L’histoire secrète de Donna Tart aurait gagné à le rester

J’avais publié un post sur ce blog il y a deux ans et demi exprimant ma relative incompréhension de la littérature moderne. Je viens de finir un livre de la célèbre auteur américaine Donna Tart, gagnante du Prix Pulitzer 2014 pour « The Goldfinch », et qui fait l’unanimité pour elle en général. Force est de constater que je n’ai pas changé d’avis.

Ce n’est pas le vainqueur du Pulitzer que j’ai choisi de lire mais son premier livre et best-seller, sorti en 1992, « The Secret History » (mystérieusement traduit en français « Le Maitre des Illusions », mais le titre anglais n’a pas beaucoup plus de sens hormis une vague référence à la littérature antique). A priori, l’histoire semblait alléchante: dans une université élitiste de la côte est, sous l’influence de leur très charismatique professeur de lettres classiques grecques et latines, un groupe d’étudiants hors normes et brillants, découvre une nouvelle façon de voir le monde qui va les pousser au delà des frontières de la moralité normale, vers le crime et le mal.

Je m’attendais donc à une sorte de version obscure du Cercles des Poètes disparus, à une étude sur la face sombre de la culture antique, à l’analyse de la manipulation opérée par le professeur charismatique pour transformer ses élèves. Et en fait, rien de tout cela, ou très peu.

Globalement c’est l’histoire d’une bande de types bizarres, un geek semi-autiste, des faux-jumeaux incestueux, un riche homosexuel, et un type sans intérêt particulier qui fait office de narrateur, pas spécialement brillants ou intelligents pour ce qu’on peut en juger, qui passent leur temps à boire et à se droguer (ce en quoi ils ne semblent pas différer des autres étudiants de cette université qui ne font rien d’autre que boire, prendre de la cocaïne, et faire la fête), et décident d’assassiner un autre membre du groupe lorsqu’il se met à les faire chanter (à cause d’une autre mort qu’ils ont causé, de façon accidentelle). Puis suite à ce meurtre, la culpabilité et les regrets dissolvent le groupe.

Le rôle du professeur, dont le charisme est affirmé par le narrateur mais n’apparait nullement entre les lignes, est proche du néant. La culture antique ne sert que de prétexte à la constitution du groupe et à quelques citations mais sinon ne joue presque aucun rôle. Il est impossible d’aimer aucun des personnages, tous plus inintéressants et dégénérés les uns que les autres, en particulier le narrateur, qui en plus d’être perpétuellement drogué, est un raté, un lâche, et un menteur. Et le pire c’est qu’on comprend même pourquoi ils assassinent leur copain qui est sans doute le pire de tous (et bizarrement présenté comme le meilleur d’entre eux) – un pur parasite qui vit uniquement de l’argent des autres et refuse l’idée même de devoir travailler, un garçon qui passe son temps à essayer d’humilier ses camarades, et un abruti inculte dont la présence dans ce groupe de pseudo-intellectuels élitistes ne fait aucun sens. Bref le genre de mec qu’on aurait envie de baffer en permanence, mais nous sommes censés croire que tout le monde l’adore et qu’ils le tuent parce qu’ils sont pris dans un engrenage fou (qui n’apparait à aucun moment, c’est plus ‘bon si ça continue je vais être ruiné donc on va le tuer – ah ok’).

Sur la forme, le livre est probablement aimé pour ce qui est à mes yeux d’énormes défauts: une sur-écriture incessante, des descriptions pseudo-émotives qui n’éclairent rien du personnage ou du récit, des dizaines de page de rien, un livre qui est 3 fois trop long au moins. Le narrateur nous raconte sa vie dans ses moindres détails, chaque minute, chaque seconde, que cela ait un rapport ou non avec l’intrigue. Donna Tart a apparemment mis tout ce qui lui passait par la tête.

Je note aussi pas mal de contradictions internes, qui chez un auteur sérieux me feraient penser qu’elles sont volontaires et servent d’indices pour retrouver la vérité du texte. Pas ici. Par exemple dans la première moitié du livre le narrateur s’interroge sur la sexualité d’un de ses amis, se persuadant même que s’il a l’air homosexuel il ne doit pas l’être en fait. Dans la seconde partie il parle de cette homosexualité comme d’un fait connu de tous depuis le début, racontant même comment cet ami avait tenté de l’embrasser lors d’une de leurs premières rencontres.

Une autre bizarrerie tient à la chronologie de l’histoire. Il est assez difficile de la situer dans le temps, ce qui pourrait être volontaire mais ne l’est apparemment pas. A quelques détails près ça pourrait se passer n’importe quand entre la fin des années 60 et le début des années 90. Mais il y a des détails et ils sont contradictoires: par moment il semble assez clair que les évènements se déroulent au début des années 80 (l’époque où Donna Tart était elle-même étudiante dans l’université qui lui sert de modèle à celle du livre), mais on nous parle aussi d’ordinateurs portables, de Saddam Hussein et de puits de pétrole en flamme, ce qui place les choses après la Guerre du Golfe en 1991 et donc à l’époque où le livre a été écrit. Cela démontre donc l’absence de rigueur dans l’écriture du roman. Donna Tart s’est servie de ses souvenirs, il est assez clair que beaucoup de détails sont brodés à partir d’anecdotes réelles qu’elle a vécu mais elle n’a pas sur faire le tri et ne garder que ce qui était pertinent.

Au final, j’ai donc perdu mon temps, le livre n’a aucun intérêt, l’histoire est vue et revue, l’écriture est pédante et lourde. Et c’est donc ce genre de livre qui fait l’unanimité parmi les critiques littéraires. Je vais donc continuer à lire de vrais bons livres et leur laisser ces navets prétentieux.

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