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Le mystère de la natalité israélienne

Yom Hatsmaout-01

Update: une version actualisée de cet article a été publiée en mai 2014 sur The Times of Israel français

Tout visiteur arrivant en Israel depuis un pays occidental est généralement frappé par le nombre de femmes enceintes, de poussettes, de bébés et d’enfants dans le pays. Alors que la dénatalité frappe le monde occidental depuis les années 70, avec par exemple un moyenne d’à peine 1,5 enfant par femme en âge de procréer en Europe, et tandis que la France s’enorgueillit d’atteindre les 2 enfants, la fécondité des femmes en Israel dépasse 3 enfants.

Or, Israel est un cas unique, en fait le seul pays développé à dépasser le seuil de renouvellement des générations qui tourne aux alentours de 2,1 enfants par femme en âge de procréer. Il y a un lien de corrélation clair entre niveau de vie et natalité. Comme le montre le graphique ci-dessous, plus le PIB par habitant augmente, plus la fécondité baisse et à partir d’un niveau de 15,000$, tous les pays se retrouvent sous la barre des 2 enfants. Tous sauf l’Arabie Saoudite – un pays riche mais sous développé – et Israel.

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C’est d’autant plus étonnant que contrairement à ce que beaucoup croient, rien n’est mis en oeuvre par les autorités israéliennes pour encourager à la natalité, bien au contraire. Les congés maternités sont courts, 3 mois, et ne commencent qu’à l’accouchement ou quelques jours avant. Les femmes enceintes travaillent généralement jusqu’au dernier jour. Les allocations familiales sont faibles, jusqu’à maintenant elles étaient d’environ 140€ pour 3 enfants contre 300€ en France – et depuis ce mois-ci, elles sont encore plus basses à 90€.

L’éducation est gratuite à partir de 3 ans – depuis l’an dernier, avant c’était à partir de 5-6 ans. Mais les crèches et jardins d’enfants avant cet âge ne sont pas ou peu subventionnés. On atteint des sommes de 700€ par mois et par enfant à Tel Aviv, et rarement moins de 400€ en général. Or en Israel, contrairement à la France, la plupart des parents placent leurs enfants dans des crèches dès 6 mois- un an afin d’aider à leur socialisation.

On estime que la politique familiale nataliste de la France augmente la fécondité des femmes françaises de 0,3 à 0,4, et donc inversement cette absence de politique familiale en Israel devrait sérieusement mettre en frein à la natalité israélienne. Or, il n’en est rien. Comment l’expliquer ?

Passons d’abord sur les explications classiques qui sont en fait partiellement erronées: c’est à cause des Arabes et des Haredim (Juifs ultra-orthodoxes).

La forte natalité arabe israélienne et la crainte qu’à long terme ceux-ci finissent par devenir la majorité ont joué un role dans le succès du parti d’Avigdor Lieberman dans les années 2000. Le paradoxe c’est que cela s’est produit à l’exact moment où la natalité arabe israélienne était en chute libre. En 2000, le taux de fécondité des femmes juives étaient légèrement au dessus de 2,5 enfants par femme contre près de 4,5 pour les Arabes israéliennes, un écart conséquent. En 2011, les chiffres étaient respectivement de 3 et 3,3. D’après les chiffres sur la première moitié de 2013, on a probablement atteint l’égalité maintenant.

La baisse de la natalité arabe israélienne n’a rien d’extraordinaire, le même phénomène s’est produit dans tout le monde arabe et musulman à quelques exceptions près. Le Liban est déjà en dessous de 2, la Judée-Samarie est aussi aux alentours de 3, l’Egypte en dessous, la Syrie avant la guerre y était presque. Difficile de dire jusqu’où cela va baisser mais ça va continuer à baisser.

Dans le même temps, la fécondité des haredim reste largement au-dessus de la moyenne à 6 enfants par femme en 2011, peut-être moins aujourd’hui d’après certains, mais elle est aussi en baisse depuis le début des années 2000. Cependant cette fécondité élevée n’explique pas celle du reste de la population juive à plus de 2,5 – soit le niveau de 2000 pour toute la population juive, haredim compris. Du reste, le niveau de natalité haredi, plus élevée que dans de nombreux pays d’Afrique noire, est sans parallèle dans le monde occidentale – à l’exception des Amishs aux USA et des autres haredim en diaspora – et déjà un petit mystère en soi.

