Science

La sortie d’Egypte a-t-elle eu lieu ?

Article paru dans The Times of Israel français

Nous sommes à quelques jours de Pessah et de la célébration du Seder qui commémore la sortie d’Egypte. J’ai déjà écrit plusieurs articles sur le problème de la réalité historique de cet évènement, et ce mois-ci l’excellent magazine en ligne « Mosaic » consacre son débat justement à cette question.

Je recommande vivement la lecture des différents articles de ce magazine. Le temps est donc idéal à mon avis pour faire un bref état des lieux et de résumer les grandes lignes de la question.

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Bible et archéologie – le retour

Article paru dans The Times of Israel en français

Dans un article précédent, je présentais « la nouvelle chronologie » de David Rohl qui permet de résoudre l’apparente contradiction entre les découvertes archéologiques et la Bible au moins pour ce qui précède le 9ème siècle avant l’ère commune.

Un des principaux opposants à cette thèse est le professeur Kenneth Kitchen, et pour cause, il est le père de la chronologie égyptienne que Rohl entend remettre en cause. Mais cela ne signifie pas que Kenneth Kitchen s’oppose à l’idée que Bible et archéologie soient compatibles.

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Dans 5 ans, la fin du monde ?

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Article paru dans Times of Israel en français

Il nous reste 5 ans à vivre avant que des robots dotés d’intelligence artificielle ne nous exterminent tous.

C’est en tout cas ce que pense Elon Musk. Le célèbre milliardaire créateur de PayPal, et actuellement à la tête de Tesla (voitures électriques) et SpaceX (exploration spatiale), l’homme qui a inspiré Robert Downey Jr pour son personnage de Tony Starck (Ironman), et qu’on présente comme le nouveau Steve Jobs, pense que nous sommes à l’aube d’une gigantesque révolution de l’intelligence artificielle dont les progrès ont été exponentiels ces dernières années, et que si nous ne faisons rien, ces intelligences, dont les facultés dépasseront largement les nôtres sans posséder nos valeurs ni notre morale, nous écarterons comme une simple nuisance et nous traiterons comme nous traitons les insectes.

Si le scénario que prédit Musk vous rappelle Terminator ou The Matrix, c’est parce que le sujet de l’intelligence artificielle (les AI) est au coeur de la science fiction depuis des décennies, des Robots de Isaac Asimov, à la série Person of Interest, en passant par 2001, Hypérion et d’innombrables autres oeuvres écrites, télévisuelles ou cinématographiques. Et maintenant, la fiction deviendrait réalité.

Musk tire l’alarme après avoir lu le livre « Superintelligence » du philosophe des technologies Nick Bostrom.

J’ai moi aussi lu ce livre qui se veut être le pionnier d’une nouvelle science et qui chercher à ouvrir des pistes de réflexion afin de préparer l’humanité face à cette révolution inéluctable. Car pour Bostrom, l’arrivée de ces superintelligences est inéluctable et probable avant la fin du siècle.

Trois voies principales vers la superintelligence sont abordées.

La première est celle de l’amélioration génétique, par sélection ou par ingénierie génétique. Cette méthode pourrait permettre de plus que doubler le QI moyen de l’occidental moyen, ce qui voudrait dire que monsieur tout le monde serait plus intelligent qu’Einstein, et que les plus doués atteindraient des sommets jamais égalés. Et pourtant, pour Bostrom, il s’agirait d’une forme « faible » de superintelligence, sans comparaison avec ce qu’il entend par ce concept. Par superintelligence il explique que la même différence qu’il y a entre l’intelligence humaine et celle d’un rat sera établie entre celle des hommes et des AI.

