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Quand l’histoire est réécrite selon les besoins de l’idéologie

La résolution de l’UNESCO, honteusement votée par la France, niant les liens entre le peuple juif et Jérusalem n’est que le dernier avatar d’un discours développé par le monde musulman depuis plusieurs décennies et visant à réécrire l’histoire au service de la cause nationaliste arabo-musulmane. Le Temple n’a jamais existé, Jesus était Palestinien, et les Palestiniens sont les descendants au choix, suivant les jours, des Cananéens, des Philistins, ou des Hébreux. Les contradictions internes de ces étranges affirmations, leur opposition à ce que le Coran lui-même dit explicitement, ne sont que des détails sans importance aux yeux de ceux qui les avancent. Car pour eux comme pour les idiots utiles de la gauche progressiste occidentale qui les soutiennent, la vérité n’a aucune importance, seule compte la « cause » et tout est permis pour la faire avancer.

La réécriture de l’histoire, pas uniquement celle d’Israel, occupe une place essentielle dans le dispositif de propagande islamo-gauchiste. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas non plus une chose qu’ils ont inventé. Comme chacun sait, l’histoire est écrite par les vainqueurs, et ils ont toujours eu tendance à se donner le beau rôle. La nouveauté ici c’est que la réécriture est pratiquée avant la victoire et avec la complicité des élites des peuples qu’ils veulent soumettre.

Pourquoi donc les élites européennes acceptent-elles de collaborer avec cette entreprise négationniste ? Parce qu’elles sont elles-mêmes depuis 50 ans en plein travail de réécriture de leur propre histoire. Les Juifs et les Européens ont tiré des enseignements complètement opposés de la Seconde Guerre mondiale: les Juifs ont compris qu’ils ne pourraient pas survivre sans posséder un Etat fort et indépendant ; les Européens ont conclu que le nazisme était le stade ultime de l’Etat-Nation et que ce modèle devait être dépassé et le nationalisme éliminé. Fondamentalement, les Européens se sont complètement mépris sur la nature du nazisme, qui loin d’être un nationalisme était bien au contraire anti-nationaliste – une idéologie raciale qui méprisait les Etats-Nations et souhaitait leur destruction avec autant de ferveur que les intellectuels cosmopolites.

Et c’est cette motivation qui est à l’origine du projet de construction européenne.

Pour certains, « l’Europe » évoque un projet idéaliste et noble qui visait à unifier par la paix et l’économie des peuples qui se sont entretués pendant des siècles. Pour moi, l’Europe évoque avant tout la fin de l’Empire romain. La principale impression que me donnent les pays européens c’est qu’ils sont en fin de vie, que leurs peuples ont cessé de croire en eux-mêmes, et qu’ils s’apprêtent à disparaitre de l’histoire, en faisant plus ou moins de bruit.

Le parallèle avec la chute de l’Empire romain est pertinent à plus d’un titre. Les causes de cette chute sont un des sujets les plus débattus et les plus contestés par les historiens depuis des siècles. L’histoire est une discipline qui n’a a priori pas d’autre but que d’établir les faits sur les évènements passés et les expliquer, mais malheureusement depuis quelques décennies les dérives idéologisantes qui infectent les sciences sociales dans les universités et l’obsession pour les explications basées sur des théories pseudo-scientifiques ont aussi pénétré cette auguste discipline et dénaturé son travail.

Comme je disais précédemment, le travail de réécriture de l’histoire n’est pas une invention contemporaine. Par exemple, nous avons tous appris à l’école que la chute de l’Empire romain avait eu lieu au moment des invasions barbares au 5ème siècle. Ce qui est vrai et faux en même temps. Car l’Empire romain n’a réellement été détruit qu’en 1453, soit mille ans plus tard, avec la chute de Constantinople. Ce qui a disparu au 5ème siècle, c’est l’Empire romain d’Occident, tandis que celui d’Orient (la division datant du 3ème siècle) a continué à prospérer pendant quelques temps. Mais dans les livres d’histoire l’Empire romain d’Orient est appelé « Empire byzantin », un nom qu’il n’a jamais porté. C’est une invention des historiens du 19ème siècle.

