economie

Comment combattre la délégitimation d’Israël

Article paru dans The Times of Israel français

Ces dernières années, un mouvement de boycott d’Israël issu de la « société civile » occidentale s’est développé sous le nom de BDS (Boycott-Désinvestissement-Sanctions). Il est particulièrement actif dans les campus (américains surtout), où il rassemble une coalition hétéroclite de minorités ethniques et religieuses unies dans le rejet d’Israël, de militants d’extrême-gauche, de féministes radicales et de partisans de l’idéologie post-moderne dans sa variante néo-marxiste. La semaine dernière, l’union des étudiants britanniques a voté une résolution soutenant le boycott d’Israël.

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L’Aliyah sans langue de bois

Article publié dans The Times of Israel en français

Cet article s’adresse aux Juifs de France qui envisagent ou ont déjà décidé de partir vivre en Israel et de faire leur Aliyah. Vous étiez 7,000 l’an passé, vous serez peut-être le double cette année, il est encore trop tôt pour le dire, mais quoi qu’il en soit, le chiffre sera historique.

En tant que Juif sioniste, je pense que si chacun est individuellement libre de vivre où il le souhaite, la place des Juifs en tant que peuple est sur leur terre ancestrale où ils jouissent de la pleine souveraineté et peuvent s’épanouir en tant que nation indépendante.

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Toute la vérité sur la pauvreté en Israel

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Article paru sur Times of Israel en français

Ces derniers jours, le sujet de la pauvreté est au coeur d’une campagne médiatique lancée par le journal Yedioth Aharonoth et son site Ynet contre Netanyahu.

L’objectif est de dépeindre Israel comme un endroit sombre, où tout s’effondre, un pays du tiers-monde où les gens meurent de faim, et tout ceci évidemment à cause de Bibi.

Dans le cadre de cette campagne, les médias ont mis en avant le « rapport alternatif sur la pauvreté » de l’organisation caritative Latet, un rapport qui affirme que l’étendue de la pauvreté dépasse largement ce qui est énoncé dans le rapport officiel de la sécurité sociale, et toucherait 2,5 millions de personnes soit près d’un tiers de la population.

Le rapport de Latet est une mauvaise plaisanterie qui ne mérite même pas qu’on s’arrête dessus. Mais en vérité, le rapport de la sécurité sociale est aussi très problématique.

Le but de cet article est de montrer que l’indicateur de pauvreté de la sécurité sociale ne mesure pas la pauvreté, que son rapport avec la pauvreté est anecdotique, et que le fait de le monter en épingle comme l’indicateur suprême de la pauvreté empêche une confrontation sérieuse avec le problème de la pauvreté réelle.

Je souhaite souligner dès à présent que cet article ne cherche pas à dire qu’il n’y a pas de pauvreté en Israel, ni que tout est parfait, mais simplement que l’instrument de mesure de la pauvreté est erroné et qu’il est impossible de mener une politique efficace si on ne sait pas évaluer le phénomène.

Voici donc quelques réflexions:

Le plus important à comprendre, c’est que le « taux de pauvreté » ne mesure pas la pauvreté réelle, mais ce qu’on appelle la « pauvreté relative ».

De quoi s’agit-il ? Disons que vous vivez dans un pays où tout le monde est milliardaire mais vous êtes millionnaire – alors vous êtes « pauvre ». Inversement, si vous vivez dans un pays sous-développé où règne la famine, et que vous aussi vous mourrez de faim comme tout le monde, vous n’êtes pas pauvre selon les critères de la pauvreté relative. C’est l’essence même de cet indicateur.

C’est la raison pour laquelle la pauvreté en Israel est parait-il aussi élevée ou presque que celle du Mexique, alors que toute personne ayant visité ce pays se rend compte qu’il n’y a aucune ressemblance entre la pauvreté abjecte qui y existe et la réalité israélienne.

Comprenez ce que cela signifie concrètement: si demain le pays connaissait un soudain boum économique et que les revenus réels de la population augmentaient de façon égale pour tout le monde de 5% par an, un taux très élevé, et après quelques années tout le monde sentirait une amélioration significative de son niveau de vie, le taux de pauvreté resterait inchangé.