Alors comment expliquer que les femmes juives israéliennes non ultra-orthodoxes fassent autant d’enfants, bien plus que leurs homologues européennes, américaines ou asiatiques, alors que l’Etat ne fait à peu près rien pour les y aider ? Et comment expliquer que cette natalité a augmenté nettement au cours des années 2000 et ce juste après une première coupe violente des allocations familiales déjà en 2003 ? C’est ce que la sociologue et démographe Barbara Okun de l’université hébraïque de Jérusalem m’avait décrit comme « la question à un million de dollars ». Il n’y a pas d’explication académique pour le moment, mais on peut essayer de poser quelques hypothèses.

Une journaliste du journal « Le Monde » avait récemment évoqué au détour d’un de ses articles « l’idéologie familialiste » de la société israélienne. Comme tous les pays occidentaux, Israel est affecté des mêmes maux sociétaux qui attaquent la structure familiale traditionnelle: hausse des divorces et des naissances hors mariages etc… Mais si ces phénomènes existent ils sont très nettement plus marginaux qu’en Occident. En Israel, la famille traditionnelle reste le modèle dominant et de loin. Il est intéressant de noter qu’à peine 6% des naissances sont hors-mariage en Israel contre plus de 50% en France et dans de nombreux pays européens. Or il y a un lien direct entre natalité et naissances hors-mariages en Europe: plus il est accepté d’avoir des naissances hors-mariages plus la fécondité est élevée. En Italie où le taux de naissances hors mariage est proche d’Israel, la natalité est une des plus basses du monde. Cette corrélation n’existe pas en Israel. C’est bien le signe d’un large attachement à la structure famille traditionnelle.

Et comment serait-il autrement ? Si vous êtes célibataire, tout le monde autour de vous est perpétuellement en train de chercher à vous caser et à vous organiser des shidukhim (« dates » en anglais). Si vous êtes mariés et sans enfant, tout le monde va vous demander quand vous comptez en avoir un. Si vous en avez un ou deux voire trois, ils vous demanderont quand arrivera le prochain. Ce n’est pas forcément très agréable à vivre. Je connais un couple d’amis mariés depuis presque 3 ans qui n’arrivent pas à avoir d’enfant et ce n’est pas faute d’essayer, alors ils apprécient peu quand des semi-inconnus leur demandent « mais vous attendez quoi ? ». Ce n’est pas très agréable, mais ça marche.

Et il y a aussi le bon côté des choses. Les enfants sont partout et acceptés partout, au restaurant comme dans les magasins huppés ou même au bureau. Quand arrivent les vacances, les bureaux, surtout ceux à forte proportion féminine, se remplissent des enfants des employés et se transforment en garderie géante. Difficile d’imaginer ça en Europe.

Cette forte natalité est l’arme secrète d’Israel. Alors que la démographie fut longtemps le point faible du pays c’est aujourd’hui son atout face à ses ennemis mais aussi à un monde occidental menacé par le spectre du dépeuplement et/ou du remplacement de population. Nous ne savons pas exactement pourquoi les Israéliennes font autant d’enfants et même de plus en plus, mais espérons qu’elles continuent !

Publié sur JSSnews

Tel Aviv-Ouest – Capitale de la Palestine

Scandale au lancement des Jeux Olympiques de Londres: mis à part le refus honteux d’honorer la mémoire des 11 athlètes israéliens assassines à Munich en 1972, la BBC décide sur son site officiel des JO qu’Israel est le seul pays au monde n’ayant pas de capitale. Par contre, on y apprend que « Jérusalem-Est » est la capitale d’un pays imaginaire appelé « Palestine ».

Sous la pression, la BBC a fini par corriger et écrire que Jérusalem était le « Siege du Gouvernement » d’Israel. Toujours pas sa capitale.

Mais ne nous plaignons pas après tout, selon la plupart des organes de presse français, Israel a bien une capitale, mais elle s’appelle « Tel Aviv », bien que Hon Huldai s’évertue à expliquer, que non, sa ville n’est pas la capitale d’Israel.

En effet, selon nos amis journalistes, Jérusalem ne peut pas être la capitale d’Israel puisque ce fait n’est pas reconnu par la plupart des autres pays et parce que la plupart des ambassades sont à Tel Aviv.

