Bible et archéologie – le retour

Article paru dans The Times of Israel en français

Dans un article précédent, je présentais « la nouvelle chronologie » de David Rohl qui permet de résoudre l’apparente contradiction entre les découvertes archéologiques et la Bible au moins pour ce qui précède le 9ème siècle avant l’ère commune.

Un des principaux opposants à cette thèse est le professeur Kenneth Kitchen, et pour cause, il est le père de la chronologie égyptienne que Rohl entend remettre en cause. Mais cela ne signifie pas que Kenneth Kitchen s’oppose à l’idée que Bible et archéologie soient compatibles.

Au contraire, Kenneth Kitchen, un des plus grands égyptologues vivants, et un spécialiste hors pair de toute l’histoire et des cultures du proche-orient, pense qu’en fait il n’y a aucun contradiction et aucun problème, et que ceux qui le pensent sont essentiellement soit des ignorants soit motivés par l’idéologie.

Dans son livre magistral, « On the Reliability of the Old Testament » (Sur la fiabilité de l’Ancien Testament, 2003), il s’attaque directement au sujet de la compatibilité entre le texte biblique hébraïque et les matériaux archéologiques et textuels de l’orient ancien qui sont parvenus jusqu’à nous.

Sa méthode consiste à commencer par les périodes les plus facilement attestables historiquement, à partir de la division du royaume puis l’exil babylonien, et après de remonter vers les temps plus anciens.

Pour résumer ce livre monumental, entièrement basé sur les sources primaires et les textes les plus antiques jamais découverts, il existe deux types de preuves: les preuves directes, comme la mention du nom « Israël » sur la stèle de Mérenptah en -1209 par exemple, et les preuves indirectes, qui ne sont pas moins importantes, comme le fait que le texte biblique parle de choses que seule une personne vivant à l’époque en question pouvait savoir.

Mais il faut aussi considérer le fait que bien souvent l’archéologie ne dit rien. Cependant, l’absence de preuve n’est pas preuve de l’absence. Non seulement peu de choses ont survécu jusqu’à nos jours, les sites antiques ayant été souvent détruits plusieurs fois, rasés jusqu’à la roche, les pierres réutilisées ailleurs etc… mais seule une infime partie du terrain a été fouillée.

On ne peut donc tirer aucune conclusion a priori du fait de ne jamais avoir trouvé de mention du roi Salomon. Après tout, jusqu’au début des années 90, la situation était la même pour le roi David et depuis, la situation a changé.

Grosso, modo, à partir de -853, l’histoire d’Israël correspond assez exactement à ce que nous rapportent les archives assyriennes. Avant cette date, les Assyriens ne s’intéressaient pas à la région, ils ne pouvaient donc pas parler d’Israël. Mais les preuves indirectes abondent.

L’existence du roi David ne fait plus de doute depuis la découverte d’au moins deux stèles du 9ème siècle évoquant les rois de « la maison de David », et la description d’un royaume unifié et de son mini-empire correspond assez précisément aux conditions politiques régnant exactement à l’époque où il est supposé avoir existé, conditions qui rendaient cette existence impossible après ou avant. La richesse fabuleuse de Salomon n’avait en fait rien de bien extraordinaire par rapport aux standards de l’époque.

Et ainsi de suite en remontant vers le passé: ce que décrit la période des Juges puis l’exode et les Patriarches, aussi bien dans les conditions géopolitiques, géographiques, sociales etc… correspond non seulement à l’époque où ces évènements sont censés avoir eu lieu, mais uniquement à ces époques et auraient été impossibles à connaitre pour des rédacteurs ultérieurs.

Le Tabernacle était une technologie égyptienne attestée à cette époque mais pas après, l’alliance du Sinai est basée sur le modèle des traités hittites de la même époque qui sont très différents de ce qui est venu après, les conditions des déplacements d’Abraham ne sont possibles qu’à l’époque où ils sont dits avoir eu lieu etc…

Kitchen apporte à chaque fois une abondance de preuves, documentation, et réfutation des arguments minimalistes. La thèse très populaire de Finkelstein, basée entièrement sur un changement chronologique suite à une histoire complexe de poteries, est réduite en bouillie, de même que les arguments de ceux qui pensent que tout a été inventé au 7ème siècle voire à l’époque hellénistique.