Car cette pauvreté est relative et si tout le monde s’enrichit, la ligne sous laquelle on est pauvre augmente de la même proportion. De même, en cas de crise économique profonde, si les revenus de chacun s’effondraient d’un même pourcentage, le taux de pauvreté resterait identique. C’est la raison pour laquelle le taux de pauvreté peut augmenter en période de forte croissance alors que la pauvreté réelle disparait, ou au contraire il peut baisser en temps de crise alors que dans les faits la pauvreté augmente. Parce que le taux de pauvreté n’a aucun rapport avec la pauvreté.

Mais alors comment est fixé ce taux de pauvreté ? On prend le revenu médian (le revenu qui délimite le revenu des 50% les plus riches des 50% les plus pauvres) et on détermine que celui qui gagne moins de la moitié de celui-ci est pauvre. Pourquoi la moitié ? Pourquoi pas. L’Union Européenne a décidé il y a quelques années que plutôt que 50% du revenu médian, la ligne serait fixée à 60%.

Cela a provoqué immédiatement une explosion artificielle du taux de pauvreté et soudain sont apparus des titres dans les médias sur l’augmentation inquiétante de la pauvreté et les mesures qu’il fallait absolument prendre pour enrayer le phénomène. Il s’agissait d’une décision purement politique et idéologique. Car pour faire baisser le taux de pauvreté, il existe une boite à outil spéciale qui correspond très exactement aux présupposés de la gauche économique (j’y reviendrai).

Le revenu médian en Israel en 2013 était de 6,600 shekels selon le Bureau des Statistiques, faut-il en conclure que toute personne qui gagne moins de 3,300 shekels serait pauvre ? C’est un peu plus compliqué.

On ne peut pas compter un célibataire comme un couple marié, sans parler des enfants, aussi a-t-on inventé le concept de « personne standard » (l’INSEE parle d' »unités de consommation »). Il s’agit d’une création statistique qui permet de calculer le taux de pauvreté mais ce ne sont pas des être humains.

Il est essentiel de saisir ce point – les pauvres comptés dans les statistiques ne sont pas des êtres humains mais des entités statistiques abstraites qui sont ensuite « converties » en êtres humains. Selon les calculs de la sécurité sociale, le revenu médian par « personne standard » était de 4,800 shekels en 2013 et donc une personne standard devenait pauvre si elle gagnait moins de 2,400 shekels par mois.

La sécurité sociale a décidé que le coût de la vie d’un célibataire était plus élevé que celui d’une personne vivant en couple et que donc le célibataire se verrait doté d’un coefficient de 1,25 personne standard, et ainsi devra gagner au moins 3,000 shekels pour ne pas être défini comme pauvre. Pourquoi 1,25 et pas 1,2 ou 1,3 ou 1,09878 ? Parce que. Inversement, les enfants « valent » moins et reçoivent des coefficients compris entre 0,4 et 0,65 suivant leur place d’arrivée dans la famille. Un couple avec deux enfants « vaut » donc 3,2 personnes standards et a besoin de 7,680 shekels pour ne pas être pauvre.

Mais c’est une décision purement israélienne. Ainsi par exemple l’INSEE a décrété que le coefficient pour les enfants serait de 0,3. En appliquant à Israel les méthodes de l’INSEE, la même famille ne vaut plus que 2,6 personnes standard et n’a plus besoin que de 6,240 shekels pour ne plus être pauvre. Dans la mesure où la masse de la pauvreté en Israel est concentrée dans les populations à forte natalité, cela fait une grosse différence.

L’OCDE propose son propre calcul avec une méthodologie unifiée pour tous les pays membres. Selon ses données, le taux de pauvreté en Israel est plus élevé que la moyenne mais plus bas que ce que donne la sécurité sociale (18% selon l’OCDE contre 22% selon la sécurité sociale), la principale différence concernant la pauvreté des enfants passant de 31% à 23%. Les mêmes données de base donnent des résultats significativement différents, alors qui a raison, la sécurité sociale israélienne ou l’OCDE ? Aucun des deux, ces chiffres sont ridicules dans la même mesure.