Il y a cependant quelques problèmes avec ces arguments. Commençons par le fait que l’emplacement des ambassades n’a jamais déterminé le fait qu’une ville était ou non une capitale. Selon cette logique, Herzliya Pituah aussi peut prétendre au titre. Plus sérieusement, les journalistes semblent ignorer un fait pourtant clair : la reconnaissance par les autres pays ne fait pas partie des critères de définition d’une capitale. D’après la définition du dictionnaire, une capitale est une « ville ou siège le pouvoir exécutif d’un pays ». Rien d’autre. Ni la présence d’ambassades, ni l’avis des autres pays ne sont requis.

Il se trouve qu’en Israel, le gouvernement, le parlement, les ministères et la plupart des organismes d’Etat sont à Jérusalem. C’est donc dans les faits, la capitale d’Israel. Inversement, pour nos amis de la BBC, mis à part le fait qu’il n’existe aucun Etat appelé « Palestine », on ne trouve à Jérusalem aucun centre du pouvoir palestinien. Ce n’est donc pas leur capitale.

Il est vrai que de nombreux pays ne reconnaissent pas la souveraineté israélienne sur tout ou partie de Jérusalem. Les journalistes ont aussi le devoir de le dire. Mais ils n’ont pas le droit de transformer la réalité selon leur convenance. Les faits sont les faits.

Chacun est libre de son avis mais le travail des journalistes reste encore de séparer les faits et les opinions, sinon cela devient de la manipulation mensongère. Quand ils parlent à longueur d’article du « gouvernement de Tel Aviv », ils prouvent qu’ils ne sont guère que de petits propagandistes et ils trahissent ainsi le rôle que le public attend qu’ils remplissent. S’ils trafiquent la vérité sur ce point, ils la trafiquent sur le reste. Certes, ce n’est pas exactement une révélation pour toute personne connaissant l’écart abyssale entre la réalité israélienne et son traitement dans les medias européens. Mais il est toujours bon de le rappeler.

 

Article publié sur JSS News le 2 Aout 2012

Pour en finir avec les législatives en Israel

Après plus d’un an de campagne, le premier tour des législatives françaises en Israel s’est enfin déroulé et les résultats sont riches d’enseignements. Cette élection était une fantastique opportunité d’étude, puisqu’elle se déroulait à la fois pour la première fois, sans cadre de référence, et sans le moindre sondage réel qui aurait permis de donner une idée de la situation. C’etait donc une sorte de cadeau révé pour un analyste politique qui ne pouvait se baser que sur ses capacités de réflexion et sa lecture du terrain.

Voila ce que je disais depuis le début:

– Bien que les Francais d’Israel représentent 56% des inscrits, l’election se jouera hors d’Israel car le taux de participation en Israel est faible.

– Dans ces conditions, un candidat qui ne fait campagne qu’en Israel n’avait aucune chance.

– La division entre les candidats dits « Pro-Israel » jouerait en faveur d’autres moins sionistes.

Mes prévisions chiffrées sur Israel pour ce premier tour étaient: une participation de 15%, et une répartition du vote de l’ordre de 40% pour Karsenty, 30% pour Taieb, 15% pour Poznanski, 10% pour Hoffenberg et 5% pour le reste. Je voyais Poznanski certaine au second tour, et Karsenty était mon favori comme second prétendant.

Au final, je ne me suis pas complètement trompé. Karsenty est arrive en tête avec 30%, suivi de Taieb avec 26%, puis Poznanski avec 20% et Hoffenberg avec 18%.

J’ai surtout surestimé la participation (seulement 8%), pensant que le vote par internet serait nettement plus fort. C’est la grosse surprise et l’enseignement majeur du scrutin: alors qu’au niveau mondial, 12% des inscrits ont voté par internet, et même un peu plus dans la circonscription, ce taux n’atteint que le minuscule 2% en Israel, record mondial, inférieur à ce qu’on trouve en Afrique. Notons que Karsenty fut le principal bénéficiaire de ce vote. Comment expliquer ça dans un pays leader en matière technologique ? En fait cela démontre que si les Francais d’Israel votent peu ce n’est pas parce qu’ils travaillent le dimanche, mais bien parce qu’ils ne sont pas intéressés. Le vote par internet – qui a certes connu quelques accrocs chez certains – étaient une manière rapide et pratique de voter pour tous ceux qui étaient même vaguement intéressés. Le fait que presque personne n’a choisi cette voie démontre qu’ils n’en voyaient pas l’intérêt.

