La trilogie Millenium de Stieg Larsson: le succès de la médiocrité

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Avec quelques années de retard, j’ai finalement lu la fameuse trilogie du suédois Stieg Larsson qui s’est vendue à des dizaines de millions d’exemplaires dans le monde. Comme le révèle le titre de ce post, je n’ai pas adoré – ni détesté d’ailleurs – et comme souvent je peine à comprendre ce qui a pu bien plaire au grand public pour en faire un tel succès. Parfois je peux être en désaccord mais je comprends les ressorts qui ont transformé tel livre en best seller – par exemple, Da Vinci Code -, mais parfois, comme ici, c’est un mystère complet.

Pour ceux qui ne connaitraient pas, la trilogie Millenium a été écrite par un journaliste suédois, Stieg Larsson, et publiée en 2005 juste après sa mort, un fait qui a joué considérablement dans le succès des romans mais qui explique aussi une bonne partie de leurs défauts. Je pense en particulier au fait qu’apparemment aucun travail sérieux d’édition n’a été mené sur les textes. L’auteur étant malheureusement décédé, il n’était plus possible de lui demander de réécrire, et personne n’a osé, j’imagine, toucher au texte. Ils auraient pourtant du.

Les 3 romans sont longs, mais sans aucune raison valable. Précisons que j’ai lu la VF (un cadeau d’anniversaire). Le style est déjà assez lourd mais je ne sais pas s’il faut blâmer la traduction ou l’original, à moins que cela ne reflète le langage suédois. Mais en plus on doit se taper d’innombrables répétitions et de résumés de ce qu’on sait déjà. Toutes les 3 pages, un personnage fait le point sur l’enquête et répète ce qu’il sait, énumère les questions à résoudre, et ajoute invariablement que c’est le mystère le plus incroyable qu’il a jamais rencontré dans sa vie. Surement vrai – pour quelqu’un qui n’aurait jamais lu de livre ou vu de film –  mais sinon, non, ces mystères ne sont qu’au mieux vaguement classique.

A cela s’ajoute toutes les descriptions inutiles et inintéressantes des achats des personnages au supermarché ou chez Ikea, on a de véritables listes de courses qui semblent fasciner l’auteur ;  c’est parfois involontairement comique quand il détaille avec gourmandise la puissance du processeur des ordinateurs de nos héros. Les gentils travaillent sur Mac, comme moi, donc c’est un bon point quand même pour Larsson.

Bref, on aurait pu couper la moitié du texte sans rien changer sur le fond et ca aurait été largement plus lisible. En même temps on se serait aperçu que le fond est assez léger. En gros, les romans racontent les aventures du journaliste Michael Blomkvist et de la très spéciale Lisbeth Salander, et tournent autour du sujet de la violence contre les femmes, et de la réalité sordide qui se cache derrière l’apparente égalité politiquement correct des sexes en Suède. Les femmes sont toutes, sans exceptions, gentilles, victimes ou combattantes, toujours des figures positives. Les méchants sont donc tous forcément des hommes abjects. Certes, des tas de personnages masculins sont aussi décrits positivement, à condition d’être homosexuels, non-ethniquement suédois, juifs (voire juif arménien de Biélorussie musulman croate, je n’invente rien), certes je ne vais pas lui reprocher ça, ou d’être juste le héros du roman, le journaliste infaillible et surhumain dont toutes les femmes sont amoureuses et dans lequel l’auteur se projette assez clairement. Il couche avec toutes, aucune ne pouvant résister à son charme, et même les maris trompés sont heureux de savoir que c’est lui l’amant de leur femme – là encore, je ne rigole pas, c’est vraiment ce qui se passe.

On remarquera avec étonnement que bien que ces livres traitent de la violence faites aux femmes en Suède, les Arabes et les musulmans n’existent pas dans les romans alors qu’ils seraient responsables de 85% des viols dans ce pays et contribuent à faire de la Suède un des pays européens les plus dangereux pour les femmes. Mais il est probablement plus urgent de s’attaquer aux néonazis.

Dans les critiques que j’ai lu des romans, généralement très positives, surtout celles du public, beaucoup affirmaient que chaque livre était meilleur que le précédent, le premier étant le moins bon, et le troisième le plus satisfaisant. Je suis d’un avis parfaitement contraire. Le premier est le seul que j’ai trouvé relativement intéressant, et j’ai du me forcer à finir le dernier qui réussissait l’exploit d’être à la fois complètement ridicule et franchement ennuyeux.

Le premier roman, « Les hommes qui n’aimaient pas les femmes », est un peu différent des deux autres qui forment une seule histoire. Ici, c’est une enquête à part, loin de Stockholm, dans le nord de la Suède, où le héros, un moment déchu de son statut de star des médias, vient se réfugier pour essayer de résoudre un mystère vieux de presque 40 ans. Si les défauts de toute la trilogie sont aussi présents ici, avec un Blomkvist qui se résume la situation toutes les deux pages, l’intérêt se situe dans l’ambiance originale liée au cadre isolé, et à une galerie de personnages bizarres, vieux, riches et suspects, qui vivent enfermés sur leur ile. L’enquête, si elle n’est pas passionnante ni follement originale, est bien construite et Larsson fait même preuve de finesse. La résolution du mystère est fournie dès le début sans qu’on s’en aperçoive. Et le héros arrive à reconstituer les pièces du puzzle grâce à un vrai travail de fourmi solidement mené. C’est assez court et satisfaisant. Le problème c’est que ça met du temps à démarrer et qu’une fois l’enquête centrale bouclée, le roman consacre un temps important à régler ce qui n’était qu’un MacGuffin – à savoir la raison de la déchéance du héros qui le pousse à s’exiler.

