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La différence entre un Juif de France et un Juif d’Israel

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Article publié sur The Times of Israel français

Il y a quelques jours 400 Olim de France sont arrivés en Israel. Des centaines d’autres vont les rejoindre dans les prochaines semaines. Au bout de trois mois, ils deviendront officiellement des citoyens israéliens. Plus qu’une nouvelle citoyenneté, c’est une nouvelle façon, pleine et entière, de vivre son identité juive qu’ils vont acquérir.

Je suis né en France, j’y ai grandi, et j’ai fait mon aliyah à l’age de 22 ans. Après 17 ans en Israel j’ai été envoyé en France pour une mission dans le cadre d’une institution nationale. Envoyé plutôt que renvoyé parce qu’après tout ce temps, je n’avais pas l’impression de revenir chez moi mais bien d’aller vivre dans un pays (un peu) étranger.

Ce n’est pas que je n’ai pas visité la France depuis mon aliyah, mais uniquement en vacances, pour des séjours de plus en plus courts et de moins en moins fréquents. Cela faisait en fait quelques années que je n’étais pas venu quand on m’a demandé de m’y expatrier.

Le pays a changé mais ce n’est pas de cela dont je veux parler maintenant. Ce qui m’a le plus frappé c’est ce qui distinguait ma vie de Juif en Israel par rapport à la France. Je me retrouvais membre d’une minorité qui, notamment à cause de la situation, cherche à être discrète et à ne pas afficher son identité en publique. Les fêtes nationales et religieuses ne sont pas les miennes, les gens dans la rue sont des étrangers, je ne partage rien avec mes voisins. Je ne suis pas chez moi.

Je ne veux pas avoir à faire de compromis sur mon identité, à me cacher ou au contraire être observé comme un monstre de foire parce que je suis différent. Je n’ai pas envie de devoir supporter la culture et les règles d’un autre peuple et d’une autre culture, aussi respectables soient-ils. La culture française est un des joyaux du patrimoine mondial, mais ce n’est pas ma culture.

Le contraste est saisissant par rapport à ma vie en Israel. Ma culture est la culture du pays, mes fêtes ses fètes. On vit en hébreu, les enfants apprennent le Tanakh et l’histoire juive à l’école sans que j’ai besoin de les envoyer dans une école privée et protégée par la police. Le pays vit au rythme du calendrier hébraïque, se repose le Shabbat, tout le monde va célébrer le Seder de Pessah au premier soir de la fête, la plupart des restaurants respectent les lois alimentaires.

Quel moment incroyable que de se retrouver dans les rues le jour de Yom Hakippourim lorsqu’aucune voiture ne circule et que tout le peuple, qu’il jeune ou pas, se retrouve dans la rue. Quel plaisir d’entendre ses voisins chanter le Kiddoush le vendredi soir, de voir des gens de promener en kippa dans la rue, de savoir que l’armée, les policiers, les fonctionnaires, les agriculteurs, les vendeurs, les ouvriers partagent votre identité. Je suis chez moi.

Etre chez soi signifie aussi avoir une relation plus calme et complète avec son identité. Je ne me demande pas comment conjuguer ma vie de citoyen dans la sphère publique avec ma vie de juif à la maison. En Israel, je peux être entièrement juif chez moi et dans la rue. Je n’ai pas besoin d’implorer les pouvoirs publiques pour qu’ils protègent les synagogues en priant pour que certaines forces politiques n’arrivent jamais au pouvoir. Je ne me demande pas si les enfants auront un avenir dans ce pays ou devront s’enfuir.

Le choix de vivre en Israel met fin à l’alternative devant lequel se trouve placé le Juif de diaspora qui hésite perpétuellement entre l’assimilation et le ghetto. La souveraineté juive sur la terre d’Israel permet de vivre pleinement sa vie de Juif dans la cité sans la moindre compromission avec son identité. Même le dernier des athées et le Juif le plus anti-religieux vit sa vie en hébreu, peut lire la Torah dans le texte naturellement, organise sa vie selon le calendrier hébraïque, et défend la terre d’Israel.

