demographie

Le vide spirituel de l’Occident

Mon article sur les trois pièges à éviter suite aux attentats de Paris a suscité beaucoup de commentaires et quelques critiques, un certain nombre se focalisant sur le troisième point que j’évoquais: le vide spirituel de l’occident. Je vais donc essayer de développer un peu plus ce que je voulais dire par là, très rapidement, même si un tel sujet mérite d’être traité par un ouvrage entier.

L’Occident s’est créé sur l’héritage du monde classique, d’Athènes, Rome et Jérusalem. En s’appuyant sur cet héritage, les Européens ont créé les bases du monde moderne fondé sur la protection des libertés, en particulier la liberté de penser et de critiquer. Mais nous sommes arrivés à un moment où le monde occidental s’est coupé de ses propres racines philosophiques, juridiques et bibliques et continue à avancer sans savoir où il va.

Le thème du « désenchantement du monde » n’est pas nouveau. La science a façonné un univers (apparemment) rationnel, où tout semble avoir une explication logique, dans lequel le magique, le religieux, le spirituel sont relégués au rang de superstitions. La société occidentale actuelle se concentre exclusivement sur l’accomplissement personnel et matériel de ses membres. Gagner suffisamment, « se réaliser » et être « heureux » sont les mots d’ordre de la culture dans laquelle nous vivons.

L’Occident a été trahi par ses propres élites intellectuelles. Depuis les années 60, le monde académique, puis tout le milieu intellectuel, a été contaminé par une nouvelle façon de penser qui rejette ce qui fut l’objet même de son existence: la recherche de la vérité. L’idéologie post-moderne et son bras armé, le politiquement correct, ont pris le contrôle progressivement des universités, en particulier dans les sciences sociales, et formé des générations entières à nier la réalité, le monde tel qu’il est, et sa compréhension, tout en se complaisant dans la haine de soi et l’autoflagellation perpétuelle et moralisatrice. Le monde académique, hormis les sciences dures, n’est plus qu’un immense marais de médiocrité et de bêtise où quelques ilots de lumière survivent encore.

L’être humain a besoin de transcendance pour vivre, de quelque chose qui le dépasse, et qui donne un sens à sa vie. La société ne lui propose plus rien qui réponde à ces besoins. Je ne parle pas forcément de religion et de croyance. D’ailleurs la religion elle-même peut se fossiliser et ne plus répondre aux attentes des hommes. Je n’ai aucun amour pour la religion catholique traditionnelle moyen-âgeuse. Mais il faut admettre que le catholicisme bien pensant et bien propre sur lui de l’après-guerre, qui donne parfois l’impression de vivre dans le pays des bisounours, est le premier responsable de son effondrement en occident. Il n’a plus rien à dire – à part quelques banalités vaguement socialisantes.

Il y a d’autres façons de se transcender. Pendant un temps, le monde occidental à remplacé la religion chrétienne par le nationalisme messianique, ce qui a mené à une impasse, mais la réaction fut de jeter le bébé de la nation avec l’eau du bain, surtout en Europe. Et il ne reste plus rien. Les gens comblent avec ce qu’ils peuvent – la drogue, la télé-réalité, les divertissements…. Et une manifestation de cet état de fait est qu’ils ne font plus d’enfants. En Europe occidentale, minorités musulmanes et chrétiens intégristes compris, les femmes font en moyenne 1,5 enfants, alors qu’il en faut 2,1 juste pour stabiliser la population à long terme.

Pour de nombreux intellectuels conservateurs, comme David Goldman, auteur de « How Civilizations Die » ou Yoram Hazony, à mon avis le plus grand penseur israélien, cet effondrement démographique, sans précédent dans l’histoire de l’humanité, exprime une grande désillusion métaphysique. Les occidentaux (et ils ne sont pas les seuls d’ailleurs) ne croient plus en eux-mêmes, ni en l’avenir. Ils vivent pour le maintenant et la satisfaction immédiate de leurs désirs individuels. C’est évidemment une recette qui mène au désastre et au suicide collectif – soit par la disparition démographique soit par le remplacement par des minorités religieuses extrémistes dont la natalité est sensiblement plus élevée.

