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Quand l’histoire est réécrite selon les besoins de l’idéologie

La résolution de l’UNESCO, honteusement votée par la France, niant les liens entre le peuple juif et Jérusalem n’est que le dernier avatar d’un discours développé par le monde musulman depuis plusieurs décennies et visant à réécrire l’histoire au service de la cause nationaliste arabo-musulmane. Le Temple n’a jamais existé, Jesus était Palestinien, et les Palestiniens sont les descendants au choix, suivant les jours, des Cananéens, des Philistins, ou des Hébreux. Les contradictions internes de ces étranges affirmations, leur opposition à ce que le Coran lui-même dit explicitement, ne sont que des détails sans importance aux yeux de ceux qui les avancent. Car pour eux comme pour les idiots utiles de la gauche progressiste occidentale qui les soutiennent, la vérité n’a aucune importance, seule compte la « cause » et tout est permis pour la faire avancer.

La réécriture de l’histoire, pas uniquement celle d’Israel, occupe une place essentielle dans le dispositif de propagande islamo-gauchiste. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas non plus une chose qu’ils ont inventé. Comme chacun sait, l’histoire est écrite par les vainqueurs, et ils ont toujours eu tendance à se donner le beau rôle. La nouveauté ici c’est que la réécriture est pratiquée avant la victoire et avec la complicité des élites des peuples qu’ils veulent soumettre.

Pourquoi donc les élites européennes acceptent-elles de collaborer avec cette entreprise négationniste ? Parce qu’elles sont elles-mêmes depuis 50 ans en plein travail de réécriture de leur propre histoire. Les Juifs et les Européens ont tiré des enseignements complètement opposés de la Seconde Guerre mondiale: les Juifs ont compris qu’ils ne pourraient pas survivre sans posséder un Etat fort et indépendant ; les Européens ont conclu que le nazisme était le stade ultime de l’Etat-Nation et que ce modèle devait être dépassé et le nationalisme éliminé. Fondamentalement, les Européens se sont complètement mépris sur la nature du nazisme, qui loin d’être un nationalisme était bien au contraire anti-nationaliste – une idéologie raciale qui méprisait les Etats-Nations et souhaitait leur destruction avec autant de ferveur que les intellectuels cosmopolites.

Et c’est cette motivation qui est à l’origine du projet de construction européenne.

Pour certains, « l’Europe » évoque un projet idéaliste et noble qui visait à unifier par la paix et l’économie des peuples qui se sont entretués pendant des siècles. Pour moi, l’Europe évoque avant tout la fin de l’Empire romain. La principale impression que me donnent les pays européens c’est qu’ils sont en fin de vie, que leurs peuples ont cessé de croire en eux-mêmes, et qu’ils s’apprêtent à disparaitre de l’histoire, en faisant plus ou moins de bruit.

Le parallèle avec la chute de l’Empire romain est pertinent à plus d’un titre. Les causes de cette chute sont un des sujets les plus débattus et les plus contestés par les historiens depuis des siècles. L’histoire est une discipline qui n’a a priori pas d’autre but que d’établir les faits sur les évènements passés et les expliquer, mais malheureusement depuis quelques décennies les dérives idéologisantes qui infectent les sciences sociales dans les universités et l’obsession pour les explications basées sur des théories pseudo-scientifiques ont aussi pénétré cette auguste discipline et dénaturé son travail.

Comme je disais précédemment, le travail de réécriture de l’histoire n’est pas une invention contemporaine. Par exemple, nous avons tous appris à l’école que la chute de l’Empire romain avait eu lieu au moment des invasions barbares au 5ème siècle. Ce qui est vrai et faux en même temps. Car l’Empire romain n’a réellement été détruit qu’en 1453, soit mille ans plus tard, avec la chute de Constantinople. Ce qui a disparu au 5ème siècle, c’est l’Empire romain d’Occident, tandis que celui d’Orient (la division datant du 3ème siècle) a continué à prospérer pendant quelques temps. Mais dans les livres d’histoire l’Empire romain d’Orient est appelé « Empire byzantin », un nom qu’il n’a jamais porté. C’est une invention des historiens du 19ème siècle.

C’est a priori un détail, mais qui en dit long sur la façon dont certains a priori idéologiques peuvent motiver l’analyse de l’histoire. En changeant le nom de l’Empire romain d’Orient, les occidentaux s’appropriaient entièrement l’héritage civilisationnel de Rome et le niait à ceux qui se réclament de Constantinople – les Grecs et les Russes surtout.

Plus récemment, deux révisions de la description classique de la chute de l’empire romain d’occident ont jouit d’une grande popularité pour des raisons plus idéologiques que réellement basées sur la recherche de la vérité. D’abord, en réaction aux représentations nationalistes simplistes qui voyaient dans les grandes migrations du premier millénaire le mouvement de nations entières, il est devenu courant de nier non seulement le caractère national de ces mouvements, mais même leur existence.

L’empire romain d’occident s’est effondré suite à l’infiltration massive de populations germaniques « barbares », elles-mêmes mises en mouvement par l’arrivée des Huns – les Angles et les Saxons, les Francs, les Lombards, etc. D’autres migrations ont suivi et bouleversé le paysage démographique européen dans les siècles suivants: celle des Slaves, des Magyars (les Hongrois), ou des Vikings. Cependant, dans les cercles historiens il est devenu de plus en plus courants de nier ou de fortement limiter la réalité de ces mouvements. Il ne s’agirait que de groupes de quelques milliers guerriers issus des élites qui auraient remplacé les anciennes élites locales sur le modèle de la conquête de l’Angleterre par les « Normands » en 1066, la masse de la population restant inchangée.