Un autre exemple de la structure particulière de ce taux de pauvreté est qu’il n’a aucune corrélation avec la situation de l’économie. En 2013 selon l’INSEE, les revenus moyens ont baissé de 1% en France. Dans le même temps, le taux de pauvreté a *aussi* baissé passant de 14,3% à 13,9%. La situation a empiré et le taux de pauvreté s’est amélioré. Parce que le taux de pauvreté n’a aucun rapport avec la pauvreté.

Au passage, le taux de pauvreté publié est le taux « net », c’est-à-dire après impôts et redistribution. Le taux « brut » israélien est en fait un des plus bas du monde développé, notamment plus bas qu’en France (28% contre 33%). La différence dans le résultat final est du à des politiques dont le but est spécifiquement de faire baisser les chiffres, quelque soit le résultat sur le terrain.

Cela signifie que pour améliorer un indicateur statistique sans véritable signification on a sacrifié l’efficacité économique, la production, l’emploi, et les revenus, et on a en fait augmenté la vraie pauvreté.

Le taux de pauvreté de la France selon l’OCDE n’est que de 8% contre 18% pour Israel. Et pourtant la France compte plus de 140,000 SDF contre à peine 3,000 en Israel (ce qui ferait 24,000 en France à population équivalente), un chômage officiel de plus de 10% (et qui n’inclut pas les centaines de milliers de faux emplois subventionnés par le gouvernement), une croissance nulle, des jeunes éduqués qui fuient le pays, et un avenir sombre. Parce qu’il n’y a aucun rapport entre le taux de pauvreté et la pauvreté.

De plus, il faut aussi noter que cet indicateur est basé sur les revenus déclarés, pas sur les revenus réels, ce qui donc n’inclut pas les revenus au noir par exemple.

Le taux de pauvreté ne s’intéresse d’ailleurs qu’aux revenus, pas au patrimoine, au capital, ou à l’aide des parents. Un étudiant fils de riche entièrement financé par ses parents est « pauvre » selon l’indicateur de pauvreté puisqu’il n’a aucun revenu. Celui qui a accumulé les millions et vit grâce à eux est tout aussi « pauvre ».

Mais qu’est-ce que ça change finalement et pourquoi c’est un problème ? Parce que si le « taux de pauvreté » est perçu comme identique à la pauvreté, alors l’objectif de la politique publique devient de baisser ce taux plutôt que de baisser la pauvreté réelle. Or il est très facile de baisser le taux de pauvreté – il suffit d’augmenter les allocations sociales et les impôts.

De façon absolument incroyable, c’est exactement ce que souhaite la sécurité sociale (puisque c’est elle qui distribue les allocations). C’est aussi en parfaite adéquation avec les idées de la gauche économique qui croit que si seulement on dépensait plus d’argent public et on réduisait les « inégalités », tout deviendrait paradisiaque, tout le monde serait heureux, et les licornes danseraient dans les nuages ou quelque chose comme ça. Ce qui signifie que le « taux de pauvreté » est juste un instrument idéologique.

Or l’application d’une telle politique ne ferait que causer d’immenses dégâts à l’économie et à la société et ferait s’accroitre la pauvreté réelle, exactement comme en France. Une telle politique ne provoquerait qu’un ralentissement de la croissance, moins d’emploi et plus de chômage, plus de dette, la fuite des gens productifs vers l’étranger, etc…

Le meilleure moyen de combattre la pauvreté, c’est de ne pas combattre la pauvreté. Il est possible de créer un meilleur indicateur, plus précis, basé sur des critères de pauvreté objective, comme par exemple un panier de produits basiques. Mais à mon avis la façon la plus efficace de réduire la pauvreté est de ne pas chercher à la combattre en particulier mais d’établir une société généralement plus riche, libre et prospère.

Plus de concurrence qui permet la baisse des prix, plus de productivité qui augmente les salaires, plus d’emploi – voilà les meilleurs moyens de baisser le niveau de la pauvreté réelle, ceci en commun avec une amélioration de l’éducation et de la formation.