Car nombreux sont ceux qui ne peuvent pas se satisfaire de cette absence de transcendance du monde moderne. Et c’est ce qui explique le succès des sectes ainsi que des mouvements islamistes, bien au-delà des jeunes d’origine musulmane: ils donnent un but à la vie, ils donnent du sens, ils offrent une mission et la possibilité de changer le monde. Le monde occidental ne propose que doute et relativisme moral, ils incarnent au contraire une vérité qui se veut absolue. Ils attireront de plus en plus de gens à mesure que le monde occidental sera incapable de proposer une alternative.

Est-il déjà trop tard ? Tout le monde ne le pense pas. Yoram Hazony pense que c’est le rôle des Juifs que d’aider les occidentaux à revenir vers la Bible et son message divin. Peut-être la concurrence musulmane finira-t-elle aussi par réveiller les chrétiens. Ou peut-être trouvera-t-on une autre voie. Car sinon, l’alternative sera, à plus ou moins long terme, la fin de l’Occident.

 

Pourquoi la gauche ne pourra plus jamais gagner les élections

Article publié dans The Times of Israel en français

A croire la presse, le combat pour la victoire aux prochaines élections du 17 mars en Israel est serré, et l’issue incertaine.

Un jour les sondages donnent l’avantage au « camps sioniste » de Herzog et Livni, cette semaine c’est le Likoud qui a repris la main. Pourtant, ce n’est qu’une illusion d’optique.

Sauf renversements d’alliances et trahisons dignes de Game of Thrones, Binyamin Netanyahu est assuré de rester au pouvoir le 17 mars et lui ou son successeur à la tête de la droite aussi pour de nombreuses années, voire, à tout jamais.

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La menace démographique est-elle réelle ?

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Article paru dans Times of Israel en français

En 2016, pour la première fois depuis 1949, les Arabes seront plus nombreux que les Juifs sur l’ensemble de la terre d’Israel. Du moins c’est ce qu’affirme le bureau des statistiques de l’autorité palestinienne. Certes, il avait déjà affirmé que cela devait arriver en 2014, en 2010, ou en 2000, mais cette fois-ci, ça y est, c’est certain.

Ou pas.

Et ça n’a pas vraiment la moindre importance.

La question de la « menace démographique » a pris une place centrale dans le conflit israélo-palestinien, particulièrement depuis l’effondrement de la doctrine de « la paix contre les territoires » lors de la seconde Intifada (2000-2003).

Puisqu’on ne pouvait plus convaincre la population israélienne qu’elle obtiendrait la paix en sortant des territoires, l’argumentation s’est déplacée vers l’idée que si on ne le faisait pas, les Palestiniens deviendraient majoritaires et Israel cesserait d’être un Etat juif et démocratique – soit il ne serait plus juif, soit il ne serait plus démocratique.

C’est avec ce genre d’affirmations qu’on a justifié le retrait de Gaza et l’expulsion manu militari de ses habitants juifs, et que d’anciens likudnikim tels que Tsipi Livni ont expliqué le revirement de leurs positions politiques.

Pourtant, il est difficile de trouver un argument plus absurde. Quelle logique y a-t-il à additionner des Druzes fiers d’être israéliens et qui font trois ans de service militaire avec les membres du Hamas à Gaza comme s’ils formaient une même population ? Le racisme sous-jacent de cette argumentation est évident. Tous les Arabes sont mis ensemble, quoi qu’ils pensent, qu’ils soient citoyens israéliens ou pas.

Absurde aussi de continuer à compter Gaza dans les territoires sous contrôle israélien : après tout n’était-ce pas justement la raison officielle du désengagement. Si on compte Gaza, on peut compter la Jordanie, l’Egypte ou la Syrie.

Mais surtout, absurde parce que le fait que l’ensemble des Arabes deviennent majoritaires ne changerait rien à la situation dans l’Etat d’Israel. Les Palestiniens de Judée-Samarie ne sont pas Israéliens et donc n’influencent en rien la nature de ce pays. Donc en 2016, il ne se passera rien.

D’autant plus que de toute façon, les Arabes ne seront pas majoritaires en 2016 ni en 2026 ni probablement jamais. Les chiffres fournis par l’autorité palestinienne sont plus que douteux. Il est à peu près certain que comme tout ce qui sort de l’AP, ils ne servent qu’à entretenir la propagande du régime corrompu d’Abu Mazen (Mahmoud Abbas).