Pour arriver à cette conclusion, il faut refuser par exemple d’accepter les témoignages directes de l’époque qui décrivent des mouvements de masse de gens accompagnés de femmes et d’enfants ainsi que ce que nous apprend l’archéologie. Mais il est plus important de s’opposer à une vision qui renforce les mythes nationaux honnis.

La deuxième révision devenue populaire chez les historiens est en fait de nier plus ou moins la réalité des conséquences de la chute de l’Empire romain. Le mot « chute » laisse entendre un bouleversement total de la vie et de la civilisation telles qu’elles étaient connues par les citoyens de l’ancien empire et généralement pas pour le mieux. Mais non, nous explique-t-on. En fait, il n’y a pas eu de vrai changement, mais plutôt une continuité dans un cadre un peu différent. Les « barbares » étaient déjà largement romanisés et n’ont fait que reprendre les structures pré-existantes. Les populations de l’époque n’ont pas vécu de véritable rupture.

Sauf que, comme le prouve l’historien britannique Bryan Ward-Perkins dans son ouvrage « The Fall of Rome and the end of civilization », la chute de l’Empire romain d’occident fut un désastre d’une ampleur inouïe sur tous les plans: effondrement démographique (encore qu’en Italie le pire eut lieu lors de la reconquête par l’empire romain d’Orient au 6ème siècle), effondrement économique, effondrement culturel, effondrement technologique. En Angleterre, le niveau de vie est revenu à ce qu’il était à l’âge de bronze. Dans le reste de l’Europe, il faudra attendre entre le 13ème et le 19ème siècle, suivant les domaines, pour juste retrouver le niveau de l’époque romaine (en terme de commerce, de production, d’échanges, de technologie, de démographie).

Ward-Perkins pense que les raisons de ce travestissement de la réalité historique sont liées à la construction européenne et notamment à la volonté de faire plaisir à l’Allemagne: il s’agit de ne pas lui mettre sur le dos la fin de la civilisation romaine. Il s’agit aussi de nier les thèses conservatrices sur les menaces que l’immigration de masse ferait peser sur la civilisation occidentale contemporaine.

C’est là que nous retrouvons la pertinence de l’exemple romain. Quelques soient les opinions sur les causes profondes de la chute de Rome, deux facteurs sont indéniables: la faiblesse démographique romaine dans ses derniers siècles et l’immigration massive et non-voulue des populations germaniques. Ces deux facteurs trouvent une résonance dans la situation européenne actuelle qui mêle aussi faible natalité des populations autochtones à une immigration « barbare » soutenue. On comprend pourquoi il est impératif de faire disparaitre un ancien exemple qui pourrait donner l’idée que l’avenir européen n’est pas rose.

Et tout redevient alors logique: on réécrit l’histoire pour détruire les mythes nationaux et, on espère, les Nations ;  et pour faire accepter l’immigration étrangère de masse dont l’objectif avoué est aussi d’affaiblir la base historico-ethnique des identités nationales européennes pour créer un nouvel homme européen transnational.

Toute cette construction idéologique est en train aujourd’hui d’exploser au visage des européens qui découvrent aujourd’hui ce que l’URSS a fini aussi par apprendre à la fin des années 80: que la réalité est plus forte que l’idéologie, et que tout se paie.

La Palestine c’est Israël

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Article publié sur The Times of Israel français

La plupart des Juifs n’aiment pas le nom de « Palestine ». Il a quelque chose d’insultant envers nous, d’agressif, comme une négation de notre identité.

Vous connaissez tous l’histoire : suite à la troisième guerre judéo-romaine de 132-135, dite révolte de Bar Kohva, les Romains, excédés par ce peuple qui refusait de se soumettre à sa loi, décidèrent de changer le nom de la Judée en Palestine, en souvenir des Philistins, anciens ennemis irréductibles des Israélites.

Une façon d’ajouter l’insulte et l’humiliation à la défaite qui nous joue des tours jusqu’à aujourd’hui.

Imaginez que le pays ne se soit jamais appelé Palestine mais toujours Judée et le conflit israélo-palestinien (israélo-judéen ?) aurait été profondément transformé.

Sauf que cette lecture est malheureusement erronée. Pour commencer, le changement de nom de Judée en Palestine, et surtout, la décision de reconstruire Jérusalem comme cité païenne moderne sous le nom d’Aelia Capitolina, ne furent pas les conséquences de la guerre mais ses causes.

Nous savons aujourd’hui que la décision fut prise par l’empereur Hadrien suite à la deuxième guerre judéo-romaine de 115-117, dite guerre de Kitos; Hadrien était profondément helléniste et se voyait comme la réincarnation des empereurs séleucides.

Il souhaitait accomplir ce que ceux-ci avaient tenté à l’époque de la révolte des Maccabés et éradiquer le Judaïsme à sa source.

Hadrien n’a pas choisi le nom de Palestine par hasard et ne l’a pas inventé. Le nom de Palestine était utilisé depuis Hérodote au 5ème siècle avant l’ère commune.

Dans ses « Histoires », Hérodote décrit la Palestine comme un pays habité par des gens circoncis, ce qui n’était pas le cas des Philistins et qui s’étend sur tout le territoire entre la Phénicie et l’Egypte, et pas le petit territoire philistin entre Gaza et Ashdod.

D’ailleurs, les Philistins ont complètement disparu de l’histoire au moment de leur conquête par Nabuchodonosor à la fin du 6ème siècle avant l’ère commune, avant même la naissance d’Hérodote.

Aristote utilise le terme dans le même sens, ainsi que d’autres auteurs grecs ou romains, et même juifs comme Philon. Il est peu probable que Philon aurait utilisé ce terme s’il signifiait « pays des Philistins ».

