Television

Pourquoi les médias occidentaux mentent au sujet d’Israel

jpeg_thumbnail_source-1407004924

Article publié sur The Times of Israel en français

Depuis au moins la guerre du Liban en 1982, les médias occidentaux semblent avoir choisi de déformer, mentir, et travestir la réalité du conflit entre Israel et les Arabes. Ils accordent une importance démesurée à un conflit somme toute assez mineur et marginal, ils dépeignent l’Etat d’Israel comme systématiquement fautif et en tort, quoi qu’il fasse, tandis que les Palestiniens remplissent le rôle d’éternelles victimes passives et dépourvues de capacité à être les acteurs de leur propre drame.

Le dernier conflit avec Gaza semble avoir réveillé quelques esprits, et je recommande en particulier la lecture de ces deux superbes articles, parmi les meilleurs jamais publiés sur le sujet (les deux en anglais):

1. Une analyse extraordinaire de Richard Behar sur Forbes.com, longue mais qu’il faut absolument lire, qui déconstruit systématiquement le discours médiatique pendant le conflit à Gaza.

2. Le témoignage du toujours excellent Matti Friedman sur son travail à l’AP, une des deux plus grandes agences de presse mondiale, dans le bureau de Jérusalem, entre 2006 et 2011.

Pour compléter ce qu’ils racontent, je peux donner un petit témoignage personnel, assez ancien mais toujours d’actualité.

Fin 1998, les étudiants israéliens avaient lancé une grande grève afin de réclamer la baisse de 50% des droits d’inscription à l’université. J’étais à l’époque parmi les responsables de l’Union des étudiants de l’université hébraïque de Jérusalem et très actif dans le mouvement, essayant – vainement, et d’ailleurs tant mieux – d’expliquer à mes comparses israéliens comment on faisait une grève étudiante en France – pas du tout de la même façon. J’avais même été interviewé sur le sujet avec mon ami Dror Even Sapir (aujourd’hui présentateur sur i24news) par Yonit Levi, alors jeune journaliste débutante (et aujourd’hui la plus célèbre présentatrice du journal de 20h d’Israel).

J’ai alors été contacté par le journaliste français John Paul Lepers qui travaillait au « Vrai Journal » de Karl Zero sur Canal +. Il souhaitait faire un reportage sur la grève étudiante et avait besoin de quelqu’un, francophone, qui puisse le guider sur le terrain.

Je l’ai rencontré avec son équipe dans leur hôtel. Ils avaient choisi un établissement arabe de la vieille ville de Jérusalem et ils fêtaient l’arrivée du Beaujolais nouveau quand je suis arrivé. Je les ai emmenés manger à un de mes endroits préférés de Jérusalem, la Cinémathèque, avec sa vue magnifique sur les murailles.

Là, John Paul Lepers m’a expliqué son approche: il venait filmer les gentils étudiants qui font la grève pour la reprise du processus de paix et contre l’argent qui va aux écoles talmudiques des méchants ultra-orthodoxes partisans de la guerre et de la colonisation qui soutiennent l’ultra-nationaliste extrémiste Binyamin Netanyahu.

J’ai gentiment passé plusieurs heures à lui expliquer que cette vision des choses était « légèrement » en décalage avec la réalité. Les étudiants voulaient uniquement une baisse des droits d’inscription, rien d’autre, et prenaient bien garde à justement ne pas apparaitre comme motivés politiquement, ni pour le processus de paix, ni contre les ultra-orthodoxes qui siégeaient au gouvernement et donc pouvaient faire capoter l’acceptation de leurs demandes s’ils se sentaient agressés directement ; en fait, les ultra-orthodoxes n’avaient strictement rien à voir dans cette histoire ;  ils n’étaient d’ailleurs pas particulièrement « pour la colonisation », ne se définissant pas comme sionistes ; d’ailleurs le monde ultra-orthodoxe n’est pas un bloc, il faut différencier les haredim ashkénazes des séfarades, les lithuaniens des différentes cours hassidiques aux positions diverses, sans compter d’autres courants plus marginaux ; peut-être voulait-il parler des sionistes-religieux qui eux étaient, généralement, partisans de l’implantation sur toute la Judée-Samarie ; mais certains leaders étudiants étaient justement issus de cette mouvance, etc…

A la fin, John Paul Lepers m’a regardé avec un regard consterné et m’a dit « mais c’est beaucoup trop compliqué pour nous ça ».

Malgré tout je l’ai accompagné quelques temps, le présentant aux étudiants qui manifestaient et à ceux qui étaient allés jusqu’à faire grève de la faim. Ils avaient le même discours que moi, et cela ne lui plaisait apparemment pas. Il essayait de les pousser dans leurs retranchements, de leur faire avouer que tout était de la faute des ultra-orthodoxes ou de l’absence d’avancées du « processus de paix », en vain.

Au final, le reportage a été diffusé dans le « Vrai Journal » de Karl Zero, il a été très court, et disait en substance que: les gentils étudiants font la grève pour la reprise du processus de paix et contre l’argent qui va aux écoles talmudiques des méchants ultra-orthodoxes partisans de la guerre et de la colonisation qui soutiennent l’ultra-nationaliste extrémiste Binyamin Netanyahu.

Il est venu sachant ce qu’il allait dire. Confronté à une réalité totalement différente, il a préféré s’en tenir à ses idées préconçues et raconter l’histoire qui lui plaisait. Il est probable que la véritable histoire n’aurait pas intéressé son rédacteur en chef, elle ne collait pas au discours préconçu sur Israel et il fallait bien justifier un voyage couteux en Israel. Et au diable les faits et la vérité.

Pour les journalistes des massmedias, la réalité doit s’adapter aux formats narratifs pré-existants et dominants dans leur profession, pas l’inverse. Ce n’est pas un hasard si, chaque fois que ces journalistes parlent d’un sujet que vous connaissez bien, vous constatez qu’ils disent plus ou moins n’importe quoi. Cela ne se limite pas à Israel. C’est juste probablement le cas le plus extrême de ce phénomène.