C’est a priori un détail, mais qui en dit long sur la façon dont certains a priori idéologiques peuvent motiver l’analyse de l’histoire. En changeant le nom de l’Empire romain d’Orient, les occidentaux s’appropriaient entièrement l’héritage civilisationnel de Rome et le niait à ceux qui se réclament de Constantinople – les Grecs et les Russes surtout.

Plus récemment, deux révisions de la description classique de la chute de l’empire romain d’occident ont jouit d’une grande popularité pour des raisons plus idéologiques que réellement basées sur la recherche de la vérité. D’abord, en réaction aux représentations nationalistes simplistes qui voyaient dans les grandes migrations du premier millénaire le mouvement de nations entières, il est devenu courant de nier non seulement le caractère national de ces mouvements, mais même leur existence.

L’empire romain d’occident s’est effondré suite à l’infiltration massive de populations germaniques « barbares », elles-mêmes mises en mouvement par l’arrivée des Huns – les Angles et les Saxons, les Francs, les Lombards, etc. D’autres migrations ont suivi et bouleversé le paysage démographique européen dans les siècles suivants: celle des Slaves, des Magyars (les Hongrois), ou des Vikings. Cependant, dans les cercles historiens il est devenu de plus en plus courants de nier ou de fortement limiter la réalité de ces mouvements. Il ne s’agirait que de groupes de quelques milliers guerriers issus des élites qui auraient remplacé les anciennes élites locales sur le modèle de la conquête de l’Angleterre par les « Normands » en 1066, la masse de la population restant inchangée.

Pour arriver à cette conclusion, il faut refuser par exemple d’accepter les témoignages directes de l’époque qui décrivent des mouvements de masse de gens accompagnés de femmes et d’enfants ainsi que ce que nous apprend l’archéologie. Mais il est plus important de s’opposer à une vision qui renforce les mythes nationaux honnis.

La deuxième révision devenue populaire chez les historiens est en fait de nier plus ou moins la réalité des conséquences de la chute de l’Empire romain. Le mot « chute » laisse entendre un bouleversement total de la vie et de la civilisation telles qu’elles étaient connues par les citoyens de l’ancien empire et généralement pas pour le mieux. Mais non, nous explique-t-on. En fait, il n’y a pas eu de vrai changement, mais plutôt une continuité dans un cadre un peu différent. Les « barbares » étaient déjà largement romanisés et n’ont fait que reprendre les structures pré-existantes. Les populations de l’époque n’ont pas vécu de véritable rupture.

Sauf que, comme le prouve l’historien britannique Bryan Ward-Perkins dans son ouvrage « The Fall of Rome and the end of civilization », la chute de l’Empire romain d’occident fut un désastre d’une ampleur inouïe sur tous les plans: effondrement démographique (encore qu’en Italie le pire eut lieu lors de la reconquête par l’empire romain d’Orient au 6ème siècle), effondrement économique, effondrement culturel, effondrement technologique. En Angleterre, le niveau de vie est revenu à ce qu’il était à l’âge de bronze. Dans le reste de l’Europe, il faudra attendre entre le 13ème et le 19ème siècle, suivant les domaines, pour juste retrouver le niveau de l’époque romaine (en terme de commerce, de production, d’échanges, de technologie, de démographie).

Ward-Perkins pense que les raisons de ce travestissement de la réalité historique sont liées à la construction européenne et notamment à la volonté de faire plaisir à l’Allemagne: il s’agit de ne pas lui mettre sur le dos la fin de la civilisation romaine. Il s’agit aussi de nier les thèses conservatrices sur les menaces que l’immigration de masse ferait peser sur la civilisation occidentale contemporaine.

C’est là que nous retrouvons la pertinence de l’exemple romain. Quelques soient les opinions sur les causes profondes de la chute de Rome, deux facteurs sont indéniables: la faiblesse démographique romaine dans ses derniers siècles et l’immigration massive et non-voulue des populations germaniques. Ces deux facteurs trouvent une résonance dans la situation européenne actuelle qui mêle aussi faible natalité des populations autochtones à une immigration « barbare » soutenue. On comprend pourquoi il est impératif de faire disparaitre un ancien exemple qui pourrait donner l’idée que l’avenir européen n’est pas rose.

