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Le monde a-t-il été créé il y a 5776 ans ?

Des archéologues ont retrouvé les restes d’un village vieux de 7000 ans à Jérusalem et le monde religieux est en émois: « Des chercheurs trouvent à Jérusalem les restes d’une maison d’avant la création du monde », titre par exemple un site internet, et de nombreuses réactions sont de cet acabit. Et encore s’agit-il de sionistes religieux, même pas de haredim sans éducation scientifique.

J’ai déjà débattu dans le passé de la question de l’apparente contradiction entre l’âge du monde et de l’univers selon la Bible et selon la science. Pour résumer, et je ne dis là rien de particulièrement original, les 7 jours de la création ne sont pas à prendre au sens littéral. Après tout, le soleil n’étant créé que le 4ème jour, ça pourrait difficilement être le cas.

Contrairement à une croyance répandue, le calendrier juif ne commence pas avec la création du monde mais celle d’Adam, donc le 7ème jour. Ainsi le monde et l’univers peuvent être plus anciens, et vieux de milliards d’années, sans contredire le texte biblique.

Oui mais, objectera-t-on avec justesse, les hommes d’après la même science existent depuis au moins 200,000 ans (si on se limite aux seuls membres de l’espèce homo sapiens sapiens). Pour faire coïncider texte biblique et réalité scientifique il faut soit renvoyer Adam des centaines ou des millions d’années en arrière, soit admettre qu’il n’était pas le premier homme au sens physique.

Dans la mesure où le texte biblique place Adam aux temps de l’agriculture, qui a commencé il y a 12,000 ans, et probablement à ses débuts puisque le texte décrit le passage du mode de vie chasseur-cueilleur à celui de paysan, et qu’il sous-entend que la population mondiale était assez large pour que Caïn puisse bâtir des villes, cette seconde possibilité me semble plus en conformité avec la logique.

Reste que la date de 5776 ans est impossible à faire concorder avec quoi que ce soit. Car cette date est de toute manière erronée.

D’abord, d’où vient-elle ? D’un ouvrage appelé Seder Olam Raba, un texte rabbinique du deuxième siècle établissant une chronologie de la création du monde à Alexandre. D’un point de vue théologique, ce n’est pas un texte prophétique ou révélé, juste celui d’un sage qui a fait ses propres calculs, avec sa propre méthodologie, et avec les sources dont il disposait à l’époque. Il n’y a donc à la base rien de sacré dans cette chronologie, même si elle est souvent citée dans le Talmud.

Parmi les erreurs les plus évidentes, on trouve celle des fameux « cent ans perdus », le décalage entre la chronologie juive et la chronologie historique pour les évènements antérieurs à Alexandre. Ainsi le premier Temple a été détruit en -422 selon le Seder Olam Raba, mais en -587 selon la chronologie historique. Ce décalage est du en majeure partie à un trou dans la période perse. Là où la chronologie juive voit 4 rois sur une cinquantaine d’année, l’histoire a noté 10 rois sur 200 ans. C’est que seuls 4 rois perses ont été conservés par la mémoire et la traditions juives, et en l’absence d’autres sources (comme des archives royales pour l’époque des royaumes de Juda et d’Israël), les autres rois ont été oubliés.

C’est un exemple. Il nous rajoute déjà près de 160 ans. Mais il y en a beaucoup d’autres. Par exemple, dans les listes de générations de Bereshit (la Genèse) où on apprend que X a enfanté Y à tel âge, le Seder Olam Raba comprend ces enfantements littéralement, en faisant de X le père de Y. Cependant la connaissance de la littérature de l’époque nous apprend que ces enfantements ne sont pas à prendre dans ce sens, ils signifient juste que Y est un descendant notable de X, quelques générations plus tard. Cela rend tout calcul impossible. Et renvoie Adam des siècles et probablement des milliers d’années en arrière, à un moment qui me semble beaucoup plus logique.

Reste alors la question de pourquoi Adam et qu’est-ce qui le différencie des autres hommes ? En quoi est-il le premier ? Ou bien Adam est une allégorie de l’ensemble de l’humanité ? Cela reste à débattre.

Pourquoi peut-on nier l’Exode mais pas Jésus ?

Article paru dans The Times of Israel français

Dans un précédent article, j’avais présenté les analyses détaillées du Professeur Kenneth Kitchen sur la fiabilité historique et archéologique de la Bible hébraïque. Kitchen, une des plus grandes autorités mondiales en égyptologie, a produit une série d’arguments très convaincants qui semble démonter les thèses à la mode selon lesquelles la Bible hébraïque est un livre de fiction écrit des siècles après les évènements imaginaires qu’il décrit.

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La sortie d’Egypte a-t-elle eu lieu ?

Article paru dans The Times of Israel français

Nous sommes à quelques jours de Pessah et de la célébration du Seder qui commémore la sortie d’Egypte. J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le problème de la réalité historique de cet évènement, et ce mois-ci l’excellent magazine en ligne « Mosaic » consacre son débat justement à cette question.

