Juif

Premiers enseignements de l’étude Pew sur le Judaïsme israélien

L’étude Pew sur les Israéliens a pour le moment surtout fait parler d’elle à cause de la question sur l’expulsion « d’Arabes » (sans préciser lesquels, combien, dans quelles circonstances etc..) mais elle contient beaucoup d’enseignements beaucoup plus intéressants.

Le principal point d’intérêt des auteurs de l’étude était de comparer Judaïsme israélien et américain (sujet de leur grande étude de 2013) et les résultats ne font que confirmer ce qu’on savait déjà mais c’est maintenant officiel: les Juifs d’Israël sont beaucoup plus religieux, beaucoup plus à droite, et surtout vivent entre eux, dans un pays où ils sont la majorité et pas une infime minorité.

L’enseignement le plus intéressant concerne le sujet des « orthodoxes » et des réformés. L’étude insiste pour n’appeler « orthodoxes » que les haredim et les religieux ce qui me semble absurde et est contredit par l’étude elle-même. Quand on définit les réformés ou les conservatives, on compte tous les gens qui se définissent comme tels, ou qui sont membres de synagogues libérales, même s’ils n’y vont qu’une fois par an. Donc pareil pour les orthodoxes. Mais le concept, essentiellement séfarade, de Judaïsme traditionaliste est incompréhensible pour les Américains, et ils n’arrivent pas à accepter qu’on puisse s’identifer au Judaïsme « orthodoxe »/ classique sans être religieux. Pourtant l’étude elle-même nous apprend que 50% des Israéliens juifs se définissent comme « orthodoxes », et seuls 5% comme réformés ou conservative. Et ceci alors que cette classification n’est pas utilisée en Israël.

Remarquez que cela contredit aussi l’affirmation selon laquelle les réformés seraient le plus grand mouvement juif dans le monde, un calcul rapide nous montre que ce n’est pas le cas: 35% des 5,3 millions d’adultes Juifs américains (selon Pew en 2013), 3% des 4,5 millions d’adultes Juifs israéliens – soit 2 millions -, contre 11% et 50% respectivement – soit presque 3 millions. En rajoutant en plus les enfants (les orthodoxes en font beaucoup plus que les réformés), l’écart se creuse encore plus. Le reste de la diaspora ne modifie pas grand chose (et est probablement aussi plus orthodoxe que réformé).

D’autres choses intéressantes cependant apparaissent d’une première lecture (il y a 200 pages):

L’enquète, qui utilise exactement les mêmes définitions que le bureau israélien des statistiques, compte 81% de Juifs, 18% d’Arabes et 1% d’autres, alors que les chiffres officiels parlent de 75% de Juifs, 21% d’Arabes et 4% d' »autres » (essentiellement les olim non-juifs).

Comment expliquer la différence ? D’abord par le fait que l’étude se concentre sur les adultes. Comme la natalité arabe a été jusqu’à présent supérieure (plus maintenant ou presque), leur part dans la population adulte est inférieure.
Mais ce qui frappe surtout c’est que visiblement les 3/4 des gens non-reconnus officiellement comme Juifs en Israël se considèrent comme tels. Cela influence les résultats sur la pratique religieuse puisqu’ils sont à peu près tous inclus dans les hilonim (alors que le bureau des statistiques, qui les considèrent comme non-juifs, ne les comptent pas parmi eux).

Autre point intéressant: la quasi-non-existence des couples mixtes (mariés ou pas) en Israël – 2%, la plupart au sein de la population russe. Vous avez surement entendu ces associations comme d’un côté « Mishpaha hadasha » qui milite pour les mariages civils et qui parle de 10% de couples mixtes, ou inversement des associations qui parlent de « 30,000 juives dans les villages arabes » (quand le chiffre réel est probablement plus proche de 30). Comme on pouvait s’y attendre, elles disaient n’importe quoi.

Le point qui va probablement susciter le plus de commentaires est la « rétention » des gens issus de chaque secteur. Alors que haredim et hilonim ne perdent presque pas de membres et même en gagnent, et que les traditionalistes se maintiennent, le secteur religieux semble en grave crise.
19% des adultes israéliens ont grandi dans une maison religieuse sioniste mais seuls 10% d’entre eux se définissent comme religieux, auxquels se rajoutent 3% devenus religieux et issus d’autres milieux. La masse est devenue traditionaliste.