Quel avenir pour Game of Thrones ?

tumblr_mwhcg4jHQ21rlo1q2o1_1280

C’est les vacances, donc un sujet plus léger pour changer: la saison 5 de la série la plus populaire du monde. Il ne s’agit pas de raconter ce qui va se passer, il n’y aura pas de spoilers, mais de mettre à plat la problème créatif auquel la série va se heurter l’an prochain: il n’y a plus de livres à adapter.

A priori, voilà qui parait étrange, puisque la saison 1 avait adapté le premier livre, la saison 2, le deuxième, la saison 3, les 2/3 du troisième, et la saison 4, le reste et quelques bouts du 4ème. La saison 5 a donc largement de quoi puiser puisqu’il reste la majeure partie du 4ème livre et le 5ème, et on parle de livres énormes.

Néanmoins, les choses ne sont pas si simples. Pour les téléspectateurs qui ne lisent pas les livres, il faut savoir que la gestation de ces deux derniers livres fut particulièrement douloureuse. Alors que « A Game of Thrones » est sorti en 1996, suivi par les deux autres premiers livres tous les deux ans, le 4ème, « A Storm of Crow » n’est sorti qu’en 2006, après avoir été annoncé, annulé et réécrit plusieurs fois. GRRM avait du abandonner son idée de départ qui était de faire passer 5 ans entre le 3ème et le 4ème livre – ce qui aurait permis de régler notamment le problème du trop jeune âge de certains personnages – et au final, et à la consternation des fans, ce n’est qu’un demi-livre qui est paru, qui ne suivait les aventures que d’une partie des personnages, et pas les plus populaires. Il a fallu attendre 5 années supplémentaires pour avoir le complément, et un début de suite aux deux parties. 3 ans ont passé et le 6ème livre n’est toujours pas là, GRRM préférant s’adonner à des projets annexes, faire le tour du monde, donner des interviews et écrire toute sorte d’autres livres, que de se consacrer à finir la série qui l’a rendu mondialement célèbre.

GRRM, qui a l’apparence d’une caricature de pédophile et semble effectivement obsédé par le sexe avec les jeunes filles à peine pubère dans ses livres, a longtemps été persuadé que HBO, la chaine qui produit et diffuse la série, n’oserait pas continuer la série au-delà de ce qu’il a écrit et il s’amusait à lancer des idées de prequels, films de cinéma, pauses de 2 ans ou autres absurdités qui ont été fermement rejetées. Je dois avouer que pour un homme issu du milieu hollywoodien il semble assez naïf et « clueless ». Il avait il y a 4 ans méchamment critiqué la fin de la série Lost, expliquant qu’il ferait beaucoup mieux, avant qu’on s’aperçoive qu’il n’avait en fait rien compris et avait cru « qu’ils étaient tous morts depuis le début », ce qui n’était évidemment pas le cas et dit textuellement et bien souligné par un des personnages dans l’épisode. On en vient à se demander si c’est bien lui qui écrit ses livres.

Revenons à la série. Il y a plusieurs façons d’adapter des romans à la télé. On peut faire comme (l’horrible et nullissime série) « Dexter », juste s’inspirer du début et du concept et partir sur des histoires complètement originales et sans rapport avec les romans (qui sont parait-il tout aussi médiocres mais virent dans le surnaturel et la science fiction) ; on peut faire comme (la ridicule et pathétique) « True Blood », suivre très vaguement le matériel d’origine en le remodelant suivant ses besoins ;  et on peut faire comme « Game of Thrones », qui a suivi avec une certaine fidélité le matériel écrit.

Evidemment toute adaptation requière des changements, pour des raisons techniques, de temps ou de moyens – des personnages sont supprimés, des intrigues qui touchaient plusieurs personnages sont rassemblées sur un seul, etc… -, à cause de la dynamique propre du media – le charisme d’un acteur, les choix de réalisation par exemple – et parce que la grammaire du cinéma ou de la télé est différente de celle de l’écrit. Le structure narrative d’un roman, qui expose l’histoire à travers le point de vue interne d’une série de personnages, ce qui constitue l’originalité principale des romans de GRRM, ne peut être reproduite à l’écran. L’adaptation a su profiter de la différence de nature entre les media, en apportant un éclairage différent sur certains personnages ou évènements qu’on appréhende plus au travers de la subjectivité d’untel ou d’untel mais de façon extérieure et objective.

Au fil du temps, les petites différences s’accumulent et les déviations deviennent des routes nouvelles. Pour le moment la série est restée fidèle aux grandes lignes des livres mais les chemins pour y arriver sont vraiment différents. La saison 4 présentait de nombreuses altérations, pour le mieux en général, ce ce qui se passe dans les romans. Cependant, nous arrivons au noeud du problème, arrive le moment où se conjugue le double effet de déviations qui vont trop loin avec la fin du matériel écrit pour certains personnages. La série a effectivement atteint la fin des intrigues publiées de plusieurs d’entre eux comme Sansa ou Bran Stark. Elle a complètement laissé de côté (pour le moment mais tout indique que c’est définitif) ce qui semble être une intrigue majeure des romans (Lady Stoneheart), sans parler de la lise à l’écart complète de ce qui se passe sur les Iron Islands – en général pas la partie la plus passionnante des romans.

La saison 5 ne va pas partir dans le vide, des pans entiers de l’intrigue n’ont pas encore été dévoilés à la télé, mais sachant que beaucoup de choses vont être coupées, et que les romans 4 et 5 sont artificiellement longs – beaucoup de pages mais légers en développement de l’intrigue -, on va vite se retrouver avec des épisodes qui sortent presque complètement de l’imagination des auteurs de la série et des quelques informations données par GRRM. Ce dernier, poussé par HBO, a décidé très récemment de ne plus accepter de nouveaux projets et de se consacrer uniquement au 6ème livre – ce qui ne l’empêche pas de continuer à voyager, et il n’écrit pas quand il voyage hors de chez lui.

L’avantage c’est qu’on pourra dorénavant ne plus subir le comportement insupportable de certains lecteurs du livres qui se croient obligés de prévenir en permanence les non-lecteurs sur le thème « olala, vous n’imaginez même pas ce qui va arriver à untel, mais je ne vous dis rien » quand ils ne racontent pas tout juste pour s’amuser.