Et tout redevient alors logique: on réécrit l’histoire pour détruire les mythes nationaux et, on espère, les Nations ;  et pour faire accepter l’immigration étrangère de masse dont l’objectif avoué est aussi d’affaiblir la base historico-ethnique des identités nationales européennes pour créer un nouvel homme européen transnational.

Toute cette construction idéologique est en train aujourd’hui d’exploser au visage des européens qui découvrent aujourd’hui ce que l’URSS a fini aussi par apprendre à la fin des années 80: que la réalité est plus forte que l’idéologie, et que tout se paie.

Pourquoi la gauche ne pourra plus jamais gagner les élections

Article publié dans The Times of Israel en français

A croire la presse, le combat pour la victoire aux prochaines élections du 17 mars en Israel est serré, et l’issue incertaine.

Un jour les sondages donnent l’avantage au « camps sioniste » de Herzog et Livni, cette semaine c’est le Likoud qui a repris la main. Pourtant, ce n’est qu’une illusion d’optique.

Sauf renversements d’alliances et trahisons dignes de Game of Thrones, Binyamin Netanyahu est assuré de rester au pouvoir le 17 mars et lui ou son successeur à la tête de la droite aussi pour de nombreuses années, voire, à tout jamais.

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La menace démographique est-elle réelle ?

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Article paru dans Times of Israel en français

En 2016, pour la première fois depuis 1949, les Arabes seront plus nombreux que les Juifs sur l’ensemble de la terre d’Israel. Du moins c’est ce qu’affirme le bureau des statistiques de l’autorité palestinienne. Certes, il avait déjà affirmé que cela devait arriver en 2014, en 2010, ou en 2000, mais cette fois-ci, ça y est, c’est certain.

Ou pas.

Et ça n’a pas vraiment la moindre importance.

La question de la « menace démographique » a pris une place centrale dans le conflit israélo-palestinien, particulièrement depuis l’effondrement de la doctrine de « la paix contre les territoires » lors de la seconde Intifada (2000-2003).

Puisqu’on ne pouvait plus convaincre la population israélienne qu’elle obtiendrait la paix en sortant des territoires, l’argumentation s’est déplacée vers l’idée que si on ne le faisait pas, les Palestiniens deviendraient majoritaires et Israel cesserait d’être un Etat juif et démocratique – soit il ne serait plus juif, soit il ne serait plus démocratique.

C’est avec ce genre d’affirmations qu’on a justifié le retrait de Gaza et l’expulsion manu militari de ses habitants juifs, et que d’anciens likudnikim tels que Tsipi Livni ont expliqué le revirement de leurs positions politiques.

Pourtant, il est difficile de trouver un argument plus absurde. Quelle logique y a-t-il à additionner des Druzes fiers d’être israéliens et qui font trois ans de service militaire avec les membres du Hamas à Gaza comme s’ils formaient une même population ? Le racisme sous-jacent de cette argumentation est évident. Tous les Arabes sont mis ensemble, quoi qu’ils pensent, qu’ils soient citoyens israéliens ou pas.

Absurde aussi de continuer à compter Gaza dans les territoires sous contrôle israélien : après tout n’était-ce pas justement la raison officielle du désengagement. Si on compte Gaza, on peut compter la Jordanie, l’Egypte ou la Syrie.

Mais surtout, absurde parce que le fait que l’ensemble des Arabes deviennent majoritaires ne changerait rien à la situation dans l’Etat d’Israel. Les Palestiniens de Judée-Samarie ne sont pas Israéliens et donc n’influencent en rien la nature de ce pays. Donc en 2016, il ne se passera rien.

D’autant plus que de toute façon, les Arabes ne seront pas majoritaires en 2016 ni en 2026 ni probablement jamais. Les chiffres fournis par l’autorité palestinienne sont plus que douteux. Il est à peu près certain que comme tout ce qui sort de l’AP, ils ne servent qu’à entretenir la propagande du régime corrompu d’Abu Mazen (Mahmoud Abbas).

Plusieurs études indépendantes menées depuis 2005 sont arrivées à la conclusion que la population arabe réelle de Judée-Samarie était inférieure d’environ un million de personnes (1,7 au lieu de 2,7 millions) aux chiffres officiels.