Je recommande vivement la lecture des différents articles de ce magazine. Le temps est donc idéal à mon avis pour faire un bref état des lieux et de résumer les grandes lignes de la question.

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Bible et archéologie – le retour

Article paru dans The Times of Israel en français

Dans un article précédent, je présentais « la nouvelle chronologie » de David Rohl qui permet de résoudre l’apparente contradiction entre les découvertes archéologiques et la Bible au moins pour ce qui précède le 9ème siècle avant l’ère commune.

Un des principaux opposants à cette thèse est le professeur Kenneth Kitchen, et pour cause, il est le père de la chronologie égyptienne que Rohl entend remettre en cause. Mais cela ne signifie pas que Kenneth Kitchen s’oppose à l’idée que Bible et archéologie soient compatibles.

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Bible ou archéologie – qui a raison ?

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Article publié sur The Times of Israel en français

Quand on parle des contradictions entre la Bible et la Science, on pense souvent aux questions qui relèvent de la création de l’univers ou du sujet de l’évolution darwinienne. Comme je l’ai montré précédemment ( et ) il n’y a en fait pas de véritables problèmes entre ce qu’affirment les sciences dures – physique, biologie etc… – et la description des premiers jours de la création selon la Torah, au contraire même selon certains.

Les vrais contradictions apparaissent en fait après, dès l’apparition d’Adam, et aujourd’hui dans le débat sur la véracité de la Bible, l’essentiel du conflit tourne autour des évènements allant du séjour en Egypte au roi Salomon.

Il est acquis que les livres historiques de la Bible hébraïque, à partir de la division du royaume d’Israel en deux, sont en accord avec les découvertes archéologiques et scripturaires de l’ensemble de la région. Le problème c’est que les découvertes et les textes ne collent plus, apparemment, avec ce qui précède.

Voyons quel est l’avis de l’archéologie biblique mainstream aujourd’hui: la sortie d’Egypte est traditionnellement datée vers -1450 (-1310 selon le calendrier rabbinique, mais celui-ci décale toutes les dates de plus d’un siècle jusqu’à Alexandre, et par souci de simplicité, je ne l’utiliserai pas).

Cependant, à cette date, Canaan était sous total contrôle égyptien ce qui semble rendre impossible que l’exode se soit produit à ce moment là. Ce n’est qu’après que ce contrôle se délita.

La stèle du pharaon Merenptah, datée de -1208, qui décrit une campagne militaire en Canaan, contient la première, et la seule, mention d’Israel par un texte égyptien : « Israël est détruit, sa semence même n’est plus. » Israel est ici présenté comme un peuple qui vit en Canaan. Donc l’exode a forcément eu lieu avant, probablement autour de -1250, sous Ramses II, le père de Merenptah.

C’est là que les problèmes commencent: on ne trouve aucune trace ni de l’exode, ni de la présence d’une masse d’esclaves sémites en Egypte à l’époque, ni d’un changement soudain de population en Canaan, ni de destruction de villes. Jericho était en ruine au moment supposé de l’arrivée des Israélites en Canaan.

Au point que certains archéologues, comme le professeur Israel Finkelstein de l’université de Tel Aviv, en sont arrivés à imaginer que les Israélites étaient en fait des Canaanéens qui auraient développé une nouvelle identité.

Cette conclusion révolutionnaire a cependant un défaut – elle est en totale contradiction avec toute la tradition israélite et le bon sens. Que des peuples s’inventent des mythes fondateurs glorieux est courant, mais aucun peuple ne s’est jamais inventé une origine d’esclaves misérables dans un autre pays.

Si les enfants d’Israel n’ont pas été esclaves en Egypte, si Moise n’a pas existé, si l’exode n’a pas eu lieu, d’où sortent ces nouveaux récits et comment ont-ils pu être acceptés par le peuple ? C’est justement pour cette raison que la majorité des historiens continuent de penser qu’il y a bien eu un exode.

Remarquez aussi que la stèle de Merenptah est étrange: nous ne savons pas à quoi il est fait référence. Il n’y a aucune source évoquant une quelconque opération de ce pharaon en Canaan ou même ailleurs, et rien qui soit resté dans la tradition d’Israel d’une invasion égyptienne peu de temps après l’exode.

Mais les contradictions avec le récit biblique ne s’arrêtent pas là, les principales tenant à l’ampleur des royaumes de David et Salomon. La réalité historique de David ne fait plus de doutes aujourd’hui depuis qu’on a retrouvé une stèle moabite en 1993, datant du 9ème siècle avant l’ère chrétienne, évoquant la « maison de David ».

Mais toujours d’après Finkelstein et ses partisans, si David et Salomon ont existé, ils étaient au mieux des chefs de village, régnant sur une territoire pauvre, minuscule, sous développé et peu peuplé. Les ruines de bâtiments monumentaux à Meggido et d’autres endroits attribués à Salomon, dateraient en fait, pour Finkelstein, de la période de la dynastie d’Omri, un siècle après.

