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La vérité sur les olim de France

L’année dernière j’avais écrit un article sur l’aliyah qui avait connu un certain succès. Je n’aurais presque rien à rajouter si ce n’est mettre l’accent sur quelques points.

Il existe des problèmes objectifs et des barrières à l’aliyah – tout le monde a maintenant entendu parler de la fameuse reconnaissance des diplômes, en voie (semble-t-il) d’être résolue ; il est aussi clair qu’il est plus prudent d’arriver avec des économies suffisantes pour tenir un voire deux ans ; que parler hébreu est la clé par excellence de l’intégration etc…

Une chose sur laquelle personne ne s’étend concerne les problèmes de mentalité. En général, il s’agit plutôt de critiquer la mentalité des Israéliens, ou d’en rire. Leur façon de se mêler de votre vie sans qu’on leur a rien demandé, le fait qu’il faille se battre pour tout, les arnaqueurs qui profitent de la naiveté des olim, et j’en passe.

Même si tout ceci n’est pas faux, je vais dire tout haut ce que tout le monde murmure mais n’ose jamais dire ouvertement : il y a aussi un problème de mentalité chez certains olim de France. Pas tous. Et pas vraiment de leur faute non plus, c’est une conséquence de la culture française.

Je parle de ceux qui passent leur temps à se plaindre, à tout critiquer, mais sans jamais faire le moindre effort pour changer les choses ou pour s’adapter. Ceux qui attendent que tout leur soit fourni sur un plateau d’argent parce qu’ils estiment qu’ils ont déjà été bien gentils de venir ici, alors c’est maintenant à Israel de faire tous les efforts. Ceux qui sont tellement habitués à ce que l’Etat prenne tout en charge qu’il ne leur vient plus à l’idée qu’ils doivent se prendre en main et être responsables de leur propre vie.

Alors soyons clairs: contrairement à ce que beaucoup d’olim croient, Israel ne les attend pas. Ils viennent, tant mieux. En fait, beaucoup d’Israéliens estiment que c’est eux qui leur font une fleur en les accueillant chez eux et en leur donnant des aides substantielles, qu’aucun pays ne donne à ses immigrants – c’est un point de vue qui n’est pas complètement faux non plus. Contrairement à ce qu’on entend souvent, la protection sociale en Israel est assez développée et efficace. Mais ce n’est pas un « Etat-nounou » qui prend ses citoyens pour de grands enfants irresponsables comme la France. Les Israéliens s’attendent en revanche à ce que les olim fassent preuve d’un minimum d’humilité et qu’ils cherchent à s’intégrer dans la société.

Les Olim de France ont beaucoup à apporter à Israel, beaucoup plus que le pays ne se rend compte. Les Juifs de France sont une population de haute qualité, sioniste, éduquée, qui vient d’un pays d’une grande richesse culturelle et économique. Il serait tragique de passer à côté. De plus en plus d’hommes politiques et de décideurs le comprennent, notamment grâce à l’action des Israéliens d’origine française qui oeuvrent, à travers plusieurs associations, de plus en plus pour mobiliser les olim, bouger les mentalités en Israel, et faire changer les choses.

Mais les Juifs de France qui veulent faire leur aliyah doivent aussi faire un effort de leur côté et comprendre que tout ne leur est pas du, qu’ils doivent apprendre à s’adapter à Israel et pas s’attendre à ce qu’Israel s’adapte à eux. Les choses ne marchent pas de la même façon ici et contrairement à ce que certains pensent, ce n’est pas forcément plus mal. C’est même souvent beaucoup mieux.

Je ne veux pas généraliser: nombreux sont ceux qui font leur aliyah avec humilité et reconnaissance et savent qu’ils vont devoir travailler dur pour avoir la chance de participer au rêve sioniste. Mais pas tous, et pas par mauvais esprit mais parce que c’est une façon de voir assez commune en France. Les Gaulois sont râleurs et lorsqu’ils voyagent à l’étranger ils se plaignent toujours quand les choses ne sont pas « comme à la maison ». Certains Juifs ont juste assimilé un peu trop ce pan de culture française.

La préparation mentale est essentielle à une aliyah réussie. Venez en sachant que votre vie va changer, qu’il va falloir se battre et se conformer à de nouvelles règles, et qu’il faudra faire des efforts. Le résultat en vaut la chandelle.

La différence entre un Juif de France et un Juif d’Israel

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Article publié sur The Times of Israel français

Il y a quelques jours 400 Olim de France sont arrivés en Israel. Des centaines d’autres vont les rejoindre dans les prochaines semaines. Au bout de trois mois, ils deviendront officiellement des citoyens israéliens. Plus qu’une nouvelle citoyenneté, c’est une nouvelle façon, pleine et entière, de vivre son identité juive qu’ils vont acquérir.