Pendant ce temps la, les Juifs de diaspora essaient de survivre en tant que Juifs et de ne pas disparaitre. Ils peuvent contribuer de façon remarquable à la culture, la science ou l’économie de leur pays, mais leur contribution n’est pas spécifiquement juive, n’apporte presque rien à leur peuple et ne représente pas l’expression d’une vision juive du monde.

Les Juifs d’Israel ne survivent pas, ils vivent leur Judaisme de façon entière. Ce n’est qu’en Israel, parce qu’ils sont libres et indépendants, que les Juifs peuvent remplir leur mission universelle et être une lumière pour les Nations. Ce n’est qu’en Israel que peut naitre une parole spécifiquement juive qui s’adresse d’égale à égale aux autres nations.

Evidemment, personne ne peut nier les problèmes, les tensions, les crises, et les conflits que connait le pays. Mais ils sont la conséquence de l’immense vitalité créative et de l’incroyable foisonnement chaotique qui caractérisent la vie juive d’Israel. Et ces problèmes et ces conflits, aussi désespérant peuvent-ils apparaitre parfois, sont les nôtres. C’est à nous de les résoudre ou au moins d’essayer.

« Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter un film pareil ?

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J’ai vu cette semaine « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu », la nouvelle comédie qui marche sur les pas des Chtis et d’Intouchables au box office. Le succès impressionnant de ce film oblige à en parler alors qu’il ne le mériterait normalement pas. Les journaux vont dans les prochaines semaines nous abreuver d’articles sur ce « phénomène » et ce qu’il signifie pour la société française et toutes sortes de bêtises dans le genre. Je me propose donc d’en faire une courte analyse à la fois cinématographique et sociale. Cette critique contient des spoilers.

Pour le positif – « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » est une comédie assez réussie et efficace même si la plupart des bons gags sont dans la bande annonce, comme d’habitude. Dans l’absolu si vous souhaitez passer un moment de détente au cinéma sans trop réfléchir, ce film est fait pour vous et c’est parfaitement légitime.

Pour le moins positif – tout l’argument du film tient de la blague carambar. Un couple de cathos coincés de province à quatre filles, la première s’est mariée avec un arabe, la deuxième avec un juif, la troisième un chinois, et quand la quatrième ramène enfin un bon catholique, c’est un noir ! Le twist c’est que la famille du noir est encore plus contre le mariage que les blancs. Mais à la fin tout le monde est ami. Ben voilà, c’est tout le film. Je ne rigole pas ça se limite à ça.

C’est une accumulation de clichés et de contre-clichés: le juif séfarade vulgaire mais looser et nul en business, l’arabe agressif mais avocat intègre, le chinois sans personnalité mais banquier, le noir rigolo, mais acteur de théâtre, mais au moins ils sont tous les quatre complètement stupides. On ne comprend d’ailleurs pas exactement pourquoi des filles aussi belles, cultivées et issues d’une famille visiblement très aisée aient pu se laisser séduire par ces abrutis.

Mais c’est sans doute parce que les personnages sont à peine développés et que les filles ont plus des prétextes à l’intrigue que des êtres humains réels. En fait les maris aussi, dans la mesure où tout l’argument du film repose sur une simple blague et donc leur existence ne sert qu’à amener la chute finale du quatrième mariage. Dès que l’action se focalise sur sa préparation, les autres gendres disparaissent presque complètement du film, ils ne servent plus à rien, et seuls restent les parents des deux couples Français et Ivoiriens. Il faut reconnaitre que l’habituellement insupportable Eli Semoun s’en sort avec un petit rôle assez bien vu de psychanalyste, et peut-être aussi Chantal Lauby.

