etatisme

Les Juifs ont-il un avenir en France ?

Ce n’est pas vraiment une question très nouvelle puisqu’elle est posée depuis le début des années 2000. Mais après Mohammed Merah, le groupe terroriste démantelé, les délires sur Twitter et le film diffusé sur Arutz 10 de Tzvi Yehezkeli, elle est plus que jamais d’actualité.

Autant le dire tout de suite, je ne pense pas que la France soit sur le point de devenir une République islamique. Ni même dans 50 ans. Michèle Tribalat, qu’on ne peut soupçonner d’autocensure politiquement correct, explique clairement que le nombre de musulmans en France est très inferieur à ce que certains racontent – j’entends fréquemment parler de 10 ou 12 millions de musulmans en France, c’est n’importe quoi.

Mais le fait que les musulmans restent minoritaires ne signifie pas que leur hostilité permanente (ou d’une grande partie d’entre eux) envers les Juifs n’est pas une menace. Ils restent 10 fois plus nombreux, et se radicalisent à grande vitesse. La police ne peut pas consacrer tous ses moyens à protéger la communauté juive, et la tentation est grande pour une bonne partie de la population française de se dire que le plus simple serait que les Juifs se fassent plus discrets ou s’en aillent pour ramener le calme. D’ailleurs ce discours est plus ou moins déjà ouvertement tenu dans certains milieux.

Malgré tout, je pense que ce n’est pas pour cela que les Juifs n’ont pas d’avenir en France. Ces éléments ne font que renforcer une situation qui existerait dans tous les cas : les Juifs n’ont pas d’avenir en France parce qu’aucun groupe intelligent, innovateur et entrepreneurial comme les Juifs n’a d’avenir en France. La France est le pays occidental le moins libéral, le plus étatiste, règlementé, kafkaïen du monde occidental. Tout est sous le contrôle de l’Etat, tout est soumis à des règles, des décrets, des régulations, des permis, de la bureaucratie. Il est impossible de faire quoi que ce soit. Et les impôts sont les plus élevés des pays développés.

Les Juifs n’ont pas attendu les années 2000 pour partir. D’après Eric Cohen, un sociologue spécialiste de la communauté juive de France, le nombre de Juifs a décliné depuis 1980 de 535,000 à 520,000 en 1988, et 500,000 en 2002. On est probablement autour de 480,000 aujourd’hui voire moins. L’assimilation explique une partie de cette baisse comme dans toute la diaspora, mais l’émigration, vers Israel bien sûr, mais aussi les USA ou l’Angleterre, explique encore plus que le nombre de Juifs en France décroit. Il est intéressant de noter d’ailleurs que ce sont surtout les jeunes qui partent, et les jeunes qualifiés en particulier, et pas que les retraites comme on le croit souvent. L’âge moyen des Olim de France quand ils arrivent est autour de 30 ans.

Je pense donc que nous allons assister à une amplification du phénomène des départs. Certes, cela prendra du temps. Quitter le pays ou on est né, où on travaille, on a sa famille, un logement, une vie, est très difficile. Faire son aliyah, ce n’est pas venir vivre à l’année au pays des vacances. C’est découvrir une culture différente, une façon de se comporter et de réfléchir qui ne correspond pas à ce à quoi on était habitué, perdre ses réseaux professionels et soutiens, ne pas être reconnu à sa juste valeur, devoir tout réapprendre à zéro. Cela demande préparation et réflexion. Mais il n’y a pas d’autre choix.

Elections piège à cons

Je n’avais pas l’intention a priori de commenter les élections présidentielles françaises. Depuis mon aliyah en 1996, j’ai pour règle de ne pas voter aux élections françaises puisque je n’habite pas en France et que je ne suis pas un expatrié mais un Israélien vivant dans son pays. Néanmoins j’ai déjà enfreint ma propre règle en 2007. J’étais par hasard à Paris le jour du second tour, et j’avoue avoir été séduit par la campagne de Sarkozy. J’ai donc voté pour lui. Je me suis fait avoir évidemment. Il s’est révélé, sur tous les plans, une immense déception. Au moins cette fois-ci, en 2012, une chose est sure – personne ne se fera avoir, parce qu’aucun candidat ne suscite le moindre espoir.

On critique beaucoup la politique israélienne, et à juste titre. Pourtant, quand je vois le choix offert aux électeurs français en ce mois d’avril 2012, je me sens chanceux. 10 candidats tous plus nuls, incompétents, ahurissants, et extrémistes les uns que les autres. C’est un vraie inventaire à la Prevert: toute une gamme de trotskistes abrutis, une ancienne juge psychorigide aux tendance dictatoriales qui défend une idéologie ridicule, un stalinien pur jus comme on en voit plus depuis les années 50, gout du totalitarisme compris, un partisan folklorique des théories de conspirations, un gaulliste lui aussi sorti des années 50 – très tendances cette année on dirait -, une petite fachote néo-marxisante, un ancien ministre sans charisme ni rien à dire mais un égo surdimensionné et qui ne sort de son placard que tous les 5 ans pour se présenter, un socialiste mou sans idées, compétences, ni rien à dire, et un président sortant qui croit qu’il travaille dans le showbiz et n’agit que quand quelque chose passe dans le journal de 20h de TF1. Non seulement les candidats sont pathétiques, mais la campagne elle-même a réussi l’exploit de ne parler de rien. En pleine crise européenne majeure, et sans parler des événements mondiaux, alors que la France pourrait s’effondrer économiquement, les candidats préfèrent faire comme si de rien n’était et éviter les sujets qui fâchent, c’est à dire, la réalité. Avec une telle equipe de winners, l’avenir de la France est assuré.

Selon divers sondages publiés ces dernières années, la France est le pays du monde le plus hostile au capitalisme, le seul pratiquement où la majorité pense que la globalisation est une menace et pas une opportunité, le pays occidental où les gens sont le plus déprimés et inquiets pour l’avenir. Le célèbre journal « The Economist » a d’ailleurs noté récemment dans un article qui a fait beaucoup de bruit que la France était le seul pays européen qui semblait refuser de voir la réalité en face. Tout ceci n’est pas un hasard. La France, ces dernières décennies, a développé l’idéologie de l’Etat nounou jusqu’a un raffinement inconnu auparavant. L’obsession centralisatrice et régulatrice de ce pays n’est pas nouvelle mais sa conjonction avec l’Etat providence fut dévastatrice. Les Français trouvent normal que l’Etat se mêle de tout, leur dise quoi faire tout le temps, taxe tout ce qui bouge, intervienne dans tous les domaines. L’idee que les gens sont libres et responsables de leurs actes et que le rôle de l’Etat doit être limité au minimum leur semble tellement incongrue qu’elle leur apparait comme l’expression la plus extrémiste qui soit. Mieux vaut être fasciste en France que libéral. C’est mieux accepté socialement.

L’ideologie étatiste qui domine en France a infantilisé les citoyens. Elle a aussi fini par produire une génération de politiciens réellement médiocres qui ont fini par croire aux imbécillités qu’ils racontaient. Les Français n’ont pas fini de se lamenter et d’être pessimistes. Et ils auront raison cette fois.