Ces dernières années, plusieurs fouilles dirigées par les archéologues de l’université hébraïque de Jérusalem sont venues contredire ces affirmations et laissent penser qu’au contraire David et Salomon régnaient sur un véritable état organisé et moderne. Mais leurs découvertes ne font pas encore l’unanimité et sont rejetées par Finkelstein.

L’archéologie a bien sur ses limites. Plus on remonte loin dans le temps et moins il reste de traces. La plupart des artefacts du passé ont été détruits et il ne reste aujourd’hui qu’une infime fraction de ce qui existait à l’époque, aussi on ne peut pas affirmer que l’absence de preuves est une preuve de l’absence.

Cependant, en regardant bien il se pourrait que le noeud du problème ne se situe pas chez les archéologues bibliques, mais chez leurs confrères égyptologues pour une simple histoire de dates.

Après tout, la date traditionnelle de l’exode est généralement située entre -1500 et -1450, pas en -1250. Peut-être que les archéologues ne trouvent rien parce qu’ils ne regardent pas au bon endroit ?

C’est la thèse défendue par de nombreux chercheurs, pas toujours issus du monde académique (ce qui n’est pas un défaut), chacun ayant sa version de ce qui s’est réellement passé. Il faut comprendre qu’en remontant un peu en arrière dans l’histoire égyptienne on trouve immédiatement des tas de choses qui rappellent étrangement le récit biblique: la domination du nord de l’Egypte, exactement là où se trouvaient les Israélites dans la Bible, par les Hyksos originaires de Canaan ; la conversion d’Akhenaton au monothéisme ; l’évocation permanente des mystérieux « Habiru », souvent identifiés aux « Hébreux », semeurs de troubles en Canaan ; les esclaves sémites qui vivaient bien à cette époque plus reculée en Egypte et ont inventé un alphabet pour une langue qui pourrait être l’hébreu dans le Sinai – un alphabet dont sont originaires tous les alphabets du monde.

De nombreuses thèses essaient de concilier ces faits avec la Bible et l’archéologie. Mais certains vont encore plus loin en remettant en cause toute la chronologie égyptienne utilisée depuis le 19ème siècle.

Le plus radical d’entre eux est l’archéologue et égyptologue David Rohl dont la thèse, appelée « Nouvelle Chronologie », avance toutes les dates de l’Egypte ancienne de 300 ans jusqu’à la prise de Thèbes par les Assyriens en -664, date à partir de laquelle toutes les chronologies s’accordent.

La thèse de Rohl, développée depuis 20 ans, n’est pas la seule à remettre en question la chronologie classique, mais c’est la plus révolutionnaire.

Il se trouve que la chronologie égyptienne antique est, pour parler clairement, un énorme foutoir, qu’aucune date n’est vraiment certaine, que beaucoup de choses ne sont pas vraiment connues, et que d’énormes contradictions ou anomalies inexplicables se logent dans la chronologie actuelle.

En déplaçant les dates, subitement, d’après Rohl, l’archéologie et la Bible correspondent parfaitement. Joseph aurait alors été le vizir d’un pharaon de la XIIème dynastie et on a retrouvé une statue de lui ainsi que son tombeau.

Le pharaon de l’exode aurait été Dedumose, en -1450, et c’est le départ des 30 à 40 000 Israélites (il lit « alafim » comme « alufim » et donc arrive à ce chiffre) qui, en mettant l’Egypte à genou, aurait permis l’invasion des Hyksos – les Amalécites de la Bible.

Plus tard, ces premiers Hyksos (appelés Amu par les égyptiens) auraient été eux-mêmes conquis par une alliance de peuples indo-européens dont les Philistins issus du monde grec (les Shemau en égyptien), et ces derniers, après avoir été expulsés d’Egypte par la reconquête des pharaons de Thèbes, se seraient réfugiés dans le sud-ouest de Canaan d’où ils auraient servi de force de police aux égyptiens.

Pendant que les Israélites passaient la période des Juges – et selon Rohl l’archéologie montre bien la conquête israélite de Canaan a ce moment là – l’Egypte entrait dans sa période impériale et menait des guerres jusqu’en Syrie, ignorant essentiellement les tribus barbares des montagnes de Canaan et se souciant surtout des routes commerciales.

Rohl situe Akhenaton à la fin de la période des Juges et comme contemporain du roi Shaul et il prend pour preuve les lettres d’Amarna. Ces dernières sont des échanges diplomatiques retrouvés sur le site d’Amarna, là où s’élevait la capitale d’Akhenaton, entre le pharaon et divers souverains, vassaux et potentats locaux du moyen-orient. La chronologie traditionnelle situe ces lettres entre -1370 et -1350 mais pour Rohl elles datent de -1020 à -1000.