D’autant plus que dans la traduction grecque de la Torah, la Septante, les Philistins sont appelés « Philistieim » et pas Palestiniens (Palastinoi) et leur pays – Gê ton Philistieim.

D’où vient alors le nom de Palestine ? Pour l’historien David Jacobson, dans un article de 2001 pour la Biblical Archeology Review, ce serait simplement une traduction grecque d’Israel.

Israël signifie d’après la Torah « celui qui a lutté avec Dieu », et la racine grecque Palaistine signifie justement « lutte ». La ressemblance avec le nom des Philistins (peuple originaire du monde grec) aurait rajouté un petit jeu de mot dont les Grecs étaient friands.

Cela n’a après tout rien d’extraordinaire. Les Grecs traduisaient souvent le nom des pays dans leur propre langue à commencer par les voisins d’Israël comme la Phénicie, traduction grecque de Canaan, ou la Mésopotamie, une traduction de Naharayim.

Ainsi, Palestine signifierait tout simplement Israël et les Palestiniens seraient donc des Israéliens sans le savoir. Voilà qui réglerait bien des problèmes.

Jesus et Yeshu – histoire d’un malentendu ?

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Article paru sur The Times of Israel français

Le Talmud parle de tout. De loi avant tout, mais aussi d’histoire, de légendes, d’éthique et de morale, on y trouve même des histoires drôles et des conseils de cuisine.

Aussi on pourrait s’attendre à ce qu’il discute d’une branche dissidente du judaïsme qui a fini par devenir la religion de l’Empire romain.

Jesus et le christianisme, vus d’aujourd’hui, ont révolutionné le monde, changé son histoire, et d’un point de vue religieux, ont fait de la tradition d’Israël l’héritage d’une bonne partie de l’humanité.

Voilà des sujets sur lesquels les sages du Talmud avaient sûrement beaucoup à dire.

La Mishna a été compilée à l’endroit et au moment même où le christianisme naissait et se développait, la Gemara a été écrite quand il devenait religion impériale, on peut difficilement rêver meilleure position.

Et que trouve-t-on alors dans le Talmud sur Jesus et le christianisme : à peu près rien !

Cela n’a pas empêché l’Eglise de censurer le Talmud et d’en faire retirer tous les passages qui pouvaient, si on a beaucoup d’imagination, évoquer Jesus, les apôtres ou le christianisme.

Parfois, néanmoins, il ne fallait pas beaucoup d’imagination. Quelques passages talmudiques évoquent un certain Yeshu qui aurait fait dévier le peuple d’Israel du droit chemin, dont la mère s’appelait Myriam, qui avait des disciples et qui aurait été pendu pour sorcellerie.

Or, il faut savoir que « Yeshu » est le nom de Jesus en hébreu moderne, ce qui laisse à penser que ces passages donneraient la version juive de la vie de Jesus.

Regardons de plus près: d’après le rabbin orthodoxe américain Gil Student, on trouve dans le Talmud deux Yeshu différents : un est Yeshu Ben Pandera/Panthera, qui vivait à l’époque du roi hasmonéen Alexandre Jannée, soit près d’un siècle avant Jesus.

Suite à un malentendu avec son maitre, Rabbi Yehoshua Ben Perachiah, il aurait fondé un culte hérétique ; le second s’appelait Yeshu Ben Stada, il vivait à l’époque de Rabbi Akiva soit un siècle *après* Jesus, et fut pendu pour sorcellerie à Lod.

Notons qu’en hébreu ou araméen, Jesus devrait se dire Yeshua et non Yeshu. Il n’est pas vraiment clair si Yeshu était réellement un prénom – un diminutif de Yeshua, prénom très courant – ou un terme à la signification différente.

Dans son livre The Jesus The Jews Never Knew publié en 2003, Franck Zindler passe en revue toutes les sources juives qui auraient pu ou du évoquer Jesus et les origines du christianisme.

Zindler est un militant athéiste et son livre est publié par les American Atheist Press. Son objectif est de montrer que les Juifs en terre d’Israel n’ont pas gardé le moindre souvenir de Jesus et n’ont jamais entendu parler de lui, ce qui tendrait à démontrer qu’il n’a jamais existé.

La théorie du Jesus mythique n’est pas nouvelle et a connu son heure de gloire au début du 20ème siècle. Comme Zindler le reconnaît lui-même, l’immense majorité des chercheurs et des spécialistes académiques rejettent aujourd’hui cette thèse, pour deux principales raisons : parce que si Jesus n’avait pas existé, les païens et les Juifs de l’antiquité auraient été les premiers à le dire, et parce qu’il y a quelques témoignages de l’époque sur son compte.

Sans entrer dans la polémique elle-même, le premier de ces arguments est faible. Si les opposants antiques au christianisme n’ont pas nié l’existence de Jesus c’est qu’ils n’avaient aucune possibilité de le faire.

Les polémiques contre les chrétiens ont commencé des décennies au minimum après la mort supposée de Jesus, comment donc pouvaient-ils savoir si ce dernier avait ou pas existé ?

Quant aux témoignages, d’après Zindler, il s’agit essentiellement de passages qui confirment l’existence de chrétiens, pas de Jesus lui-même.

Les rares textes qui évoqueraient Jesus directement seraient hautement suspects.

En fait si Jesus avait réellement existé il aurait du suscité beaucoup plus de réactions.

Contrairement à ce que les gens imaginent, la Judée à cette époque n’était pas un obscur coin paumé de l’Empire romain mais une petite province relativement riche, densément peuplée, pas stratégique en elle-même mais proche de zones essentielles, dont la famille régnante était extrêmement proche du pouvoir impérial – c’est Agrippa qui a fait nommé Claude empereur après l’assassinat de Caligula – et dont la religion connaissait une grande popularité dans les classes aisées et jusque dans la famille impériale où on trouvait des « Judaïsants ».