En effet, les chiffres de l’AP incluent les habitants arabes de Jérusalem (déjà comptés comme Arabes israéliens), des centaines de milliers de Palestiniens qui ont quitté les territoires (les chiffres officiels donnent une immigration positive alors qu’elle est significativement négative d’après les contrôles aux frontières qui sont tenus par Israel), et ils surestiment la natalité palestinienne (il suffit d’additionner les naissances dans les hôpitaux palestiniens pour voir la différence).

Ces constatations ont été confirmées extérieurement par plusieurs éléments comme le nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales, très inférieur à ce qu’il devrait être selon les chiffres officiels et en phase avec la population réelle ; et surtout le nombre d’enfants entrant en CP à l’age de 6 ans à partir de 2010, qui correspond précisément aux chiffres des premières études sur les naissances en 2004 et après.

De même, la population arabe de Jérusalem peut servir d’indicateur fiable pour le reste des Palestiniens de Judée-Samarie. L’indice de fécondité des femmes arabes (pratiquement toutes musulmanes) de Jérusalem est quasi-identique à celui des autres Arabes musulmanes israéliennes, et en baisse forte et continue depuis 15 ans, tandis que la natalité juive augmente et dépassera bientôt celle des Arabes.

Il est même possible que la fécondité des femmes arabes de Jérusalem soit artificiellement supérieure à ce qu’elle est dans les territoires en raison des avantages de la sécurité sociale et des allocations familiales israéliennes. Or, il a été établi par plusieurs études qu’elles contribuaient à augmenter la natalité arabe.

Face à ces évidences, le bureau des statistiques palestinien a d’abord tout rejeté, puis accepté quelques éléments et fait certaines modifications, puis cessé de publier certaines données (comme le taux de fécondité pas mis à jour depuis 5 ans).

C’est bizarrement parmi les démographes israéliens de gauche qu’on trouve le plus d’opposition à cette analyse. Arnon Sofer, qui a construit toute sa carrière sur le catastrophisme démographique, la rejette sous prétexte que ceux qui la promeuvent sont « de droite ».

Sergio DellaPergola, autorité reconnue en matière de démographie juive, semble surtout embêté qu’on vienne empiéter sur son territoire en découvrant des choses qu’il n’a pas vu. Mais ils n’apportent pratiquement aucune réponse concrète.

Car au final, derrière l’argument de la menace démographique se cache l’obsession d’une partie de la gauche à abandonner la Judée-Samarie, quelles que soient les conséquences, quels que soient les faits, et pour cela, tous les moyens sont cashers y compris coopérer avec les mensonges palestiniens. Si effectivement la population palestinienne est nettement inférieure à ce qu’ils affirment, l’argument démographique disparait et il devient beaucoup plus compliqué d’expliquer l’urgence d’un nouveau désengagement.

Inversement, le fait d’établir que la population arabe ne menace pas la majorité juive ne signifie pas qu’il faille annexer les territoires ou ne jamais les quitter. Chacun jugera de ce qui est meilleur pour l’avenir d’Israel en fonction de sa vision des choses. Mais ce sera sur la base de données réelles et pas falsifiées.

Jérusalem est-elle une ville perdue ?

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Cet article est paru sur le site The Times of Israel français

En 2008, j’étais candidat aux élections municipales de Jérusalem sur la liste de Nir Barkat. Pendant la campagne, je m’étais étonné du soutien ouvert qu’apportait le journal de gauche Haaretz au candidat ultra-orthodoxe Meir Porush.

Voilà une alliance qui semblait a priori contre-nature: il aurait semblé plus normal que le journal de l’élite autoproclamée, ultra-laique, et généralement antireligieux, soutienne le candidat sioniste et laïque Barkat contre un ancien député de Yahadut HaTorah.

Mais le phénomène ne se limitait pas à Haaretz, d’autres médias, même si de façon moins ouverte, semblaient avoir pris le parti de Porush contre celui qui aurait pu apparaître comme leur candidat naturel.

Les journalistes de Haaretz voulaient que Porush gagne afin de pouvoir continuer à présenter Jérusalem comme un cas désespéré, perdu, sans avenir, une ville d’où la population laïque s’enfuit à grande vitesse, et en voie de « haredisation » avancée – comme les médias israéliens le font depuis plus de 20 ans.