Plus intéressant, la série va pouvoir s’affranchir réellement de GRRM et de ses livres, ne mes gardant que comme inspiration, et corrigeant les défauts assez importants des derniers livres et leurs innombrables diversions pour se consacrer à l’essentiel – raconter une bonne histoire et surtout la finir.

Sexe et cinéma – l’hypocrisie n’est pas là où on croit

fft99_mf4121877

 

Je n’ai pas vu « Welcome to New York », le film inspiré de l’affaire DSK, et comme il semblerait que ce soit une sorte de porno soft vaguement antisémite, je n’en ai pas non plus l’intention. Mais parmi les commentaires du film, beaucoup glosent sur l’identification entre Depardieu et DSK et plus précisément entre le corps de Depardieu et de son personnage – ce n’est pas Depardieu qui joue un personnage mais Depardieu lui-même qui est mis en scène dans le film, et son corps « énorme » est exposé, affiché, nu.

Yvan Attal avait déjà évoqué le sujet du rapport entre la nudité au cinéma et les conséquences dans le monde réel dans son film « Ma femme est une actrice » il y a quelques années. Je lisais récemment une interview où il sous-entendait que sa compagne, Charlotte Gainsbourg, n’avait pas vraiment l’air de se rendre compte des dégâts qu’elle causait à ses enfants en jouant dans des films comme « Nymphomaniac ». Le film de Lars Von Triers s’inscrit dans une vague récente de « pornos pseudo-intellos », des films à prétention artistique dans lesquels sont montrés à l’écran des relations sexuelles non simulées. Je précise que dans ce film, Charlotte Gainsbourg n’a aucune relation sexuelle non simulée, si j’ai bien compris, elle a été remplacée par des acteurs pornographiques et son visage fut ensuite incrusté numériquement sur celui de l’actrice qui effectue les actes.

Vous avez surement déjà entendu des dizaines de fois l’argument selon lequel les Américains seraient d’ignobles hypocrites puritains au contraire des Européens éclairés parce qu »ils sont plus choqués par la nudité au cinéma que par la violence. Or, la violence c’est horrible et traumatisant, tandis que le sexe, c’est l’amour et c’est beau. « Faites l’amour, pas la guerre » disait-on à une époque.

Si hypocrisie il y a , elle est probablement plus à chercher chez ceux qui tiennent ce discours. Apparemment ils n’ont pas l’air de comprendre la différence essentielle entre la violence et la nudité ou le sexe au cinéma: l’une n’est qu’une illusion et le résultat d’effets spéciaux, un simple jeu. La violence des films est fictive. Personne n’est blessé, personne ne meurt (sauf accidents) dans les films. Le public le sait parfaitement et l’effet des scènes d’action n’est valable tant que dure le « suspension of disbelief », ce temps où le spectateur est absorbé dans le film et dans l’histoire. La violence qu’on voit à l’écran n’a jamais existé dans la réalité, elle est imaginaire.

Par contre, lorsque des acteurs sont montrés nus, c’est leur véritable corps et leur intimité qui est dévoilée. La plupart d’entre nous préféreraient mourir que de se retrouver nus en public, la pudeur étant un réflexe humain basique qu’on observe chez les enfants sans que cela leur soit inculqué par leur parent. Aussi, quand des acteurs se dénudent dans un film, le spectateur ressent une gène qui est due au fait qu’il se retrouve comme un voyeur, à observer l’intimité de deux personnes réelles.

Les scènes de sexe dans la plupart des films sont « simulées », mais par simulation on veut juste dire qu’il n’y a pas eu de rapport sexuel complet. Le fait est que les corps nus se sont caressés et je doute que cela ne provoque aucune réaction réelle physiologique ou sentimentale chez ceux qui prennent part à ces scènes. D’ailleurs, c’est un secret de polichinelle que les acteurs qui partagent des scènes de sexe à l’écran couchent souvent ensemble en dehors des heures de tournage.

Ce ne sont donc pas seulement les personnages que nous voyons nus dans une scène d’amour mais les acteurs. Et évidemment, quand les scènes ne sont pas simulées du tout, les dernières barrières qui permettent une distanciation avec le statut de voyeur pervers s’effondrent. Nous ne sommes plus spectateurs d’une histoire fictive à laquelle nous faisons semblant de croire pendant un petit moment de déconnection du monde réel. Nous assistons à un acte réel que nous ne devrions pas voir. L’amour et le sexe sont des choses magnifiques mais qui ne sont pas faites pour être vues en public. Ces moments doivent rester intimes et personnels. Les gens qui font l’amour en public sont soit des prostitués soit des pervers malsains. En tout cas, pas des gens qui méritent d’être traités en héros culturels.

Quand on voit en France ou ailleurs – mais pas (encore ?) en Israel – que d’anciens acteurs pornographiques, voire d’anciennes prostituées, sont reçus dans les émissions comme si c’était normal, qu’ils profitent de leur notoriété acquise dans ces professions pour devenir acteurs mainstream ou présentateurs télé, il y a de quoi être consterné. C’est le signe d’une société malade qui a perdu le sens des valeurs humaines les plus basiques.

La série la plus sous estimée de la télé

PLI Art Specs 2009 All_Layout 1

Vous avez surement déjà entendu parlé de Person of Interest, ou plutôt, vous êtes surement déjà tombés sur un épisode de la série sur TF1 ou ailleurs pour mes lecteurs israéliens – c’est diffusé sur HOT je crois, non ? -, mais le nom justement ne vous dit pas grand chose. Internet, les réseaux sociaux, les groupes de discussions – oui ça existe encore – ne bruissent pas de l’écho des conversations sur le dernier épisode de la série, et en bref, elle ne fait pas le buzz. Et pourtant, elle devrait.