Il identifie le roi Shaul comme le seigneur de guerre Labaya des lettres (Lavi-Ya, le lion de Dieu, qui aurait été le vrai nom de Shaul, ce dernier étant son nom de règne). Labaya régnait sur exactement le même territoire, avait un fils dénommé Mutbaal ce qui signifie « homme de Baal » tandis que le fils de Shaul dans la Bible se nommait Ishbaal – « homme de Baal » aussi ; il est mort dans une bataille contre les Philistins, trahi par ses alliés, plus ou moins comme Shaul ; son fils survivant a été assassiné, comme Ishbaal ; et son successeur se nommait Dadoua/Tadoua, une traduction hourrite de David, dont le vrai nom était Elkhanan (il tient ça de Targum Yonathan, pas des lettres d’Amarna). Le général en chef de Dadoua se nommait Ayab (celui de David, Yoav) etc…

Il y a quelques difficultés avec ces identifications, comme le fait que dans la Bible, Shaul n’était pas un vassal de l’Egypte (encore que justement ça aurait été logique) ou que Labaya a été arrêté et devait être extradé vers l’Egypte mais a corrompu ses gardes et s’est enfui, un épisode inconnu de la Bible, ou bien qu’il ne semblait pas parler hébreu.

David a pu alors construire un royaume puissant, profitant de la faiblesse égyptienne après le désastre que fut le règne d’Akhenaton, et Salomon a su se positionner en partenaire commercial de l’Egypte et a aidé Ramses II lors de la bataille de Kadesh contre les Hittites. Après la mort de Salomon, Ramses II, allié au nouveau royaume d’Israel est le pharaon, appelé Shishak dans la Bible, qui a pris Jérusalem et volé le trésor du Temple, et la stèle de Merenptah commémore cet évènement. Tout devient clair.

Nous arrivons là à un point central de la thèse et en fait de toute la construction chronologique de l’Egypte ancienne. Aussi surprenant que cela puisse paraitre, et à ma grande stupéfaction lors de mes recherches sur le sujet, en définitive la chronologie classique ne repose pas sur beaucoup d’éléments concrets: entre autres, les textes de Manetho,  prêtre égyptien du 3ème siècle avant l’ère chrétienne, et l’identification par Champollion de Shishak avec le pharaon Shoshenq I à partir de laquelle on a tiré toutes les autres dates.

Les Juifs se rappellent de Manetho surtout comme étant l’auteur d’un anti-exode où il décrivait le point de vue égyptien sur l’évènement, assimilant les Israélites à des lépreux et des voleurs, et les liant aux Hyksos. Il fut aussi l’un des inventeurs de l’antisémitisme. Et il a retranscrit les listes des rois d’Egypte. Enfin, nous n’avons pas ses textes originaux mais juste ce que Flavius Josèphe en cite, ainsi qu’Eusebius et Africanus, des versions largement corrompues. Mais c’est à partir de ça que toute l’égyptologie s’est construite.

L’identification Shishak-Shoshenq semble aller de soit, et Shoshenq a mené une campagne militaire en Israel. Mais justement, Shishak lui, non. Il l’a mené contre Judah en alliance avec Israel. Or, Shoshenq ne cite que des villes prises en Israel, aucune en Judah. Comme on ne peut pas à la fois se baser sur la Bible pour identifier Shishak et ensuite la rejeter en disant qu’elle est inexacte, il parait difficile d’accepter l’identification entre Shishak et Shoshenq.

Ramses II, de son nom de trône, Usermaatre Setepenre Ramses, était, d’après Rohl, plus connu du peuple sous le nom de Sysa, probablement prononcé Shysha en hébreu. Le q final étant peut-être un jeu de mot. C’est donc lui le Shishak de la Bible et toute la chronologie est avancée de 300 à 350 ans.

La nouvelle chronologie de Rohl ne se contente pas d’accorder la Bible avec l’archéologie, elle bouleverse complètement toute l’histoire antique telle que nous la connaissons. Ainsi les Hittites ne disparaissent plus au 12ème siècle avant l’ère chrétienne mais au 9ème au moment des invasions des peuples de la mer suite à la guerre de Troy finie vers -863.

Ce qui signifie que Homère n’a pas écrit l’Iliade et l’Odyssée des siècles après les évènements supposés mais juste quelques dizaines d’années. Et qu’il n’y a eu aucun mystérieux « Age sombre » en Grèce durant lequel les Grecs auraient subitement perdu la connaissance de l’écriture et abandonné leurs villes pour tout redécouvrir après, mais une parfaite continuité historique entre l’âge héroïque et l’âge classique.

Les thèses de Rohl ou d’autres du même genre sont soutenues pas un petit nombre de chercheurs, mais le mainstream égyptologue ne les a pas acceptées. En général, ses travaux sont considérés comme sérieux et les questions qu’ils posent comme intéressantes, mais il n’a pas convaincu.

En science, malheureusement, les nouvelles idées ne s’imposent pas parce qu’elles ont su convaincre les chercheurs, mais parce que ceux qui s’y opposent finissent pas mourir et une nouvelle génération sans idées préconçues les accepte. Rohl espère appartenir à cette catégorie. Il a de très nombreux arguments qui confirment sa thèse, notamment les correspondances quasi-parfaites entre les dates de la nouvelle chronologie et les descriptions d’éclipses solaires ou lunaires de textes anciens, alors que les dates ne collent souvent pas avec la chronologie traditionnelle. Mais il y a de vraies raisons de ne pas être totalement convaincu.