L’écriture est lourdingue et malhabile. Les parents sont subitement au bord du divorce sans qu’on sache pourquoi et c’est oublié 5 mn après, cela ne sert qu’à créer une crise artificielle dans le troisième acte du film, crise elle-même ultra formatée. La première partie du film se concentre sur des engueulades racistes complètement artificielles et un peu malsaines entre tous les membres de la famille, ça n’est pas crédible une demi seconde, et c’est même assez pénible à voir. La suite est d’une banalité insupportable reprenant les schémas vus et revus 1000 fois des comédies romantiques – ils s’aiment mais il y a un obstacle, une crise les sépare, puis tout va bien et tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, il suffit de boire un verre ensemble et pouf le racisme n’existe plus, et les licornes galopent sur des arcs en ciel.

Je passe sur la mise en scène, inexistante, ou les dialogues, nuls, vulgaires ou convenus, mais il n’y a jamais rien à attendre de ce côté là des films français. Il y a aussi un étrange problème de montage, avec des évènements qui se déroulent visiblement la même journée mais présentés comme ayant lieu pendant deux jours différents.

Au final tout le monde y trouve son compte. Les gens de gauche y verront une éloge de l’immigration, du métissage et du multiculturalisme ; pour les républicains c’est une éloge du modèle français d’intégration, où chacun peut transcender sa communauté d’origine et aller à la messe de minuit à Noel (bon c’est pas très républicain en théorie mais on ne va pas chipoter) ; et pour les gens plus à droite, c’est un film où les racistes sont essentiellement les non-français de souche et les noirs africains en particulier. C’était clairement d’ailleurs ce que le public appréciait le plus, quand par exemple on entend des noirs ou des arabes qui, voyant la famille ultra-métissée, expriment leur stupéfaction et expliquent que la France est finie, c’est à la limite si la salle n’a pas applaudi. Les mêmes propos dans la bouche d’un blanc et on aurait accusé un film de faire la promotion des idées du FN.

Le film joue donc sur tous les tableaux, la pseudo-provocation à coup de clichés lourdingues et le défouloir au début, le politiquement correct par la suite. Le Français moyen qui s’inquiète de l’avenir de son pays peut voir des personnages exprimer ouvertement ses peurs, et se rassurer grâce à un dénouement où tout se règle de façon fantasmatique et idéalisée. Le film lui donne bonne conscience et c’est probablement la clé de son succès, sans compter que le film jouit aussi du phénomène du succès qui s’auto-entretient: « ça marche donc je vais voir pourquoi ». Contrairement à ce que j’ai pu lire, ce film ne combat pas les idées du FN plus qu’il ne les soutient, sa « force » c’est que chacun pourra l’interpréter comme ça l’arrange.

Dommage parce que le sujet aurait mérité un traitement plus fin et audacieux et moins consensuel. Par exemple, comment quatre filles élevées par une telle famille peuvent-elles toutes finir avec des maris qui en plus d’être stupides sont tellement éloignés de leur culture d’origine, est-ce bien une éducation ratée comme les parents le sous-entendent ? Une volonté de révolte ? Est-ce si mal de vouloir se marier avec des gens de sa communauté qui partagent le même background culturel et les mêmes valeurs ? Pourquoi ne voit-on pas plus les réactions et éventuelles oppositions des autres familles arabes, juives, chinoises ? On ne peut pas dire que les mariages mixtes passent toujours comme une lettre à la poste dans la communauté. Qu’en est-il de l’Islam dans la famille de l’Arabe, le sujet n’est pas évoqué alors qu’il est au coeur des débats de société. Bon évidemment ça aurait été beaucoup moins marrant. Ou au contraire, beaucoup plus si le film avait osé aller au bout de sa logique et partir dans une véritable comédie délirante ou outrancière. Si par exemple le film avait continué sur sa lancée de confrontation raciste – mais de façon plus intelligente et mieux écrite – il aurait probablement été plus intéressant, mais je doute que le cinéma français, qui se vautre dans la médiocrité depuis des décennies, soit capable d’un tel courage.