La série la plus sous estimée de la télé

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Vous avez surement déjà entendu parlé de Person of Interest, ou plutôt, vous êtes surement déjà tombés sur un épisode de la série sur TF1 ou ailleurs pour mes lecteurs israéliens – c’est diffusé sur HOT je crois, non ? -, mais le nom justement ne vous dit pas grand chose. Internet, les réseaux sociaux, les groupes de discussions – oui ça existe encore – ne bruissent pas de l’écho des conversations sur le dernier épisode de la série, et en bref, elle ne fait pas le buzz. Et pourtant, elle devrait.

Voilà le paradoxe: une série coproduite par JJ Abrams (Alias, Lost – bon juste le pilote mais ne chipotons pas -, MI3 et 4, Star Trek, les nouveaux Star Wars…) et Jonathan Nolan (le frère Christopher et coscénariste de la plupart de ses films), avec Michael Emerson – Ben de Lost -, Jim Caviezel – Jesus de Mel Gibson -, ou Amy Acker – star du whedonverse -, ça devrait faire du bruit. Ajoutons à cela que a série est un gros succès d’audience depuis ses débuts en 2011. Et surtout, c’est probablement la meilleure série de network de la télé américaine. Et pourtant personne n’en parle ou ne connait.

Il y a probablement deux raisons majeures:

– D’abord, c’est diffusé sur CBS, dite la chaine des vieux. C’est l’équivalent américain de TF1 (en étant très gentil pour TF1), qui diffuse aussi la série, en VF, surement horrible je ne sais pas je n’ai jamais regardé. Tout geek ou spécialiste série télé auto-proclamé qui se respecte est censé mépriser les productions de CBS, le network qui nous gave de ses insupportables CIS (les Experts), NCIS et autres Mentalist.

– Et justement, Person of Interest (POI pour aller plus vite) est aussi, à la base, sur le modèle de ces séries CBS, un « procedural ». C’est-à-dire une série du type « une enquête par épisode », « le monstre de la semaine » etc… Tout sériphile qui se respecte méprise a priori les procedurals et préfère les séries dites « serialisées » – excusez les barbarismes – c’est-à-dire celles où les intrigues se déroulent sur l’ensemble des épisodes de la série ou au minimum une saison complète. Bref celles où les épisodes se suivent. Les procedurals sont ultra formatés, avec des épisodes qui marchent selon la même formule, il faut tout caser en 40 mn, de façon quasi identique à chaque fois, le meilleur exemple étant la série Castle qui est caricaturale, mais presque volontairement puisque les enquêtes ne sont pas le coeur de cette série mais la relation entre les deux héros.

Donc, à l’origine, POI ressemble à ça: un homme a construit une machine de surveillance qui voit tout et l’a donné au gouvernement pour lutter contre le terrorisme. Cependant la machine voit aussi les crimes communs mais cela n’intéresse pas le gouvernement. L’homme a donc réussi à garder un accès restreint à la machine, qui lui envoie les numéros de sécurité sociale de gens qui sont menacés ou qui préparent un complot. Il engage un ancien membre des services secrets et ensemble ils sauvent des gens à chaque épisode tout en étant poursuivis par la police qui n’aime pas ceux qui font justice tout seul.

Ca semble simple et toute l’histoire de la machine semble n’être qu’un outil narratif pour permettre de générer des enquêtes chaque semaine, l’originalité étant dans le fait qu’au début de chaque épisode, nos deux héros ne savent pas si la personne qu’ils reçoivent est « gentille » ou « méchante ». Ca aurait pu continuer comme ça 6 ou 7 saisons, sans prendre de risques. Ca a duré 6 épisodes. Dès le 7ème, avec son twist surprenant, on comprend qu’on a affaire à quelque chose de plus intelligent. Ensuite, les choses évoluent à grande vitesse et on se retrouve rapidement avec une série qui a plus à voir avec ce qu’on appelait autrefois le cyberpunk qu’avec le fait de résoudre une enquête chaque semaine.