Plusieurs études indépendantes menées depuis 2005 sont arrivées à la conclusion que la population arabe réelle de Judée-Samarie était inférieure d’environ un million de personnes (1,7 au lieu de 2,7 millions) aux chiffres officiels.

En effet, les chiffres de l’AP incluent les habitants arabes de Jérusalem (déjà comptés comme Arabes israéliens), des centaines de milliers de Palestiniens qui ont quitté les territoires (les chiffres officiels donnent une immigration positive alors qu’elle est significativement négative d’après les contrôles aux frontières qui sont tenus par Israel), et ils surestiment la natalité palestinienne (il suffit d’additionner les naissances dans les hôpitaux palestiniens pour voir la différence).

Ces constatations ont été confirmées extérieurement par plusieurs éléments comme le nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales, très inférieur à ce qu’il devrait être selon les chiffres officiels et en phase avec la population réelle ; et surtout le nombre d’enfants entrant en CP à l’age de 6 ans à partir de 2010, qui correspond précisément aux chiffres des premières études sur les naissances en 2004 et après.

De même, la population arabe de Jérusalem peut servir d’indicateur fiable pour le reste des Palestiniens de Judée-Samarie. L’indice de fécondité des femmes arabes (pratiquement toutes musulmanes) de Jérusalem est quasi-identique à celui des autres Arabes musulmanes israéliennes, et en baisse forte et continue depuis 15 ans, tandis que la natalité juive augmente et dépassera bientôt celle des Arabes.

Il est même possible que la fécondité des femmes arabes de Jérusalem soit artificiellement supérieure à ce qu’elle est dans les territoires en raison des avantages de la sécurité sociale et des allocations familiales israéliennes. Or, il a été établi par plusieurs études qu’elles contribuaient à augmenter la natalité arabe.

Face à ces évidences, le bureau des statistiques palestinien a d’abord tout rejeté, puis accepté quelques éléments et fait certaines modifications, puis cessé de publier certaines données (comme le taux de fécondité pas mis à jour depuis 5 ans).

C’est bizarrement parmi les démographes israéliens de gauche qu’on trouve le plus d’opposition à cette analyse. Arnon Sofer, qui a construit toute sa carrière sur le catastrophisme démographique, la rejette sous prétexte que ceux qui la promeuvent sont « de droite ».

Sergio DellaPergola, autorité reconnue en matière de démographie juive, semble surtout embêté qu’on vienne empiéter sur son territoire en découvrant des choses qu’il n’a pas vu. Mais ils n’apportent pratiquement aucune réponse concrète.

Car au final, derrière l’argument de la menace démographique se cache l’obsession d’une partie de la gauche à abandonner la Judée-Samarie, quelles que soient les conséquences, quels que soient les faits, et pour cela, tous les moyens sont cashers y compris coopérer avec les mensonges palestiniens. Si effectivement la population palestinienne est nettement inférieure à ce qu’ils affirment, l’argument démographique disparait et il devient beaucoup plus compliqué d’expliquer l’urgence d’un nouveau désengagement.

Inversement, le fait d’établir que la population arabe ne menace pas la majorité juive ne signifie pas qu’il faille annexer les territoires ou ne jamais les quitter. Chacun jugera de ce qui est meilleur pour l’avenir d’Israel en fonction de sa vision des choses. Mais ce sera sur la base de données réelles et pas falsifiées.

Jérusalem est-elle une ville perdue ?

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Cet article est paru sur le site The Times of Israel français

En 2008, j’étais candidat aux élections municipales de Jérusalem sur la liste de Nir Barkat. Pendant la campagne, je m’étais étonné du soutien ouvert qu’apportait le journal de gauche Haaretz au candidat ultra-orthodoxe Meir Porush.

Voilà une alliance qui semblait a priori contre-nature: il aurait semblé plus normal que le journal de l’élite autoproclamée, ultra-laique, et généralement antireligieux, soutienne le candidat sioniste et laïque Barkat contre un ancien député de Yahadut HaTorah.

Mais le phénomène ne se limitait pas à Haaretz, d’autres médias, même si de façon moins ouverte, semblaient avoir pris le parti de Porush contre celui qui aurait pu apparaître comme leur candidat naturel.

Les journalistes de Haaretz voulaient que Porush gagne afin de pouvoir continuer à présenter Jérusalem comme un cas désespéré, perdu, sans avenir, une ville d’où la population laïque s’enfuit à grande vitesse, et en voie de « haredisation » avancée – comme les médias israéliens le font depuis plus de 20 ans.

