand même. De même la méthodologie choisie pour compter les Juifs est surement critiquable, c’est une question plus technique qui n’a pas encore été évoquée, ou très peu, dans le débat autour du rapport, mais elle surgira probablement plus tard.

Alors combien de Juifs en France ? Le même centre Pew a récemment estimé leur nombre à seulement 350,000 mais ce n’était pas une enquête spécifique sur les Juifs de France et il est probable qu’il s’agisse d’une erreur. On a souvent entendu parler de 600 ou 700,000 juifs en France dans les années 80. Mais çela ne reposait sur aucune étude scientifique. Les seules enquêtes sur le sujet ont été menées par Doris Bensimon, qui estimait le nombre de Juifs à 535,000 en 1980, et Erik Cohen, qui lui estimait leur nombre à 520,000 en 1988 et 500,000 en 2002. Sur la base de ces derniers chiffres, les estimations actuelles tournent autour de 480,000, simplement en continuant la tendance et en prenant en compte la hausse de l’Aliyah.

Les chiffres des différentes études semblent cohérents entre eux mais les méthodologies ne sont pas toujours les mêmes et en y regardant de plus près des choses ne « collent » pas. Par exemple, l’étude de Bensimon dénombre 280,000 séfarades, 180,000 ashkénazes et 75,000 qui ne se définissent pas ainsi – probablement essentiellement des « Israélites » à l’ancienne qui sont eux-mêmes ashkénazes (alsaciens) pour la plupart.

L’étude de Cohen de 2002 compte 350,000 séfarades, 120,000 ashkénazes et 30,000 mixtes que Cohen ajoute aux ashkénazes. Comment en 20 ans le nombre d‘ashkénazes aurait-il pu s’effondrer de la sorte ? Même si aucun bébé ashkénaze n’était né, la baisse n’aurait pas été aussi forte. Comme il n’y a pas eu à notre connaissance d’émigration ashkénaze massive depuis la France, difficile de concilier ces chiffres. Il est donc possible que l’étude de 2002 sous-estime le nombre d’ashkénazes en France et donc de Juifs tout court, d’au moins 50,000.

La baisse du nombre de Juifs en France depuis les années 80 peut s’expliquer par les mariages mixtes et l’assimilation (31% de couples mixtes selon Cohen en 2002), probablement, mais surement aussi par l’émigration. Ainsi il y aurait selon l’estimation du consulat général de France à Tel Aviv près de 150,000 Français résidants en Israel. Le nombre d’électeurs inscrits a bondi de 15,000 en 2002 à 62,000 en 2012. Le bureau des statistiques israélien dénombre 73,000 Franco-Israéliens résidants dans le pays mais il ne compte que les gens nés en France (43,000) – ce qui exclut les gens nés en Algérie ou ailleurs – et les enfants dont le père est né en France (30,000), mais pas ceux dont seule la mère est française, ni les petits-enfants. Le nombre de 150,000 est donc raisonnable. Rajoutons les Juifs français qui sont partis dans d’autres pays, notamment ces 15 dernières années pour New York, Miami ou Londres où on trouve des communautés judéo-françaises de plusieurs milliers de personnes.

Admettons qu’il reste entre 480,000 et 530,000 Juifs en France. Mais le nombre de zakaye aliyah est plus important. Le droit au retour s’applique à toute personne ayant au moins un grand parent juif et leur conjoint. Donc Sarkozy et Carla pourraient faire leur aliyah. De combien de gens en plus s’agit-il ? En 1990 lors de l’ouverture de l’URSS on estimait le nombre de Juifs à 1,5 million mais le nombre d’ayant droits à l’aliyah à 3 millions, donc le double. L’assimilation étant quand même nettement moins forte en France que ce qu’elle fut en ex-URSS, on parle probablement de quelque chose comme 250,000 personnes. Cependant, ces gens ne sont que marginalement intéressés par l’aliyah en général. Environ 10% des olim de France ne seraient pas Juifs selon la Halakha – donc des conjoints de juifs ou des gens dont la mère n’est pas juive. Donc le potentiel maximal de l’aliyah en France est à la louche de 600,000 personnes.

