Cinema

Star Wars – La Force se réveille bien mais manque un peu d’originalité

Un avis garanti sans spoilers.

J’aime beaucoup JJ Abrams, surtout le showrunner qui nous a donné deux excellentes saisons d’Alias (vraiment fantastique) et le pilote de Lost. En tant que réalisateur de cinéma, j’ai toujours trouvé qu’il lui manquait quelque chose. A part l’excellent Mission Impossible 3, ses autres films sont techniquement irréprochables, mais pèchent souvent du côté de l’intrigue. Abrams maitrise parfaitement le langage du cinéma, ses codes, sa technique, les relations entre les personnages, la construction d’une histoire – mais il a tendance justement à ne pas prendre l’histoire au sérieux, ne pas se soucier de la cohérence interne de l’intrigue, n’a pas de souci de réalisme. Ce qui compte c’est de susciter les émotions voulues chez le spectateur, et pas de réfléchir.

Star Wars était donc une franchise parfaitement adaptée pour lui. Dans sa version originale, les films sont un mélange entre les pulp serials des années 30 (Flash Gordon en particulier, qui est l’inspiration majeure) et les mythes/légendes classiques. Le Bien contre le Mal, le héros et sa quète, rien de cérébral.

C’est une des raisons majeures pour laquelle les prequels de Georges Lucas avaient été des désastres. Ils essayaient d’introduire des concepts réalistes, politiques, voire économiques dans une série qui était fondamentalement basée sur de simples archétypes mythologiques qui n’avaient jamais eu vocation à être pris littéralement. Cependant, aussi mauvais furent les prequels (et ils étaient très très mauvais), ils avaient au moins essayé de raconter une histoire originale et différente. Ils avaient aussi réussi à donner l’impression d’un monde réellement vaste et peuplé, où tout le monde n’est pas le fils ou la soeur de quelqu’un d’autre.

Le nouveau Star Wars est au contraire un très bon film. Mais qui pèche précisément sur ces points: on retombe dans une galaxie qui semble peuplée par 100 personnes. L’histoire est essentiellement un remake/remix de l’ancienne trilogie. Et elle ne se prend pas vraiment au sérieux. En fait, le film est beaucoup trop « meta » – il a beaucoup trop conscience de lui-même et du fait d’être la suite des films précédents. Lorsque les nouveaux personnages rencontrent les anciens, ils parlent comme s’ils étaient des fans de Star Wars rencontrant les acteurs mythiques de leur jeunesse. Il y a tout le temps des clins d’oeil appuyés aux spectateurs. Des scènes entières sont des copies de scènes des anciens films, des rappels, des références. Comme si le film nous disait tout le temps « vous vous rappelez ce que vous aviez aimé dans Star Wars et que les prequels n’avaient pas su faire ? Et bien moi j’y arrive ». Comme en plus j’étais dans une salle où le public ne cessait d’applaudir chaque fois qu’un ancien personnage faisait son entrée (comme au théâtre), ça avait tendance à me faire sortir du film.

L’intrigue est un remake de l’ancienne trilogie, en particulier de l’épisode 4, avec quelques innovations évidemment. Mais difficile d’être vraiment surpris par ce qui va se passer, surtout quand on utilise le même truc pour la troisième fois. Il y a aussi d’énormes invraisemblances, comme le fait que les personnages sur une planète voient dans le ciel une explosion qui situe dans un autre système solaire, au minimum à des années lumières de là, ce qui est évidemment impossible et donne l’impression qu’on nous prend un peu pour des cons.

Ceci dit, le positif est largement supérieur. Le film réussit en particulier là où les prequels s’étaient complètement vautrés: les personnages. Les nouveaux héros de la série, Rey, Fin, et le méchant Kylo Ren sont fantastiques, charismatiques, et ont ensemble une chimie parfaite et crédible. Kylo Ren est le méchant le plus intéressant jamais présenté dans Star Wars, justement parce qu’il n’a pas exactement le physique du rôle, qu’il est profondément tiraillé, et qu’il défie les attentes.

La réalisation est splendide, les décors, réels pour la plupart, donnent une impression de vécu, pas d’artificiel, on retrouve cette sensation de vétusté, d’univers habité par des gens réels. Le spectacle est impressionnant. Et il faut avouer qu’on rigole beaucoup aussi. J’ai adoré une scène où Ren, découvrant qu’un prisonnier s’est échappé, appelle les gardes, et deux stormtroopers, qui sont dans le couloir, et qui savent que quand il est énervé, Ren a tendance à tout casser et être imprévisible, préfèrent se barrer discrètement. C’était hilarant et ça humanise aussi ces soldats qui ont tendance à ne rien faire d’autre que de se faire tuer par les gentils.

Sur le plan de l’intrigue, même si elle n’est pas originale, elle est parfaitement exécutée et il y a quelques petites surprises. Et la fin donne envie de voir la suite. Ce film est avant tout une réintroduction dans l’univers classique de Star Wars et une manière de faire oublier les prequels. Espérons que les prochains films sauront prendre leur propre voie et nous raconter leur propre histoire.

Dans 5 ans, la fin du monde ?