Je suis né en France, j’y ai grandi, et j’ai fait mon aliyah à l’age de 22 ans. Après 17 ans en Israel j’ai été envoyé en France pour une mission dans le cadre d’une institution nationale. Envoyé plutôt que renvoyé parce qu’après tout ce temps, je n’avais pas l’impression de revenir chez moi mais bien d’aller vivre dans un pays (un peu) étranger.

Ce n’est pas que je n’ai pas visité la France depuis mon aliyah, mais uniquement en vacances, pour des séjours de plus en plus courts et de moins en moins fréquents. Cela faisait en fait quelques années que je n’étais pas venu quand on m’a demandé de m’y expatrier.

Le pays a changé mais ce n’est pas de cela dont je veux parler maintenant. Ce qui m’a le plus frappé c’est ce qui distinguait ma vie de Juif en Israel par rapport à la France. Je me retrouvais membre d’une minorité qui, notamment à cause de la situation, cherche à être discrète et à ne pas afficher son identité en publique. Les fêtes nationales et religieuses ne sont pas les miennes, les gens dans la rue sont des étrangers, je ne partage rien avec mes voisins. Je ne suis pas chez moi.

Je ne veux pas avoir à faire de compromis sur mon identité, à me cacher ou au contraire être observé comme un monstre de foire parce que je suis différent. Je n’ai pas envie de devoir supporter la culture et les règles d’un autre peuple et d’une autre culture, aussi respectables soient-ils. La culture française est un des joyaux du patrimoine mondial, mais ce n’est pas ma culture.

Le contraste est saisissant par rapport à ma vie en Israel. Ma culture est la culture du pays, mes fêtes ses fètes. On vit en hébreu, les enfants apprennent le Tanakh et l’histoire juive à l’école sans que j’ai besoin de les envoyer dans une école privée et protégée par la police. Le pays vit au rythme du calendrier hébraïque, se repose le Shabbat, tout le monde va célébrer le Seder de Pessah au premier soir de la fête, la plupart des restaurants respectent les lois alimentaires.

Quel moment incroyable que de se retrouver dans les rues le jour de Yom Hakippourim lorsqu’aucune voiture ne circule et que tout le peuple, qu’il jeune ou pas, se retrouve dans la rue. Quel plaisir d’entendre ses voisins chanter le Kiddoush le vendredi soir, de voir des gens de promener en kippa dans la rue, de savoir que l’armée, les policiers, les fonctionnaires, les agriculteurs, les vendeurs, les ouvriers partagent votre identité. Je suis chez moi.

Etre chez soi signifie aussi avoir une relation plus calme et complète avec son identité. Je ne me demande pas comment conjuguer ma vie de citoyen dans la sphère publique avec ma vie de juif à la maison. En Israel, je peux être entièrement juif chez moi et dans la rue. Je n’ai pas besoin d’implorer les pouvoirs publiques pour qu’ils protègent les synagogues en priant pour que certaines forces politiques n’arrivent jamais au pouvoir. Je ne me demande pas si les enfants auront un avenir dans ce pays ou devront s’enfuir.

Le choix de vivre en Israel met fin à l’alternative devant lequel se trouve placé le Juif de diaspora qui hésite perpétuellement entre l’assimilation et le ghetto. La souveraineté juive sur la terre d’Israel permet de vivre pleinement sa vie de Juif dans la cité sans la moindre compromission avec son identité. Même le dernier des athées et le Juif le plus anti-religieux vit sa vie en hébreu, peut lire la Torah dans le texte naturellement, organise sa vie selon le calendrier hébraïque, et défend la terre d’Israel.

Pendant ce temps la, les Juifs de diaspora essaient de survivre en tant que Juifs et de ne pas disparaitre. Ils peuvent contribuer de façon remarquable à la culture, la science ou l’économie de leur pays, mais leur contribution n’est pas spécifiquement juive, n’apporte presque rien à leur peuple et ne représente pas l’expression d’une vision juive du monde.

Les Juifs d’Israel ne survivent pas, ils vivent leur Judaisme de façon entière. Ce n’est qu’en Israel, parce qu’ils sont libres et indépendants, que les Juifs peuvent remplir leur mission universelle et être une lumière pour les Nations. Ce n’est qu’en Israel que peut naitre une parole spécifiquement juive qui s’adresse d’égale à égale aux autres nations.

Evidemment, personne ne peut nier les problèmes, les tensions, les crises, et les conflits que connait le pays. Mais ils sont la conséquence de l’immense vitalité créative et de l’incroyable foisonnement chaotique qui caractérisent la vie juive d’Israel. Et ces problèmes et ces conflits, aussi désespérant peuvent-ils apparaitre parfois, sont les nôtres. C’est à nous de les résoudre ou au moins d’essayer.