La grande fuite hors de France a déjà commencé, doucement, depuis longtemps. Elle s’accélère. Mais à moins que Dieudonné ne soit élu Président de la République, tous les Juifs de France ne partiront pas. Je ne sais pas quel est le potentiel d’aliyah. On découvre toujours avec surprises que des gens extrêmement bien intégrés et qui juraient encore il y a quelques mois qu’ils ne quitteraient jamais la France vont s’inscrire à l’agence juive. Un autre ami, qui m’expliquait il y a quelques années comment il se battrait jusqu’au bout en France, déplore maintenant que sa profession ne soit pas transportable en Israel. Dans le passé j’aurais prédit que guère plus de 100 ou 150,000 Juifs de France seraient, dans des conditions extrêmes, prêts à venir en Israel. Je pense maintenant que ces mêmes chiffres sont réalisables dans les conditions actuelles si Israel est capable de faire les efforts pour les accueillir. Si une telle masse de gens quitte la France, la suite est réellement imprévisible.

Une seule solution, le retour a Sion

 

J’avais l’intention d’écrire quelque chose sur l’Aliyah et surtout les conseils pour bien la réussir. Mais les évènements récents me rappellent qu’il est avant tout important de savoir pourquoi faire son Aliyah.

Ce n’est pas que de telles horreurs soient impossibles en Israël. Le massacre de la famille Fogel à Itamar l’an dernier en est une preuve douloureuse. Mais la différence, c’est que c’est nous qui avons arrêté les tueurs et qui les jugeons, pas un gouvernement non-juif dont nous dépendons du bon vouloir – et je ne doute pas une minute de la sincérité de la réaction du peuple français devant cette horreur. Néanmoins c’est une chose de dépendre des autres pour sa sécurité et une autre d’être maître de son destin.

Il ne s’agit pas de fuir la France ou la sécurité des Juifs seraient en danger, parce que, pour le moment en tout cas, ce n’est pas vrai, mais de prendre son avenir en main, de cesser d’être un spectateur passif et de rejoindre le seul endroit où se joue le futur du peuple juif. La Diaspora, qui meure lentement par assimilation et déjudaïsation, n’a pas d’avenir. Les Juifs y survivent au mieux mais ne contribuent en rien à la créativité du peuple d’Israël.

Et comme les idéaux ne suffisent pas à remplir le ventre, il est aussi bon de se rappeler qu’en Israël, la croissance en 2011 était de 4,7% ; que le chômage est de 5,5% ; que le salaire moyen y est maintenant proche de celui de la France ; que les impôts y sont plus bas ; qu’il fait beau la majeure partie de l’année ; que l’énergie sans limite des Israéliens est contagieuse  et donne l’impression que tout est possible ici.

Ce qui est vrai. En 2000, moins de 4 ans en Israël, à 25 ans à peine et alors que je parlais médiocrement l’hébreu, je rencontrais députés et ministres et les convainquaient de s’opposer à une loi (la loi Tal – elle est passée mais ceux que j’ai rencontré ont voté contre). Rien qu’hier, j’ai fait partie du petit groupe , au ministère des Affaires Etrangères, en compagnie de hauts fonctionnaires et d’artistes graphiques majeurs, qui a décidé de ce que serait le logo et le branding d’Israël ces prochaines années. Et juste après, je me promenais dans la rue et je croise le Maire de Jérusalem qui me demandait de mes nouvelles. Ça serait possible ça en France ? J’y suis né, j’y ai fait de hautes et brillantes études et pourtant je ne m’imagine pas qu’aujourd’hui j’aurais pu décider de l’image de la France ou que Delanoë me prenne dans ses bras et me parle en vieux copain.

Je ne cherche pas à me mettre en avant. Juste à montrer l’étonnante ouverture de ce pays et ce malgré les réels obstacles et les oppositions qui y existent. Il vaut mieux habiter à Tel Aviv ou dans une riche banlieue. Il vaut mieux être issu d’une famille ashkénaze laïque. Il vaut mieux avoir été dans certaines unités a l’armée. Il vaut mieux être dans les bons cercles et connaitre les bonnes personnes, comme partout. Et pourtant, malgré tout ça, tout reste ouvert quand on apprend comment manœuvrer dans la culture israélienne. C’est parfois dur, et souvent très frustrant. Il y a des détours, des murs à abattre, des impasses. Mais on peut toujours trouver une voie.

Et ça, c’est Rak be Israel.