Batman (version Nolan) est aussi une influence directe au point que POI pourrait presque être considéré comme sa version télé. Gotham – ici New York – est une ville où tout est corrompu, et suite à un drame personnel un milliardaire décide d’utiliser sa fortune et ses pouvoirs uniques pour lutter contre le crime, même si ici c’est Alfred qui serait le cerveau, et pas les muscles. Le « Batman » de la série ne porte pas de masque mais il porte bien un costume – noir avec chemise blanche – au point d’être connu de tous ses adversaires uniquement comme « the man in the suit ». Dans « The Dark Knight », Batman utilise une machine de surveillance globale dont le fonctionnement rappelle vaguement celui de la série. Mais il fait le choix de la détruire à la fin. Ici, on voit ce qui se passe quand on la garde.

POI prend ses prémices au sérieux et en étudie toutes les implications, de ce qui définit l’humanité à la religion – on a maintenant en troisième saison un personnage qui est véritablement un prophète, en communication directe avec ce qu’on peut considérer comme une sorte de divinité -, du rôle du gouvernement au futur des Etats Nations face aux multinationales, de la liberté individuelle à la possibilité de lutter contre la corruption.

Tout en gardant grosso modo son format « procedural », la série arrive à suivre en parallèle 4 ou 5 intrigues majeures qui se prolongent sur plusieurs saisons. Elle n’hésite pas non plus à les amener à leur terme quand celui-ci arrive naturellement. La force de la série est de conjuguer en même temps des intrigues de type sci fi, des intrigues de type complot gouvernemental, et d’autres liées à la mafia. Toujours de façon très maitrisée.

POI a aussi fabriqué un groupe de personnages principaux et secondaires passionnants. Les deux héros ont créé progressivement toute une équipe autour d’eux avec des permanents, des éléments qui aident plus sporadiquement, et des ennemis déterminés. Les personnages évoluent, s’approfondissent, leur passé est exploré en détail grâce à des séries de flashbacks inspirés de Lost mais donnés du point de vue de la Machine. La justesse de l’écriture fait qu’on croit aux évolutions des personnages, elles ne semblent pas tombées de nulle part mais organiques, le meilleur exemple étant Lionel Fusco, flic corrompu et pourri qui devient progressivement le coeur moral de la série et le personnage le plus attachant.

Enfin, ce qui ne gâche rien, c’est souvent très drôle et ça ne se prend pas au sérieux, comme les scènes ou Jim Caviezel se retrouve face à une bande d’agresseurs, et on voit les corps virevolter par la fenêtre juste après, comme dans un cartoon.

Ceci dit la série n’est pas exempte de défauts. Ils sont liés en général au format « proceduralié » et au fait de devoir souvent caser toute une enquête sur 40 minutes – la durée d’un épisode. Les raccourcis, les incohérences, les facilités scénaristiques sont alors inévitables. Certaines choses sont caricaturales. La police, quand elle est honnète, est incompétente – inversement dans les séries où les flics sont les héros elle est unltracompétente -, les gens se sont tirer dessus dans la rue sans trop de conséquences, les héros en mode action sont des terminators quasi-invincibles – sauf quand le script demande qu’ils se fassent capturer par leurs ennemis -, bref, vous voyez le tableau, beaucoup de poncifs mais c’est la loi du genre et ça permet de se concentrer sur l’essentiel. Et les séquences d’action sont souvent très bien faites.

Je ne peux donc que vous recommander cette série. Il faut faire un petit effort au début, c’est légèrement poussif, et puis progressivement elle dévoile ses vraies enjeux et déploit ses intrigues avec efficacité et brio.

Addendum: J’avais écrit un post sur les « 10 meilleures séries de tous les temps » en septembre 2012 qui comprenait la série anglaise « Sherlock ». Suite à la très médiocre saison 3 qui vient d’être diffusée, je me vois dans l’obligation de supprimer cette série de la liste.

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