Voilà le paradoxe: une série coproduite par JJ Abrams (Alias, Lost – bon juste le pilote mais ne chipotons pas -, MI3 et 4, Star Trek, les nouveaux Star Wars…) et Jonathan Nolan (le frère Christopher et coscénariste de la plupart de ses films), avec Michael Emerson – Ben de Lost -, Jim Caviezel – Jesus de Mel Gibson -, ou Amy Acker – star du whedonverse -, ça devrait faire du bruit. Ajoutons à cela que a série est un gros succès d’audience depuis ses débuts en 2011. Et surtout, c’est probablement la meilleure série de network de la télé américaine. Et pourtant personne n’en parle ou ne connait.

Il y a probablement deux raisons majeures:

– D’abord, c’est diffusé sur CBS, dite la chaine des vieux. C’est l’équivalent américain de TF1 (en étant très gentil pour TF1), qui diffuse aussi la série, en VF, surement horrible je ne sais pas je n’ai jamais regardé. Tout geek ou spécialiste série télé auto-proclamé qui se respecte est censé mépriser les productions de CBS, le network qui nous gave de ses insupportables CIS (les Experts), NCIS et autres Mentalist.

– Et justement, Person of Interest (POI pour aller plus vite) est aussi, à la base, sur le modèle de ces séries CBS, un « procedural ». C’est-à-dire une série du type « une enquête par épisode », « le monstre de la semaine » etc… Tout sériphile qui se respecte méprise a priori les procedurals et préfère les séries dites « serialisées » – excusez les barbarismes – c’est-à-dire celles où les intrigues se déroulent sur l’ensemble des épisodes de la série ou au minimum une saison complète. Bref celles où les épisodes se suivent. Les procedurals sont ultra formatés, avec des épisodes qui marchent selon la même formule, il faut tout caser en 40 mn, de façon quasi identique à chaque fois, le meilleur exemple étant la série Castle qui est caricaturale, mais presque volontairement puisque les enquêtes ne sont pas le coeur de cette série mais la relation entre les deux héros.

Donc, à l’origine, POI ressemble à ça: un homme a construit une machine de surveillance qui voit tout et l’a donné au gouvernement pour lutter contre le terrorisme. Cependant la machine voit aussi les crimes communs mais cela n’intéresse pas le gouvernement. L’homme a donc réussi à garder un accès restreint à la machine, qui lui envoie les numéros de sécurité sociale de gens qui sont menacés ou qui préparent un complot. Il engage un ancien membre des services secrets et ensemble ils sauvent des gens à chaque épisode tout en étant poursuivis par la police qui n’aime pas ceux qui font justice tout seul.

Ca semble simple et toute l’histoire de la machine semble n’être qu’un outil narratif pour permettre de générer des enquêtes chaque semaine, l’originalité étant dans le fait qu’au début de chaque épisode, nos deux héros ne savent pas si la personne qu’ils reçoivent est « gentille » ou « méchante ». Ca aurait pu continuer comme ça 6 ou 7 saisons, sans prendre de risques. Ca a duré 6 épisodes. Dès le 7ème, avec son twist surprenant, on comprend qu’on a affaire à quelque chose de plus intelligent. Ensuite, les choses évoluent à grande vitesse et on se retrouve rapidement avec une série qui a plus à voir avec ce qu’on appelait autrefois le cyberpunk qu’avec le fait de résoudre une enquête chaque semaine.

Batman (version Nolan) est aussi une influence directe au point que POI pourrait presque être considéré comme sa version télé. Gotham – ici New York – est une ville où tout est corrompu, et suite à un drame personnel un milliardaire décide d’utiliser sa fortune et ses pouvoirs uniques pour lutter contre le crime, même si ici c’est Alfred qui serait le cerveau, et pas les muscles. Le « Batman » de la série ne porte pas de masque mais il porte bien un costume – noir avec chemise blanche – au point d’être connu de tous ses adversaires uniquement comme « the man in the suit ». Dans « The Dark Knight », Batman utilise une machine de surveillance globale dont le fonctionnement rappelle vaguement celui de la série. Mais il fait le choix de la détruire à la fin. Ici, on voit ce qui se passe quand on la garde.

POI prend ses prémices au sérieux et en étudie toutes les implications, de ce qui définit l’humanité à la religion – on a maintenant en troisième saison un personnage qui est véritablement un prophète, en communication directe avec ce qu’on peut considérer comme une sorte de divinité -, du rôle du gouvernement au futur des Etats Nations face aux multinationales, de la liberté individuelle à la possibilité de lutter contre la corruption.

Tout en gardant grosso modo son format « procedural », la série arrive à suivre en parallèle 4 ou 5 intrigues majeures qui se prolongent sur plusieurs saisons. Elle n’hésite pas non plus à les amener à leur terme quand celui-ci arrive naturellement. La force de la série est de conjuguer en même temps des intrigues de type sci fi, des intrigues de type complot gouvernemental, et d’autres liées à la mafia. Toujours de façon très maitrisée.

POI a aussi fabriqué un groupe de personnages principaux et secondaires passionnants. Les deux héros ont créé progressivement toute une équipe autour d’eux avec des permanents, des éléments qui aident plus sporadiquement, et des ennemis déterminés. Les personnages évoluent, s’approfondissent, leur passé est exploré en détail grâce à des séries de flashbacks inspirés de Lost mais donnés du point de vue de la Machine. La justesse de l’écriture fait qu’on croit aux évolutions des personnages, elles ne semblent pas tombées de nulle part mais organiques, le meilleur exemple étant Lionel Fusco, flic corrompu et pourri qui devient progressivement le coeur moral de la série et le personnage le plus attachant.

Enfin, ce qui ne gâche rien, c’est souvent très drôle et ça ne se prend pas au sérieux, comme les scènes ou Jim Caviezel se retrouve face à une bande d’agresseurs, et on voit les corps virevolter par la fenêtre juste après, comme dans un cartoon.

Ceci dit la série n’est pas exempte de défauts. Ils sont liés en général au format « proceduralié » et au fait de devoir souvent caser toute une enquête sur 40 minutes – la durée d’un épisode. Les raccourcis, les incohérences, les facilités scénaristiques sont alors inévitables. Certaines choses sont caricaturales. La police, quand elle est honnète, est incompétente – inversement dans les séries où les flics sont les héros elle est unltracompétente -, les gens se sont tirer dessus dans la rue sans trop de conséquences, les héros en mode action sont des terminators quasi-invincibles – sauf quand le script demande qu’ils se fassent capturer par leurs ennemis -, bref, vous voyez le tableau, beaucoup de poncifs mais c’est la loi du genre et ça permet de se concentrer sur l’essentiel. Et les séquences d’action sont souvent très bien faites.