Les motivations derrière ce récit sont diverses : nombrilisme tel avivien, haine de la tradition juive, et surtout, volonté de convaincre le public de diviser Jérusalem puisque c’est une ville peuplée uniquement de « haredim et d’Arabes ».

Mais qu’en est-il réellement ? Jérusalem est-elle vraiment « perdue » ?

Comme la plupart des mythes, celui-ci est basé sur quelques éléments exacts. Jérusalem est une des villes les plus pauvres d’Israel, où le taux d‘emploi, le revenu par habitant, le taux de réussite au bac israélien, et le taux de recrutement pour le service militaire sont nettement en dessous de la moyenne nationale.

Il y a beaucoup de juifs ultra-orthodoxes (haredim) à Jérusalem, et d’anciens quartiers du centre-ville ont changé de visage ces dernières décennies quand la population ultra-religieuse y est devenue majoritaire.

De même, depuis le début des années 90, la ville juive a réellement connu une immigration négative non-négligeable, avec une balance négative de l’ordre de 7 à 8,000 personnes par an.

Cependant, la majorité des départs se sont faits pour la banlieue de la ville et pour la Judée-Samarie, pas pour Tel Aviv ou le centre.

En soi, il s’agit d’un phénomène parfaitement classique pour les grandes villes. Les prix de l’immobilier sont la raison essentielle de cette émigration.

Jérusalem est une des villes les plus chères d’Israel malgré la relative pauvreté de ses habitants. On accuse souvent les acheteurs de résidence secondaire juifs français ou américains, mais leur influence est relativement marginale et limitée à quelques quartiers.

La réalité est plus simple: la population augmente vite mais le nombre de terrains constructibles est bas et les possibilités de constructions significatives très faibles.

Ajoutez à cela les tensions internationales chaque fois qu’on construit un appartement dans les quartiers juifs de la ville au-delà des « lignes de 1967 » (c’est-à-dire les lignes de 1949, mais on ne va pas demander aux journalistes de comprendre de quoi ils parlent), et vous comprenez que l’offre d’appartements ne peut pas croître aussi vite que la demande.

Or, une grande partie des gens qui ont quitté la ville, et en particulier des jeunes, étaient des ultra-orthodoxes. Ils se sont installés massivement à Beit Shemesh, ou dans diverses villes construites pour eux en Judée-Samarie.

Ainsi en 1993, les haredim représentaient 29 % de la population juive adulte de Jérusalem.

En 2008, malgré leur natalité très supérieure à la moyenne, ils n’étaient que 32 %, et en 2013, toujours autant – 32 % des adultes (35 % avec les enfants).

Nir Barkat a été élu en 2008.

Le nouveau dynamisme qui a été insufflé à la ville depuis 6 ans l’a tellement transformée qu’il n’est plus possible de nier l’extraordinaire vitalité de Jérusalem et de ses habitants au point que les hipsters de Tel Aviv en viennent à faire ce qu’ils n’auraient jamais imaginé auparavant et montent régulièrement sortir à Jérusalem. Education, culture, tourisme, business: tous les secteurs sont en pleine effervescence.

Sous Barkat, pour la première fois depuis le début des années 1990, le nombre d’élèves dans les écoles publiques sionistes et sionistes-religieuses a augmenté, tandis que certains rapports faisaient état d’une stagnation voire d’une baisse chez les ultra-orthodoxes.

Des dizaines de milliers d’emplois ont été créés dans la ville, la vie culturelle bat son plein et des projets urbains comme la park de l’ancien chemin de fer ont changé le visage de la ville et les rapports entre les habitants.

Pourtant, le phénomène d’émigration de la ville ne s’est apparemment pas ralenti, atteignant même un record en 2012 – une balance négative de près de 9,000 personnes : 19,000 départs pour 10,000 arrivées. Ces chiffres n’incluent pas les nouveaux immigrants, près de 3,000, ce qui porte en fait la balance migratoire négative à 6,000.

Il semble que cela soit dû à l’accélération des départs issus de la communauté ultra-orthodoxe et toujours à cause de l’immobilier. Près de la moitié des gens qui quittent la ville partent vivre dans des villes ultra-orthodoxes.