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Article paru dans Times of Israel en français

Il nous reste 5 ans à vivre avant que des robots dotés d’intelligence artificielle ne nous exterminent tous.

C’est en tout cas ce que pense Elon Musk. Le célèbre milliardaire créateur de PayPal, et actuellement à la tête de Tesla (voitures électriques) et SpaceX (exploration spatiale), l’homme qui a inspiré Robert Downey Jr pour son personnage de Tony Starck (Ironman), et qu’on présente comme le nouveau Steve Jobs, pense que nous sommes à l’aube d’une gigantesque révolution de l’intelligence artificielle dont les progrès ont été exponentiels ces dernières années, et que si nous ne faisons rien, ces intelligences, dont les facultés dépasseront largement les nôtres sans posséder nos valeurs ni notre morale, nous écarterons comme une simple nuisance et nous traiterons comme nous traitons les insectes.

Si le scénario que prédit Musk vous rappelle Terminator ou The Matrix, c’est parce que le sujet de l’intelligence artificielle (les AI) est au coeur de la science fiction depuis des décennies, des Robots de Isaac Asimov, à la série Person of Interest, en passant par 2001, Hypérion et d’innombrables autres oeuvres écrites, télévisuelles ou cinématographiques. Et maintenant, la fiction deviendrait réalité.

Musk tire l’alarme après avoir lu le livre « Superintelligence » du philosophe des technologies Nick Bostrom.

J’ai moi aussi lu ce livre qui se veut être le pionnier d’une nouvelle science et qui chercher à ouvrir des pistes de réflexion afin de préparer l’humanité face à cette révolution inéluctable. Car pour Bostrom, l’arrivée de ces superintelligences est inéluctable et probable avant la fin du siècle.

Trois voies principales vers la superintelligence sont abordées.

La première est celle de l’amélioration génétique, par sélection ou par ingénierie génétique. Cette méthode pourrait permettre de plus que doubler le QI moyen de l’occidental moyen, ce qui voudrait dire que monsieur tout le monde serait plus intelligent qu’Einstein, et que les plus doués atteindraient des sommets jamais égalés. Et pourtant, pour Bostrom, il s’agirait d’une forme « faible » de superintelligence, sans comparaison avec ce qu’il entend par ce concept. Par superintelligence il explique que la même différence qu’il y a entre l’intelligence humaine et celle d’un rat sera établie entre celle des hommes et des AI.

Une deuxième voie serait celle de l’émulation digitale des cerveaux humains. Je dois avoir du mal à saisir le concept: pourquoi donc un scanner, donc une image, aussi fine soit-elle, d’un cerveau humain permettrait de reproduire dans une machine son intelligence, y compris sa mémoire et sa personnalité ? Mais Bostrom n’est pas le seul à évoquer cette méthode (qui relève évidemment de la science fiction pour le moment), elle doit donc être théoriquement imaginable. Ces cerveaux en émulation auraient plusieurs avantages sur nos pauvres versions biologiques, la principale étant la vitesse puisqu’ils ne seraient pas limités par les transmissions synaptiques et pourraient travailler près de un million de fois plus vite que nous.

Mais la vraie révolution dont parle Bostrom, qui serait inéluctable à long terme, est celle des intelligences artificielles complètes, les ordinateurs dotés au début d’une intelligence équivalente à celle d’un homme, et donc d’une conscience d’eux-mêmes, mais avec l’énorme avantage de pouvoir s’auto-perfectionner et de travailler infiniment plus vite. Le passage à la superintelligence pourrait alors être très rapide (de quelques heures à quelques années suivant les scénarios), et les conséquences potentiellement catastrophiques pour nous.

Tout dépend en fait des objectifs ultimes dont se doterait une telle intelligence. Comme elle penserait d’une façon très différente de la notre et serait beaucoup plus intelligente que nous, il est impossible de savoir ce qu’elle voudrait mais le plus probable est qu’elle altère notre environnement pour ses propres besoins, sans aucune intention néfaste, d’une telle façon que notre vie en devienne impossible. Là encore, tout pourrait se passer à une telle vitesse qu’il serait impossible de réagir.

On comprend l’urgence de s’y préparer. La question centrale est donc celle du contrôle, dans un premier temps, puis de la détermination des objectifs ultimes de cette intelligence (qui sera probablement unique, elle éliminera immédiatement toute compétition).

L’essentiel du livre est consacré à explorer des pistes sur les différentes méthodes de contrôle et d’influence, avec leurs dangers et leurs limites, sachant que la machine sera assez intelligente pour mentir et nous laisser croire ce que nous voulons si elle se rend compte qu’on veut la contrôler.

Néanmoins l’auteur espère réellement que nous réglerons ces problèmes et pourront bénéficier des bienfaits que nous apportera la superintelligence artificielle. Ce sera probablement la dernière invention de l’humanité, toutes les autres seront ensuite les siennes, et si elle a a coeur notre bonheur, nous connaitront une existence merveilleuse et hors de tout souci.