Je ne peux donc que vous recommander cette série. Il faut faire un petit effort au début, c’est légèrement poussif, et puis progressivement elle dévoile ses vraies enjeux et déploit ses intrigues avec efficacité et brio.

Addendum: J’avais écrit un post sur les « 10 meilleures séries de tous les temps » en septembre 2012 qui comprenait la série anglaise « Sherlock ». Suite à la très médiocre saison 3 qui vient d’être diffusée, je me vois dans l’obligation de supprimer cette série de la liste.

Saison 2012-2013 – que regarder

Les interminables fêtes et autres vacances de Tishri me laissent beaucoup de temps libre, j’en ai donc profité pour évaluer l’offre série proposée par la télé américaine pour cette saison 2012-2013 et m’établir un petit choix pour les mois à venir. Il est loin le temps ou j’avais la possibilité de suivre d’innombrables séries en même temps, je suis obligé maintenant de me restreindre au maximum, et encore, je dois accumuler des tas d’épisodes de retard avant de trouver une plage de détente me permettant de me rattraper.

Cette année mon choix est donc court.

Les anciennes séries que je continue à suivre:

1. Fringe (2008-2013), FOX – saison 5

Cette série, qui au départ pouvait vaguement faire penser à X-Files (une équipe spéciale du FBI qui enquête sur des phénomènes étranges) a trouvé son propre ton et sa propre histoire. Elle a atteint son sommet entre la fin de la deuxième saison et la première moitié de la troisième, en exploitant de façon particulièrement intelligente les prémices de son intrigue. Depuis, c’est un peu retombé. Il reste quelques excellents acteurs, John Noble et Anna Torv en particulier. C’est la dernière saison, qui sera plus courte, avec 13 épisodes, et une intrigue entièrement serialisée. Au vu des audiences catastrophiques de la série, maintenue à vie par un carré de fans très dévoués et une critique positive, c’est un miracle. Je vais surtout suivre pour voir la fin, sans enthousiasme particulier. Le premier épisode était comme il faut, rien d’exceptionnel.

2. Homeland (2011-…), Showtime – saison 2

Apres le grand succès de la série aux Emmy Awards, la série était très attendue. Comme chacun sait, il s’agit a la base du remake d’une série israélienne, sans qu’il ne reste beaucoup de rapports avec la série d’origine. Mais Israel garde une certaine place dans Homeland. L’an dernier, ils avaient tourné les scènes se passant à Bagdad dans un village arabe de Galilée. Cette année, c’est Tel Aviv et surtout Yafo qui font office de Beyrouth – ce qui est assez comique quand on connait Tel Aviv et qu’on reconnait à peu près tous les endroits. Dans le premier épisode, Israel vient de bombarder les installations nucléaires de l’Iran, apparemment ça c’est bien passé, Bibi va être heureux. Al Qaeda veut venger l’Iran en attaquant les USA, ce qui n’a aucun sens – Al Qaeda hait les chiites, et l’Iran n’a pas besoin d’eux pour commettre des attentats ou faire la guerre, elle a le Hezbollah, organisation autrement plus sérieuse – qui prépare aussi un attentat d’après la série

Bref, soyons clairs, malgré les éloges, cette série n’a jamais été le chef d’oeuvre que certains semblent voir. C’est une sorte de version vaguement intellectualisée de 24, avec d’excellents acteurs, rien de plus. Et ça ne dure que 10 épisodes.

3. How I met Your Mother (2005-2013?), FOX – saison 8

J’ai déjà écrit sur cette série. Il s’agit essentiellement de la finir puisqu’il semble presque certain que ce sera la dernière saison.

4. South Park, (1997-…), Comedy Central – saison 16

La aussi j’en ai déjà parlé, même si ça n’est plus aussi génial qu’avant.

Les nouvelles séries de la saison :

1. Last Resort, ABC

Elue meilleur pilot de la nouvelle saison, cette série semble un mélange étonnant entre Lost et Octobre Rouge, une histoire de complots, de guerre nucléaire avec le Pakistan, de sous-marin qui refuse de lancer ses ogives et se réfugie sur une ile du Pacifique français qu’il transforme en Etat nucléaire contre le reste du monde. C’est non seulement très original, c’est aussi franchement osé. Impossible de dire ce qui va se passer. Les trames et les personnages sont très nombreux. Ca peut être passionnant si toutes les promesses sont tenues. 

2. 666 Park Avenue, ABC

Un immeuble de luxe de New York tenu par Terry O’Quinn et Vanessa Williams, qui manipulent les locataires pour les faire servir Satan, comment ne pas dire oui ? Entre Rosemary’s Babie et le soap opéra, cette série pourrait être mon « guilty pleasure » de la saison. 

Le problème, c’est que les audiences de ces deux séries ont été très médiocres. Elles risquent donc de ne pas durer très longtemps. Mais comme moi même je n’ai pas trop le temps, finalement, ça m’arrange.

Top 10 des meilleures series de tous les temps que j’ai vu

C’est la nouvelle année et outre les innombrables vacances avec les enfants sur les bras, et les kilos en plus pendant les fêtes, c’est aussi généralement le temps des listes et autres top 10 dans les blogs et magazines. Pour les rares lecteurs non-initiés en matière de calendrier juif, le nouvel an, pour nous, c’est maintenant et pas fin décembre début janvier (période non-fériée en Israel d’ailleurs).

J’ai toujours trouvé le concept des listes des meilleures films ou séries complètement stupide. C’est pourquoi j’ai décidé de le faire aussi 🙂 mais en mettant les choses au clair dès le début : cette liste n’a pas vocation à être la vérité absolue. Elle ne reflète que mes gouts, et forcément elle ne peut être basée que sur ce que j’ai vu, soit un minuscule pourcentage de la production télévisée mondiale.