L’étude en conclut que les extrèmes se polarisent et que le centre s’affaiblit mais je ne suis pas certain qu’ils aient raison. D’abord parce qu’ils négligent ici les énormes différentiels de natalité entre religieux et laïcs, et ensuite parce que l’étude ne donne aucune indication générationnelle sur les taux de rétention: peut-être que dans le passé les jeunes issus de familles religieuses quittaient plus ce mode de vie qu’aujourd’hui ? En fait c’est ce que semblent indiquer d’autres études.

D’autres informations surprendront surement comme le fait que seuls 16% des Israéliens juifs mangent du porc, ou qu’un tiers des hilonim ont une maison casher.

Il ne s’agit que des premières choses qui m’ont frappé, et les prochains jours les commentaires approfondis vont probablement fleurir dans la presse et les blogs.

Pourquoi l’intégration des Juifs d’Ethiopie est un semi-échec

Article paru dans The Times of Israel français

Les manifestations, parfois violentes, organisées par des organisations de Juifs éthiopiens ces derniers jours ne sont pas seulement une réaction à la vidéo montrant le passage à tabac d’un jeune soldat éthiopien par deux policiers. Les causes sont plus profondes et découlent du relatif échec de l’intégration de la communauté éthiopienne en Israel.

Quelques chiffres illustrent la situation : bien que les Juifs éthiopiens ne soient qu’environ 1,5% de la population, ils représentent 40% des soldats incarcérés à l’armée, et un chiffre tout aussi hors de proportion des délinquants. Le taux de pauvreté de la communauté atteindrait 60%. Lire la suite

Le Suicide français de Zemmour

J’ai fini par lire le fameux livre d’Eric Zemmour. On m’avait promis un pavé illisible, c’était au contraire un livre qui se lit facilement et rapidement. J’ai déjà expliqué ce que je pensais de l’auteur dans un article précédent. Le livre ne révèle pas de surprises quand à la pensée de l’auteur si ce n’est qu’elle est systématisée et appliquée à tous les évènements des 40 dernières années. Systématisée mais pas forcément complètement cohérente.

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Bible et archéologie – le retour

Article paru dans The Times of Israel en français

Dans un article précédent, je présentais « la nouvelle chronologie » de David Rohl qui permet de résoudre l’apparente contradiction entre les découvertes archéologiques et la Bible au moins pour ce qui précède le 9ème siècle avant l’ère commune.

Un des principaux opposants à cette thèse est le professeur Kenneth Kitchen, et pour cause, il est le père de la chronologie égyptienne que Rohl entend remettre en cause. Mais cela ne signifie pas que Kenneth Kitchen s’oppose à l’idée que Bible et archéologie soient compatibles.

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Juifs – oui, fuyez la France !

Article paru dans The Times of Israel en français

En 2004, Ariel Sharon alors premier ministre d’Israël, avait provoqué un tollé en France en appelant les Juifs de France à faire leur Aliyah le plus vite possible face à la montée d’un antisémitisme d’inspiration islamiste.

Une décennie plus tard, l’aspect prophétique de ces paroles est frappant et une grande partie des Juifs de France, sans doute la majorité, est aujourd’hui consciente qu’elle n’a pas d’avenir dans ce pays.

Pourtant, les mêmes propos prononcés récemment, de façon d’ailleurs nettement plus modérée, par Binyamin Netanyahu, ont à nouveau suscité une forte condamnation.

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La menace démographique est-elle réelle ?

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Article paru dans Times of Israel en français

En 2016, pour la première fois depuis 1949, les Arabes seront plus nombreux que les Juifs sur l’ensemble de la terre d’Israel. Du moins c’est ce qu’affirme le bureau des statistiques de l’autorité palestinienne. Certes, il avait déjà affirmé que cela devait arriver en 2014, en 2010, ou en 2000, mais cette fois-ci, ça y est, c’est certain.

Ou pas.

Et ça n’a pas vraiment la moindre importance.

La question de la « menace démographique » a pris une place centrale dans le conflit israélo-palestinien, particulièrement depuis l’effondrement de la doctrine de « la paix contre les territoires » lors de la seconde Intifada (2000-2003).

Puisqu’on ne pouvait plus convaincre la population israélienne qu’elle obtiendrait la paix en sortant des territoires, l’argumentation s’est déplacée vers l’idée que si on ne le faisait pas, les Palestiniens deviendraient majoritaires et Israel cesserait d’être un Etat juif et démocratique – soit il ne serait plus juif, soit il ne serait plus démocratique.