Une deuxième voie serait celle de l’émulation digitale des cerveaux humains. Je dois avoir du mal à saisir le concept: pourquoi donc un scanner, donc une image, aussi fine soit-elle, d’un cerveau humain permettrait de reproduire dans une machine son intelligence, y compris sa mémoire et sa personnalité ? Mais Bostrom n’est pas le seul à évoquer cette méthode (qui relève évidemment de la science fiction pour le moment), elle doit donc être théoriquement imaginable. Ces cerveaux en émulation auraient plusieurs avantages sur nos pauvres versions biologiques, la principale étant la vitesse puisqu’ils ne seraient pas limités par les transmissions synaptiques et pourraient travailler près de un million de fois plus vite que nous.

Mais la vraie révolution dont parle Bostrom, qui serait inéluctable à long terme, est celle des intelligences artificielles complètes, les ordinateurs dotés au début d’une intelligence équivalente à celle d’un homme, et donc d’une conscience d’eux-mêmes, mais avec l’énorme avantage de pouvoir s’auto-perfectionner et de travailler infiniment plus vite. Le passage à la superintelligence pourrait alors être très rapide (de quelques heures à quelques années suivant les scénarios), et les conséquences potentiellement catastrophiques pour nous.

Tout dépend en fait des objectifs ultimes dont se doterait une telle intelligence. Comme elle penserait d’une façon très différente de la notre et serait beaucoup plus intelligente que nous, il est impossible de savoir ce qu’elle voudrait mais le plus probable est qu’elle altère notre environnement pour ses propres besoins, sans aucune intention néfaste, d’une telle façon que notre vie en devienne impossible. Là encore, tout pourrait se passer à une telle vitesse qu’il serait impossible de réagir.

On comprend l’urgence de s’y préparer. La question centrale est donc celle du contrôle, dans un premier temps, puis de la détermination des objectifs ultimes de cette intelligence (qui sera probablement unique, elle éliminera immédiatement toute compétition).

L’essentiel du livre est consacré à explorer des pistes sur les différentes méthodes de contrôle et d’influence, avec leurs dangers et leurs limites, sachant que la machine sera assez intelligente pour mentir et nous laisser croire ce que nous voulons si elle se rend compte qu’on veut la contrôler.

Néanmoins l’auteur espère réellement que nous réglerons ces problèmes et pourront bénéficier des bienfaits que nous apportera la superintelligence artificielle. Ce sera probablement la dernière invention de l’humanité, toutes les autres seront ensuite les siennes, et si elle a a coeur notre bonheur, nous connaitront une existence merveilleuse et hors de tout souci.

J’ai eu beaucoup de mal à lire et finir cet ouvrage. Je n’aurais jamais imaginé qu’un livre sur des robots qui prennent le contrôle du monde puisse être aussi fastidieux et ennuyant. C’est que Bostrom n’écrit pas un roman de science fiction et les très rares allusions qu’il fait sur le traitement littéraire de l’intelligence artificielle sont assez méprisantes.

Je me méfie toujours des gens qui écrivent en jargon. Tout est question de contexte, et il est naturel que des gens qui travaillent dans le même domaine utilisent entre eux des termes techniques, de même qu’il est normal d’utiliser des termes rares mais précis quand ils sont les plus à même de décrire un phénomène. Mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici, plutôt d’une écriture prétentieuse et arrogante qui vise à démontrer la supériorité intellectuelle de l’auteur en disant de façon compliquée des choses qu’il pourrait tout aussi bien dire simplement.

Car Bostrom est clairement arrogant et prétentieux, il écrit même dans une note que son domaine n’attire que les esprits les plus intelligents de la planète et se lamente que s’il devient à la mode les médiocres envahiront son domaine.

Sur le fond, les choses ne sont guère meilleures. D’abord, tout le livre n’est qu’une suite de pures spéculations basées sur d’autres spéculations sans fondement empirique ou scientifique. L’auteur construit des pyramides sur du sable mouvant.

Les présupposés idéologiques et philosophies de Bostrom sont aussi assez gênants. Mis à part l’athéisme qui fonde son travail (j’y reviendrai), je me méfie de quelqu’un qui écrit « non human animals » systématiquement pour parler des animaux. Le « non human » étant superflu, il est porteur d’une signification idéologique profonde, et on la ressent dans tout le livre, lorsqu’il parle des droits des animaux et autres absurdités (les animaux n’étant pas des sujets conscients n’ont pas de droits, mais en tant qu’être vivants nous devons évidemment éviter de les faire souffrir).