Plusieurs tests au carbone 14 ont été menés et ils tendent à confirmer les dates de la chronologie classique. Mais pas toujours. Parfois ils donnent des dates encore plus anciennes et complètement impossibles à accepter. Ce qui fait que de plus en plus de chercheurs rejettent tout simplement cette méthode de confirmation. Mais en attendant elle contredit Rohl et ses semblables.

Ensuite le vrai problème de la chronologie de Rohl n’est pas juste de bouger des dates mais aussi des ères archéologiques. Les archéologues de l’antiquité  découpent la période en « Age de Bronze » et « Age de Fer », eux-mêmes divisés en sous périodes. La nouvelle chronologie implique de faire passer des évènements qu’on identifiait à l’âge de fer vers l’âge de bronze, sauf que cela ne correspond pas aux résultats des fouilles, et si Salomon par exemple devient un roi de l’âge de bronze, le problème c’est qu’une bonne partie des villes d’Israel n’existaient pas à ce moment là, apparemment.

Néanmoins même si la solution apportée par Rohl est erronée, la chronologie actuelle est intenable et induit tout le monde en erreur. Peut-être faut-il effectivement attendre qu’une génération meure et qu’une nouvelle, à l’esprit non corrompue par de vieilles idées, nous fasse entrer en terre promise.

La Palestine c’est Israël

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Article publié sur The Times of Israel français

La plupart des Juifs n’aiment pas le nom de « Palestine ». Il a quelque chose d’insultant envers nous, d’agressif, comme une négation de notre identité.

Vous connaissez tous l’histoire : suite à la troisième guerre judéo-romaine de 132-135, dite révolte de Bar Kohva, les Romains, excédés par ce peuple qui refusait de se soumettre à sa loi, décidèrent de changer le nom de la Judée en Palestine, en souvenir des Philistins, anciens ennemis irréductibles des Israélites.

Une façon d’ajouter l’insulte et l’humiliation à la défaite qui nous joue des tours jusqu’à aujourd’hui.

Imaginez que le pays ne se soit jamais appelé Palestine mais toujours Judée et le conflit israélo-palestinien (israélo-judéen ?) aurait été profondément transformé.

Sauf que cette lecture est malheureusement erronée. Pour commencer, le changement de nom de Judée en Palestine, et surtout, la décision de reconstruire Jérusalem comme cité païenne moderne sous le nom d’Aelia Capitolina, ne furent pas les conséquences de la guerre mais ses causes.

Nous savons aujourd’hui que la décision fut prise par l’empereur Hadrien suite à la deuxième guerre judéo-romaine de 115-117, dite guerre de Kitos; Hadrien était profondément helléniste et se voyait comme la réincarnation des empereurs séleucides.

Il souhaitait accomplir ce que ceux-ci avaient tenté à l’époque de la révolte des Maccabés et éradiquer le Judaïsme à sa source.

Hadrien n’a pas choisi le nom de Palestine par hasard et ne l’a pas inventé. Le nom de Palestine était utilisé depuis Hérodote au 5ème siècle avant l’ère commune.

Dans ses « Histoires », Hérodote décrit la Palestine comme un pays habité par des gens circoncis, ce qui n’était pas le cas des Philistins et qui s’étend sur tout le territoire entre la Phénicie et l’Egypte, et pas le petit territoire philistin entre Gaza et Ashdod.

D’ailleurs, les Philistins ont complètement disparu de l’histoire au moment de leur conquête par Nabuchodonosor à la fin du 6ème siècle avant l’ère commune, avant même la naissance d’Hérodote.

Aristote utilise le terme dans le même sens, ainsi que d’autres auteurs grecs ou romains, et même juifs comme Philon. Il est peu probable que Philon aurait utilisé ce terme s’il signifiait « pays des Philistins ».

D’autant plus que dans la traduction grecque de la Torah, la Septante, les Philistins sont appelés « Philistieim » et pas Palestiniens (Palastinoi) et leur pays – Gê ton Philistieim.

D’où vient alors le nom de Palestine ? Pour l’historien David Jacobson, dans un article de 2001 pour la Biblical Archeology Review, ce serait simplement une traduction grecque d’Israel.

Israël signifie d’après la Torah « celui qui a lutté avec Dieu », et la racine grecque Palaistine signifie justement « lutte ». La ressemblance avec le nom des Philistins (peuple originaire du monde grec) aurait rajouté un petit jeu de mot dont les Grecs étaient friands.

Cela n’a après tout rien d’extraordinaire. Les Grecs traduisaient souvent le nom des pays dans leur propre langue à commencer par les voisins d’Israël comme la Phénicie, traduction grecque de Canaan, ou la Mésopotamie, une traduction de Naharayim.