Le livre de Zindler n’est ni neutre ni objectif. C’est un livre partisan, apologétique, et qui le dit ouvertement.

C’est d’ailleurs une très bonne chose, cela permet de savoir précisément comment apprécier les arguments de l’auteur et cela démontre une certaine honnêteté intellectuelle.

Zindler n’hésite pas à admettre quand il ne sait pas, quand il ne fait que spéculer, ou quand il n’est pas d’accord avec quelqu’un mais reconnaît ne pas pouvoir démontrer sa position.

Il faut certes subir les torrents de mépris que l’auteur déverse sur la religion en général et les religieux en particulier. Les théologiens, les prêtres, les rabbins sont tous avides de pouvoir et d’argent, prêts à mentir, trafiquer et falsifier les textes pour atteindre leurs objectifs. Et ils sont tous très bêtes. On n’oublie donc jamais qu’on a affaire à un militant.

Zindler s’attaque tout d’abord aux auteurs juifs du premier siècle qui auraient pu ou du parler de Jesus.

D’abord Philon d’Alexandrie, le philosophe juif qui est sans doute le père (involontaire) de certains concepts développés dans les Evangiles comme le Logos.

Philon était contemporain de Jesus, il s’intéressait de très près à ce qui se passait en Israël, venait souvent à Jérusalem, et avait des liens de parenté avec la famille hérodienne et pourtant, pas un mot sur le fondateur du christianisme ni ses disciples.

Ensuite, Zindler aborde Flavius Josèphe, l’historien de la première guerre judéo-romaine, qui n’a pas été un contemporain de Jesus mais dont les écrits furent préservés par l’Eglise parce qu’ils prouveraient son existence.

On trouve dans ses « Antiquités juives » quelques passages qui évoquent Jesus ou Jean le Baptiste, mais bizarrement pas dans La Guerre des Juifs, livre écrit 20 ans plus tôt et qui traite pourtant directement de la période en question.

Il est admis par à peu près tout le monde aujourd’hui que certains de ces passages sont des interpolations de scribes chrétiens, mais Zindler s’attache à démontrer qu’à l’exception du texte concernant Jacques le Juste, tous ces passages sont des faux.

Le paragraphe qui parle de Jesus, le « Testimonium Flavianum« , est considéré de façon quasi-consensuelle comme au minimum une interpolation partielle.

Certains pensent qu’il y a un noyau originel réellement écrit par Flavius Josèphe.

Je dois avouer être plutôt d’accord avec Zindler sur le fait que cela n’a pas grand sens : d’abord parce que ce passage n’a aucun rapport ni avec le paragraphe qui précède ni avec celui qui suit, tandis que si on le supprime, la continuité est parfaite ; ensuite parce que si c’était le cas, comment expliquer que Josèphe ne parle de Jesus nul part ailleurs ?

Josèphe consacre tout un passage à un obscur agitateur politico-religieux juif égyptien mais pas de développement sur un Jesus qu’il aurait pourtant évoqué en passant ?

Zindler s’attaque ensuite au Talmud.

Il entre beaucoup plus dans les détails que le rabbin Gil Student, notamment en étudiant l’évolution des mêmes passages de la Mishna (close en 200 en Israël) et la Tosefta (même époque) aux Gemarot du Yerushalmi (terminée au 4ème siècle à Tibériade) puis du Bavli (finie un siècle plus tard en Mésopotamie), et s’attaque à tous les passages qui furent jamais considérés comme évoquant Jesus ou ses disciples.

Il consacre par exemple beaucoup de temps à démontrer que le Balaam dont discutent les rabbins est bien le Balaam biblique et pas Jesus, ce qui semble pourtant aller de soi, mais illustre le biais inverse du sien: celui de l’Eglise au moyen-âge mais aussi de tous les chercheurs à l’époque moderne qui n’ont jamais pu se faire à l’idée que le Talmud ne disait rien de Jesus ou des apôtres et sont allés les trouver dans les endroits les plus improbables.

Ainsi non seulement Balaam serait en fait Jesus, mais Gehazi serait Paul ou Doeg serait Pierre.

Evidemment cela n’a aucun sens et pourtant ces thèses sont à tout le moins prises en considération dans certains cercles académiques.

Comme on peut s’y attendre, Zindler n’a pas un grand respect pour le Talmud.

Il s’agit à ses yeux d’une collection d’histoires orales déformées au fil des générations et sans grand sens. Mais ce n’est pas vraiment la question. Le fait est que la Mishna ne dit pas le moindre mot sur Jesus ou ses disciples, même pas par des allusions mystérieuses.

Quant aux passages concernant Yeshu qui apparaissent dans la Gemara dont nous avons parlé avant, dans leurs versions plus anciennes dans la Tosefta, le nom même de Yeshu n’est pas présent pas. Parfois il y avait juste le nom Ben Panthera ou Ben Stada sans le prénom, parfois juste « untel » (ish ploni).

L’interprétation de Zindler est différente de celle de Student. Ce dernier prend le Talmud très au sérieux et considère que la tradition orale a été scrupuleusement respectée dans sa transmission au cours des siècles avant d’être mise par écrit.

Les détails donnés sont donc exacts. Pour Zindler, les histoires en question n’avaient probablement aucun rapport à l’origine avec Jesus mais face à la montée du christianisme elles ont été récupérées et utilisées pour répondre à la polémique chrétienne puis se sont enrichies de nouveaux détails inventés au fil du temps.