Il y a des tas d’excellentes séries qui ne sont pas dans la liste, bien que je pense qu’elles soient excellentes, tout simplement parce qu’elles ne me parlent pas, comme Mad Men ou Breaking Bad, ou que je les ai découvertes trop tard, comme Deadwood. Il y a inversement dans ma liste des séries qui sont loin d’être de grande qualité mais qui ont ce petit quelque chose en plus qui les rend géniales.

La seule vocation de cette liste est de servir de guide à ceux qui seraient intéressés à découvrir de bonnes séries. Ils continueront le chemin tous seuls ensuite. Donc je commence, sans ordre particulier à part la première.

MAJ: J’ai ajouté pour chaque série ou presque un épisode a ne pas manquer, l’épisode à voir si vous n’en voyez qu’un.

1.       The Wire (2002-2008), HBO.

The Wire est généralement considérée comme la meilleure série télé de tous les temps, et rien que pour ça on serait tenté de dire le contraire. Mais il faut se rendre à l’évidence, c’est bien la meilleure série de tous les temps. On ne le comprend qu’en la voyant. Une série sur le trafic de drogue à Baltimore, a priori, ça ne donne pas spécialement envie. Et il faut un peu de temps pour rentrer dedans, c’est même légèrement incompréhensible durant les premiers épisodes, signe qu’on a affaire à une œuvre qui ne cherche pas la facilité, ne prend pas ses spectateurs pour des ânes et ne fait pas de concessions. Ensuite, c’est extraordinaire, en particulier les saisons 3 et 4 qui approchent la perfection. La méticulosité de l’écriture, l’attention aux moindre détails, les acteurs parfaits, l’intrigue fascinante, on touche au meilleur de ce qui est possible à la télé. Si vous ne devez en voir qu’une.

Episode à ne pas manquer: dans ce cas, cette série ne se découpant pas en épisode, c’est impossible à dire.


2.       Lost (2004-2010), ABC

A l’origine ça devait être une version fiction de « Survivor » concoctée par une bande de cadres dirigeants d’ABC. JJ Abrams (très vite remplacé par Carlton Cuse) et Damon Lindelof l’ont transformée en objet culte quasi-religieux et mystique. Les fans semblaient attendre de la série qu’elle leur révèle le sens de la vie, ils ne pouvaient qu’être déçus. Mais Lost reste une des meilleures séries de networks, une des plus ambitieuses et innovantes surtout dans ses techniques de narration qui ont marqué l’histoire de la télévision (le final de la saison 3 restera longtemps dans les annales). Ne vous attendez pas à un puzzle savamment construit dans lequel chaque pièce prend son sens  lors de la révélation finale, mais savourez le parcours et ses innombrables twists, retournements, émotions, et autres « What the fuck ? ». La fin, quoi qu’on en pense, reste émotionnellement magnifique.

Episode à ne pas manquer: 4×05 – The Constant. Un chef d’oeuvre.


3.       Battlestar Galactica (2004-2009), Sci Fi/SyFy

A priori, le remake d’une série de SF méga-kitsch de la fin des années 70, vaguement inspirée de Star Wars et de doctrine religieuse mormone, ça ne semblait pas une recette pour la réussite. Et pourtant si. Il est vrai qu’il ne reste à peu près rien de la série d’origine si ce n’est quelques prémices et choix de designs. BSG est la série de SF pour les gens qui n’aiment pas la SF. Ultra-réalisme, choix moraux gris, personnages principaux ambigus, sous-texte politique, mysticisme religieux, le tout dans une histoire prenante et une réalisation parfaitement maitrisée. Même les effets spéciaux sont de très haut niveau malgré le faible budget et les combats spatiaux donnent une leçon à Georges Lucas et ses minables prequels starwarsiens.  Il faut voir le premier épisode de la série (pas la mini-série assez médiocre de 2003 qui introduit la série), « 33 » : un bijou de perfection qui fait tout de suite comprendre qu’on a affaire à quelque chose de diffèrent. C’est ultra-addictif et c’est de qualité. Comme Lost, la fin a fait débat, et pour à peu près les mêmes raisons. Et comme pour Lost, quoi qu’on pense, la série en vaut la chandelle.

Episode à ne pas manquer: 1×01 – 33.


4.       Alias – saisons 1-2 (2001-2003), ABC

Avant de s’occuper de Lost et de ses 7 premiers épisodes, puis de cinéma, JJ Abrams s’est surtout fait connaitre grâce à la série Alias, qui si elle n’a jamais connu un énorme succès d’audience, fut la coqueluche des critiques. Alias c’est Mission Impossible sous cocaïne, mélangé à un soap opera et au Da Vinci Code. On retrouve certains traits qui feront le succès de Lost comme les jeux de construction narrative, une mythologie envoutante et addictive ou la musique de Michael Giacchino, mais ici le rythme est infernal. C’est une série qui sait que vous avez déjà vu tous les James Bond et les vieux films d’espionnage et qui fait donc l’économie de la mise en place pour sauter directement dans l’action. Le tout avec les habituels rebondissements et autres cliffhangers. Bien qu’Alias a duré 5 saisons, je ne conseille ici que les deux premières, quasi-parfaites. Ensuite la série reste sympathique mais nettement en dessous. Evidemment, vu la façon dont se termine la deuxième saison, il est impossible de ne pas avoir envie de voir la suite.

Episode à ne pas manquer: 2×13 – Phase One. Quand une série a les c…. de suivre la conclusion logique de ce qu’elle raconte.


5.       Twin Peaks (1990-1991), ABC

Il y a un avant et un après Twin Peaks. Avant, c’est la télévision des années 80 et ses séries ultra-formatées qui se faisaient concurrence de médiocrité – à quelques rares exceptions près. Twin Peaks, sous la direction de David Lynch lui-même, c’est l’entrée de la télé a l’ère de la qualité cinématographique – aussi bien sur le plan technique que scénaristique. Difficile de raconter l’histoire onirico-surréaliste qui tourne autour du meurtre d’une adolescente dans une petite ville du nord-ouest des Etats-Unis et l’enquête qui s’en suit. C’est du David Lynch. C’est une ambiance mélangeant quiétude et terreur. C’est Kyle MacLachlan quand il était jeune. C’est ce qui a rendu possible tout le reste après – d’abord X-Files et les autres ensuite.