Ainsi, Palestine signifierait tout simplement Israël et les Palestiniens seraient donc des Israéliens sans le savoir. Voilà qui réglerait bien des problèmes.

Et si l’univers avait bien été créé en 6 jours ?

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Article publié et mis à jour sur The Times Of Israel en français

Il y a généralement 3 façons d’appréhender les contradictions entre la Science et la Bible. Pour les athées les choses sont simples, les textes bibliques ne sont qu’un assemblage de contes et légendes antiques dotés d’un éventuel intérêt anthropologique mais pas grand chose d’autre. Pour les croyants les choses sont plus complexes. Il est possible de voir les textes comme divinement inspirés et allégoriques, mystiques, secrets, légaux, moraux, éthiques, mais pas comme un récit historique stricto sensu. Ici, la science et la religion appartiennent à deux sphères différentes. L’une explique le comment et l’autre le pourquoi, l’une s’occupe du monde matériel, l’autre de spiritualité. D’autres croyants plus « fondamentalistes » préfèrent croire que la Bible est littéralement vraie et donc que la science a tort, voire qu’elle ment et déforme consciemment la vérité. 

Tout le monde semble en tout cas partager la même conclusion: la Science et la Bible prise littéralement se contredisent. D’un côté un récit qui parle d’un monde créé en six jours il y a près de 6000 ans, de l’autre les conclusions de la science selon lesquelles notre univers est apparu il y a  14 milliards d’années. Les deux ne peuvent pas être simultanément vrais.

Ou peuvent-ils l’être ? C’est ce qu’affirme le Dr Gerald Schroeder, diplômé d’un doctorat en physique du MIT, ancien membre de la commission nucléaire des Etats-Unis, et maintenant conférencier chez Aish Hatorah. Je viens de lire son livre « The Science of God » – La Science de Dieu -, sorti en 1997 et réédité en 2009 (c’est la version que j’ai lu). 

J’ai souvent entendu l’argument selon lequel la Bible disait n’importe quoi parce que les pyramides avaient été bâties près de 1000 ans avant le séjour des Israélites en Egypte et ces derniers ne pouvaient donc pas les avoir construites. Le problème c’est qu’il n’est écrit nul part dans la Torah que les Hébreux ont bâti les pyramides. D’ailleurs la Torah ne dit strictement rien sur les pyramides. De même, la Torah ne dit pas le moindre mot sur le fait que le Soleil tournerait autour de la Terre. C’est une interprétation de l’Eglise et si la Science a prouvé que c’était au contraire la Terre qui tournait autour du Soleil, elle a ainsi contredit l’Eglise et pas la Bible. Les exemples de ce type sont nombreux. Beaucoup de contradictions entre science et Bible sont en fait des contradictions entre science et église, voire entre science et des idées populaires issues d’on ne sait où. Selon Schroeder, en fait, il n’y a pas la moindre contradiction entre la Torah et la science. Pour lui, suivant le Rambam (Maimonide), les deux se complètent parfaitement et sont deux facettes de la même vérité.

La théorie du Big Bang, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, n’est pas une défaite de la Bible mais probablement sa plus grande victoire. Depuis Aristote jusqu’au milieu du 20ème siècle, la philosophie puis la science tenaient pour évidente l’idée selon laquelle il ne pouvait y avoir de création « à partir de rien ». La matière avait forcément toujours existé et il n’y avait donc pas eu de création de l’univers au sens biblique. On se souvient que tout le dilemme intellectuel du Rambam se résumait à sa tentative de concilier sa rationalité philosophique et sa croyance en la création, ce qui était très difficile à son époque, lorsqu’il apparaissait que croire en un commencement de l’univers défiait la logique la plus basique. Ce combat a duré des siècles – jusqu’au Big Bang, qui confirme ce que la Bible avait toujours dit: il y a bien eu un commencement. C’est un changement de paradigme total. Mais la correspondance entre science et Bible irait encore plus loin.

Quand la Bible parle de « jours », nous dit Schroeder, alors que le soleil et la lune ne sont pas encore créés,’il faut comprendre qu’il ne s’agit pas de temps terrestre mais de temps cosmique. En se basant sur les propriétés de la dilatation du temps et une démonstration technique que je serai bien incapable d’expliquer ici, il apparait que les quelques 15 milliards d’années écoulées depuis la création correspondent à environ 6 jours de 24 heures relativement au temps cosmique du moment de la création. Plus fort encore, chaque jour cosmique correspond assez bien à ce que décrit le même jour dans la Torah. Ce n’est que lorsque apparait Adam que la Torah retourne au temps terrestre normal. Et c’est depuis la création d’Adam, ou plus précisément selon Schroeder, la création de l’âme d’Adam, que se sont écoulées les 5774 années du calendrier hébraïque.