On sait que dès le deuxième siècle, d’après Origène, les Juifs affirmaient que Jesus était le fils d’une Myriam et d’un soldat romain appelé Pandera. Par la suite la confusion a donné naissance aux célèbres Toldot Yeshu, une sorte de réponse juive parodique aux Evangiles.

La thèse de Zindler est intéressante : le christianisme résulterait de la conjonction de diverses sectes hérétiques de Juifs hellénisés inspirés par le Gnosticisme et serait apparu en dehors d’Israël.

Jesus était une sorte de figure spirituelle mystique sans incarnation réelle et les apôtres eux-mêmes n’auraient jamais existé.

Ce qui explique comment l’Eglise a pu s’étendre si rapidement et se déchirer en sectes schismatiques presque dès le début – ces églises étaient déjà là avant.

Dans sa théorie, les judéo-chrétiens, ceux qui cherchaient à concilier Judaisme et croyance en Jesus vu comme un prophète et messie mais pas comme le fils incarné de Dieu, ne représenteraient pas la forme originelle du christianisme comme on le pense en général mais au contraire une dérive tardive.

Après tout, il existe aujourd’hui des groupes de ce type dits « Juifs messianiques » – qui sont entièrement chrétiens comme leur nom ne l’indique pas – et ils sont effectivement très récents.

Zindler semble négliger dans son analyse l’existence à l’époque d’un fort courant de Judaisants, des païens attirés par le Judaisme et qui en imitaient certaines pratiques.

Il est indéniable que ces Judaisants ont été le terreau fertile sur lequel le christianisme a pu se développer à ses débuts, et si on suit la thèse de Zindler, il serait plus logique de voir en eux les créateurs du christianisme que des Juifs hellénisés.

Mais il existe une autre possibilité, évoquée notamment par de nombreux sages de notre tradition comme le Ramban : que le Ben Panthera qui vivait un siècle avant Jesus soit le véritable Jesus historique.

Certains historiens comme G. R. S. Mead en 1903 ou Alvar Ellegard en 1999 ont notamment émit l’hypothèse, en analysant les Evangiles, que Jesus vivait un siècle avant lui-même.

Toutes ces théories sont intéressantes mais il faut se rappeler qu’ill s’agit entièrement de conjectures qui ne reposent sur aucune preuve concrète.

A moins que les archéologues ne découvrent de nouveaux artefacts irréfutables, il sera impossible de savoir ce qui s’est vraiment passé et chacun continuera à croire ce qui lui plait.

L’obsession antijuive, une maladie vieille de 2500 ans

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Je viens de finir l’excellent Anti-Judaism, the Western Tradition de David Nirenberg. Sa thèse, extrêmement fouillée et érudite, est que l’anti-Judaisme, qu’il distingue de l’antisémitisme, est une façon de penser le monde qui caractérise le monde occidental depuis 2500 ans, mais surtout depuis les débuts du Christianisme. Il veut dire par là qu’il existe une tradition antique de penser le monde en terme de Juifs, de Judaisme, et de « questions juives », questions essentielles et par lesquelles des groupes entiers se sont définis, et ceci généralement, et c’est l’élément le plus fascinant, sans le moindre rapport avec les Juifs réels – mais avec de lourdes conséquences pour eux.

Nirenberg part de l’Egypte ancienne et y trouve les premières traces d’anti-Judaisme à l’époque de l’occupation perse – par les autochtones, qui devaient sans doute peu apprécier les célébrations locales de Pessah -, et leur récupération obsessionnelle et violente plus tard par les élites grecques, en particulier après l’occupation romaine. Nirenberg étudie aussi plus tard les fondements antijuifs de l’Islam, mais le coeur de son ouvrage concerne le monde chrétien.

Tout part initialement de la célèbre phrase de Paul: « La lettre tue et l’esprit donne la vie ». Les chrétiens, des origines à aujourd’hui, ont un problème: que faire de la Loi telle que présentée dans l’Ancien Testament. Les dualistes, tels Marcion, étaient tentés de le rejeter complètement, y voyant l’oeuvre de Métatron ou de Satan et pas du vrai Dieu révélé/incarné par Jésus. Paradoxalement, si cette vision avait triomphé, le sort des Juifs aurait probablement été meilleur. Mais l’Eglise a choisi une autre voie, celle du remplacement de l’ancien Israel par le Verus Israel incarné par les chrétiens. La tradition d’Israel ne peut être effacée, mais l’Eglise affirme aussi, suivant Paul qui à l’origine ne s’adressait qu’aux païens souhaitant devenir chrétiens, que la Loi d’Israel n’a plus lieu d’être. C’est que les Juifs ont mal compris les textes sacrés qu’ils ont reçu. Il n’a jamais fallu les prendre à la lettre mais seulement de façon allégorique, là où se situe leur véritable sens.

Ainsi le Judaisme est devenu l’incarnation de la Loi qui oppresse, du bassement matériel, de tout ce qui est « dans ce monde ». Mais comment savoir exactement où s’arrête la frontière entre le texte et son allégorie, entre la loi et l’esprit, comment ne pas risquer d’aller trop loin dans l’exégèse au point de se couper du texte ou pas assez et risquer de répéter les erreurs des Juifs ? D’innombrables « questions juives » vont surgir et les théologiens chrétiens ne vont cesser de s’attaquer entre eux et de s’accuser de « Judaïser » les uns les autres, le Judaïsme devenant un concept mouvant au fil des interprétations, mais toujours répulsif.