J’ai eu beaucoup de mal à lire et finir cet ouvrage. Je n’aurais jamais imaginé qu’un livre sur des robots qui prennent le contrôle du monde puisse être aussi fastidieux et ennuyant. C’est que Bostrom n’écrit pas un roman de science fiction et les très rares allusions qu’il fait sur le traitement littéraire de l’intelligence artificielle sont assez méprisantes.

Je me méfie toujours des gens qui écrivent en jargon. Tout est question de contexte, et il est naturel que des gens qui travaillent dans le même domaine utilisent entre eux des termes techniques, de même qu’il est normal d’utiliser des termes rares mais précis quand ils sont les plus à même de décrire un phénomène. Mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici, plutôt d’une écriture prétentieuse et arrogante qui vise à démontrer la supériorité intellectuelle de l’auteur en disant de façon compliquée des choses qu’il pourrait tout aussi bien dire simplement.

Car Bostrom est clairement arrogant et prétentieux, il écrit même dans une note que son domaine n’attire que les esprits les plus intelligents de la planète et se lamente que s’il devient à la mode les médiocres envahiront son domaine.

Sur le fond, les choses ne sont guère meilleures. D’abord, tout le livre n’est qu’une suite de pures spéculations basées sur d’autres spéculations sans fondement empirique ou scientifique. L’auteur construit des pyramides sur du sable mouvant.

Les présupposés idéologiques et philosophies de Bostrom sont aussi assez gênants. Mis à part l’athéisme qui fonde son travail (j’y reviendrai), je me méfie de quelqu’un qui écrit « non human animals » systématiquement pour parler des animaux. Le « non human » étant superflu, il est porteur d’une signification idéologique profonde, et on la ressent dans tout le livre, lorsqu’il parle des droits des animaux et autres absurdités (les animaux n’étant pas des sujets conscients n’ont pas de droits, mais en tant qu’être vivants nous devons évidemment éviter de les faire souffrir).

Ensuite, l’auteur semble être mu par une sorte de croyance quasi-religieuse en la venue de son messie AI. Cette « église » existe belle et bien, il s’agit de ceux qui croient en l’arrivée prochaine de la « Singularité ».

Or rien n’est moins certain. Comme il l’indique lui-même, depuis les années 60 on prédit l’arrivée de l’AI d’ici 20 ans. Et pourtant rien n’arrive. La croyance en l’inéluctabilité de l’AI résulte de l’impression que l’augmentation exponentielle de la puissance des ordinateurs suivant la loi de Moore devra nécessairement, arrivé à un certain niveau, la produire.

Cependant nos ordinateurs sont exponentiellement plus puissants que ceux de la génération précédente et ils ne sont pas plus intelligents qu’eux. Mon téléphone est plus puissant que les superordinateurs militaires secrets des années 70, il n’est pas plus proche d’atteindre la conscience de lui-même que ne l’était mon Apple IIc en 1985.

L’évolution nécessaire n’est pas seulement quantitative mais avant tout qualitative et dans ce domaine, et nous ne sommes pas plus avancés dans cette voie qu’il y a 50 ans.

Un passionnante discussion a récemment été initiée par le chercheur, philosophe et pionnier informatique Jaron Lanier sur Edge.org sur ce sujet. Il a intitulé son essai « The Myth of AI », ce qui résume bien sa position.

Il ne nie pas l’intérêt des recherches et des progrès en intelligence artificielle, seulement la mythologie qui s’est construite autour. Par exemple, les algorithmes intelligents de Google, Netflix ou Amazon, qui seraient capables d’analyser nos comportements et de déterminer pour nous ce que nous aimons, ces algorithmes qui sont censés être la base de futures AI, seraient en fait des illusions. Rien n’indiquent qu’ils fonctionnent ou que ce qu’ils proposent soit réellement les meilleurs choix possibles pour nous. Mais nous n’avons aucune base de comparaison.

Le meilleur exemple est celui des logiciels de traductions tel Google Translate. Nous imaginons qu’un puissant algorithme se cache derrière cette impressionnante opération.

La réalité est plus prosaïque et illustre aussi les dangers générés par ce mythe de l’AI. Les tentatives pour créer des logiciels de traduction qui apprennent par eux-mêmes et comprennent les langues naturelles n’ont rien donné. Les programmes de traduction qui existent ont simplement été créés par la construction de gigantesques bibliothèques de données : on a entré des textes et leurs traductions, des traductions effectuées par des millions de traducteurs professionnels. Or, ces traducteurs humains ne sont pas payés lorsque leur travail est récupéré par ces bibliothèques de données alors que les logiciels de traduction viennent directement les concurrencer. Ce système est intenable.

L’influence économique des AI est une réalité du futur proche.

Récemment un journal économique israélien écrivait sur les 30% des emplois en Israel qui seraient menacés par les progrès technologiques dans ce domaine.

D’après Bostrom, les machines intelligentes vont nous remplacer dans nos fonctions intellectuelles, celles qui ont toujours été spécifiques à l’homme. Il compare les travailleurs humains aux chevaux qui ont été remplacés par des voitures à moteur. Les travailleurs humains auront peut-être un avenir dans certains marchés de niche, mais pas plus.