Bien sûr, il existe des populations spécifiques qu’il faut aider comme les handicapés ou les personnes âgées. Il faut établir un système de protection sociale minimum qui assure les besoins basiques et fait en sorte que chacun ait de quoi manger, se vêtir, un toit où dormir, une éducation et la santé. Mais rien de plus.

Surprise, les inégalités en Israël se réduisent

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Article publié sur Time of Israel en français

Les statistiques sur les inégalités sociales en Israel sortent régulièrement et font état d’une situation apparemment difficile. Le taux de pauvreté y serait le plus élevé de l’OCDE, et on en ressort avec l’impression que les écarts entre les riches et les pauvres ne cessent de s’accroitre.

La réalité est un peu différente. En fait depuis 2006, et surtout depuis 2009 les inégalités sociales telles que mesurées par l’indice Gini sont en régression. Dans l’absolu, les inégalités sociales ne sont pas un problème, au contraire.

Une société dans laquelle tout le monde reçoit la même chose, le compétent comme l’incompétent, celui qui travaille dur comme le paresseux, est une société fondamentalement injuste. Néanmoins, à l’inverse, des inégalités extrêmes, lorsqu’une petite minorité capte la majorité des ressources très au delà de ce qu’elle mérite, sont un symptôme d’une société malade et propice à la violence. Il faut donc éviter d’arriver à une telle situation.

L’indice Gini est une mesure de la dispersion des revenus au sein de la population. Il est généralement donné sous la forme d’un chiffre compris entre 0 et 1, quand 1 signifie que toutes les revenus sont concentrés dans les mains d’une seule personne – et donc les inégalités sont les plus extrêmes imaginables – et 0 – une répartition totalement égalitaire.

La plupart des pays occidentaux ont un indice Gini inférieur à 0,4, et les plus « égalitaires », les pays scandinaves, sont sous 0,3. Israël a connu une hausse sensible de son indice Gini de 2000 à 2006, passant de 0,35 à 0,39 et après avoir stagné quelques années il est en baisse continue depuis 2009 et atteignait 0,36 en 2013 d’après le bureau des statistiques israélien.

Cet indice a, comme toutes les statistiques et en particulier celles relatives aux écarts sociaux, de nombreuses limitations et peut parfois donner des résultats statistiques contraires à la réalité sur le terrain comme je l’avais expliqué précédemment avec le taux de « pauvreté » (qui ne mesure pas la pauvreté).

Cependant, ici, cette tendance est confirmée par d’autres données comme par exemple le fait que la part du revenu des 10 % les plus riches a baissé de 2006 à 2013 de 25 % à 23 % du revenu national.

Plus intéressantes que les revenus, les données sur les dépenses des israéliens sont pleines d’enseignements car elles reflètent le niveau de vie réel.

On constate un écart important entre les dépenses et les revenus des populations les moins riches mais cela s’explique assez facilement: soit par des revenus non-déclarés (« au noir »), un phénomène malheureusement très courant dans les secteurs arabe et ultra-orthodoxe, soit tout simplement parce que les pauvres en question ne le sont pas.

Ainsi, un étudiant qui vit aux frais de ses parents et n’a aucun revenu est considéré comme « pauvre » selon les statistiques, tandis qu’un autre, issu d’une famille aux faibles moyens et qui travaille pour financer ses études ne sera pas classé comme pauvre si ses revenus sont suffisamment élevés.

De même, les gens qui vivent de leur épargne (en puisant directement dedans), même si ils ont des millions, sont considérés sans revenus et donc « pauvres ».

Les vrais pauvres ne peuvent pas dépenser plus qu’ils ne gagnent puisqu’aucune banque ne leur accordera de crédit.

Aussi c’est par les dépenses que nous pouvons analyser l’évolution du niveau de vie des israéliens. On constate que celui-ci a nettement augmenté depuis 10 ans.