Episode à ne pas manquer: Episode 2 (en fait le 3eme avec le pilot). Quand on découvre qui est le tueur sans avoir la moindre idée de qui est le tueur. Oui oui, c’est du Lynch.


6.       Seinfeld (1989-1998), NBC

Je ne suis pas fan de sitcom, mais s’il en fallait une (un ?), ça ne pouvait être que Seinfeld. Certes la série a pris un coup de vieux – les habits ou les coiffures sont terriblement datés. Mais ça reste incontournable, méchant, cynique, et incroyablement exact. Les personnages sont ignobles et on les aime. Ils n’apprennent rien, ne changent pas, ne murissent pas – bref le contraire de toute série qui se veut de qualité de nos jours. Et c’est génial.

Episode à ne pas manquer: Difficle ici de faire un choix, je vais aller au plus facile: 7×06 – The Soup Nazi.


7.       Buffy/Angel (1997-2004), WB, UPN

Dans l’univers des séries cultes, personne n’atteint le statut que possèdent Buffy et, dans une moindre mesure, Angel, son spin-off. A part peut-être Firefly – ces trois séries ont en commun d’être les bébés de Joss Whedon. Buffy, à l’origine, c’est l’incarnation littérale des horreurs de la vie lycéenne. Les démons de l’adolescence sont de vrais démons et les vampires pourchassent les jeunes filles pour de vrai. C’est aussi un plaidoyer féministe qui tourne parfois au radical pro-lesbien (la partie qui ne m’a jamais plu je dois avouer, mais je faisais comme si ça n’existait pas). Et une écriture des personnages époustouflante : l’évolution d’un Wesley, la mort de la mère de Buffy. Mais avant tout un univers et un humour sophistiqué, une qualité qui s’affine au fil des saisons (parce que la première saison de Buffy est assez catastrophique). J’ai une certaine préférence pour Angel, plus sombre et second degré et sans le coté féministe lourdingue. C’est un must pour tout fan de série, mais c’est long : 12 saisons en tout !

Episode à ne pas manquer: Buffy 5×06 – The Body. Ou 6×07 – Once More, With Feelings.


8.       Sherlock (2010-…), BBC

Il y a des tas d’excellentes séries anglaises, certaines auraient peut-être mérité d’être dans la liste mais c’est aussi ça le coté parfaitement subjectif de ces listes : je mets ce qui me plait. Néanmoins, si une série anglaise doit être ici, c’est la récente « Sherlock », de l’excellentissime Steven Moffat. Après avoir parlé juste avant de 12 saisons de 22 épisodes (en moyenne), c’est sûr qu’il est difficile de comparer une série qui ne compte, pour le moment, que 2 saisons de 3 épisodes chacune. Mais quels épisodes ! Chacun est travaillé comme un petit diamant. La deuxième saison est d’ailleurs supérieure à la première. Les amateurs de Sherlock Holmes trouveront d’innombrables références aux histoires originales, et ceux qui ne les ont jamais lus découvriront que ce personnages mythique garde toute sa pertinence en 2012.

Episode à ne pas manquer: 2×01 – A Scandal in Belgravia.


9.       Game of Thrones (2010-…), HBO

Si BSG est la série de SF pour ceux qui n’aiment pas la SF, GoT est la série de « médiéval fantastique » pour ceux qui n’aiment ni le médiéval ni le fantastique. Si vous voulez voir une production de haut niveau digne d’un film hollywoodien, mais qui ose aller très loin, vous serez servis. GoT est une série violente et sexuelle, qui prend souvent le contrepied des attentes habituelles. Rien ne se passe comme on s’y attendrait et la série ne craint pas d’aller jusqu’au bout de sa logique en osant ce qu’aucune autre série ne ferait jamais. Et pour qui connait les romans, on a encore rien vu. La série d’ailleurs prend de plus en plus de libertés avec ces derniers, pour notre plus grand plaisir.

Episode à ne pas manquer: 1×09 – Baelor / 2×09 – Blackwater.


10.   Rome (2005-2007), HBO/BBC

J’allais écrire que GoT est la série la plus chère jamais produite mais c’est faux, cet honneur revient à Rome et ce fut aussi la cause de son arrêt prématuré, après deux grandes saisons. Rome conte la fin de la République de Rome et sa transformation en Empire vue par deux simples soldats. C’est du HBO donc c’est aussi très violent/sexuel. Si vous aimez l’Histoire, les bons acteurs, les péplums, et le réalisme, Rome est pour vous.

Episode à ne pas manquer: 1×11 – The Spoils.


Presque sur la liste : South Parks (1997-…), Comedy Central, 24 (2001-2010), Fox, Veronica Mars (2004-2007), UPN.

South Park est non seulement une grande série comique, mais surtout une série politique qui n’a peur de rien et attaque le politiquement correct avec la plus grande violence. La série commence néanmoins à fatiguer.

24 fut une véritables grande série pendant un moment : les avis varient entre seulement la première moitié de la première saison, jusqu’à la première moitié de la deuxième saison. Ensuite, elle est devenue progressivement une parodie d’elle-même, tournant au grotesque involontaire parfois. Mais on ne s’ennuyait jamais.

Ajout: Veronica Mars c’est un peu Buffy sans les vampires. Une petite blonde dans un lycée qui résout des crimes avec sa bande de copains semi-losers en utilisant son superpouvoir d’etre super cool et géniale. Mais bon, ca faisait trop de blondes dans la liste.

En conclusion, je rappelle que cette liste ne reflète que mes gouts personnels à moi. Néanmoins, tout ne se vaut pas et donc, non, House, Grey’s Anatomy, Prison Break, Heroes, etc… n’ont pas été injustement oubliées : ces séries étaient juste trop médiocres. C’est justement en connaissant les vraies séries de qualité que vous pourrez vous en apercevoir.

 

Update 15/1/2014: Suite à la très médiocre saison 3 de « Sherlock », et je suis généreux, je me vois dans l’obligation de supprimer cette série de la liste.