La municipalité ne voit pas d’un mauvais oeil le niveau élevé des prix de l’immobilier. Cela limite l’expansion de la population ultra-orthodoxe, qui est en moyenne assez pauvre, et attire une population aisée qui, contrairement aux précédents, paient leurs impôts locaux plein pot.

Ainsi, Jérusalem ne va pas devenir une nouvelle Bnei Brak. La population juive de la ville restera diverse, plurielle, et représentative de tout le pays.

Reste la question du rapport démographique entre Juifs et Arabes dans la ville. Aujourd’hui, les Arabes représentent officiellement 37% de la population de la ville contre 32% en 1996.

Les chiffres de la balance migratoire de Jérusalem ne concernent que les habitants juifs. Est-ce à dire que les habitants arabes ne bougent pas ? Pas vraiment, c’est juste qu’on ignore les vrais chiffres.

On ne sait pas combien d’Arabes habitent réellement à Jérusalem.

Rappelons d’abord que lorsqu’Israël a annexé Jérusalem-Est en 1967 puis étendu les frontières municipales de la ville dans toutes les directions, les Arabes qui se sont retrouvés dans la ville se sont vus accorder le statut de résidents permanents.

Ils jouissent de tous les droits et devoirs des citoyens normaux avec deux exceptions: ils peuvent voter aux élections municipales mais pas nationales, et s’ils quittent le territoire israélien ils perdent leur statut après 4 ans. Ils peuvent aussi devenir citoyens sur demande, ce que seule une petite minorité a fait jusqu’à présent.

Or, avant la seconde intifada, il était de notoriété publique que de nombreux Arabes qui déclaraient habiter à Jérusalem pour continuer à bénéficier du statut de résident permanent et de la sécurité sociale qui va avec, logeaient en fait dans les territoires, où les logements sont moins chers.

Avec la construction de la barrière de sécurité, nombreux sont ceux qui ont préféré revenir s’installer dans la ville, y compris certains qui n’ont jamais eu le statut de résident permanent. Combien ? Difficile à dire mais dans certains quartiers arabes les prix sont devenus supérieurs à ceux des quartiers juifs au point que des centaines d’Arabes sont allés y vivre, en particulier à la Guiva Hatsarfatit ou Pisgat Zeev.

La situation se complique par la fait que près de 40,000 Arabes, sur les 300,000 que compte la ville officiellement, vivent dans des quartiers de la ville au-delà du mur de séparation et sont donc en fait complètement coupés de la ville. Dans les faits, ces quartiers ne font plus partie de Jérusalem.

Donc, pour résumer: si des Arabes de Jérusalem quittent la ville, ils ne le déclarent pas pour ne pas perdre leur statut et sont donc toujours comptés comme résidents. Si d’autres s’y installent depuis les territoires, ils ne le déclarent pas non plus, car ils sont en situation illégale.

Lorsque Israel à la fin des années 1990 avait essayé de mettre de l’ordre et de vérifier systématiquement qui habitait ou pas à Jérusalem, les médias internationaux avaient commencé à parler de campagne « d’épuration ethnique » et le gouvernement avait préféré arrêter.

Depuis, des vérifications sont menées sporadiquement mais loin de pouvoir réellement évaluer la réalité sur le terrain.

Sur le plan démographique l’avenir est cependant plutôt favorable aux Juifs. Le rapport de force s’est inversé en matière de natalité puisque maintenant les femmes juives font plus d’enfants que les femmes arabes.

Ainsi en 2012, le taux de fécondité des juives atteignait 4,3 enfants contre 3,6 pour les femmes arabes. Dans tout Israel, les chiffres étaient respectivement de 3 et 3,3.

De plus, les possibilités de construire dans les quartiers arabes sont tout aussi faibles que dans les quartiers juifs. Comme déjà expliqué, les prix y deviennent insupportables pour une population plus pauvre que la moyenne. Conjuguée à la baisse de la natalité arabe, il est probable que la population arabe finira par se stabiliser.

Dans le pire des cas, il est toujours possible de modifier les limites municipales de la ville afin d’en exclure certains quartiers arabes périphériques, comme ceux qui sont au-delà de la barrière. Cela a déjà été fait plusieurs fois pour agrandir la ville, on peut le faire pour la rétrécir.