C’est avec ce genre d’affirmations qu’on a justifié le retrait de Gaza et l’expulsion manu militari de ses habitants juifs, et que d’anciens likudnikim tels que Tsipi Livni ont expliqué le revirement de leurs positions politiques.

Pourtant, il est difficile de trouver un argument plus absurde. Quelle logique y a-t-il à additionner des Druzes fiers d’être israéliens et qui font trois ans de service militaire avec les membres du Hamas à Gaza comme s’ils formaient une même population ? Le racisme sous-jacent de cette argumentation est évident. Tous les Arabes sont mis ensemble, quoi qu’ils pensent, qu’ils soient citoyens israéliens ou pas.

Absurde aussi de continuer à compter Gaza dans les territoires sous contrôle israélien : après tout n’était-ce pas justement la raison officielle du désengagement. Si on compte Gaza, on peut compter la Jordanie, l’Egypte ou la Syrie.

Mais surtout, absurde parce que le fait que l’ensemble des Arabes deviennent majoritaires ne changerait rien à la situation dans l’Etat d’Israel. Les Palestiniens de Judée-Samarie ne sont pas Israéliens et donc n’influencent en rien la nature de ce pays. Donc en 2016, il ne se passera rien.

D’autant plus que de toute façon, les Arabes ne seront pas majoritaires en 2016 ni en 2026 ni probablement jamais. Les chiffres fournis par l’autorité palestinienne sont plus que douteux. Il est à peu près certain que comme tout ce qui sort de l’AP, ils ne servent qu’à entretenir la propagande du régime corrompu d’Abu Mazen (Mahmoud Abbas).

Plusieurs études indépendantes menées depuis 2005 sont arrivées à la conclusion que la population arabe réelle de Judée-Samarie était inférieure d’environ un million de personnes (1,7 au lieu de 2,7 millions) aux chiffres officiels.

En effet, les chiffres de l’AP incluent les habitants arabes de Jérusalem (déjà comptés comme Arabes israéliens), des centaines de milliers de Palestiniens qui ont quitté les territoires (les chiffres officiels donnent une immigration positive alors qu’elle est significativement négative d’après les contrôles aux frontières qui sont tenus par Israel), et ils surestiment la natalité palestinienne (il suffit d’additionner les naissances dans les hôpitaux palestiniens pour voir la différence).

Ces constatations ont été confirmées extérieurement par plusieurs éléments comme le nombre d’électeurs inscrits sur les listes électorales, très inférieur à ce qu’il devrait être selon les chiffres officiels et en phase avec la population réelle ; et surtout le nombre d’enfants entrant en CP à l’age de 6 ans à partir de 2010, qui correspond précisément aux chiffres des premières études sur les naissances en 2004 et après.

De même, la population arabe de Jérusalem peut servir d’indicateur fiable pour le reste des Palestiniens de Judée-Samarie. L’indice de fécondité des femmes arabes (pratiquement toutes musulmanes) de Jérusalem est quasi-identique à celui des autres Arabes musulmanes israéliennes, et en baisse forte et continue depuis 15 ans, tandis que la natalité juive augmente et dépassera bientôt celle des Arabes.

Il est même possible que la fécondité des femmes arabes de Jérusalem soit artificiellement supérieure à ce qu’elle est dans les territoires en raison des avantages de la sécurité sociale et des allocations familiales israéliennes. Or, il a été établi par plusieurs études qu’elles contribuaient à augmenter la natalité arabe.

Face à ces évidences, le bureau des statistiques palestinien a d’abord tout rejeté, puis accepté quelques éléments et fait certaines modifications, puis cessé de publier certaines données (comme le taux de fécondité pas mis à jour depuis 5 ans).

C’est bizarrement parmi les démographes israéliens de gauche qu’on trouve le plus d’opposition à cette analyse. Arnon Sofer, qui a construit toute sa carrière sur le catastrophisme démographique, la rejette sous prétexte que ceux qui la promeuvent sont « de droite ».

Sergio DellaPergola, autorité reconnue en matière de démographie juive, semble surtout embêté qu’on vienne empiéter sur son territoire en découvrant des choses qu’il n’a pas vu. Mais ils n’apportent pratiquement aucune réponse concrète.

Car au final, derrière l’argument de la menace démographique se cache l’obsession d’une partie de la gauche à abandonner la Judée-Samarie, quelles que soient les conséquences, quels que soient les faits, et pour cela, tous les moyens sont cashers y compris coopérer avec les mensonges palestiniens. Si effectivement la population palestinienne est nettement inférieure à ce qu’ils affirment, l’argument démographique disparait et il devient beaucoup plus compliqué d’expliquer l’urgence d’un nouveau désengagement.