Ensuite, l’auteur semble être mu par une sorte de croyance quasi-religieuse en la venue de son messie AI. Cette « église » existe belle et bien, il s’agit de ceux qui croient en l’arrivée prochaine de la « Singularité ».

Or rien n’est moins certain. Comme il l’indique lui-même, depuis les années 60 on prédit l’arrivée de l’AI d’ici 20 ans. Et pourtant rien n’arrive. La croyance en l’inéluctabilité de l’AI résulte de l’impression que l’augmentation exponentielle de la puissance des ordinateurs suivant la loi de Moore devra nécessairement, arrivé à un certain niveau, la produire.

Cependant nos ordinateurs sont exponentiellement plus puissants que ceux de la génération précédente et ils ne sont pas plus intelligents qu’eux. Mon téléphone est plus puissant que les superordinateurs militaires secrets des années 70, il n’est pas plus proche d’atteindre la conscience de lui-même que ne l’était mon Apple IIc en 1985.

L’évolution nécessaire n’est pas seulement quantitative mais avant tout qualitative et dans ce domaine, et nous ne sommes pas plus avancés dans cette voie qu’il y a 50 ans.

Un passionnante discussion a récemment été initiée par le chercheur, philosophe et pionnier informatique Jaron Lanier sur Edge.org sur ce sujet. Il a intitulé son essai « The Myth of AI », ce qui résume bien sa position.

Il ne nie pas l’intérêt des recherches et des progrès en intelligence artificielle, seulement la mythologie qui s’est construite autour. Par exemple, les algorithmes intelligents de Google, Netflix ou Amazon, qui seraient capables d’analyser nos comportements et de déterminer pour nous ce que nous aimons, ces algorithmes qui sont censés être la base de futures AI, seraient en fait des illusions. Rien n’indiquent qu’ils fonctionnent ou que ce qu’ils proposent soit réellement les meilleurs choix possibles pour nous. Mais nous n’avons aucune base de comparaison.

Le meilleur exemple est celui des logiciels de traductions tel Google Translate. Nous imaginons qu’un puissant algorithme se cache derrière cette impressionnante opération.

La réalité est plus prosaïque et illustre aussi les dangers générés par ce mythe de l’AI. Les tentatives pour créer des logiciels de traduction qui apprennent par eux-mêmes et comprennent les langues naturelles n’ont rien donné. Les programmes de traduction qui existent ont simplement été créés par la construction de gigantesques bibliothèques de données : on a entré des textes et leurs traductions, des traductions effectuées par des millions de traducteurs professionnels. Or, ces traducteurs humains ne sont pas payés lorsque leur travail est récupéré par ces bibliothèques de données alors que les logiciels de traduction viennent directement les concurrencer. Ce système est intenable.

L’influence économique des AI est une réalité du futur proche.

Récemment un journal économique israélien écrivait sur les 30% des emplois en Israel qui seraient menacés par les progrès technologiques dans ce domaine.

D’après Bostrom, les machines intelligentes vont nous remplacer dans nos fonctions intellectuelles, celles qui ont toujours été spécifiques à l’homme. Il compare les travailleurs humains aux chevaux qui ont été remplacés par des voitures à moteur. Les travailleurs humains auront peut-être un avenir dans certains marchés de niche, mais pas plus.

D’un côté ce n’est pas nouveau, toute la révolution industrielle s’est construite sur l’utilisation de machines à la place de travailleurs humains, ce qui a parfois entrainé des oppositions dites « luddites » du nom du mouvement anti-machines en Angleterre au début du 19ème siècle.

Pourtant, au final, le niveau de vie général et l’emploi se sont considérablement accrus grâce à ces machines. Pourquoi serait-ce différent cette fois-ci ?