Par exemple, en 2002 seuls 57 % des ménages disposaient d’au moins une voiture, contre 67 % en 2013, et ceux qui en ont au moins deux de 14 % à 22 % ; dans le même temps, le nombre d’abonnés à internet est passé de 25 % à 71 % ; les ménages ayant au moins un ordinateur de 54 % à 81 % et ceux qui possèdent une tablette de type iPad ou autre étaient déjà 26 % en 2013 ; les possesseurs d’air conditionnée de 58 % à 87 % etc…

La réalité est donc que contrairement aux discours alarmistes et démagogiques de certains, les conditions de vie se sont nettement améliorées depuis 10 ans pour tous les israéliens et tous ont profité de la croissance.

Il y a encore beaucoup de travail. Depuis 2008, les prix ont augmenté de façon excessive, en particulier dans l’immobilier et l’alimentation, limitant la hausse du niveau de vie qui aurait du être possible. Mais quand il y a de bonnes nouvelles, il faut aussi les mettre en avant.

En Israël, plus de gens travaillent et gagnent plus

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Article publié sur The Times of Israel en français

Le hasard faisant bien les choses, ce matin sont parues deux études, une en Israel et une en France, qui prouvent empiriquement ce que j’avançais dans un article précédent : il n’y a que peu de rapport entre la pauvreté réelle et ce qui est calculé par le taux de pauvreté relative.

Selon une étude de l’INSEE, en 2012, le taux de pauvreté a légèrement reculé par rapport à 2011 de 14,3 % à 13,9 %, mais dans le même temps, le revenu médian des français a aussi reculé de 1 %.

Les Français ont gagné moins d’argent, leur situation s’est empirée, mais la pauvreté dite « relative » a reculé. Tout le monde s’est appauvri mais comme les écarts et les inégalités se sont réduits, « relativement » la situation s’est améliorée.

En Israel le taux de pauvreté a augmenté depuis le début des années 2000 même s’il est en légère baisse depuis quelques temps.

Une autre donnée qui a été récemment publiée montrait que de 2003 à 2014 le salaire moyen réel n’avait que très peu augmenté, car la hausse des salaires n’avait été que faiblement supérieure à l’inflation.

Pourtant, d’après une étude de la banque d’Israel parue ce matin, de 2003 à 2013, les revenus réels ont augmenté de 40% pour *toutes* les couches de la population, des pauvres aux riches, de façon à peu près équivalente.

Comment expliquer un tel paradoxe ? Comment les différents chiffres pourraient-ils être tous vrais en même temps ?

Rien de mieux qu’un exemple concret pour expliquer : il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à travailler dans une petite société Internet à Tel Aviv.

Nous étions alors une trentaine, dont 7 au service marketing « extérieur » (qui s’occupait d’amener du trafic sur le site), et 10 au service marketing « interne » (le service clientèle).

Le salaire moyen dans le premier groupe était de 12,000 shekels environ et dans le second 6,000, ce qui fait que le salaire moyen dans l’ensemble du département marketing était de 8,470 shekels.

Deux ans après, la société avait énormément grandi.

Nous étions plus de 150 employés, et tout le monde gagnait beaucoup plus d’argent. Le marketing extérieur était passé à 30 employés dont le salaire moyen était de 15,000 shekels, tandis que le service clientèle comptait 100 personnes, payées 7,000 shekels par mois.

Ces salaires moyens comprenaient donc aussi bien ceux des anciens qui avait explosé, que ceux des nouveaux, qui naturellement commençaient plus bas.

Or, le salaire moyen était d’environ 8,850 shekels par mois, une hausse d’à peine 4,5 % alors que les salaires avaient fortement augmenté pour tout le monde.

C’est tout simplement parce que la part relative des employés du service clientèle, moins bien payés, avait augmenté encore plus vite que la hausse de leur salaire. C’est le miracle des statistiques.

C’est exactement ce qui s’est passé en Israel depuis 10 ans. Le taux d’emploi qui n’était que de 54 % des plus de 15 ans en 2003, un des taux les plus bas de l’OCDE, atteint maintenant 64 %, ce qui est au-dessus de la moyenne de l’organisation.

Des centaines de milliers d’Israéliens qui ne travaillaient pas, surtout des gens issus des secteurs les plus défavorisés d’Israel, sont arrivés sur le marché du travail.