Les motivations derrière ce récit sont diverses : nombrilisme tel avivien, haine de la tradition juive, et surtout, volonté de convaincre le public de diviser Jérusalem puisque c’est une ville peuplée uniquement de « haredim et d’Arabes ».

Mais qu’en est-il réellement ? Jérusalem est-elle vraiment « perdue » ?

Comme la plupart des mythes, celui-ci est basé sur quelques éléments exacts. Jérusalem est une des villes les plus pauvres d’Israel, où le taux d‘emploi, le revenu par habitant, le taux de réussite au bac israélien, et le taux de recrutement pour le service militaire sont nettement en dessous de la moyenne nationale.

Il y a beaucoup de juifs ultra-orthodoxes (haredim) à Jérusalem, et d’anciens quartiers du centre-ville ont changé de visage ces dernières décennies quand la population ultra-religieuse y est devenue majoritaire.

De même, depuis le début des années 90, la ville juive a réellement connu une immigration négative non-négligeable, avec une balance négative de l’ordre de 7 à 8,000 personnes par an.

Cependant, la majorité des départs se sont faits pour la banlieue de la ville et pour la Judée-Samarie, pas pour Tel Aviv ou le centre.

En soi, il s’agit d’un phénomène parfaitement classique pour les grandes villes. Les prix de l’immobilier sont la raison essentielle de cette émigration.

Jérusalem est une des villes les plus chères d’Israel malgré la relative pauvreté de ses habitants. On accuse souvent les acheteurs de résidence secondaire juifs français ou américains, mais leur influence est relativement marginale et limitée à quelques quartiers.

La réalité est plus simple: la population augmente vite mais le nombre de terrains constructibles est bas et les possibilités de constructions significatives très faibles.

Ajoutez à cela les tensions internationales chaque fois qu’on construit un appartement dans les quartiers juifs de la ville au-delà des « lignes de 1967 » (c’est-à-dire les lignes de 1949, mais on ne va pas demander aux journalistes de comprendre de quoi ils parlent), et vous comprenez que l’offre d’appartements ne peut pas croître aussi vite que la demande.

Or, une grande partie des gens qui ont quitté la ville, et en particulier des jeunes, étaient des ultra-orthodoxes. Ils se sont installés massivement à Beit Shemesh, ou dans diverses villes construites pour eux en Judée-Samarie.

Ainsi en 1993, les haredim représentaient 29 % de la population juive adulte de Jérusalem.

En 2008, malgré leur natalité très supérieure à la moyenne, ils n’étaient que 32 %, et en 2013, toujours autant – 32 % des adultes (35 % avec les enfants).

Nir Barkat a été élu en 2008.

Le nouveau dynamisme qui a été insufflé à la ville depuis 6 ans l’a tellement transformée qu’il n’est plus possible de nier l’extraordinaire vitalité de Jérusalem et de ses habitants au point que les hipsters de Tel Aviv en viennent à faire ce qu’ils n’auraient jamais imaginé auparavant et montent régulièrement sortir à Jérusalem. Education, culture, tourisme, business: tous les secteurs sont en pleine effervescence.

Sous Barkat, pour la première fois depuis le début des années 1990, le nombre d’élèves dans les écoles publiques sionistes et sionistes-religieuses a augmenté, tandis que certains rapports faisaient état d’une stagnation voire d’une baisse chez les ultra-orthodoxes.

Des dizaines de milliers d’emplois ont été créés dans la ville, la vie culturelle bat son plein et des projets urbains comme la park de l’ancien chemin de fer ont changé le visage de la ville et les rapports entre les habitants.

Pourtant, le phénomène d’émigration de la ville ne s’est apparemment pas ralenti, atteignant même un record en 2012 – une balance négative de près de 9,000 personnes : 19,000 départs pour 10,000 arrivées. Ces chiffres n’incluent pas les nouveaux immigrants, près de 3,000, ce qui porte en fait la balance migratoire négative à 6,000.

Il semble que cela soit dû à l’accélération des départs issus de la communauté ultra-orthodoxe et toujours à cause de l’immobilier. Près de la moitié des gens qui quittent la ville partent vivre dans des villes ultra-orthodoxes.