יעוץ ארגוני והאח הגדול

אני אגלה לכם סוד: מעולם לא צפיתי ב »אח הגדול », תכנית הדגל והזבל של ערוץ 2 (קשת או רשת, מי מבדיל ביניהם חוץ מאנשי הברנז’ה ?). אין לי מושג מי היה אי פעם מועמד בתכנית, מי זכה, מה הסיפורים שהיו. אני בדרך כלל מנסה לא לצפות בפרומואים האינסופיים של התכנית, זה קשה אבל בכל זאת, גם השנה אין לי מושג מי המועמדים. נדמה לי שיש איזה שמן ואחת עם תספורת מוזרה ואולי גמד (או שזה היה שנה שעברה ?).

שנה שעברה, הייתי בקורס צוערים עם עוד 11 חברים. באחד הקורסים, מרצה בשם מולי (« יועץ ארגוני » שגם היה הזוי ברמות שלא יתוארו) רצה לתת לנו דוגמה של התנהגות בין אישית באיזה הקשר ששכחתי והתחיל לספר לנו סיפור על שני אנשים ששנאו אחד את השני, רבו ובסוף אחד יצא גבר או משהו. ואז הוא אמר לנו, כאילו מדובר בפאנץ ליין של כל הסיפור: « אחד נקרא סער ואחד נקרא … (שכחתי) ». שהם היו מתמודדים של ה »אח הגדול », ואותו מולי נתקף בהלם כשהבין שאיש מאיתנו לא היה מושג על מה הוא מדבר כי איש מאיתנו, כולם בני 27 עד 37, מעולם לא צפה בתכנית. מצד שני, כמו שאמרתי, האיש היה די הזוי ותת רמה.

אבל, על פי פרסומי הרייטינג, אנו כנראה די לבד והרוב עם מולי – מעל 40% רייטינג לתכנית, שזה נתון כמעט חסר תקדים. הנתון מוזר בכמה היבטים: קודם כל, באירופה, שהמציאה את הטראש הזה, תכניות מסוג « האח הגדול » כבר לא פופולריות כפי שהיו בעבר. כמובן זה התחיל שנים לפני שזה הגיע לישראל ועבר יותר זמן, אבל אין ממש דוגמה אחרת של מדינה בה התכנית עלתה ברייטינג אחרי 4 עונות. לפי מה שהבנתי באירופה התכנית יותר בנויה על סקס ועל התקווה שהמתמודדים יקיימו יחסי מין מול המצלמה – מה שאכן קורה.

אבל בכל זאת משהו לא מסתדר לי. אני לא צופה. מסביבי, חברים, משפחה, עבודה, גם מרבית האנשים לא צופים בתכנית. גם בפייסבוק, עם כמעט 600 חברים, אני בקושי רואה פוסטים שקשורים, אפילו בעקיפין, לתכנית. שבוע שעבר, בפעם הראשונה תפסתי שני עמיתים לעבודה מדברים על התכנית בסגנון הזה: « ראית אתמול מה קרה באח הגדול ? » שאל הראשון. « לא אני לא צופה בדבר הזה », ענה השני. « גם אני לא, במקרה ראיתי כמה דקות כשזפזפתי ונפלתי על משהו מצחיק ». יכול להיות שמישהו כאן שיקר אבל זה מעיד על כך שלצפות בתכנית הזאת פחות מקובל ממה שעולה בתקשורת.

איך יכול להיות שמעל 40% מהישראלים צופים כל שבוע בתכנית אם כמות הצופים סביבי שואפת לאפס ? אני מודע לכך שהסביבה שלי, כמו של אף אחד, אינה מדגם מייצג של החברה הישראלית אבל כשתכנית אמורה להוות תופעה חברתית כל כך בולטת, אני אמור להרגיש את זה. אז בדקתי את נתוני הרייטינג. קודם כל – לא מדובר ב- 40% מהישראלים אלא 40% מבתי אב יהודיים שיש להם טלוויזיה. לכ- 10% מהאוכלוסייה היהודית אין טלוויזיה (נתון גבוה מאוד יחסית לעולם), לכן הם אינם חלק מהרייטינג אפילו לו יגיע ל- 100%. אני מניח שרובם הם חרדיים. כמובן שהערבים אינם גם כלולים ברייטינג.

בנוסף, המושג של בית אב לא אומר לנו כמה אנשים בכל בית אב צופים בתכנית. בעולם יותר מקובל לתת מספר צופים לתכנית או נתונים דמוגרפיים שמעניינים את המפרסמים. למשל בארה »ב, נתוני הרייטינג הם בדרך כלל בפורמט של X מיליון אנשים צפו בתכנית ו- Y% מבני 18-49 שהם קהל היעד העיקרי של המפרסמים. אם מסתכלים על כמות הצופים בפועל, מתברר שב »אח הגדול » צופים במקרה הטוב כ- 1.5 מיליון אנשים מעל גיל 4, כלומר קרוב ל- 25% מהאוכלוסייה היהודית. נתון עדיין גבוה אבל סביר יותר.

אבל גם נתון זה מעורר ספק. הרייטינג בארץ נמדד על ידי הפיפול-מיטר, מכשיר שמותקן ב- 468 משפחות המהוות מדגם מייצג של האוכלוסייה הישראלית. מן הסתם, מדובר במספר קטן מדי כדי להוות באמת מדגם מייצג. בארה »ב, מדובר בכ- 20,000 משפחות וגם שמה כולם יודעים שהנתונים אינם באמת מהימנים – אבל זה מה יש. עד כמה וכמה בארץ. עם העדות השונות, העולים החדשים, רמת הדתיות וכו… ולא דיברנו על עצם הנוכחות של המכשיר שעשויה להשפיע על הרגלי הצפייה של הנבדקים. סביר להניח כי הנתונים אינם מהימנים בכלל.

אז מי צופה ב »אח הגדול » ? כנראה בני נוער משועממים, ערסים, אנשי הבועה בתל אביב, יועצי ארגוניים ועוד כמה שאין להם מה לעשות באותו ערב. לא מעט אנשים. אבל הרבה פחות ממה שחושבים.