Etant peu qualifiés, leurs revenus se situent surtout dans le bas de l’échelle, au moins au début, et ainsi la moyenne générale des salaires a stagné tandis que les salaires réels ont sensiblement augmenté pour ceux qui étaient déjà sur le marché.

Pour les nouveaux arrivés sur le marché du travail, ces revenus, même plus faibles que le moyenne, sont aussi une immense amélioration par rapport à leur situation antérieure.

C’est pourquoi les salaires réels n’ont apparemment pas bougé depuis 10 ans tandis qu’en même temps la situation générale de la population a connu une embellie significative. .

Evidemment il reste beaucoup de travail à faire. Les prix de l’immobilier, de la nourriture, et de tous les secteurs qui ne sont pas ouverts sur la concurrence sont ceux qui ont le plus augmenté depuis une décennie.

On paie aujourd’hui beaucoup moins cher ses meubles, appareils électro-ménagers, ordinateurs, ou vêtements qu’il y a 10 ans, mais quand votre loyer que vous payez chaque mois a augmenté de 40 % sur la même période, vous sentez d’abord la baisse de votre pouvoir d’achat.

Le combat pour la hausse du niveau de vie doit donc se focaliser sur l’ouverture à la concurrence de tous les secteurs fermés et protégés du marché.

Faut-il augmenter le SMIC israélien

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Article paru sur The Times of Israel français

Dimanche 18 mai, nos amis suisses ont refusé par referendum à près de 77% la mise en place d’un salaire minimum de 3300 euros dans leur pays.

La Suisse continuera donc à survivre sans salaire minimum. Ce qui ne l’empêche pas de jouir des salaires parmi les plus élevés du monde et d’un chômage à peu près nul.

Cette votation intervient au moment où en Israel l’initiative lancée par le député communiste Dov Henin de porter le smic horaire à 30 shekels de l’heure connait un certain succès sur les réseaux sociaux.

Le salaire minimum en Israel est de l’ordre de 23 shekels de l’heure – 4,85 euros – contre 9,53 (brut) en France, soit presque le double.

L’écart en revenu mensuel est un peu plus faible: 4,300 shekels soit 906 euros brut par mois contre 1,445 euros brut en France. Et en net l’écart se réduit encore plus: environ 880 euros en Israel contre 1,120 en France.

Ceci dit, en Israel le salaire est généralement divisé en « salaire de base » à partir duquel sont calculés les versements pour la retraite et d’autres épargnes, et toutes sortes de suppléments qui se rajoutent comme les transports, ou plus ésotériques comme une allocation pour s’habiller.

N’ayant jamais reçu de fiche de paie en France je ne peux pas dire si les mêmes pratiques existent dans ce pays, mais en Israel, et surtout dans la fonction publique, cela permet d’augmenter fortement (parfois de doubler ou de tripler) le salaire effectif reçu sur son compte en banque.

Il ne faut donc jamais oublier ceci lorsqu’on lit qu’une grande partie des Israéliens touchent le salaire minimum – il s’agit généralement juste du salaire de base, pas de leur revenu réel.

Cependant personne ne peut nier que les salaires en Israel ne sont pas assez élevés. Depuis 10 ans, les salaires nominaux ont augmenté de plus de 30%, mais comme l’inflation a connu une hausse semblable, les salaires réels n’ont pratiquement pas bougé.

Comment expliquer ce phénomène alors que le pays a connu une longue période de croissance et que le chômage est bas ? En théorie, cela devrait pousser les salaires à la hausse.

Il y a plusieurs raisons mais une des principales s’explique par la très forte hausse en parallèle du taux d’emploi en Israel.

Il y a 10 ans, seuls 54% des plus de 15 ans faisaient partie de la population active, un des taux les plus bas du monde développé.

Aujourd’hui, c’est 64%, ce qui place Israel un peu au-dessus de la moyenne de l’OCDE.

Cela signifie que ces 10 dernières années le marché du travail a été inondé par des gens qui, auparavant ne cherchaient pas d’emploi, des centaines de milliers de nouveaux travailleurs, issus souvent du monde haredi ou du secteur arabe.