Nirenberg montre comment ces questions juives se sont transmises au cours des siècles, ont évolué, se sont transformées mais ont gardé leur centralité, de l’Espagne moyenâgeuse à Shakespeare – il propose une interprétation particulièrement intéressante du « Marchant de Venise » qui dépasse la question de savoir si la pièce est antisémite ou pas. Il montre aussi en passant comment les historiens ont souvent mal interprété d’anciens débats, imaginant que derrière les accusations de « judaisation » se cachaient de véritables Juifs qui cherchaient à convertir des chrétiens, des origines juives ou une intention de se rapprocher du Judaisme réel. Il n’en est rien. Il s’agissait de débats purement internes aux chrétiens et d’accusations sans le moindre rapport avec les Juifs ou le Judaisme réels. D’autant plus que jusqu’à l’époque moderne, et surtout pendant la Renaissance, l’Europe occidentale était pratiquement vide de gens pratiquants le Judaisme ouvertement.

La tragédie révélée par le livre est que lors du passage à l’age moderne, les philosophes, tout en rejetant la religion, ont continué à utiliser les structures mentales qui en étaient issues concernant la place du Judaisme, qui reste ou devient associé à l’obscurantisme, au matérialisme etc… Spinoza porte ici une responsabilité majeure, de même que Marx plus tard et à des niveaux moindres, d’autres intellectuels d’origine juive qui vont continuer à utiliser et répandre les structures de pensée antijuives – on peut citer plus récemment le cas d’Hannah Harendt. La période de la modernité philosophique, malgré toute ses différences avec les périodes précédentes, perpétue la tradition d’anti-Judaisme du passé, et les philosophes s’accusent les uns les autres d’être trop « Juif » et de « Judaiser », même si le sens peut profondément se transformer. Ainsi Kant, qui dénonçait lui-même le Judaisme de ses adversaires – là encore sans le moindre rapport avec le Judaisme réel – a fini par être perçu comme l’incarnation du Judaisme en philosophie à cause de son intellectualisme abstrait. Remarquons que de même que l’antisémitisme moderne accuse les Juifs d’être à la fois ultra-capitalistes et communistes, nationalistes sectaires et cosmopolites, pour l’anti-Judaisme moderne, les Juifs incarnaient à la fois le matérialisme et l’esprit étroit de la lettre mais aussi l’intellectualisme et la pensée abstraite.

Nirenberg s’arrête à la Shoah. Il prend beaucoup de précautions mais son message est clair, cette antique tradition d’anti-Judaisme, qui n’est pas toujours antisémite au sens où nous l’entendons aujourd’hui – dans le sens où des intellectuels qui pratiquaient l’anti-Judaisme n’étaient pas systématiquement hostiles aux Juifs réels, parfois même ils pouvaient les défendre -, a joué un rôle majeur dans le fait que la Shoah a pu être possible.

Il serait cependant erroné de croire que le génocide a mis fin à cette tradition. Même si l’Eglise a fait son mea culpa, les germes ont été dispersés depuis trop longtemps, et leurs fruits sont depuis longtemps consommés bien au-delà du monde chrétien. Le virus a muté. Des millions de personnes continuent à penser le monde en terme d’Israel et de Juifs comme l’actualité nous le prouve tous les jours, de l’affaire Scarlett Johansonn à Dieudonné. Il est difficile de ne pas voir le parallèle entre la théologie de remplacement de l’Eglise et l’idéologie de remplacement antisioniste selon laquelle les Palestiniens sont les nouveaux Juifs, à la fois comme victime d’un génocide, et comme habitants originels – depuis 9000 ans nous apprenait hier le ministre palestinien Saeb Arekat – de la « Palestine ». La différence c’est qu’ici les Juifs réels n’ont plus aucun rôle à jouer – ce que l’église leur permettait en général – à part disparaitre. C’est finalement la variante musulmane de l’anti-judaisme décrite par Nirenberg, celle qui voit dans les Juifs des menteurs et des faussaires à convertir ou exterminer. La différence c’est qu’aujourd’hui les Juifs ne sont plus des sujets passifs de cette histoire mais des acteurs qui ne se laissent plus faire. Et ça change tout.

Top 10 des meilleures series de tous les temps que j’ai vu

C’est la nouvelle année et outre les innombrables vacances avec les enfants sur les bras, et les kilos en plus pendant les fêtes, c’est aussi généralement le temps des listes et autres top 10 dans les blogs et magazines. Pour les rares lecteurs non-initiés en matière de calendrier juif, le nouvel an, pour nous, c’est maintenant et pas fin décembre début janvier (période non-fériée en Israel d’ailleurs).

J’ai toujours trouvé le concept des listes des meilleures films ou séries complètement stupide. C’est pourquoi j’ai décidé de le faire aussi 🙂 mais en mettant les choses au clair dès le début : cette liste n’a pas vocation à être la vérité absolue. Elle ne reflète que mes gouts, et forcément elle ne peut être basée que sur ce que j’ai vu, soit un minuscule pourcentage de la production télévisée mondiale.

Il y a des tas d’excellentes séries qui ne sont pas dans la liste, bien que je pense qu’elles soient excellentes, tout simplement parce qu’elles ne me parlent pas, comme Mad Men ou Breaking Bad, ou que je les ai découvertes trop tard, comme Deadwood. Il y a inversement dans ma liste des séries qui sont loin d’être de grande qualité mais qui ont ce petit quelque chose en plus qui les rend géniales.

La seule vocation de cette liste est de servir de guide à ceux qui seraient intéressés à découvrir de bonnes séries. Ils continueront le chemin tous seuls ensuite. Donc je commence, sans ordre particulier à part la première.

MAJ: J’ai ajouté pour chaque série ou presque un épisode a ne pas manquer, l’épisode à voir si vous n’en voyez qu’un.