D’un côté ce n’est pas nouveau, toute la révolution industrielle s’est construite sur l’utilisation de machines à la place de travailleurs humains, ce qui a parfois entrainé des oppositions dites « luddites » du nom du mouvement anti-machines en Angleterre au début du 19ème siècle.

Pourtant, au final, le niveau de vie général et l’emploi se sont considérablement accrus grâce à ces machines. Pourquoi serait-ce différent cette fois-ci ?

La discussion lancée par Lanier est fascinante, Elon Musk lui-même y a participé avant d’effacer son message sur les robots tueurs, et la majorité des intervenants (des autorités dans leur domaine) est d’accord sur le fait que les AI ne sont pas une menace pour ce siècle.

Et pour un autre ? La question reste de savoir si la création d’une intelligence artificielle complète est techniquement possible. Bostrom pense que oui et pour une raison simple: nous sommes intelligents, or nous sommes le produit d’un processus évolutif partiellement aléatoire qui n’a jamais cherché à créer cette intelligence.

Cela devrait donc être possible (ne serait-ce qu’en simulant un processus évolutif de façon accélérée) et rien n’indique que l’intelligence que nous possédons est la plus optimale et la meilleure possible, au contraire.

C’est vrai, si effectivement nous sommes le produit d’un processus aveugle et aléatoire. Mais si nous avons été créés volontairement, l’argument s’effondre et il est possible que notre intelligence soit la plus haute potentiellement atteignable dans le monde physique ; on peut surtout en déduire que la création d’une intelligence autonome et consciente d’elle-même se situe au-delà des capacités humaines et appartient nécessairement au domaine divin.

Ainsi, les recherches dans le domaine de l’intelligence artificielle ouvrent la porte non seulement à de réelles avancées techniques (encore lointaines) mais aussi pourraient alimenter les débats religieux et spirituels pour de nombreuses décennies.

Interlude publicitaire: Quentin Tarantino vous recommande : Big Bad Wolves, le 2 juillet au cinéma

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J’avais vu ça à la télé, et ça a fini par m’arriver : des sociétés de Public Relation utilisent les blogs pour faire la promotion de leurs produits. J’ai donc été contacté pour faire la promotion du film israélien « Big Bad Wolves » qui sort en France le 2 juillet.

Je n’ai pas vu ce film donc je ne peux pas encore vous donner mon avis. Par contre j’avais effectivement entendu Quentin Tarantino dire que c’était le meilleur film de 2013. Il sera probablement plus efficace que moi pour promouvoir ce film.

Je dois avouer ne pas en avoir entendu parler en Israel mais mis à part que je m’intéresse assez peu au cinéma israélien en général, j’étais un peu trop occupé l’an passé pour diverses raisons personnelles pour faire attention.

Voici la bande annonce:


Et voici le synopsis:

« Une série de meurtres d’une rare violence bouleverse la vie de trois hommes : le père de la dernière victime qui rêve de vengeance ; un policier en quête de justice qui n’hésitera pas à outrepasser la loi ; et le principal suspect – un professeur de théologie arrêté et remis en liberté suite aux excès de la police. Forcément, ça ne peut pas donner une enquête classique… »

Et la page Facebook:

https://www.facebook.com/BigBadWolves.lefilm

Si jamais je le vois – on m’a promis une invitation -, je vous donnerai mon avis.

Sexe et cinéma – l’hypocrisie n’est pas là où on croit

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Je n’ai pas vu « Welcome to New York », le film inspiré de l’affaire DSK, et comme il semblerait que ce soit une sorte de porno soft vaguement antisémite, je n’en ai pas non plus l’intention. Mais parmi les commentaires du film, beaucoup glosent sur l’identification entre Depardieu et DSK et plus précisément entre le corps de Depardieu et de son personnage – ce n’est pas Depardieu qui joue un personnage mais Depardieu lui-même qui est mis en scène dans le film, et son corps « énorme » est exposé, affiché, nu.

Yvan Attal avait déjà évoqué le sujet du rapport entre la nudité au cinéma et les conséquences dans le monde réel dans son film « Ma femme est une actrice » il y a quelques années. Je lisais récemment une interview où il sous-entendait que sa compagne, Charlotte Gainsbourg, n’avait pas vraiment l’air de se rendre compte des dégâts qu’elle causait à ses enfants en jouant dans des films comme « Nymphomaniac ». Le film de Lars Von Triers s’inscrit dans une vague récente de « pornos pseudo-intellos », des films à prétention artistique dans lesquels sont montrés à l’écran des relations sexuelles non simulées. Je précise que dans ce film, Charlotte Gainsbourg n’a aucune relation sexuelle non simulée, si j’ai bien compris, elle a été remplacée par des acteurs pornographiques et son visage fut ensuite incrusté numériquement sur celui de l’actrice qui effectue les actes.

Vous avez surement déjà entendu des dizaines de fois l’argument selon lequel les Américains seraient d’ignobles hypocrites puritains au contraire des Européens éclairés parce qu »ils sont plus choqués par la nudité au cinéma que par la violence. Or, la violence c’est horrible et traumatisant, tandis que le sexe, c’est l’amour et c’est beau. « Faites l’amour, pas la guerre » disait-on à une époque.