L’autre surprise à mes yeux est le score d’Hoffenberg en Israel. Je connais des gens qui ont voté Karsenty, Taieb, Poznanski. Personne, strictement, qui a voté ou souhaitait voter Hoffenberg. Ce vote s’est apparemment principalement concentré sur Tel Aviv alors qu’ailleurs les résultats ressemblent plus à ce que je prédisais. Elle devait donc posséder un réseau local. Evidemment, avec un taux de participation plus fort, son score aurait été beaucoup plus faible. De même pour Poznanski dont le vote reposait essentiellement sur ses réseaux locaux et pas une adhésion de masse. Ces deux candidates ont été les grandes bénéficiaires de la non-participation massive. En revanche la gagnante – on peut le dire sans prendre de risques, ça sera Daphna Poznanski – ne pourra pas se présenter comme représentante des Francais d’Israel.

En dehors d’Israel, on constate que le taux de participation a aussi été faible mais de l’ordre de 20% (contre 30-40% aux présidentielles). Ce qui signifie qu’un effort supplémentaire en Israel aurait radicalement transformé les résultats. Karsenty a obtenu un score décevant hors d’Israel – près de 7% en Italie, 5% en Grèce, 3% en Turquie (contre moins de 1% pour Taieb dans ces pays). Il aurait fallu qu’il obtienne 10% pour avoir une chance sérieuse d’être au second tour.

Au final, restent deux questions:

Comment aurait-il été possible d’augmenter le taux de participation en Israel alors que les électeurs ne se sentent pas concernés par une élection « étrangère » ? C’est une mission difficile. Je propose une piste. Je pense qu’une campagne basée avant tout sur l’aspect « hasbara » que l’élection d’un candidat très pro-Israélien représenterait couplée à un effort d’explication massif sur le vote par internet et sa facilité aurait pu rajouter des milliers de votants motivés.

Et enfin un mystère: mais pourquoi donc Gil Taieb s’est-il présenté à ces élections ? Sachant qu’il n’a pas fait campagne hors d’Israel (et n’y a obtenu presque aucune voix), il n’avait mathématiquement aucune chance dès le départ. 3 hypothèses: il pensait que son charisme et les nombreuses actions qu’il a mené pour Israel créeraient une grande vague de mobilisation sur son nom. Si c’est le cas, lui et ses soutiens étaient légèrement déconnectés de la réalité.

Soit il voulait se faire de la pub ou renforcer son statut dans la communauté. Au vu de certaines réactions très hostiles envers lui suite aux résultats, je pense qu’il a plutôt nui à son image qu’autre chose.

Soit il cherchait, sous les ordres du PS, à faire perdre Karsenty comme certains partisans de ce dernier l’affirment. Cette hypothèse me semblerait a priori sortie d’un esprit conspirationniste si un important journaliste ne m’avait pas confié que Taieb clamait en privé que son principal objectif était de faire battre Karsenty. Cependant, il semble que cela soit avant tout par ressentiment envers ce qu’il considère comme des attaques injustes envers lui.

Mon opinion personnelle penche pour la première hypothèse. Au moment ou j’écris ces lignes, alors que les résultats définitifs sont connus depuis des heures, Gil Taieb continue d’affirmer sur Facebook qu’il a « gagné en Israel » (alors qu’il est arrivé second) en citant des chiffres fantaisistes sortis de son imagination. Cela dénote plutôt d’un ego surdimensionné et qui a du mal à accepter la réalité, et pas d’un manipulateur sordide.

Update: La source des chiffres pour le moins bizarres de Gil Taieb a été trouvée: il a décidé de ne pas compter les votes par internet. C’est une excellente méthode. A partir de maintenant, chaque candidat ne comptera que les votes qui l’arrangent, comme ça, parce que. Je ne pensais pas que Gil Taieb pouvait avoir l’air encore plus pathétique, mais je m’étais trompé. C’est vraiment triste.

Update 2: Article publié sur JSSNews.

Quand les Francais d’Israel se chamaillent, ceux d’Italie dansent

Le vote des Français d’Israël lors des élections présidentielles a été riche d’enseignement. Tout le monde aura remarqué que 92% des voix sont allées à Sarkozy, moins ont noté qu’à peine 21% des électeurs se sont déplacés au second tour – et 15% au premier tour -, un des taux les plus bas au monde.