1.       The Wire (2002-2008), HBO.

The Wire est généralement considérée comme la meilleure série télé de tous les temps, et rien que pour ça on serait tenté de dire le contraire. Mais il faut se rendre à l’évidence, c’est bien la meilleure série de tous les temps. On ne le comprend qu’en la voyant. Une série sur le trafic de drogue à Baltimore, a priori, ça ne donne pas spécialement envie. Et il faut un peu de temps pour rentrer dedans, c’est même légèrement incompréhensible durant les premiers épisodes, signe qu’on a affaire à une œuvre qui ne cherche pas la facilité, ne prend pas ses spectateurs pour des ânes et ne fait pas de concessions. Ensuite, c’est extraordinaire, en particulier les saisons 3 et 4 qui approchent la perfection. La méticulosité de l’écriture, l’attention aux moindre détails, les acteurs parfaits, l’intrigue fascinante, on touche au meilleur de ce qui est possible à la télé. Si vous ne devez en voir qu’une.

Episode à ne pas manquer: dans ce cas, cette série ne se découpant pas en épisode, c’est impossible à dire.


2.       Lost (2004-2010), ABC

A l’origine ça devait être une version fiction de « Survivor » concoctée par une bande de cadres dirigeants d’ABC. JJ Abrams (très vite remplacé par Carlton Cuse) et Damon Lindelof l’ont transformée en objet culte quasi-religieux et mystique. Les fans semblaient attendre de la série qu’elle leur révèle le sens de la vie, ils ne pouvaient qu’être déçus. Mais Lost reste une des meilleures séries de networks, une des plus ambitieuses et innovantes surtout dans ses techniques de narration qui ont marqué l’histoire de la télévision (le final de la saison 3 restera longtemps dans les annales). Ne vous attendez pas à un puzzle savamment construit dans lequel chaque pièce prend son sens  lors de la révélation finale, mais savourez le parcours et ses innombrables twists, retournements, émotions, et autres « What the fuck ? ». La fin, quoi qu’on en pense, reste émotionnellement magnifique.

Episode à ne pas manquer: 4×05 – The Constant. Un chef d’oeuvre.


3.       Battlestar Galactica (2004-2009), Sci Fi/SyFy

A priori, le remake d’une série de SF méga-kitsch de la fin des années 70, vaguement inspirée de Star Wars et de doctrine religieuse mormone, ça ne semblait pas une recette pour la réussite. Et pourtant si. Il est vrai qu’il ne reste à peu près rien de la série d’origine si ce n’est quelques prémices et choix de designs. BSG est la série de SF pour les gens qui n’aiment pas la SF. Ultra-réalisme, choix moraux gris, personnages principaux ambigus, sous-texte politique, mysticisme religieux, le tout dans une histoire prenante et une réalisation parfaitement maitrisée. Même les effets spéciaux sont de très haut niveau malgré le faible budget et les combats spatiaux donnent une leçon à Georges Lucas et ses minables prequels starwarsiens.  Il faut voir le premier épisode de la série (pas la mini-série assez médiocre de 2003 qui introduit la série), « 33 » : un bijou de perfection qui fait tout de suite comprendre qu’on a affaire à quelque chose de diffèrent. C’est ultra-addictif et c’est de qualité. Comme Lost, la fin a fait débat, et pour à peu près les mêmes raisons. Et comme pour Lost, quoi qu’on pense, la série en vaut la chandelle.

Episode à ne pas manquer: 1×01 – 33.


4.       Alias – saisons 1-2 (2001-2003), ABC

Avant de s’occuper de Lost et de ses 7 premiers épisodes, puis de cinéma, JJ Abrams s’est surtout fait connaitre grâce à la série Alias, qui si elle n’a jamais connu un énorme succès d’audience, fut la coqueluche des critiques. Alias c’est Mission Impossible sous cocaïne, mélangé à un soap opera et au Da Vinci Code. On retrouve certains traits qui feront le succès de Lost comme les jeux de construction narrative, une mythologie envoutante et addictive ou la musique de Michael Giacchino, mais ici le rythme est infernal. C’est une série qui sait que vous avez déjà vu tous les James Bond et les vieux films d’espionnage et qui fait donc l’économie de la mise en place pour sauter directement dans l’action. Le tout avec les habituels rebondissements et autres cliffhangers. Bien qu’Alias a duré 5 saisons, je ne conseille ici que les deux premières, quasi-parfaites. Ensuite la série reste sympathique mais nettement en dessous. Evidemment, vu la façon dont se termine la deuxième saison, il est impossible de ne pas avoir envie de voir la suite.

Episode à ne pas manquer: 2×13 – Phase One. Quand une série a les c…. de suivre la conclusion logique de ce qu’elle raconte.


5.       Twin Peaks (1990-1991), ABC

Il y a un avant et un après Twin Peaks. Avant, c’est la télévision des années 80 et ses séries ultra-formatées qui se faisaient concurrence de médiocrité – à quelques rares exceptions près. Twin Peaks, sous la direction de David Lynch lui-même, c’est l’entrée de la télé a l’ère de la qualité cinématographique – aussi bien sur le plan technique que scénaristique. Difficile de raconter l’histoire onirico-surréaliste qui tourne autour du meurtre d’une adolescente dans une petite ville du nord-ouest des Etats-Unis et l’enquête qui s’en suit. C’est du David Lynch. C’est une ambiance mélangeant quiétude et terreur. C’est Kyle MacLachlan quand il était jeune. C’est ce qui a rendu possible tout le reste après – d’abord X-Files et les autres ensuite.

Episode à ne pas manquer: Episode 2 (en fait le 3eme avec le pilot). Quand on découvre qui est le tueur sans avoir la moindre idée de qui est le tueur. Oui oui, c’est du Lynch.