C’est un changement important et extrêmement positif pour l’économie israélienne, mais le revers de la médaille est que ces gens sont aussi peu qualifiés et ainsi affectés à des emplois mal payés.

Donc faut-il augmenter le salaire minimum ?

Les partisans de cette augmentation font remarquer qu’on ne peut pas vivre décemment aujourd’hui avec 4,300 shekels par mois. C’est certain.

Encore que je doute qu’on vive soudainement comme un roi avec 5,500 (ce que donnerait la hausse à 30 shekels de l’heure), mais c’est surement déjà mieux.

La hausse du salaire minimum, selon eux, entrainera une hausse de la consommation, et donc plus de croissance et donc plus d’emplois, selon un cercle vertueux qui s’auto-alimente.

Mais si c’était vrai, alors pourquoi seulement 30 shekels de l’heure ? Pourquoi pas 40 ? Ou 50 ? Ou 100 ? La réponse est évidente, les entreprises ne pourraient pas payer ces salaires. Alors pourquoi pourraient-elles payer 30 si elles ne le font pas aujourd’hui ?

Comme l’exemple suisse le prouve mais aussi celui de l’Autriche, du Danemark, de la Norvège, de la Finlande, ou de la Suède – les pays où les salaires sont les plus élevés sont aussi ceux où il n’y a pas de salaire minimum imposé par l’Etat.

Contrairement à ce qu’affirment parfois certains, l’absence de salaire minimum ne permet pas aux employeurs de réduire les travailleurs en esclavage. D’abord parce que personne n’accepte de travailler pour un salaire qu’il juge trop bas. Ensuite parce que les employeurs sont eux-mêmes en concurrence les uns avec les autres pour recruter les travailleurs les plus compétents. Il n’y a donc aucune raison que l’absence de salaire minimum réduise les salaires.

Par contre, le salaire minimum a un effet négatif sur l’emploi comme cela a été prouvé par la plupart des études sur le sujet. Pour expliquer les choses simplement, un employé est payé en fonction de ce qu’il produit.

Tant qu’un employé fait gagner de l’argent à son employeur, ce dernier a tout intérêt à le garder. A partir du moment où ce n’est plus le cas, il débauche.

Or, les compétences et les qualifications de chacun sont différentes. A travail donné, nous ne produisons pas tous autant. Aussi, quand on augmente le salaire minimum, les premières victimes sont les employés les plus faibles et les moins qualifiés, ceux qui, quelque soit la raison, ne peuvent pas produire autant que ce qu’ils coutent.

La conséquence de l’augmentation du salaire minimum est donc moins d’emploi. Pas forcément une hausse immédiate du chômage, cela peut aussi se traduire par moins de recrutements.

Une autre conséquence, lorsque l’employeur ne peut pas licencier librement, est tout simplement que la hausse des salaires est reportée sur le consommateur, ce qui crée de l’inflation et efface les effets de la hausse des salaires. Parfois, les deux effets se conjuguent, baisse de l’emploi et inflation, pour une efficacité négative maximale.

La France pâtit d’un des salaires minimaux les plus élevés du monde (relatif au niveau général des salaires du pays) et en conséquence, elle subit depuis plus de 30 ans un taux record de chômage.

Aussi, derrière le discours démagogique et populiste des partisans de la hausse du salaire minimum se cache une réalité bien moins sympathique: une mesure qui sert à certains politiques à cajoler l’électorat au détriment des plus faibles et de ceux qui ont le plus besoin de travailler.

Cependant, il reste vrai que personne ne peut vivre toute sa vie avec 4,300 shekels par mois. Néanmoins, le fait de toucher un bas salaire aujourd’hui n’empêche pas de gagner plus, plus tard.

Le problème est plus large que celui du salaire minimum – hormis quelques secteurs comme la high tech, les salaires sont globalement plutôt bas en Israel.

Ils sont bas parce que le marché israélien est assez fermé, non concurrentiel, et donc peu productif, or, comme je l’ai expliqué avant, le salaire est la conséquence directe de la productivité.

