Israël – modèle économique pour la France ?

nethol

 

Article paru sur The Times of Israel français

La tâche qui attend le nouveau premier ministre français Manuel Valls est considérable et au vu des difficultés qui l’attendent, tous les conseils sont utiles. C’est pourquoi je propose qu’il prenne exemple sur Israël et sa politique économique pour sortir son pays de la crise.

Au début des années 2000, Israël s’est retrouvé dans une situation qui n’est pas sans rappeler celle de la France aujourd’hui. Suite au déclenchement de la seconde Intifada en septembre 2000 et à l’implosion de la bulle internet, le pays a traversé l’une des pires crises de son histoire.

La croissance est devenue négative, le chômage est monté jusqu’à près de 11%, les déficits ont explosé, et la dette a fini par atteindre 110 % du PIB en 2002. Le pays était au bord de la faillite.

Le gouvernement Sharon, élu en 2003, avec Binyamin Netanyahou comme ministre des finances, a alors décidé de mener une politique audacieuse: baisse massive des impôts couplée à une baisse toute aussi importante des dépenses publiques.

Soit exactement le contraire de ce qu’ont fait la plupart des pays européens dont la France depuis 2008. Ce point est important à noter.

Depuis le déclenchement de la crise actuelle, les pays occidentaux ont généralement réagi en menant des politiques de « relance » neo-keynésiennes consistant à augmenter les dépenses publiques pour soutenir la demande.

Malheureusement les gouvernants politiques n’ont jamais pris le temps de consulter les résultats de plusieurs décennies d’études empiriques économiques qui montraient que la « relance » n’a jamais marché et ne peut pas marcher puisqu’elle consiste essentiellement à gaspiller de l’argent qui aurait pu être mieux utilisé s’il était resté dans des mains privées.

Non seulement elles sont inefficaces, mais en plus, les politiques de relances augmentent lourdement les déficits publics et donc la dette, et ainsi en retour, le service de la dette et de ses intérêts, créant un cercle infernal pour les finances publiques.

En réaction, les gouvernements européens ont instauré des politiques dites « d’austérité » se limitant à augmenter les impôts et à réduire les hausses des dépenses (pas à réduire les dépenses, mais à limiter les hausses déjà menées ou prévues).

Là encore, les politiques et leurs fonctionnaires ont fait preuve d’une incompréhension assez basique du fonctionnement de l’économie en négligeant les effets divers et contradictoires que les hausses d’impôts avaient sur le comportement des gens.

D’abord, plus les impôts augmentent moins on a d’argent disponible pour consommer ou investir. Ce qui nuit à la croissance et aussi aux recettes fiscales. Augmentez l’impôt sur le revenu et vous gagnerez moins en TVA.

Mais augmentez l’impôt sur le revenu et vous inciterez aussi les gens à moins travailler, ou à frauder plus. Le résultat c’est qu’une hausse d’impôt provoque toujours des rentrées fiscales inférieures aux prévisions, parfois même inférieures aux rentrées fiscales avant la hausse !

Les politiques d’austérité n’ont donc pas été des succès. Surtout quand elles n’ont pas été accompagnées de baisses réelles des dépenses publiques, comme en France où ces dernières atteignent le niveau record de 57 % du PIB, un chiffre dépassé uniquement par le Danemark, et où le niveau de pression fiscal est de 45 % du PIB, plaçant la France dans le top 3 mondial.

Donc, en 2003, le gouvernement israélien a fait l’exact opposé de tout ceci. L’impôt sur le revenu et l’impôt sur le bénéfice ont été revus à la baisse, de nombreuses taxes d’achats éliminées ou sérieusement rabotées, et en même temps, les dépenses publiques, surtout sociales, ont été fortement réduites, l’idée étant de casser les pièges à la pauvreté créés par les allocations sociales et familiales, et de passer à une culture du travail plutôt que de l’aide sociale.

Le résultat a été spectaculaire. En 2008, les dépenses publiques ne représentaient plus que 43 % du PIB (contre 55% en 2002), la croissance était de 5 %, la dette réduite à 80 %, le budget a peu près équilibré et le chômage était tombé à 6 % alors que des centaines de milliers d’Israéliens qui n’avaient jamais cherché de travail avaient surgi sur le marché.

Ainsi, le taux de participation au marché du travail, c’est-à-dire le nombre de gens de plus de 15 ans qui travaillent, était en 2002 un des plus bas du monde développé, avec seulement 54% de la population en âge de travailler qui le faisait. Aujourd’hui, ce taux est de 64 %, au-dessus de la moyenne de l’OCDE – contre 60 % pour la France. Et le PIB par habitant à parité de pouvoir d’achat est maintenant supérieur à la moyenne européenne et proche de celui de la France.

Evidemment, Israël reste confronté à de nombreux problèmes sociaux en particulier une profonde fracture sociale entre le centre le la périphérie qui s’est accrue non malgré mais à cause de la forte croissance – qui a plus profité aux couches déjà bien intégrées dans l’économie mondiale.

Israël n’a pas non plus su assez libéraliser son économie qui reste aux mains de plusieurs cartels et monopoles, restes de l’ancienne économie socialiste des premières décennies du pays, qui sont responsables de la sensible hausse des prix de ces dernières années.

Ils sont aussi responsables du manque de productivité d’une bonne partie de l’économie israélienne et donc des bas salaires dans tous les secteurs non ouverts et non compétitifs. La lutte contre ces cartels et ce qu’on appelle les « tycoons » a commencé à transformer la politique israélienne depuis 2011, à droite comme à gauche. On en verra le résultat ces prochaines années.

Mais ces problèmes existaient avant 2003 avec autant d’acuité et ne changent rien à l’immense réussite de la politique qui a été menée face à la crise. Israël devrait servir de modèle pour ses partenaires européens et la France en particulier.

Les Français seront-ils capables d’accepter un changement de paradigme aussi radical ? Il est permis d’en douter tant cette politique est à l’opposé de la culture économique et sociale de l’hexagone.

Quel homme politique sera capable d’expliquer à une population habituée à ce que l’Etat s’occupe de tout et finance tout généreusement que cette voie est une impasse intenable ? Je lui souhaite bien du courage.

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