Inversement, le fait d’établir que la population arabe ne menace pas la majorité juive ne signifie pas qu’il faille annexer les territoires ou ne jamais les quitter. Chacun jugera de ce qui est meilleur pour l’avenir d’Israel en fonction de sa vision des choses. Mais ce sera sur la base de données réelles et pas falsifiées.

Pourquoi je n’aime pas Eric Zemmour

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Article paru sur The Times of Israel en français

Je suis la carrière d’Eric Zemmour depuis le milieu des années 1990, bien avant qu’il ne devienne célèbre comme chroniqueur chez Ruquier le samedi soir, quand il n’était encore que journaliste politique au Figaro.

J’aimais dès le départ son ton impertinent, iconoclaste, provocateur qui a fait sa célébrité à la télévision.

Sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché », il a dynamité le politiquement correct, et osé dire ouvertement ce que lui et des millions de Français pensaient mais n’avaient pas le droit de dire en public sous peine d’opprobre.

Zemmour, un homme très cultivé, relativement intelligent et au style plutôt brillant à l’écrit, a été haï, critiqué, adulé, honni, insulté, mais il n’a jamais eu peur d’exprimer par la parole ou par l’écrit ce qu’il pensait.

En ce sens, Zemmour a été un formidable libérateur de parole dans une France sclérosée entièrement soumise au politiquement correct et à la pensée unique, où sortir de la norme admise vous vouait aux pires gémonies.

Et pourtant, je n’aime pas Zemmour. D’abord parce que c’est un idéologue enfermé dans ses propres contradictions et incapable de saisir la complexité du monde.

Comme Zemmour je pense que les idéologies sont importantes, elles offrent une vision simplifiée du monde et lui donnent sens. Mais contrairement à lui, j’en comprends les limites.

Zemmour perçoit l’entièreté de la réalité à travers son prisme idéologique, il analyse tout selon une grille prédéterminée et manichéiste, croyant que chacun de nos gestes est l’expression d’un discours politique et sociétal, comme d’autres voient des phallus partout. C’est une vision totalitaire de la société. Et cela le conduit à se ridiculiser et s’embrouiller dans des explications ridicules.

Ainsi quand il veut décider de résultats sportifs selon la politique migratoire et identitaire d’un pays comme ça lui est arrivé durant la dernière coupe du monde : non seulement il se risque à avancer des arguments que les nazis n’auraient pas renié – bien qu’il ne soit ni raciste ni nazi, mais il est souvent à la limite -, mais lorsque ses théories s’effondrent devant la réalité, il refuse de l’accepter parce que concéder une erreur marginale, pour lui, revient à admettre sa défaite sur l’ensemble de sa vision.

Tout est idéologique, tout est lié, tout est combat et cela le conduit parfois à adopter les thèses les plus folles et les plus extrêmes, parfois juste pour dire le contraire de la « doxa médiatique ». Ce n’est pas juste une posture et un jeu, il finit par croire les imbécilités qu’il raconte.

Au-delà de cette approche qu’on peut qualifier de fanatique, j’ai aussi un problème avec les positions de Zemmour sur de nombreux sujets. Certes, comme beaucoup de gens, je peux être d’accord sur le fond avec beaucoup de choses qu’il avance si on en retire les excès du polémiste.

Mais les désaccords restent profonds: Zemmour est un anti-libéral hystérique, qui ne comprend strictement rien à l’économie et ne veut rien y comprendre puisque pour lui tout est soumis à l’idéologie, et donc l’économie aussi.

Je ne parlerai pas de ses positions grand-guignolesques sur les femmes, elles se suffisent à elles-mêmes. Son obsession de la puissance française m’est incompréhensible mais elle est légitime.

Zemmour aurait voulu naitre à une autre époque, et il aurait surtout voulu naitre sous une autre peau, être un bon français catholique et blond, et pas un Juif séfarade.

Son lien à son identité juive, avec lesquels ses liens sont plus qu’ambigus, son hostilité affichée au sionisme et à Israël, achèvent de rendre le personnage peu ragoutant.

Il serait temps que tous ceux qui l’adorent dans la communauté juive parce qu’il « critique les Arabes » sachent avec qui ils font alliance. Je ne suis pas certain qu’ils seraient très heureux d’apprendre ce que Zemmour pense vraiment d’eux.