Car ce livre a été écrit avant tout pour répondre au courant dit minimaliste qui tend à nier toute validité historique à la Bible, considérée comme un document écrit pour des raisons politiques-religieuses des siècles après les évènements qu’il décrit, et dont le rapport avec la vérité historique serait un pur hasard.

Kitchen, qui n’hésite pas à utiliser un langage polémique voir presque insultant à l’égard de ses adversaires, semble consterné avant tout par leur ignorance abyssale des faits et de l’histoire proche-orientale, leur obsession idéologique parfois entachée d’antisémitisme et leur enfermement dans des thèses ridicules issues du 19ème siècle à une époque où on ne savait à peu près rien du passé antique.

Ainsi la fameuse hypothèse dite documentaire (et ses variantes) qui a dominé toute l’exégèse biblique pendant un siècle et qui stipule que la Torah serait la compilation de diverses sources opposées et contradictoires, ne tient pas la route pour quiconque connait les pratiques littéraires de l’époque. Mais elle reste la référence centrale jusqu’à aujourd’hui.

Le livre de Kitchen fait ce que l’exégèse biblique a toujours affirmé vouloir mais n’a jamais réalisé – analyser la Bible comme n’importe quel autre document historique. Les biblicistes ont tendance à la traiter différemment et selon des critères uniques qui ne sont appliqués à aucun autre document.

Le problème paradoxal est qu’en traitant ainsi la Bible et en établissant la réalité historique des faits relatés, hors miracles et phénomènes surnaturels qui sont monnaie courante dans tous les textes de l’époque, c’est que Kenneth Kitchen semble faire perdre à la Bible son caractère unique et révolutionnaire. C’est un document de son époque, mais dans ce cas a-t-il réellement une valeur actuelle pour le lecteur moderne ?

Kenneth Kitchen n’est pas le seul à penser que Bible et archéologie vont parfaitement main dans la main. Les archéologues de l’université de Jérusalem sont plutôt sur la même longueur d’onde à l’opposé des minimalistes de Tel Aviv.

Je pourrais aussi citer le Prof. James Hoffmeier, directeur du projet d’exploration du Nord Sinai qui dans son livre sur « Ancient Israel in Sinai » (2005, 2011), établit avec précision et sur la base des dernières découvertes le trajet précis des israélites en sortant d’Egypte, un trajet qui non seulement correspond à ce qu’on trouve sur le terrain et qui nécessitait une connaissance assez précise des réalités géographiques et écologiques, mais qui ne correspond qu’à l’époque où Kennet Kitchen et lui placent l’exode – au 13ème siècle.

Ce dernier point est le principal sujet de contention qui existe entre Kitchen et les historiens conservateurs, ces derniers plaçant l’Exode à la date sous entendue par le texte biblique comme par Manetho, soit vers -1450, tandis que Kitchen et Hoffmeier soutiennent, de façon très convaincante et sur la base de ce que révèle l’archéologie, une date plus tardive de 150 ans.

La date traditionnelle ou peu après est plus logique pour de nombreuses raisons mais les éléments apportés par Kitchen, comme l’explosion de la population dans les collines de Judée à partir de l’est vers l’ouest au 13ème siècle et les caractéristiques particulières (comme l’absence de consommation de porc) de cette population militent pour la date tardive.

Et la réponse des minimalistes à Kitchen ? J’ai cherché et je n’ai trouvé qu’une seule chose: « c’est un chrétien évangéliste ». Ses arguments, les faits qu’ils présentent, ses démonstrations ? Je dois avouer n’avoir rien trouvé qui y réponde mais peut-être n’ai-je pas accès à la littérature professionnelle.

L’attaque ad hominem étant la marque de ceux qui n’ont plus rien à dire, il faut peut-être y voir la preuve qu’ils sont incapables de réfuter les écrits de Kenneth Kitchen.

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