Si hypocrisie il y a , elle est probablement plus à chercher chez ceux qui tiennent ce discours. Apparemment ils n’ont pas l’air de comprendre la différence essentielle entre la violence et la nudité ou le sexe au cinéma: l’une n’est qu’une illusion et le résultat d’effets spéciaux, un simple jeu. La violence des films est fictive. Personne n’est blessé, personne ne meurt (sauf accidents) dans les films. Le public le sait parfaitement et l’effet des scènes d’action n’est valable tant que dure le « suspension of disbelief », ce temps où le spectateur est absorbé dans le film et dans l’histoire. La violence qu’on voit à l’écran n’a jamais existé dans la réalité, elle est imaginaire.

Par contre, lorsque des acteurs sont montrés nus, c’est leur véritable corps et leur intimité qui est dévoilée. La plupart d’entre nous préféreraient mourir que de se retrouver nus en public, la pudeur étant un réflexe humain basique qu’on observe chez les enfants sans que cela leur soit inculqué par leur parent. Aussi, quand des acteurs se dénudent dans un film, le spectateur ressent une gène qui est due au fait qu’il se retrouve comme un voyeur, à observer l’intimité de deux personnes réelles.

Les scènes de sexe dans la plupart des films sont « simulées », mais par simulation on veut juste dire qu’il n’y a pas eu de rapport sexuel complet. Le fait est que les corps nus se sont caressés et je doute que cela ne provoque aucune réaction réelle physiologique ou sentimentale chez ceux qui prennent part à ces scènes. D’ailleurs, c’est un secret de polichinelle que les acteurs qui partagent des scènes de sexe à l’écran couchent souvent ensemble en dehors des heures de tournage.

Ce ne sont donc pas seulement les personnages que nous voyons nus dans une scène d’amour mais les acteurs. Et évidemment, quand les scènes ne sont pas simulées du tout, les dernières barrières qui permettent une distanciation avec le statut de voyeur pervers s’effondrent. Nous ne sommes plus spectateurs d’une histoire fictive à laquelle nous faisons semblant de croire pendant un petit moment de déconnection du monde réel. Nous assistons à un acte réel que nous ne devrions pas voir. L’amour et le sexe sont des choses magnifiques mais qui ne sont pas faites pour être vues en public. Ces moments doivent rester intimes et personnels. Les gens qui font l’amour en public sont soit des prostitués soit des pervers malsains. En tout cas, pas des gens qui méritent d’être traités en héros culturels.

Quand on voit en France ou ailleurs – mais pas (encore ?) en Israel – que d’anciens acteurs pornographiques, voire d’anciennes prostituées, sont reçus dans les émissions comme si c’était normal, qu’ils profitent de leur notoriété acquise dans ces professions pour devenir acteurs mainstream ou présentateurs télé, il y a de quoi être consterné. C’est le signe d’une société malade qui a perdu le sens des valeurs humaines les plus basiques.

« Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter un film pareil ?

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J’ai vu cette semaine « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu », la nouvelle comédie qui marche sur les pas des Chtis et d’Intouchables au box office. Le succès impressionnant de ce film oblige à en parler alors qu’il ne le mériterait normalement pas. Les journaux vont dans les prochaines semaines nous abreuver d’articles sur ce « phénomène » et ce qu’il signifie pour la société française et toutes sortes de bêtises dans le genre. Je me propose donc d’en faire une courte analyse à la fois cinématographique et sociale. Cette critique contient des spoilers.

Pour le positif – « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » est une comédie assez réussie et efficace même si la plupart des bons gags sont dans la bande annonce, comme d’habitude. Dans l’absolu si vous souhaitez passer un moment de détente au cinéma sans trop réfléchir, ce film est fait pour vous et c’est parfaitement légitime.

Pour le moins positif – tout l’argument du film tient de la blague carambar. Un couple de cathos coincés de province à quatre filles, la première s’est mariée avec un arabe, la deuxième avec un juif, la troisième un chinois, et quand la quatrième ramène enfin un bon catholique, c’est un noir ! Le twist c’est que la famille du noir est encore plus contre le mariage que les blancs. Mais à la fin tout le monde est ami. Ben voilà, c’est tout le film. Je ne rigole pas ça se limite à ça.

C’est une accumulation de clichés et de contre-clichés: le juif séfarade vulgaire mais looser et nul en business, l’arabe agressif mais avocat intègre, le chinois sans personnalité mais banquier, le noir rigolo, mais acteur de théâtre, mais au moins ils sont tous les quatre complètement stupides. On ne comprend d’ailleurs pas exactement pourquoi des filles aussi belles, cultivées et issues d’une famille visiblement très aisée aient pu se laisser séduire par ces abrutis.

Mais c’est sans doute parce que les personnages sont à peine développés et que les filles ont plus des prétextes à l’intrigue que des êtres humains réels. En fait les maris aussi, dans la mesure où tout l’argument du film repose sur une simple blague et donc leur existence ne sert qu’à amener la chute finale du quatrième mariage. Dès que l’action se focalise sur sa préparation, les autres gendres disparaissent presque complètement du film, ils ne servent plus à rien, et seuls restent les parents des deux couples Français et Ivoiriens. Il faut reconnaitre que l’habituellement insupportable Eli Semoun s’en sort avec un petit rôle assez bien vu de psychanalyste, et peut-être aussi Chantal Lauby.