C’est justement parce que la high tech doit faire face à la concurrence mondiale qu’elle offre les meilleurs salaires.

Pour augmenter les salaires en Israel, il faut ouvrir tous les marchés et casser tous les cartels et les monopoles.

Il faut confronter le marché intérieur à la concurrence locale et internationale afin de l’obliger à être plus efficient, mieux adapté, et plus productif.

Non seulement les salaires augmenteront, mais en plus les services seront de meilleure qualité et les prix baisseront. C’est là que se crée le fameux cercle vertueux qui s’auto-alimente.

Le gouvernement actuel a commencé à prendre quelques mesures, trop peu nombreuses, dans cette direction. Espérons qu’il continuera.

Les Juifs ont-il un avenir en France ?

Ce n’est pas vraiment une question très nouvelle puisqu’elle est posée depuis le début des années 2000. Mais après Mohammed Merah, le groupe terroriste démantelé, les délires sur Twitter et le film diffusé sur Arutz 10 de Tzvi Yehezkeli, elle est plus que jamais d’actualité.

Autant le dire tout de suite, je ne pense pas que la France soit sur le point de devenir une République islamique. Ni même dans 50 ans. Michèle Tribalat, qu’on ne peut soupçonner d’autocensure politiquement correct, explique clairement que le nombre de musulmans en France est très inferieur à ce que certains racontent – j’entends fréquemment parler de 10 ou 12 millions de musulmans en France, c’est n’importe quoi.

Mais le fait que les musulmans restent minoritaires ne signifie pas que leur hostilité permanente (ou d’une grande partie d’entre eux) envers les Juifs n’est pas une menace. Ils restent 10 fois plus nombreux, et se radicalisent à grande vitesse. La police ne peut pas consacrer tous ses moyens à protéger la communauté juive, et la tentation est grande pour une bonne partie de la population française de se dire que le plus simple serait que les Juifs se fassent plus discrets ou s’en aillent pour ramener le calme. D’ailleurs ce discours est plus ou moins déjà ouvertement tenu dans certains milieux.

Malgré tout, je pense que ce n’est pas pour cela que les Juifs n’ont pas d’avenir en France. Ces éléments ne font que renforcer une situation qui existerait dans tous les cas : les Juifs n’ont pas d’avenir en France parce qu’aucun groupe intelligent, innovateur et entrepreneurial comme les Juifs n’a d’avenir en France. La France est le pays occidental le moins libéral, le plus étatiste, règlementé, kafkaïen du monde occidental. Tout est sous le contrôle de l’Etat, tout est soumis à des règles, des décrets, des régulations, des permis, de la bureaucratie. Il est impossible de faire quoi que ce soit. Et les impôts sont les plus élevés des pays développés.

Les Juifs n’ont pas attendu les années 2000 pour partir. D’après Eric Cohen, un sociologue spécialiste de la communauté juive de France, le nombre de Juifs a décliné depuis 1980 de 535,000 à 520,000 en 1988, et 500,000 en 2002. On est probablement autour de 480,000 aujourd’hui voire moins. L’assimilation explique une partie de cette baisse comme dans toute la diaspora, mais l’émigration, vers Israel bien sûr, mais aussi les USA ou l’Angleterre, explique encore plus que le nombre de Juifs en France décroit. Il est intéressant de noter d’ailleurs que ce sont surtout les jeunes qui partent, et les jeunes qualifiés en particulier, et pas que les retraites comme on le croit souvent. L’âge moyen des Olim de France quand ils arrivent est autour de 30 ans.

Je pense donc que nous allons assister à une amplification du phénomène des départs. Certes, cela prendra du temps. Quitter le pays ou on est né, où on travaille, on a sa famille, un logement, une vie, est très difficile. Faire son aliyah, ce n’est pas venir vivre à l’année au pays des vacances. C’est découvrir une culture différente, une façon de se comporter et de réfléchir qui ne correspond pas à ce à quoi on était habitué, perdre ses réseaux professionels et soutiens, ne pas être reconnu à sa juste valeur, devoir tout réapprendre à zéro. Cela demande préparation et réflexion. Mais il n’y a pas d’autre choix.