La discussion lancée par Lanier est fascinante, Elon Musk lui-même y a participé avant d’effacer son message sur les robots tueurs, et la majorité des intervenants (des autorités dans leur domaine) est d’accord sur le fait que les AI ne sont pas une menace pour ce siècle.

Et pour un autre ? La question reste de savoir si la création d’une intelligence artificielle complète est techniquement possible. Bostrom pense que oui et pour une raison simple: nous sommes intelligents, or nous sommes le produit d’un processus évolutif partiellement aléatoire qui n’a jamais cherché à créer cette intelligence.

Cela devrait donc être possible (ne serait-ce qu’en simulant un processus évolutif de façon accélérée) et rien n’indique que l’intelligence que nous possédons est la plus optimale et la meilleure possible, au contraire.

C’est vrai, si effectivement nous sommes le produit d’un processus aveugle et aléatoire. Mais si nous avons été créés volontairement, l’argument s’effondre et il est possible que notre intelligence soit la plus haute potentiellement atteignable dans le monde physique ; on peut surtout en déduire que la création d’une intelligence autonome et consciente d’elle-même se situe au-delà des capacités humaines et appartient nécessairement au domaine divin.

Ainsi, les recherches dans le domaine de l’intelligence artificielle ouvrent la porte non seulement à de réelles avancées techniques (encore lointaines) mais aussi pourraient alimenter les débats religieux et spirituels pour de nombreuses décennies.

Pourquoi la science ne réfute pas l’existence de Dieu

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Article publié dans Times of Israel en français

Dans un précédent article, j’ai passé en revue les arguments du Dr Gerald Schroeder selon lequel non seulement il n’y a pas de contradiction entre la Torah et la Science, ils diraient en fait la même chose.

Une autre approche sur le sujet est apportée par le Dr Amir Aczel dans son livre sorti cette année Why Science Does Not Disprove God.

Amir Aczel est israélo-américain comme Gerald Schroeder si ce n’est qu’il a acquis ses nationalités dans le sens inverse: il est né en Israel et en parti vivre aux Etats-Unis dans les années 1970.

Il y est devenu relativement célèbre pour ses ouvrages de vulgarisation scientifique et il est régulièrement invité dans les médias pour débattre notamment sur la question de l’existence de Dieu où il s’oppose à des militants athéistes acharnés comme le biologiste Richard Dawkins.

Ce livre a donc été écrit avant tout pour réfuter les thèses athéo-scientistes de ce qu’il appelle les « Nouveaux athéistes » dont Dawkins est un des chefs de file.

Contrairement à ce que ces derniers affirment, la science n’est pas arrivée au point où elle peut prouver que « l’hypothèse Dieu » est inutile. En fait elle ne pourra jamais le faire.

A la différence de Gerald Schroeder, Amir Aczel ne cherche pas à défendre le Dieu de la Torah ou de la Bible chrétienne ni aucune idée de Dieu personnel. Certes il développe un petit chapitre pour répondre à l’affirmation selon laquelle l’archéologie contredirait entièrement la Bible, ce qui n’est absolument pas vrai.

Mais ce n’est pas le coeur de son livre. Néanmoins, il utilise souvent les mêmes arguments que Schroeder comme nous le verrons ensuite, mais de manière moins affirmative et plus prudente.

En 2013, le célèbre astrophysicien Stephen Hawking a déclaré que le Big Bang n’avait pas eu besoin de Dieu pour arriver. Il voulait dire que la physique avait développé aujourd’hui des théories pour expliquer le Big Bang qui ne nécessitaient pas l’existence de Dieu.

Le Big Bang était simplement une conséquence des lois de la physique. La question qui ne semble pas être venue à l’esprit de Stephen Hawking est: et les lois de la physique, qui les a créées ?