L’écriture est lourdingue et malhabile. Les parents sont subitement au bord du divorce sans qu’on sache pourquoi et c’est oublié 5 mn après, cela ne sert qu’à créer une crise artificielle dans le troisième acte du film, crise elle-même ultra formatée. La première partie du film se concentre sur des engueulades racistes complètement artificielles et un peu malsaines entre tous les membres de la famille, ça n’est pas crédible une demi seconde, et c’est même assez pénible à voir. La suite est d’une banalité insupportable reprenant les schémas vus et revus 1000 fois des comédies romantiques – ils s’aiment mais il y a un obstacle, une crise les sépare, puis tout va bien et tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, il suffit de boire un verre ensemble et pouf le racisme n’existe plus, et les licornes galopent sur des arcs en ciel.

Je passe sur la mise en scène, inexistante, ou les dialogues, nuls, vulgaires ou convenus, mais il n’y a jamais rien à attendre de ce côté là des films français. Il y a aussi un étrange problème de montage, avec des évènements qui se déroulent visiblement la même journée mais présentés comme ayant lieu pendant deux jours différents.

Au final tout le monde y trouve son compte. Les gens de gauche y verront une éloge de l’immigration, du métissage et du multiculturalisme ; pour les républicains c’est une éloge du modèle français d’intégration, où chacun peut transcender sa communauté d’origine et aller à la messe de minuit à Noel (bon c’est pas très républicain en théorie mais on ne va pas chipoter) ; et pour les gens plus à droite, c’est un film où les racistes sont essentiellement les non-français de souche et les noirs africains en particulier. C’était clairement d’ailleurs ce que le public appréciait le plus, quand par exemple on entend des noirs ou des arabes qui, voyant la famille ultra-métissée, expriment leur stupéfaction et expliquent que la France est finie, c’est à la limite si la salle n’a pas applaudi. Les mêmes propos dans la bouche d’un blanc et on aurait accusé un film de faire la promotion des idées du FN.

Le film joue donc sur tous les tableaux, la pseudo-provocation à coup de clichés lourdingues et le défouloir au début, le politiquement correct par la suite. Le Français moyen qui s’inquiète de l’avenir de son pays peut voir des personnages exprimer ouvertement ses peurs, et se rassurer grâce à un dénouement où tout se règle de façon fantasmatique et idéalisée. Le film lui donne bonne conscience et c’est probablement la clé de son succès, sans compter que le film jouit aussi du phénomène du succès qui s’auto-entretient: « ça marche donc je vais voir pourquoi ». Contrairement à ce que j’ai pu lire, ce film ne combat pas les idées du FN plus qu’il ne les soutient, sa « force » c’est que chacun pourra l’interpréter comme ça l’arrange.

Dommage parce que le sujet aurait mérité un traitement plus fin et audacieux et moins consensuel. Par exemple, comment quatre filles élevées par une telle famille peuvent-elles toutes finir avec des maris qui en plus d’être stupides sont tellement éloignés de leur culture d’origine, est-ce bien une éducation ratée comme les parents le sous-entendent ? Une volonté de révolte ? Est-ce si mal de vouloir se marier avec des gens de sa communauté qui partagent le même background culturel et les mêmes valeurs ? Pourquoi ne voit-on pas plus les réactions et éventuelles oppositions des autres familles arabes, juives, chinoises ? On ne peut pas dire que les mariages mixtes passent toujours comme une lettre à la poste dans la communauté. Qu’en est-il de l’Islam dans la famille de l’Arabe, le sujet n’est pas évoqué alors qu’il est au coeur des débats de société. Bon évidemment ça aurait été beaucoup moins marrant. Ou au contraire, beaucoup plus si le film avait osé aller au bout de sa logique et partir dans une véritable comédie délirante ou outrancière. Si par exemple le film avait continué sur sa lancée de confrontation raciste – mais de façon plus intelligente et mieux écrite – il aurait probablement été plus intéressant, mais je doute que le cinéma français, qui se vautre dans la médiocrité depuis des décennies, soit capable d’un tel courage.

La trilogie Millenium de Stieg Larsson: le succès de la médiocrité

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Avec quelques années de retard, j’ai finalement lu la fameuse trilogie du suédois Stieg Larsson qui s’est vendue à des dizaines de millions d’exemplaires dans le monde. Comme le révèle le titre de ce post, je n’ai pas adoré – ni détesté d’ailleurs – et comme souvent je peine à comprendre ce qui a pu bien plaire au grand public pour en faire un tel succès. Parfois je peux être en désaccord mais je comprends les ressorts qui ont transformé tel livre en best seller – par exemple, Da Vinci Code -, mais parfois, comme ici, c’est un mystère complet.

