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Surprise, les inégalités en Israël se réduisent

salaire

Article publié sur Time of Israel en français

Les statistiques sur les inégalités sociales en Israel sortent régulièrement et font état d’une situation apparemment difficile. Le taux de pauvreté y serait le plus élevé de l’OCDE, et on en ressort avec l’impression que les écarts entre les riches et les pauvres ne cessent de s’accroitre.

La réalité est un peu différente. En fait depuis 2006, et surtout depuis 2009 les inégalités sociales telles que mesurées par l’indice Gini sont en régression. Dans l’absolu, les inégalités sociales ne sont pas un problème, au contraire.

Une société dans laquelle tout le monde reçoit la même chose, le compétent comme l’incompétent, celui qui travaille dur comme le paresseux, est une société fondamentalement injuste. Néanmoins, à l’inverse, des inégalités extrêmes, lorsqu’une petite minorité capte la majorité des ressources très au delà de ce qu’elle mérite, sont un symptôme d’une société malade et propice à la violence. Il faut donc éviter d’arriver à une telle situation.

L’indice Gini est une mesure de la dispersion des revenus au sein de la population. Il est généralement donné sous la forme d’un chiffre compris entre 0 et 1, quand 1 signifie que toutes les revenus sont concentrés dans les mains d’une seule personne – et donc les inégalités sont les plus extrêmes imaginables – et 0 – une répartition totalement égalitaire.

La plupart des pays occidentaux ont un indice Gini inférieur à 0,4, et les plus « égalitaires », les pays scandinaves, sont sous 0,3. Israël a connu une hausse sensible de son indice Gini de 2000 à 2006, passant de 0,35 à 0,39 et après avoir stagné quelques années il est en baisse continue depuis 2009 et atteignait 0,36 en 2013 d’après le bureau des statistiques israélien.

Cet indice a, comme toutes les statistiques et en particulier celles relatives aux écarts sociaux, de nombreuses limitations et peut parfois donner des résultats statistiques contraires à la réalité sur le terrain comme je l’avais expliqué précédemment avec le taux de « pauvreté » (qui ne mesure pas la pauvreté).

Cependant, ici, cette tendance est confirmée par d’autres données comme par exemple le fait que la part du revenu des 10 % les plus riches a baissé de 2006 à 2013 de 25 % à 23 % du revenu national.

Plus intéressantes que les revenus, les données sur les dépenses des israéliens sont pleines d’enseignements car elles reflètent le niveau de vie réel.

On constate un écart important entre les dépenses et les revenus des populations les moins riches mais cela s’explique assez facilement: soit par des revenus non-déclarés (« au noir »), un phénomène malheureusement très courant dans les secteurs arabe et ultra-orthodoxe, soit tout simplement parce que les pauvres en question ne le sont pas.

Ainsi, un étudiant qui vit aux frais de ses parents et n’a aucun revenu est considéré comme « pauvre » selon les statistiques, tandis qu’un autre, issu d’une famille aux faibles moyens et qui travaille pour financer ses études ne sera pas classé comme pauvre si ses revenus sont suffisamment élevés.

De même, les gens qui vivent de leur épargne (en puisant directement dedans), même si ils ont des millions, sont considérés sans revenus et donc « pauvres ».

Les vrais pauvres ne peuvent pas dépenser plus qu’ils ne gagnent puisqu’aucune banque ne leur accordera de crédit.

Aussi c’est par les dépenses que nous pouvons analyser l’évolution du niveau de vie des israéliens. On constate que celui-ci a nettement augmenté depuis 10 ans.

Par exemple, en 2002 seuls 57 % des ménages disposaient d’au moins une voiture, contre 67 % en 2013, et ceux qui en ont au moins deux de 14 % à 22 % ; dans le même temps, le nombre d’abonnés à internet est passé de 25 % à 71 % ; les ménages ayant au moins un ordinateur de 54 % à 81 % et ceux qui possèdent une tablette de type iPad ou autre étaient déjà 26 % en 2013 ; les possesseurs d’air conditionnée de 58 % à 87 % etc…

La réalité est donc que contrairement aux discours alarmistes et démagogiques de certains, les conditions de vie se sont nettement améliorées depuis 10 ans pour tous les israéliens et tous ont profité de la croissance.

Il y a encore beaucoup de travail. Depuis 2008, les prix ont augmenté de façon excessive, en particulier dans l’immobilier et l’alimentation, limitant la hausse du niveau de vie qui aurait du être possible. Mais quand il y a de bonnes nouvelles, il faut aussi les mettre en avant.