Ce taux est particulièrement faible si on le met en relation avec le taux de participation dans les autres pays qui forment la 8eme circonscription, et en particulier l’Italie. Ainsi, alors que les électeurs en Israël comptent pour 56% de tous les électeurs de la circonscription, ils ne représentent qu’environ 40% des votants. Au premier tour, plus de Français d’Italie ont voté – 10,000 – que de Français en Israël alors que le nombre d’électeurs inscrits en Italie est presque la moitié de celui d’Israël. Au second tour, malgré un sursaut significatif en Israël, le nombre de votants dans les deux pays est resté très proche: 13,000 en Israël contre 12,000 en Italie. Et cela n’inclut pas les milliers d’autres électeurs en Grèce, Turquie et ailleurs. Aux législatives, il est plus que probable qu’on retrouve les mêmes proportions.

J’expliquais déjà en décembre dernier que la multiplication des candidats centrés sur Israël serait fatale à la cause des Franco-Israéliens. Depuis les choses ont évolué. Edouard Amiach, pour ces exactes raisons et tout à son honneur, a décidé de se retirer, tandis que Philippe Karsenty a mis l’accent de sa campagne sur les autres pays et obtenu le soutien d’une partie de l’UMP d’Italie. D’autres candidats marginaux sont apparus depuis qui n’influeront apparemment en rien sur l’élection en Israël.

Mais reste l’énigme Gil Taieb, une personnalité aimée, qui a fait beaucoup pour Israël et la communauté juive, mais qui ne semble pas avoir compris qu’il se présentait à des élections législatives françaises et pas des élections strictement judéo-juives. Sa volonté affichée de ne s’occuper que des Franco-Israéliens lui aliène à coup sur le vote de tous les autres Français. Or, comme les élections l’ont démontré, ces « autres » formeront la grande majorité des électeurs et ainsi Gil Taieb n’a absolument aucune chance de gagner ni même d’accéder au second tour.

Sa candidature, dans ces conditions, ne peut que nuire aux chances de victoire d’un candidat portant Israël dans son coeur. Elle renforce en particulier les deux candidats de gauche qui sont basés en Italie: Pierre Jestin, de Europe-Ecologie-Les Verts et Michele Parravicini du Front de Gauche. Sachant que la candidate du PS, Daphna Poznansky, est Israélienne, il est douteux que de nombreux Français de gauche veuillent voter pour elle. Surtout, de la même manière que les Français d’Israël veulent un député qui les représente, le fait d’être basé en Italie sera un atout particulièrement important pour ces deux candidats face a l’électorat de gauche, qui est majoritaire chez les Français d’Italie.

Plus les candidats pro-Israël seront divisés, plus les chances seront grandes de voir élire un de ces deux candidats en fin de compte. Valerie Hoffenberg attirera sans doute peu de voix en Israël au premier tour mais peut espérer une partie des voix de droite hors d’Israël. Daphne Poznansky peut, en dépit de son identité israélienne, compter sur son étiquette PS et capter une partie de l’aura de la victoire de François Hollande. Philippe Karsenty peut s’appuyer sur son statut de leader des intentions de vote des Français d’Israël et s’attendre au soutien d’une partie de la droite des autres pays.

Des 4 grands candidats qu’on peut qualifier plus ou moins de pro-Israël, Gil Taieb est celui dont les chances sont clairement les plus réduites. Il serait donc bien qu’il en tire les conséquences en suivant le noble exemple d’Edouard Amiach.

Update: Article publié sur JSSNews le 13 mai 2012.

Analyse pré-élections: les Français d’Israël et la présidentielle

Même si je n’ai pas l’intention de voter comme je l’ai expliqué dans mon post précèdent, 5 jours avant les élections il est intéressant d’analyser le vote des Franco-Israéliens et ses particularités.

Quelques faits d’abord :

En 2002, il y avait environ 15,000 électeurs inscrits en Israel (Jérusalem comprise même si la France, scandaleusement, compte le consulat séparément). Environ 2,000-2,500 personnes ont voté à chacun des deux tours – soit un taux de l’ordre de 15%. Alors que, comme chacun se souvient, Chirac et Le Pen étaient arrivés en tête, ces deux candidats avaient à peine recueillis chacun 5% des voix en Israel, tandis que Jospin et Madelin arrivaient largement devant avec environ 35-40% chacun. Bayrou était loin derrière à la 3ème place.