Pour ceux qui ne connaitraient pas, la trilogie Millenium a été écrite par un journaliste suédois, Stieg Larsson, et publiée en 2005 juste après sa mort, un fait qui a joué considérablement dans le succès des romans mais qui explique aussi une bonne partie de leurs défauts. Je pense en particulier au fait qu’apparemment aucun travail sérieux d’édition n’a été mené sur les textes. L’auteur étant malheureusement décédé, il n’était plus possible de lui demander de réécrire, et personne n’a osé, j’imagine, toucher au texte. Ils auraient pourtant du.

Les 3 romans sont longs, mais sans aucune raison valable. Précisons que j’ai lu la VF (un cadeau d’anniversaire). Le style est déjà assez lourd mais je ne sais pas s’il faut blâmer la traduction ou l’original, à moins que cela ne reflète le langage suédois. Mais en plus on doit se taper d’innombrables répétitions et de résumés de ce qu’on sait déjà. Toutes les 3 pages, un personnage fait le point sur l’enquête et répète ce qu’il sait, énumère les questions à résoudre, et ajoute invariablement que c’est le mystère le plus incroyable qu’il a jamais rencontré dans sa vie. Surement vrai – pour quelqu’un qui n’aurait jamais lu de livre ou vu de film –  mais sinon, non, ces mystères ne sont qu’au mieux vaguement classique.

A cela s’ajoute toutes les descriptions inutiles et inintéressantes des achats des personnages au supermarché ou chez Ikea, on a de véritables listes de courses qui semblent fasciner l’auteur ;  c’est parfois involontairement comique quand il détaille avec gourmandise la puissance du processeur des ordinateurs de nos héros. Les gentils travaillent sur Mac, comme moi, donc c’est un bon point quand même pour Larsson.

Bref, on aurait pu couper la moitié du texte sans rien changer sur le fond et ca aurait été largement plus lisible. En même temps on se serait aperçu que le fond est assez léger. En gros, les romans racontent les aventures du journaliste Michael Blomkvist et de la très spéciale Lisbeth Salander, et tournent autour du sujet de la violence contre les femmes, et de la réalité sordide qui se cache derrière l’apparente égalité politiquement correct des sexes en Suède. Les femmes sont toutes, sans exceptions, gentilles, victimes ou combattantes, toujours des figures positives. Les méchants sont donc tous forcément des hommes abjects. Certes, des tas de personnages masculins sont aussi décrits positivement, à condition d’être homosexuels, non-ethniquement suédois, juifs (voire juif arménien de Biélorussie musulman croate, je n’invente rien), certes je ne vais pas lui reprocher ça, ou d’être juste le héros du roman, le journaliste infaillible et surhumain dont toutes les femmes sont amoureuses et dans lequel l’auteur se projette assez clairement. Il couche avec toutes, aucune ne pouvant résister à son charme, et même les maris trompés sont heureux de savoir que c’est lui l’amant de leur femme – là encore, je ne rigole pas, c’est vraiment ce qui se passe.

On remarquera avec étonnement que bien que ces livres traitent de la violence faites aux femmes en Suède, les Arabes et les musulmans n’existent pas dans les romans alors qu’ils seraient responsables de 85% des viols dans ce pays et contribuent à faire de la Suède un des pays européens les plus dangereux pour les femmes. Mais il est probablement plus urgent de s’attaquer aux néonazis.

Dans les critiques que j’ai lu des romans, généralement très positives, surtout celles du public, beaucoup affirmaient que chaque livre était meilleur que le précédent, le premier étant le moins bon, et le troisième le plus satisfaisant. Je suis d’un avis parfaitement contraire. Le premier est le seul que j’ai trouvé relativement intéressant, et j’ai du me forcer à finir le dernier qui réussissait l’exploit d’être à la fois complètement ridicule et franchement ennuyeux.

Le premier roman, « Les hommes qui n’aimaient pas les femmes », est un peu différent des deux autres qui forment une seule histoire. Ici, c’est une enquête à part, loin de Stockholm, dans le nord de la Suède, où le héros, un moment déchu de son statut de star des médias, vient se réfugier pour essayer de résoudre un mystère vieux de presque 40 ans. Si les défauts de toute la trilogie sont aussi présents ici, avec un Blomkvist qui se résume la situation toutes les deux pages, l’intérêt se situe dans l’ambiance originale liée au cadre isolé, et à une galerie de personnages bizarres, vieux, riches et suspects, qui vivent enfermés sur leur ile. L’enquête, si elle n’est pas passionnante ni follement originale, est bien construite et Larsson fait même preuve de finesse. La résolution du mystère est fournie dès le début sans qu’on s’en aperçoive. Et le héros arrive à reconstituer les pièces du puzzle grâce à un vrai travail de fourmi solidement mené. C’est assez court et satisfaisant. Le problème c’est que ça met du temps à démarrer et qu’une fois l’enquête centrale bouclée, le roman consacre un temps important à régler ce qui n’était qu’un MacGuffin – à savoir la raison de la déchéance du héros qui le pousse à s’exiler.