Le vrai changement pour la population arabe d’Israel interviendra quand les pouvoirs publics appliqueront ce qu’ils clament haut et fort, c’est-à-dire que la ville est unifiée, et fourniront aux quartiers arabes les mêmes infrastructures qu’aux quartiers juifs.

La mairie actuelle a commencé à rééquilibrer ses budgets et ses services en faveur de la population arabe. Mais cela nécessité beaucoup de patience et de dialogue, la population arabe ayant aussi tendance à rejeter les améliorations qui lui sont proposées et à refuser de travailler en respectant la loi et les réglementations.

Au final, les problèmes de Jérusalem, en particulier la pauvreté relative de sa population et le manque d’emplois à hauts revenus, sont toujours présents.

Mais aujourd’hui, la ville semble engagée sur une nouvelle voie qui permet d’espérer plus de prospérité pour tous ses habitants, et nous ne sommes sans doute qu’au début d’une véritable révolution qui va transformer radicalement le visage de la ville.

Les Juifs ont-il un avenir en France ?

Ce n’est pas vraiment une question très nouvelle puisqu’elle est posée depuis le début des années 2000. Mais après Mohammed Merah, le groupe terroriste démantelé, les délires sur Twitter et le film diffusé sur Arutz 10 de Tzvi Yehezkeli, elle est plus que jamais d’actualité.

Autant le dire tout de suite, je ne pense pas que la France soit sur le point de devenir une République islamique. Ni même dans 50 ans. Michèle Tribalat, qu’on ne peut soupçonner d’autocensure politiquement correct, explique clairement que le nombre de musulmans en France est très inferieur à ce que certains racontent – j’entends fréquemment parler de 10 ou 12 millions de musulmans en France, c’est n’importe quoi.

Mais le fait que les musulmans restent minoritaires ne signifie pas que leur hostilité permanente (ou d’une grande partie d’entre eux) envers les Juifs n’est pas une menace. Ils restent 10 fois plus nombreux, et se radicalisent à grande vitesse. La police ne peut pas consacrer tous ses moyens à protéger la communauté juive, et la tentation est grande pour une bonne partie de la population française de se dire que le plus simple serait que les Juifs se fassent plus discrets ou s’en aillent pour ramener le calme. D’ailleurs ce discours est plus ou moins déjà ouvertement tenu dans certains milieux.

Malgré tout, je pense que ce n’est pas pour cela que les Juifs n’ont pas d’avenir en France. Ces éléments ne font que renforcer une situation qui existerait dans tous les cas : les Juifs n’ont pas d’avenir en France parce qu’aucun groupe intelligent, innovateur et entrepreneurial comme les Juifs n’a d’avenir en France. La France est le pays occidental le moins libéral, le plus étatiste, règlementé, kafkaïen du monde occidental. Tout est sous le contrôle de l’Etat, tout est soumis à des règles, des décrets, des régulations, des permis, de la bureaucratie. Il est impossible de faire quoi que ce soit. Et les impôts sont les plus élevés des pays développés.

Les Juifs n’ont pas attendu les années 2000 pour partir. D’après Eric Cohen, un sociologue spécialiste de la communauté juive de France, le nombre de Juifs a décliné depuis 1980 de 535,000 à 520,000 en 1988, et 500,000 en 2002. On est probablement autour de 480,000 aujourd’hui voire moins. L’assimilation explique une partie de cette baisse comme dans toute la diaspora, mais l’émigration, vers Israel bien sûr, mais aussi les USA ou l’Angleterre, explique encore plus que le nombre de Juifs en France décroit. Il est intéressant de noter d’ailleurs que ce sont surtout les jeunes qui partent, et les jeunes qualifiés en particulier, et pas que les retraites comme on le croit souvent. L’âge moyen des Olim de France quand ils arrivent est autour de 30 ans.

Je pense donc que nous allons assister à une amplification du phénomène des départs. Certes, cela prendra du temps. Quitter le pays ou on est né, où on travaille, on a sa famille, un logement, une vie, est très difficile. Faire son aliyah, ce n’est pas venir vivre à l’année au pays des vacances. C’est découvrir une culture différente, une façon de se comporter et de réfléchir qui ne correspond pas à ce à quoi on était habitué, perdre ses réseaux professionels et soutiens, ne pas être reconnu à sa juste valeur, devoir tout réapprendre à zéro. Cela demande préparation et réflexion. Mais il n’y a pas d’autre choix.