6.       Seinfeld (1989-1998), NBC

Je ne suis pas fan de sitcom, mais s’il en fallait une (un ?), ça ne pouvait être que Seinfeld. Certes la série a pris un coup de vieux – les habits ou les coiffures sont terriblement datés. Mais ça reste incontournable, méchant, cynique, et incroyablement exact. Les personnages sont ignobles et on les aime. Ils n’apprennent rien, ne changent pas, ne murissent pas – bref le contraire de toute série qui se veut de qualité de nos jours. Et c’est génial.

Episode à ne pas manquer: Difficle ici de faire un choix, je vais aller au plus facile: 7×06 – The Soup Nazi.


7.       Buffy/Angel (1997-2004), WB, UPN

Dans l’univers des séries cultes, personne n’atteint le statut que possèdent Buffy et, dans une moindre mesure, Angel, son spin-off. A part peut-être Firefly – ces trois séries ont en commun d’être les bébés de Joss Whedon. Buffy, à l’origine, c’est l’incarnation littérale des horreurs de la vie lycéenne. Les démons de l’adolescence sont de vrais démons et les vampires pourchassent les jeunes filles pour de vrai. C’est aussi un plaidoyer féministe qui tourne parfois au radical pro-lesbien (la partie qui ne m’a jamais plu je dois avouer, mais je faisais comme si ça n’existait pas). Et une écriture des personnages époustouflante : l’évolution d’un Wesley, la mort de la mère de Buffy. Mais avant tout un univers et un humour sophistiqué, une qualité qui s’affine au fil des saisons (parce que la première saison de Buffy est assez catastrophique). J’ai une certaine préférence pour Angel, plus sombre et second degré et sans le coté féministe lourdingue. C’est un must pour tout fan de série, mais c’est long : 12 saisons en tout !

Episode à ne pas manquer: Buffy 5×06 – The Body. Ou 6×07 – Once More, With Feelings.


8.       Sherlock (2010-…), BBC

Il y a des tas d’excellentes séries anglaises, certaines auraient peut-être mérité d’être dans la liste mais c’est aussi ça le coté parfaitement subjectif de ces listes : je mets ce qui me plait. Néanmoins, si une série anglaise doit être ici, c’est la récente « Sherlock », de l’excellentissime Steven Moffat. Après avoir parlé juste avant de 12 saisons de 22 épisodes (en moyenne), c’est sûr qu’il est difficile de comparer une série qui ne compte, pour le moment, que 2 saisons de 3 épisodes chacune. Mais quels épisodes ! Chacun est travaillé comme un petit diamant. La deuxième saison est d’ailleurs supérieure à la première. Les amateurs de Sherlock Holmes trouveront d’innombrables références aux histoires originales, et ceux qui ne les ont jamais lus découvriront que ce personnages mythique garde toute sa pertinence en 2012.

Episode à ne pas manquer: 2×01 – A Scandal in Belgravia.


9.       Game of Thrones (2010-…), HBO

Si BSG est la série de SF pour ceux qui n’aiment pas la SF, GoT est la série de « médiéval fantastique » pour ceux qui n’aiment ni le médiéval ni le fantastique. Si vous voulez voir une production de haut niveau digne d’un film hollywoodien, mais qui ose aller très loin, vous serez servis. GoT est une série violente et sexuelle, qui prend souvent le contrepied des attentes habituelles. Rien ne se passe comme on s’y attendrait et la série ne craint pas d’aller jusqu’au bout de sa logique en osant ce qu’aucune autre série ne ferait jamais. Et pour qui connait les romans, on a encore rien vu. La série d’ailleurs prend de plus en plus de libertés avec ces derniers, pour notre plus grand plaisir.

Episode à ne pas manquer: 1×09 – Baelor / 2×09 – Blackwater.


10.   Rome (2005-2007), HBO/BBC

J’allais écrire que GoT est la série la plus chère jamais produite mais c’est faux, cet honneur revient à Rome et ce fut aussi la cause de son arrêt prématuré, après deux grandes saisons. Rome conte la fin de la République de Rome et sa transformation en Empire vue par deux simples soldats. C’est du HBO donc c’est aussi très violent/sexuel. Si vous aimez l’Histoire, les bons acteurs, les péplums, et le réalisme, Rome est pour vous.

Episode à ne pas manquer: 1×11 – The Spoils.


Presque sur la liste : South Parks (1997-…), Comedy Central, 24 (2001-2010), Fox, Veronica Mars (2004-2007), UPN.

South Park est non seulement une grande série comique, mais surtout une série politique qui n’a peur de rien et attaque le politiquement correct avec la plus grande violence. La série commence néanmoins à fatiguer.

24 fut une véritables grande série pendant un moment : les avis varient entre seulement la première moitié de la première saison, jusqu’à la première moitié de la deuxième saison. Ensuite, elle est devenue progressivement une parodie d’elle-même, tournant au grotesque involontaire parfois. Mais on ne s’ennuyait jamais.

Ajout: Veronica Mars c’est un peu Buffy sans les vampires. Une petite blonde dans un lycée qui résout des crimes avec sa bande de copains semi-losers en utilisant son superpouvoir d’etre super cool et géniale. Mais bon, ca faisait trop de blondes dans la liste.

En conclusion, je rappelle que cette liste ne reflète que mes gouts personnels à moi. Néanmoins, tout ne se vaut pas et donc, non, House, Grey’s Anatomy, Prison Break, Heroes, etc… n’ont pas été injustement oubliées : ces séries étaient juste trop médiocres. C’est justement en connaissant les vraies séries de qualité que vous pourrez vous en apercevoir.

 

Update 15/1/2014: Suite à la très médiocre saison 3 de « Sherlock », et je suis généreux, je me vois dans l’obligation de supprimer cette série de la liste.