Les deux autres livres n’ont pas grand chose pour les sauver. Le deuxième fait encore la part belle à Lisbeth Salander, le seul personnage réellement intéressant de la trilogie – tout le monde est d’accord là dessus -, tandis qu’elle est essentiellement clouée à un lit d’hôpital dans le troisième roman. Salander est un personnage original, atypique, mais nimportequoitesque aussi. Elle fait un mètre cinquante et est toute frêle, mais elle massacre des hommes entrainés qui font 3 fois son poids. Elle est la meilleure hackeuse du monde, évidemment, et trouve tout sur tous les ordinateurs en deux temps trois mouvements ce qui simplifie la résolution des enquêtes. Bref c’est un personnage de BD. Tout comme son ennemi juré et bien sur demi-frère, le géant allemand invincible et semi-mongol qui ne ressent pas la douleur. En dehors de çà, c’est un festival de tout ce qu’il ne faut pas faire dans un roman: une intrigue stupide menée essentiellement par le hasard, des personnages qui devinent tout parce qu’ils sont les gentils, des deus ex machina permanents, des méchants absurdement caricaturaux ou franchement ridicules.

Quelques exemples: l’intrigue du deuxième roman commence réellement après plus de 200 pages où il ne se passe presque rien et qui auraient gagnées à être coupées. Enfin est découvert un triple meurtre où tout semble indiquer que Salander est la coupable et Larsson souhaite apparemment qu’on se pose la question. Sauf qu’il n’y a pas le moindre début de doute sur l’identité du tueur, on sait depuis déjà longtemps que des gens en veulent à Salander et ont des raisons de se débarrasser des 3 personnes assassinées. Car les méchants sont sympathiques, ils racontent leur plan à l’avance – surtout les Pieds Nickelés du troisième roman – et les héros sont des prophètes qui devinent tout simplement en réfléchissant à la maison.

Donc énorme suspense. Mais ce n’est pas le pire. Salander est au courant du complot contre elle car elle aperçoit ses ennemis par hasard dans la rue. Blomkvist aussi tombe sur elle quand elle se fait agresser dans la rue, par hasard. Stockholm est apparemment un village de 150 habitants.

Le hasard toujours à l’origine de l’intrigue: Salander est la suspecte parce que ses empreintes sont sur l’arme du crime, retrouvée bien gentiment à un endroit visible, et qu’elle a un passé officiel de malade mentale dangereuse. Tout lecteur normal se dit que c’est un « set-up », que les méchants ont tout organisé pour qu’elle soit accusée, c’est assez évident. Sauf que personne, parmi les dizaines de personnages qui passent leur temps à tout ressasser et à répéter à l’infini les éléments de l’enquête, n’envisage cette hypothèse une seconde. Et le pire c’est qu’ils ont raison: c’était juste un hasard, les tueurs ne savaient pas que les empreintes de Salander étaient sur l’arme et ils l’ont juste fait tomber par terre par hasard. Encore. Et tout est comme ça.

Alors à ce point, je ne sais pas si il s’agit d’un choix volontaire de l’auteur ou de la conséquence de sa façon d’écrire, mais un thème sous-jacent dans les livres, et les deux derniers en particuliers, est la formidable incompétence des services de sécurité suédois, leur étonnante naïveté, et l’emprise totale du politiquement correct sur tous les secteurs de la vie du pays. La police suédoise est pathétique, elle n’a pas de moyens, elle ne comprend rien, elle est complètement dépassée par une histoire de meurtre, et elle ne fait pas son travail ou trop tard. En même temps, ses membres se comportent comme des caricatures de fonctionnaires. Alors qu’ils sont à la recherche de Salander qu’ils pensent être une tueuse folle prête à repasser à l’attaque à tout moment, les policiers chargés de l’enquête, arrivé le vendredi soir, se souhaitent un bon week end et rentrent chez eux, tous, se reposer jusqu’au lundi matin. Certes une tueuse en série court en liberté mais il y a des priorités dans la vie.

Mais ça ne vaut pas le groupe des méchants du troisième livre. Un groupe secret au sein des services secrets, même le gouvernement ignore leur existence, ils font ce que les autres ne peuvent ou n’osent pas faire. On imagine que c’est du lourd. On imagine mal. C’est essentiellement une bande de petits vieux dont le chef panique quand on lui propose de mettre quelqu’un sur écoute. Ils ne voient rien venir, se font manipuler du début à la fin par des journalistes et les policiers incompétents décrits plus haut – qui ont découvert leur existence par un mélange de pouvoir prophétique et de pur hasard, encore -, et attraper sans le moindre suspense. Certes ils commettent quelques meurtres pour tenter de se protéger – c’est bien la moindre des choses pour un groupe pareil, et sont décrits comme « fous » à cause de ça. Aucune autre explication ne semble venir à l’esprit de nos héros.

C’est finalement le seul côté notable de ces livres, ce décalage culturel avec la Suède où une sorte de politiquement culturel vaguement totalitaire et suicidaire semble avoir envahi les esprits.

Difficile de dire si c’est l’histoire qui entoure la mort de l’auteur et la publication posthume de l’oeuvre qui explique le succès de ces livres, mais je ne vois pas d’autre explication. C’est mal écrit, mal construit, et l’intrigue est absurde. Ca n’a même pas l’excuse d’être efficace et de nous manipuler avec une parfaite maitrise des règles du page turner. C’est juste médiocre. Ca restera un mystère.