La municipalité ne voit pas d’un mauvais oeil le niveau élevé des prix de l’immobilier. Cela limite l’expansion de la population ultra-orthodoxe, qui est en moyenne assez pauvre, et attire une population aisée qui, contrairement aux précédents, paient leurs impôts locaux plein pot.

Ainsi, Jérusalem ne va pas devenir une nouvelle Bnei Brak. La population juive de la ville restera diverse, plurielle, et représentative de tout le pays.

Reste la question du rapport démographique entre Juifs et Arabes dans la ville. Aujourd’hui, les Arabes représentent officiellement 37% de la population de la ville contre 32% en 1996.

Les chiffres de la balance migratoire de Jérusalem ne concernent que les habitants juifs. Est-ce à dire que les habitants arabes ne bougent pas ? Pas vraiment, c’est juste qu’on ignore les vrais chiffres.

On ne sait pas combien d’Arabes habitent réellement à Jérusalem.

Rappelons d’abord que lorsqu’Israël a annexé Jérusalem-Est en 1967 puis étendu les frontières municipales de la ville dans toutes les directions, les Arabes qui se sont retrouvés dans la ville se sont vus accorder le statut de résidents permanents.

Ils jouissent de tous les droits et devoirs des citoyens normaux avec deux exceptions: ils peuvent voter aux élections municipales mais pas nationales, et s’ils quittent le territoire israélien ils perdent leur statut après 4 ans. Ils peuvent aussi devenir citoyens sur demande, ce que seule une petite minorité a fait jusqu’à présent.

Or, avant la seconde intifada, il était de notoriété publique que de nombreux Arabes qui déclaraient habiter à Jérusalem pour continuer à bénéficier du statut de résident permanent et de la sécurité sociale qui va avec, logeaient en fait dans les territoires, où les logements sont moins chers.

Avec la construction de la barrière de sécurité, nombreux sont ceux qui ont préféré revenir s’installer dans la ville, y compris certains qui n’ont jamais eu le statut de résident permanent. Combien ? Difficile à dire mais dans certains quartiers arabes les prix sont devenus supérieurs à ceux des quartiers juifs au point que des centaines d’Arabes sont allés y vivre, en particulier à la Guiva Hatsarfatit ou Pisgat Zeev.

La situation se complique par la fait que près de 40,000 Arabes, sur les 300,000 que compte la ville officiellement, vivent dans des quartiers de la ville au-delà du mur de séparation et sont donc en fait complètement coupés de la ville. Dans les faits, ces quartiers ne font plus partie de Jérusalem.

Donc, pour résumer: si des Arabes de Jérusalem quittent la ville, ils ne le déclarent pas pour ne pas perdre leur statut et sont donc toujours comptés comme résidents. Si d’autres s’y installent depuis les territoires, ils ne le déclarent pas non plus, car ils sont en situation illégale.

Lorsque Israel à la fin des années 1990 avait essayé de mettre de l’ordre et de vérifier systématiquement qui habitait ou pas à Jérusalem, les médias internationaux avaient commencé à parler de campagne « d’épuration ethnique » et le gouvernement avait préféré arrêter.

Depuis, des vérifications sont menées sporadiquement mais loin de pouvoir réellement évaluer la réalité sur le terrain.

Sur le plan démographique l’avenir est cependant plutôt favorable aux Juifs. Le rapport de force s’est inversé en matière de natalité puisque maintenant les femmes juives font plus d’enfants que les femmes arabes.

Ainsi en 2012, le taux de fécondité des juives atteignait 4,3 enfants contre 3,6 pour les femmes arabes. Dans tout Israel, les chiffres étaient respectivement de 3 et 3,3.

De plus, les possibilités de construire dans les quartiers arabes sont tout aussi faibles que dans les quartiers juifs. Comme déjà expliqué, les prix y deviennent insupportables pour une population plus pauvre que la moyenne. Conjuguée à la baisse de la natalité arabe, il est probable que la population arabe finira par se stabiliser.

Dans le pire des cas, il est toujours possible de modifier les limites municipales de la ville afin d’en exclure certains quartiers arabes périphériques, comme ceux qui sont au-delà de la barrière. Cela a déjà été fait plusieurs fois pour agrandir la ville, on peut le faire pour la rétrécir.