Le Dieu dont parlent les scientifiques n’est pas le Dieu que vénèrent des centaines de millions de gens à travers le monde. Le Dieu de la science est une sorte de causalité ultime, indescriptible et indéfinissable, qui se trouve au-delà de ce que la science peut comprendre et expliquer. Il découle du Dieu des philosophes, lui-même issu du Dieu du monothéisme grec.

Dans le Kuzari de Yehuda Halevy, rédigé vers 1140, le roi des Khazars, perturbé par un songe, fait défiler des représentants de toutes les grandes religions et un philosophe afin qu’ils le convainquent de la vérité de leur foi.

Le philosophe, représentant une sorte de synthèse de différents courants médiévaux et grecs, s’appuie sur la beauté merveilleuse de la création, l’existence même de lois de la nature, le fonctionnement de l’univers pour démontrer que ce dernier ne peut être que le résultat d’une création par un Dieu suprême et parfait.

Mais ce dernier, étant parfait, ne peut donc jamais changer, donc jamais intervenir et agir dans l’univers, il n’est qu’un Dieu horloger et détaché de sa création.

Presque 900 ans plus tard, les arguments d’Aczel sonnent étrangement semblables. Les progrès de la science ont permis de découvrir que la création était encore plus merveilleuse qu’on ne le pensait.

L’univers n’existe que grâce à une série de coïncidences ahurissantes, de constantes extrêmement précises dont la moindre variation infime aurait anéanti les chances même de l’existence de cet univers.

La charge des protons et des électrons, le fait que l’univers a sa création aurait du créer autant de matière que d’anti-matière, ce qui l’aurait immédiatement annulé, mais il a créé, sans qu’on sache comment, plus de matière, etc…

De même, l’existence de la vie n’est possible que par des conditions très particulières et statistiquement improbables. Et l’avènement d’une vie intelligente et consciente est elle tout simplement incompréhensible.

La réponse athéisme à ces arguments repose surtout sur le principe anthropique qui consiste à dire que si l’univers et la vie n’existaient pas, nous ne serions pas là pour en parler, donc l’univers possède nécessairement les conditions de son existence et de la vie. Ce qui revient à dire « l’univers existe parce qu’il existe ».

C’est un peu léger. Cette ligne de pensée a trouvé dans la « théorie des cordes » une conceptualisation scientifique, avec l’idée selon laquelle il existerait une infinité d’univers parallèles et donc, l’existence d’un univers qui possède les bonnes caractéristiques pour le développement de la matière, des planètes et de la vie n’a plus rien d’extraordinaire.

La théorie des cordes n’est cependant pas une théorie véritablement scientifique dans la mesure où elle est infalsifiable et invérifiable. Elle ne repose que sur des calculs mathématiques extrêmes déconnectés de la réalité.

Plus exactement, cette théorie est l’application dans la réalité de concepts abstraits qui ne servent qu’à faire des calculs.

Amir Aczel prend même un certain plaisir à en démonter la logique concrète en utilisant justement les mathématiques et les propriétés particulières de l’infini qui finissent de rendre l’idée de l’existence d’un nombre infini d’univers absurde.

Une autre sphère scientifique appréciée des athéistes est la mécanique quantique qui elle aussi permettrait de prouver, selon une théorie bancale, que l’univers a pu apparaitre à partir de rien sans besoin de Dieu. Il y a ici un paradoxe : l’idée que l’univers puisse apparaitre à partir de rien est justement le coeur de la pensée biblique.

Et en fait, en grattant, on découvre que la création à partir de rien des athées ne part pas de rien mais d’une « mousse quantique » préexistante et des lois qui la gouverne. Et tout cela vient d’où alors ?

En fait, la mécanique quantique est une des pièces centrale de l’argumentaire d’Amir Aczel. Personne ne comprend rien à la mécanique quantique. Si quelqu’un affirme la comprendre, c’est justement la preuve qu’il ne sait rien.

Elle est complètement irrationnelle et elle défie l’entendement. Des particules quantiques qui se sont trouvées liées mais ensuite séparées de milliers de kilomètres réagissent de la même façon et surtout instantanément – ce qui veut dire qu’aucune information n’est envoyée de l’une à l’autre.