Non, personne ne meurt de faim en Israël

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Article publié sur The Times of Israel français et JSSNews

Il y a trois sortes de mensonges disait Mark Twain : « les mensonges, les mensonges éhontés, et les statistiques ». C’est ce qui vient à l’esprit après la publication la semaine dernière des chiffres selon lesquels 900 000 Israéliens ne mangeraient pas à leur faim.

Cela s’ajoute au fait que le taux de pauvreté en Israël est le plus élevé des pays de l’OCDE, plus élevé encore qu’en Turquie ou au Mexique.

Pourtant quiconque connait un peu le pays aura du mal à accorder ces statistiques avec la réalité. On ne voit presque pas de SDF dans les rues des villes israéliennes.

On ne voit pas la misère qu’on peut trouver au Mexique. Et personne ne meurt de faim, au contraire il y aurait plutôt un léger problème de surpoids dans la population. Alors comment expliquer ces chiffres ?

C’est en fait assez simple dès qu’on comprend que, contrairement à ce qu’on pourrait légitimement penser, le taux de pauvreté ne mesure pas la pauvreté réelle, mais la pauvreté « relative ».

De quoi s’agit-il ? Cela signifie que si vous gagnez un million d’euros par mois mais que les gens autour de vous en gagnent 10, vous êtes « pauvre ».

Cela signifie aussi que si demain matin tous les revenus en Israël étaient multipliés par 10, le taux de pauvreté resterait exactement le même. Il n’y a donc aucun rapport avec la pauvreté absolue telle que définie par l’ONU – vivre avec moins de 2$ par jour, cela n’existe pas en Israël – ou bien la pauvreté objective telle que définie aux USA : ceux qui gagnent moins que ce qui est nécessaire à l’achat d’un panier minimum.

A ceci s’ajoutent de nombreuses questions méthodologiques, comme le fait que ce taux est calculé à partir des revenus déclarés dans un sondage ou le fait que les « pauvres » calculés ne sont pas des personnes réelles mais des personnes statistiques.

Qu’est-ce qu’une personne statistique ? Vous avez surement déjà entendu que 60 000 personnes meurent du tabac chaque année en France.

Pourtant, allez dans les morgues et les cimetières et vous ne trouverez personne qui soit jamais « mort du tabac ». Vous trouverez par contre des dizaines de milliers de morts du cancer des poumons.

Or, il est prouvé que le tabagisme augmente très fortement les risques de cancer du poumon. Mais ce n’est pas la seule cause à ce cancer. On peut très bien fumer toute sa vie sans développer de cancer du poumon ou mourir de ce cancer sans avoir jamais fumé une cigarette.

De nombreux facteurs interviennent, et la cigarette accroît fortement les risques. Mais même quand un fumeur meurt du cancer du poumon on ne peut pas dire avec certitude qu’il n’en serait pas mort s’il n’avait pas fumé.

Les 60 000 morts sont donc, en gros, la différence statistique entre le nombre de gens qui devraient mourir du cancer du poumon si personne ne fumait et le nombre réel. Mais cela ne correspond à aucune personne concrète.

C’est un peu la même chose avec les pauvres en Israël. Est pauvre toute personne qui gagne moins de 50 % du revenu médian. Mais cela se complique pour les familles, on ne peut pas compter les enfants comme les parents.

Donc on considère qu’un adulte vaut 1,25 et un enfant 0,5, et on obtient ainsi le nombre de « pauvres », des personnes statistiques mais pas réelles.

Ceci nous amène d’ailleurs à une autre erreur fondamentale commise par les analyses superficielles des statistiques: le fait de confondre des catégories statistiques avec des personnes réelles.

Par exemple, on lit parfois des comparaisons entre la situation des 10 % les plus pauvres en 2003 et en 2013 et le fait que leur revenu a moins augmenté que la moyenne. On en déduit que les écarts se sont accrus et que les riches profitent du système.

Sauf que les 10 % les plus pauvres de 2003 ne sont pas ceux de 2013. Certains sont morts, d’autres sont nés, certains se sont enrichis, d’autres ont au contraire régressé. Bref, comparer des catégories statistiques ne nous dit rien sur les gens réels.

Un autre exemple de manipulation due à la méthodologie concerne les chiffres souvent entendus sur le fait que le taux de pauvreté en Israël dans les ménages où les deux adultes travaillent est de 5 % mais de 40 % lorsque un seul travaille.