Quand Schroeder parle de science, il est très convainquant et passionnant mais pas particulièrement original. Il explique longuement, ce que des tas d’autres scientifiques croyants – ou pas d’ailleurs – expliquent déjà, que le fait que la vie existe dans notre univers est une sorte de miracle, que l’existence tout court de notre univers est de l’ordre de l’impossible. Pour que les choses soient comme elles le sont, il a fallu un enchainement de hasards improbables et que d’innombrables constantes et variables soient de la valeur exacte qui est la leur. Une infime variation et nous ne serions pas là. Face à une telle impossibilité statistique, certains ont développé une théorie selon laquelle il existerait une infinité d’univers dans un monde à 10 dimensions, et notre univers serait celui où la vie est possible. A vous de voir ce qui semble le plus dur à croire: l’existence d’un Créateur ou une 10ème dimension où flotteraient un nombre infinis de bulles contenant chacune un univers entier. Remarquez, les deux idées ne sont pas mutuellement contradictoires en fait.

De même, lorsque Schroeder parle de l’évolution, il maitrise apparemment son sujet mais est modérément original. Il est d’accord sur les faits avec les partisans du Neo-Darwinisme mais pas sur leur interprétation. Il démontre que l’évolution n’a pas pu être un phénomène aléatoire mais qu’elle a été canalisée et dirigée, sans doute pré-programmée. Se basant sur le Ramban et le Talmud, il affirme que le seul acte de création de Dieu fut le Big Bang, tout le reste depuis est un processus naturel sans intervention directe, Dieu se pliant aux lois de la Nature parce que c’est une condition du libre arbitre. La faculté à créer de la vie est une propriété intrinsèque de la Terre, pas le résultat d’une intervention spécifique de la divinité. Il n’y a donc aucun problème à accepter l’évolution. Ce qui implique que l’homme descend bien du singe, et que le Adam historique est né d’un père et d’une mère. C’est là que les choses se corsent – quand Schroeder parle de Torah, j’y reviendrai.

Ses thèses ne sont pas sans rencontrer une certaine critique. Certains soulignent des erreurs scientifiques, parfois basiques, ce que je suis incapable de juger. Néanmoins, même si c’était vrai cela n’affecte pas vraiment ses thèses centrales. D’autres sont plus gênés par son interprétation biblique – généralement des chrétiens qui n’ont pas l’habitude de l’exégèse juive traditionnelle. Car Schroeder, plus qu’il réconcilie la Bible avec la science, semble vouloir montrer la compatibilité de la tradition juive avec la science. C’est en phase avec l’approche des séminaires de Aish Hatorah dont le but est généralement d’utiliser le monde moderne pour prouver la vérité du Judaisme. Ce qui est tout à fait légitime. Schroeder fait donc un peu la même chose ici. Et dans la pratique cela ressemble plutôt à « regarder en cherchant bien on trouve des interprétations juives traditionnelles qui collent avec la science moderne ». C’est le défaut principal du livre et de la méthode Schroeder: le cherry picking, c-à-d la tendance à choisir ce qui lui plait et qui colle avec ses thèses.

Le Ramban, commentant le verset de la création d’Adam, émet en passant l’hypothèse hautement spéculative qu’il y avait des hommes avant Adam. Je ne peux pas dire si le Ramban adhérait à cette vision ou ne faisait que se questionner hypothétiquement. Cette position n’est pas exactement l’expression du mainstream du Judaisme traditionnel. Elle existe, et encore en général il s’agit de l’idée que des hommes *existaient* avant Adam mais plus quand lui a été créé. Ceci dit j’ai toujours eu personnellement l’impression que le texte sous entendait l’existence d’autres hommes à l’époque d’Adam. Ainsi Cain après avoir été chassé de devant Dieu, s’est marié (avec qui ?) et après la naissance de son fils a bâti une ville. Une ville pour les 7 personnes qui peuplaient la Terre à ce moment là ? Difficile à croire.

Quoiqu’il en soit, Schroeder interprète ceci comme signifiant qu’Adam est né de parents homo sapiens, mais qu’il fut le premier homme à recevoir une âme et donc à être le premier véritable être humain, les autres étant des bêtes à l’apparence et l’intelligence humaines. Schroeder veut absolument réconcilier le récit biblique avec les connaissances historiques et archéologiques. Les hommes physiquement modernes, d’après l’archéologie et la biologie, sont apparus il y a environ 150,000 ans en Afrique de l’Est ou du Sud. On parle d’hommes au comportement moderne à partir d’il y a 50,000 ans, lorsque subitement, sans qu’on sache pourquoi, les hommes se sont mis à exprimer des actes « culturels », tels que la religion, le langage, la pèche etc… Puis il y a 12,000 ans, au Proche-Orient, est apparue l’agriculture qui tout en étant une immense régression dans la qualité de vie au niveau individuel – c’est d’ailleurs une interprétation de l’histoire de la punition d’Adam et Eve, marquant le passage de la vie de chasseurs-cueilleurs à celle beaucoup plus rude de fermiers – fut le début de la civilisation. Enfin, il y a près de 6000 ans, toujours au même endroit, est apparue l’écriture. Schroeder note avec justesse que l’apparition de cette dernière semble correspondre à l’époque d’Adam telle que calculée par le Seder Olam Rabbah. Il en déduit que c’est la conséquence de l’introduction d’une âme humaine qui a conduit à ce changement. C’est très tiré par les cheveux, en toute honnêteté. Le lien avec l’écriture me semble une piste intéressante mais difficile de suivre Schroeder sur le chemin qu’il trace. Rien ne distingue fondamentalement la nature des hommes d’il y a plus de 6000 ans de ceux venus après.