Ces particules peuvent se trouver à différents endroits ou dans des états différents au même moment, et c’est le fait d’être observées qui les fixe.

L’exemple des photons est assez fascinant. Schroeder présentait le même exemple, d’une manière légèrement différente. Les photons sont les particules qui composent la lumière.

Sauf que la lumière est aussi une onde. Donc les photons, comme toutes les particules quantiques, sont à la fois une onde et une particule ce qui est a priori impossible.

Une expérience a été réalisée: on tire un seul photon à travers un écran qui a deux fentes, jusqu’à un autre écran. Le photon ne devrait logiquement ne passer que par une fente. Il passe simultanément par les deux et interagit avec lui même lorsqu’il arrive sur le second écran. Comment est-ce possible ? Cela ne devrait pas l’être.

Mais si on met un détecteur au dessus de chaque fente pour savoir par où le photon est passé, mystérieusement le photon s’en aperçoit et ne passe plus que par une seule fente. Le fait de pouvoir savoir par où le photon passe change son comportement. Aucune explication n’existe.

Les particules quantiques sont la base de la matière et de la réalité de notre univers et elles dépassent entièrement notre compréhension. On comprend ainsi que la science est loin de pouvoir affirmer quoi que ce soit concernant les mystères de la création.

Ce fait est aussi illustré par les lois du chaos. Un battement de papillon au Brésil peut causer un ouragan en Afrique. Nous n’avons et n’aurons jamais aucun moyen de le savoir à l’avance.

Trop de variables sont en jeu et la plus faible variation de juste l’une d’entre elles change entièrement le résultat. Le chaos n’est pas un phénomène aléatoire, et d’ailleurs, probablement rien n’est aléatoire dans l’univers.

Ce dernier est marqué par la « non-linéarité » et l’apparition d’évènements extrêmes, scientifiquement imprévisibles, qui peuvent complètement changer la donne – comme l’astéroïde qui a éliminé les dinosaures et permit à la race humaine de donner le monde plusieurs millions d’années après.

Si cela rappelle le principe des « Cygnes Noirs » du financier-philosophe-gourou mégalomaniaque Nassim Nicholas Taleb, ce n’est pas un hasard, Aczel ayant longuement discuté avec le professeur Mandelbrot, aujourd’hui décédé, qui fut le maitre de Taleb.

Ces évènements aléatoires extrêmes, ces cygnes noirs, sont imprévisibles pour nous, mais pas forcément pour une intelligence bien supérieure à la notre.

Amir Aczel va plus loin et démontre aussi les limites de la théorie de l’évolution.

En tant que scientifique, cette théorie, qu’il adopte évidemment, est incomplète, marquée par de nombreux défauts. Elle n’explique pas tout, à commencer par l’altruisme, et elle est incapable de faire des prédictions, ce qui est la raison d’être d’une théorie scientifique.

Surtout, elle ne peut pas expliquer l’apparition de la conscience humaine, la conscience de soi, de la pensée abstraite et symbolique, de l’art, de la culture, bref de l’âme humaine.

Cette conscience ne peut pas être le résultat naturel des mécanismes de l’évolution, et ne peut pas être créée par un simple mécanisme d’accumulation comme semblent le croire aussi bien les biologistes que les spécialistes de l’intelligence artificielle.

Si un robot conscient de lui-même voit le jour dans les prochaines décennies, Aczel aura eu tort. En même temps, si les hommes peuvent créer une conscience artificielle, cela peut aussi prouver que la leur a aussi été fabriquée.

Au final, Aczel pense que la science ne pourra jamais démontrer l’existence ou l’inexistence de Dieu tout simplement parce que nous étudions l’univers depuis son intérieur.

Nous n’avons pas accès à une vue d’ensemble et ne pourrons ainsi jamais répondre à la majeure partie des mystères ultimes. Et c’est tant mieux comme ça.