Soumission, de Michel Houellebecq

Avec quelques mois de retard comme d’habitude, j’ai lu le dernier Houellebecq, celui qui a été perçu comme « prophétique ». Comme la plupart des romans de Houellebecq, c’est un livre assez court qui se lit rapidement. Il a moins de scène pornographique que d’ordinaire, et j’ai toujours du mal à comprendre pourquoi cet auteur, que j’aime bien au demeurant, serait un génie de la littérature.

Ceci dit le livre est intéressant mais souffre d’une contradiction interne, ou plutôt de l’impression que deux thèses contradictoires ont été compressées ensemble dans le même ouvrage.

Dans la première partie du livre, la plus intéressante, Houellebecq décrit une France au bord de la guerre civile, dans laquelle « jeunes de banlieues » et « identitaires » s’arment et s’affrontent, où les médias cachent la réalité et font un black-out total sur la violence quotidienne qui explose pour ne pas aider le Front National, où la réalité sociale et économique est catastrophique. Le pays est au bord de l’explosion. Une des meilleures scènes du livre est celle de la journée du second tour de l’élection présidentielle, lorsque le héros préfère fuir Paris, traverse le pays sans aucunes voitures sur la route, et découvre une station service en plein sud ouest transformée en champs de bataille. On a le sentiment que tout est en train de basculer et que la guerre est imminente.

Et puis l’UMP (c’était avant le changement de nom) se rallie au candidat islamiste, il est élu avec Bayrou (que Houellebecq méprise apparemment plus que tout autre homme politique) comme premier ministre, et en trois mois les femmes sont renvoyées du monde du travail, l’éducation est privatisée et islamisée, le chômage s’effondre, la délinquance est éradiquée, l’Union Européenne s’ouvre aux pays arabes et musulmans, tout le monde semble content et les élites se convertissent à l’islam.

Il y a donc clairement deux thèses qui ne vont pas ensemble: d’un côté celle d’une France partagée entre des élites déconnectées, qui préfèrent l’islamisme au FN, qui veulent démembrer la France au nom de l’Europe, face à une population attachée de plus en plus à la Nation et aux valeurs familiales traditionnelles et qu’on n’imagine pas accepter l’islamisation de son pays sans réagir, sans compter des militants d’extrême-droite très structurés (ça c’est vraiment de la SF) qui prennent peu à peu le contrôle de l’armée, tandis que les « jeunes des banlieues » se révoltent et sèment le chaos tout en s’islamisant.

De l’autre, l’idée est que, le catholicisme ayant échoué, l’islam est la solution à la demande de valeurs traditionnelles et donc la société est prête à l’accepter sans rechigner. Quand aux élites elles sont lâches et faciles à acheter avec de l’argent et des femmes. Le héros incarne l’échec de la société occidentale moderne qui s’illustre avant tout par le délitement des liens familiaux qui structuraient les relations humaines. Les occidentaux modernes sont seuls, solitaires, sans véritables relations, sans raison de vivre. Le féminisme a détruit la famille traditionnelle en libérant les femmes. Le seul contre-modèle qui semble arriver à conjuguer libération féminine et valeurs familiales est représenté par les Juifs et Israel à travers la figure de Myriam et de sa famille que le héros observe avec admiration. Mais il n’a pas d’Israel où aller et les charmes de l’Islam et de la polygamie, qui permet de se marier avec une jeune vierge de 15 ans pour le sexe et une autre plus âgée pour les petits plats, est assez irrésistible. Sexe et gastronomie sont les seuls éléments qui d’ailleurs semblent justifier de continuer à vivre aux yeux du narrateur.

Le fait est que ce livre n’est pas un pamphlet anti-islam. Il décrit avec une certaine ironie et un sens assez pervers du second degré la lente soumission du héros aux avantages qu’il y a à se convertir à l’islam. Comme nous sommes dans la tête du personnage, ces arguments sont presque convaincants (si on est un homme) et on aurait envie de faire de même. Enfin, presque.

Au final, la contradiction interne du livre empêche de prendre entièrement au sérieux ce qu’il a à dire. Il aurait du se concentrer sur un seul sujet – soit celui d’une France au bord de l’implosion ethnico-religieuse, soit celui de l’échec civilisationnel occidental face auquel l’islam semble être une réponse. Les deux en même temps, ça ne marche pas.

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