En 2007, le nombre d’électeurs inscrits était passe à 42,000. 20% ont participé et ont donné 85% des voix à Sarkozy au premier tour et plus de 90% au second.

En 2012, il y aurait environ 62,000 électeurs inscrits et il est difficile de prévoir quel sera le taux de participation et à qui seront données ces voix.

Néanmoins, trois caractéristiques particulières du vote franco-israélien sautent aux yeux:

–          Le nombre d’électeurs augmente fortement d’élections en élections.

–          Le taux de participation est particulièrement faible, probablement le plus bas enregistré aux présidentielles dans toutes les circonscriptions.

–          Les Franco-Israéliens votent de façon radicalement différente des autres Français.

L’augmentation du nombre d’électeurs n’est pas limite a Israel. Le nombre d’électeurs français à l’étranger a effectivement beaucoup augmenté depuis 10 ans, passant de 385,000 en 2002 à plus d’un million en 2012. Cette hausse est due aussi bien à l’augmentation générale du nombre de Français expatries (évalués à près de 2,5 millions en tout, et en hausse de 3% par an) que celle du nombre de ceux qui choisissent de s’inscrire aux représentations françaises. Ceci est peut-être dû à un changement de politique administrative. Ainsi, vivant en Israel depuis 1996, je ne me suis inscrit qu’en 2007, forcé par le consulat de Tel Aviv au moment de renouveler mon passeport. La fois précédente, en 2003, mon passeport m’avait été renouvelé sans obligation de m’inscrire.

La hausse en Israel a été encore plus spectaculaire que dans le reste du monde, et c’est évidemment une conséquence de la vague d’aliyah des années 2000, plus de 20,000 personnes, auxquelles il faut rajouter tous ceux, de nombre inconnu, qui vivent en Israel sans avoir pris la citoyenneté locale, ainsi que les enfants nés sur place – et les Français d’Israel ont une forte natalité.

Une énigme cependant pour l’année 2011 : alors que le nombre d’inscrits en Israel augmente régulièrement et que, dans le monde entier l’année 2011 a vu un bond important des inscrits en vue des élections de 2012 (6% contre 3% habituellement), le nombre d’inscrits en Israel a baissé de 0,2%. Difficile d’expliquer cette baisse.

Le taux de participation particulièrement bas est lui aussi spécifiquement israélien. Certes, le taux de participation des Français expatriés est nettement plus bas que la moyenne – 44% lors des derniers élections. Mais Israel conjugue des conditions particulièrement néfastes au vote :

–          En Israel, on travaille le dimanche. Le jour des élections est donc un jour ouvrable qui laisse peu de temps pour se déplacer au bureau de vote.

–          D’autant plus que le nombre de bureaux de vote était particulièrement bas. Même avec 20% de participation seulement, il fallait résister à plus de 4 heures de queue en 2007 pour voter. Ce problème est commun à tous les pays mais particulièrement extrême en Israel. Apparemment, un effort important a été mené pour les élections de 2012 et le nombre de bureaux de vote a été considérablement renforcé – sans compter la possibilité de voter par internet pour les législatives de juin.

–          Mais plus important encore : les Franco-Israéliens ne sont pas des expatriés mais des citoyens de leur pays. Alors que seuls 42% des Français de l’étranger disposent d’une autre citoyenneté, ce chiffre dépasse probablement les 90% en Israel. D’après des estimations du consulat de Tel Aviv, la moitié des près de 150,000 Français d’Israel sont nés sur place. Beaucoup ne parlent pas Français et évidemment ne portent pas le moindre intérêt aux élections françaises.

Aussi il est probable que le taux de participation aux présidentielles en 2012 reste faible. Surtout que si Sarkozy en 2007 avait réussi à créer un élan certain dans la population juive de France en général et parmi les Franco-Israéliens en particulier, il est clair que c’est l’indifférence qui semble dominer cette fois-ci. Si les gens viennent voter pour Sarkozy, cela sera avant tout parce que les autres candidats sont largement pires que lui. Une fois encore, les Franco-Israéliens devraient voter de façon radicalement différente des Français de France. Ni Mélenchon, ni Le Pen, ni la farandole des petits candidats extrémistes ne devraient recevoir un nombre significatif de voix. On se dit des fois que si seuls les Franco-Israéliens votaient, la France se porterait nettement mieux.

Update: cet article a été publié sur JSS News.