On interprète ces chiffres de deux manières : soit en disant qu’il faut inciter les femmes arabes et les étudiants en yeshiva à aller travailler – vu que environ les deux-tiers des « pauvres » en Israël sont arabes ou haredim ; soit en notant que les salaires en Israël sont trop bas et ne permettent pas de faire vivre une famille avec un seul revenu.

Dans l’absolu ces deux constatations sont parfaitement vraies. Il faut inciter les femmes arabes et les haredim à travailler plus et les salaires sont en moyenne trop bas. Mais dans ce cas elles sont basées sur un faux prémisse : il s’avère que ce que la sécurité sociale appelle « avoir un emploi » consiste à avoir travailler au moins une heure lors des trois derniers mois !

Les statistiques publiées sur la faim en Israël sont du même ordre voire pire. Il s’agit d’un sondage téléphonique de 2011 qui posait des questions hautement subjectives et en fait assez étranges voire sans rapport avec le fait d’avoir faim. Il suffit d’aller les lire pour comprendre que n’importe qui peut se retrouver défini comme ne mangeant pas à sa faim.

On notera au passage que les données comparatives de l’OCDE donnent une autre image de la situation. Israël finit bien bon dernier en terme de pauvreté relative, mais sur la question d’avoir assez d’argent pour manger, la situation du pays est justement parmi les meilleurs, même au-dessus de l’Australie.

Un autre facteur qui indique que la réalité est assez différente consiste à ne par regarder les revenus mais les dépenses. On peut évidemment dépenser plus qu’on gagne, et beaucoup d’Israéliens « ne ferment pas le mois » selon l’expression hébraïque en vigueur. Mais sur le long terme, les dépenses et les revenus sont forcément équilibrés parce qu’à un moment il faut rembourser les emprunts ou devenir insolvable. Or, on constate justement que les dépenses réelles des Israéliens dans les catégories pauvres sont très supérieures à ce qu’ils déclarent gagner, ce qui laisse supposer que les revenus non déclarés constituent une part sensible de leur revenus réels.

Remarquez que si Israël est dernier de l’OCDE en terme de pauvreté relative, ce n’est pas le cas si on observe la pauvreté relative brute – c’est-à-dire avant les impôts et les transferts sociaux. En fait la pauvreté relative brute en Israël, malgré tous les défauts du calcul déjà observés, est en dessous de la moyenne occidentale et inférieure à celle de la France. La différence tient à la fois à la faiblesse des impôts directs en Israël – contrairement à un mythe persistant – et surtout aux énormes coupes dans les transferts sociaux depuis 2003. Cela signifie que le taux élevé de pauvreté relative en Israël a été voulu et assumé par le gouvernement. Et à juste titre – Israël a décidé de passer d’une culture d’assistanat à une culture de travail en forçant les gens à travailler. Les résultats, présentés lors du précédent post, ont été spectaculaires. Israël a préféré avoir plus de « pauvres statistiques » mais moins de chômeurs, plus de croissance et en fait, moins de pauvreté réelle.

Cela ne signifie pas que les statistiques n’ont pas de valeur. La situation actuelle rappelle l’histoire de l’homme qui cherchait ses clés dans la rue, la nuit, sous un lampadaire, pas parce qu’il les avait perdus là, mais parce que c’est le seul endroit où il y avait de la lumière. Il faut savoir avouer quand on ne sait pas, et prendre les statistiques pour ce qu’elles valent et ne pas surinterpréter leurs résultats.

Cela ne signifie pas non plus qu’il n’y a pas de pauvres et de nécessiteux en Israël mais que leur nombre réel est très différent de ce qu’indiquent les statistiques de la sécurité sociale – qui a un intérêt assez clair à les surestimer. La vraie fracture sociale concerne avant tout les écarts importants entre le centre du pays et les périphéries géographiques de Galilée et du Néguev, ainsi que les périphéries culturelles non adaptées à l’économie moderne comme les Bédouins ou les haredim. Certains indicateurs semblent montrer que la condition des plus basses catégories sociales s’est plutôt améliorée ces dernières années, notamment si on utilise la méthode américaine de pauvreté réelle. Mais un énorme travail reste à faire afin de donner à toutes les populations d’Israël les mêmes chances de réussite. C’est sur ces points que doit se porter la politique publique d’aide aux défavorisés et pas dans l’amélioration de chiffres faciles à calculer et présenter mais déconnectés de la réalité.