Le vrai changement pour la population arabe d’Israel interviendra quand les pouvoirs publics appliqueront ce qu’ils clament haut et fort, c’est-à-dire que la ville est unifiée, et fourniront aux quartiers arabes les mêmes infrastructures qu’aux quartiers juifs.

La mairie actuelle a commencé à rééquilibrer ses budgets et ses services en faveur de la population arabe. Mais cela nécessité beaucoup de patience et de dialogue, la population arabe ayant aussi tendance à rejeter les améliorations qui lui sont proposées et à refuser de travailler en respectant la loi et les réglementations.

Au final, les problèmes de Jérusalem, en particulier la pauvreté relative de sa population et le manque d’emplois à hauts revenus, sont toujours présents.

Mais aujourd’hui, la ville semble engagée sur une nouvelle voie qui permet d’espérer plus de prospérité pour tous ses habitants, et nous ne sommes sans doute qu’au début d’une véritable révolution qui va transformer radicalement le visage de la ville.

Le mystère de la natalité israélienne

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Update: une version actualisée de cet article a été publiée en mai 2014 sur The Times of Israel français

Tout visiteur arrivant en Israel depuis un pays occidental est généralement frappé par le nombre de femmes enceintes, de poussettes, de bébés et d’enfants dans le pays. Alors que la dénatalité frappe le monde occidental depuis les années 70, avec par exemple un moyenne d’à peine 1,5 enfant par femme en âge de procréer en Europe, et tandis que la France s’enorgueillit d’atteindre les 2 enfants, la fécondité des femmes en Israel dépasse 3 enfants.

Or, Israel est un cas unique, en fait le seul pays développé à dépasser le seuil de renouvellement des générations qui tourne aux alentours de 2,1 enfants par femme en âge de procréer. Il y a un lien de corrélation clair entre niveau de vie et natalité. Comme le montre le graphique ci-dessous, plus le PIB par habitant augmente, plus la fécondité baisse et à partir d’un niveau de 15,000$, tous les pays se retrouvent sous la barre des 2 enfants. Tous sauf l’Arabie Saoudite – un pays riche mais sous développé – et Israel.

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C’est d’autant plus étonnant que contrairement à ce que beaucoup croient, rien n’est mis en oeuvre par les autorités israéliennes pour encourager à la natalité, bien au contraire. Les congés maternités sont courts, 3 mois, et ne commencent qu’à l’accouchement ou quelques jours avant. Les femmes enceintes travaillent généralement jusqu’au dernier jour. Les allocations familiales sont faibles, jusqu’à maintenant elles étaient d’environ 140€ pour 3 enfants contre 300€ en France – et depuis ce mois-ci, elles sont encore plus basses à 90€.

L’éducation est gratuite à partir de 3 ans – depuis l’an dernier, avant c’était à partir de 5-6 ans. Mais les crèches et jardins d’enfants avant cet âge ne sont pas ou peu subventionnés. On atteint des sommes de 700€ par mois et par enfant à Tel Aviv, et rarement moins de 400€ en général. Or en Israel, contrairement à la France, la plupart des parents placent leurs enfants dans des crèches dès 6 mois- un an afin d’aider à leur socialisation.

On estime que la politique familiale nataliste de la France augmente la fécondité des femmes françaises de 0,3 à 0,4, et donc inversement cette absence de politique familiale en Israel devrait sérieusement mettre en frein à la natalité israélienne. Or, il n’en est rien. Comment l’expliquer ?

Passons d’abord sur les explications classiques qui sont en fait partiellement erronées: c’est à cause des Arabes et des Haredim (Juifs ultra-orthodoxes).

La forte natalité arabe israélienne et la crainte qu’à long terme ceux-ci finissent par devenir la majorité ont joué un role dans le succès du parti d’Avigdor Lieberman dans les années 2000. Le paradoxe c’est que cela s’est produit à l’exact moment où la natalité arabe israélienne était en chute libre. En 2000, le taux de fécondité des femmes juives étaient légèrement au dessus de 2,5 enfants par femme contre près de 4,5 pour les Arabes israéliennes, un écart conséquent. En 2011, les chiffres étaient respectivement de 3 et 3,3. D’après les chiffres sur la première moitié de 2013, on a probablement atteint l’égalité maintenant.