Et les implications sont légèrement terrifiantes. Il y aurait donc des vrais hommes, avec une âme, et des « bêtes à l’apparence humaine », dotées seulement d’une nefesh haya (esprit vivant). Serait-ce encore le cas aujourd’hui ? Vu que Schroeder semble sous-entendre qu’il faut avoir deux parents ayant une âme pour en avoir une et qu’il est difficile d’imaginer que tous les êtres humains actuels descendent directement d’un Adam et d’une Eve ayant vécu il y a 6000 ans, la réponse est claire.

Schroeder ne dit à peu près rien sur le reste du texte biblique sauf pour parler du déluge qui devient une simple inondation locale, en opposition avec ce que semble dire le texte et la majeure partie de la tradition juive. Là encore il se base sur son interprétation d’un bout de commentaire. Et cette idée n’est pas pas particulièrement originale, c’est celle de l’exégèse biblique scientifique classique – à l’origine une discipline ouvertement antisémite comme le rappelait David Nurenberg dans son livre précédemment évoqué ici. Or une des particularités du récit du déluge est son universalité. On le retrouve dans presque tous les peuples de la Terre, y compris parmi les Amérindiens. Je me rappelle une interview de Claude Levi-Strauss où confronter à ce fait, il en avait conclu que « les hommes avaient peur de l’eau ». On n’a trouvé aucune trace géologique du déluge, mais pourtant la plupart des peuples en ont gardé une mémoire. Comment expliquer ça ? Aucune idée.

Dans la même veine, Schroeder cherche à justifier ses méthodes de datation – cette fois contre les créationnistes – en se basant sur un descendant de Cain, Tuval-Cain, qui aurait été l’inventeur du bronze, ce qui correspondrait au début historique de l’age de bronze. Le problème c’est que mis à part qu’il se trompe d’au moins 500 ans sur le début de l’âge de bronze, le texte dit aussi que Tuval Cain travaillait le fer, ce qui est légèrement problématique vu que l’age de fer est postérieur de près de 2000 ans à celui du bronze. Il est surement possible de trouver une bonne explication, mais il préfère ne pas aborder le sujet tout court. Tout comme il ne parle pas de la Tour de Babel et d’autres éléments qui ne s’accordent pas forcément très bien avec la connaissance scientifique actuelle.

Un autre problème est qu’il consacre beaucoup de temps et d’énergie à vouloir débattre de choses qui ne changent pas fondamentalement sa thèse centrale. Il veut absolument démontrer que les neo-darwiniens ont tort, mais il prend le risque d’être contredit par de nouvelles découvertes. Ainsi son insistance sur l’explosion du Cambrien, qui est aujourd’hui remise en question, alors que fondamentalement, que l’évolution soit progressive ou procède par sauts soudains, ça ne change pas grand chose à ce qu’il raconte.

Aparté personnel: tout en croyant pleinement à la réalité d’un mécanisme d’évolution, j’ai personnellement du mal avec certaines affirmations neo-darwiniennes qui me semblent tenir plus de la foi que de la science, et avec le refus de toute remise en question. Je comprends leur virulence, après tout ils mènent un combat violent contre les créationnistes dont certains ne sont pas parmi les gens les plus intelligents et les plus rationnels que compte notre planète. Néanmoins, il est indéniable que la science institutionnelle, dès qu’elle est bousculée, a tendance à se comporter plus comme une église que comme un corps rationnel et ouvert à la critique. C’est le cas avec l’évolution. C’est encore plus le cas avec la théorie du réchauffement climatique du à l’homme, la virulence envers toute critique, qui en arrive à demander de censurer dans la presse toute opinion dissidente, se renforçant à mesure que la thèse s’écroule dans la réalité. On est ici clairement dans le domaine de la foi, plus de la science.

Au final, la démarche de Schroeder est fascinante et passionnante, même si les solutions apportées sont loin de répondre à toutes les questions. Sa volonté de faire de la Torah un livre de sciences exactes est probablement ce qui le conduit à l’erreur. Surtout quand la science elle-même ne cesse d’évoluer, de se contredire ou de s’auto-corriger et que les vérités d’aujourd’hui sont les erreurs de demain. Evidemment, il ne faut pas rejeter la science et ce qu’elle a à dire, au contraire même, mais ne pas non plus tout prendre comme vérité révélée. Science et Torah se complètent mais cela ne veut pas dire qu’elles racontent exactement la même chose et les contradictions apparentes ne font que stimuler la recherche de la vérité.