La baisse de la natalité arabe israélienne n’a rien d’extraordinaire, le même phénomène s’est produit dans tout le monde arabe et musulman à quelques exceptions près. Le Liban est déjà en dessous de 2, la Judée-Samarie est aussi aux alentours de 3, l’Egypte en dessous, la Syrie avant la guerre y était presque. Difficile de dire jusqu’où cela va baisser mais ça va continuer à baisser.

Dans le même temps, la fécondité des haredim reste largement au-dessus de la moyenne à 6 enfants par femme en 2011, peut-être moins aujourd’hui d’après certains, mais elle est aussi en baisse depuis le début des années 2000. Cependant cette fécondité élevée n’explique pas celle du reste de la population juive à plus de 2,5 – soit le niveau de 2000 pour toute la population juive, haredim compris. Du reste, le niveau de natalité haredi, plus élevée que dans de nombreux pays d’Afrique noire, est sans parallèle dans le monde occidentale – à l’exception des Amishs aux USA et des autres haredim en diaspora – et déjà un petit mystère en soi.

Alors comment expliquer que les femmes juives israéliennes non ultra-orthodoxes fassent autant d’enfants, bien plus que leurs homologues européennes, américaines ou asiatiques, alors que l’Etat ne fait à peu près rien pour les y aider ? Et comment expliquer que cette natalité a augmenté nettement au cours des années 2000 et ce juste après une première coupe violente des allocations familiales déjà en 2003 ? C’est ce que la sociologue et démographe Barbara Okun de l’université hébraïque de Jérusalem m’avait décrit comme « la question à un million de dollars ». Il n’y a pas d’explication académique pour le moment, mais on peut essayer de poser quelques hypothèses.

Une journaliste du journal « Le Monde » avait récemment évoqué au détour d’un de ses articles « l’idéologie familialiste » de la société israélienne. Comme tous les pays occidentaux, Israel est affecté des mêmes maux sociétaux qui attaquent la structure familiale traditionnelle: hausse des divorces et des naissances hors mariages etc… Mais si ces phénomènes existent ils sont très nettement plus marginaux qu’en Occident. En Israel, la famille traditionnelle reste le modèle dominant et de loin. Il est intéressant de noter qu’à peine 6% des naissances sont hors-mariage en Israel contre plus de 50% en France et dans de nombreux pays européens. Or il y a un lien direct entre natalité et naissances hors-mariages en Europe: plus il est accepté d’avoir des naissances hors-mariages plus la fécondité est élevée. En Italie où le taux de naissances hors mariage est proche d’Israel, la natalité est une des plus basses du monde. Cette corrélation n’existe pas en Israel. C’est bien le signe d’un large attachement à la structure famille traditionnelle.

Et comment serait-il autrement ? Si vous êtes célibataire, tout le monde autour de vous est perpétuellement en train de chercher à vous caser et à vous organiser des shidukhim (« dates » en anglais). Si vous êtes mariés et sans enfant, tout le monde va vous demander quand vous comptez en avoir un. Si vous en avez un ou deux voire trois, ils vous demanderont quand arrivera le prochain. Ce n’est pas forcément très agréable à vivre. Je connais un couple d’amis mariés depuis presque 3 ans qui n’arrivent pas à avoir d’enfant et ce n’est pas faute d’essayer, alors ils apprécient peu quand des semi-inconnus leur demandent « mais vous attendez quoi ? ». Ce n’est pas très agréable, mais ça marche.

Et il y a aussi le bon côté des choses. Les enfants sont partout et acceptés partout, au restaurant comme dans les magasins huppés ou même au bureau. Quand arrivent les vacances, les bureaux, surtout ceux à forte proportion féminine, se remplissent des enfants des employés et se transforment en garderie géante. Difficile d’imaginer ça en Europe.

Cette forte natalité est l’arme secrète d’Israel. Alors que la démographie fut longtemps le point faible du pays c’est aujourd’hui son atout face à ses ennemis mais aussi à un monde occidental menacé par le spectre du dépeuplement et/ou du remplacement de population. Nous ne savons pas exactement pourquoi les Israéliennes font autant d’enfants et même de plus en plus, mais espérons qu’elles continuent !

Publié sur JSSnews