Les deux autres livres n’ont pas grand chose pour les sauver. Le deuxième fait encore la part belle à Lisbeth Salander, le seul personnage réellement intéressant de la trilogie – tout le monde est d’accord là dessus -, tandis qu’elle est essentiellement clouée à un lit d’hôpital dans le troisième roman. Salander est un personnage original, atypique, mais nimportequoitesque aussi. Elle fait un mètre cinquante et est toute frêle, mais elle massacre des hommes entrainés qui font 3 fois son poids. Elle est la meilleure hackeuse du monde, évidemment, et trouve tout sur tous les ordinateurs en deux temps trois mouvements ce qui simplifie la résolution des enquêtes. Bref c’est un personnage de BD. Tout comme son ennemi juré et bien sur demi-frère, le géant allemand invincible et semi-mongol qui ne ressent pas la douleur. En dehors de çà, c’est un festival de tout ce qu’il ne faut pas faire dans un roman: une intrigue stupide menée essentiellement par le hasard, des personnages qui devinent tout parce qu’ils sont les gentils, des deus ex machina permanents, des méchants absurdement caricaturaux ou franchement ridicules.

Quelques exemples: l’intrigue du deuxième roman commence réellement après plus de 200 pages où il ne se passe presque rien et qui auraient gagnées à être coupées. Enfin est découvert un triple meurtre où tout semble indiquer que Salander est la coupable et Larsson souhaite apparemment qu’on se pose la question. Sauf qu’il n’y a pas le moindre début de doute sur l’identité du tueur, on sait depuis déjà longtemps que des gens en veulent à Salander et ont des raisons de se débarrasser des 3 personnes assassinées. Car les méchants sont sympathiques, ils racontent leur plan à l’avance – surtout les Pieds Nickelés du troisième roman – et les héros sont des prophètes qui devinent tout simplement en réfléchissant à la maison.

Donc énorme suspense. Mais ce n’est pas le pire. Salander est au courant du complot contre elle car elle aperçoit ses ennemis par hasard dans la rue. Blomkvist aussi tombe sur elle quand elle se fait agresser dans la rue, par hasard. Stockholm est apparemment un village de 150 habitants.

Le hasard toujours à l’origine de l’intrigue: Salander est la suspecte parce que ses empreintes sont sur l’arme du crime, retrouvée bien gentiment à un endroit visible, et qu’elle a un passé officiel de malade mentale dangereuse. Tout lecteur normal se dit que c’est un « set-up », que les méchants ont tout organisé pour qu’elle soit accusée, c’est assez évident. Sauf que personne, parmi les dizaines de personnages qui passent leur temps à tout ressasser et à répéter à l’infini les éléments de l’enquête, n’envisage cette hypothèse une seconde. Et le pire c’est qu’ils ont raison: c’était juste un hasard, les tueurs ne savaient pas que les empreintes de Salander étaient sur l’arme et ils l’ont juste fait tomber par terre par hasard. Encore. Et tout est comme ça.

Alors à ce point, je ne sais pas si il s’agit d’un choix volontaire de l’auteur ou de la conséquence de sa façon d’écrire, mais un thème sous-jacent dans les livres, et les deux derniers en particuliers, est la formidable incompétence des services de sécurité suédois, leur étonnante naïveté, et l’emprise totale du politiquement correct sur tous les secteurs de la vie du pays. La police suédoise est pathétique, elle n’a pas de moyens, elle ne comprend rien, elle est complètement dépassée par une histoire de meurtre, et elle ne fait pas son travail ou trop tard. En même temps, ses membres se comportent comme des caricatures de fonctionnaires. Alors qu’ils sont à la recherche de Salander qu’ils pensent être une tueuse folle prête à repasser à l’attaque à tout moment, les policiers chargés de l’enquête, arrivé le vendredi soir, se souhaitent un bon week end et rentrent chez eux, tous, se reposer jusqu’au lundi matin. Certes une tueuse en série court en liberté mais il y a des priorités dans la vie.

Mais ça ne vaut pas le groupe des méchants du troisième livre. Un groupe secret au sein des services secrets, même le gouvernement ignore leur existence, ils font ce que les autres ne peuvent ou n’osent pas faire. On imagine que c’est du lourd. On imagine mal. C’est essentiellement une bande de petits vieux dont le chef panique quand on lui propose de mettre quelqu’un sur écoute. Ils ne voient rien venir, se font manipuler du début à la fin par des journalistes et les policiers incompétents décrits plus haut – qui ont découvert leur existence par un mélange de pouvoir prophétique et de pur hasard, encore -, et attraper sans le moindre suspense. Certes ils commettent quelques meurtres pour tenter de se protéger – c’est bien la moindre des choses pour un groupe pareil, et sont décrits comme « fous » à cause de ça. Aucune autre explication ne semble venir à l’esprit de nos héros.

C’est finalement le seul côté notable de ces livres, ce décalage culturel avec la Suède où une sorte de politiquement culturel vaguement totalitaire et suicidaire semble avoir envahi les esprits.

Difficile de dire si c’est l’histoire qui entoure la mort de l’auteur et la publication posthume de l’oeuvre qui explique le succès de ces livres, mais je ne vois pas d’autre explication. C’est mal écrit, mal construit, et l’intrigue est absurde. Ca n’a même pas l’excuse d’être efficace et de nous manipuler avec une parfaite maitrise des règles du page turner. C’est juste médiocre. Ca restera un mystère.

3 commentaires

  1. « C’est mal écrit, mal construit, et l’intrigue est absurde. Ca n’a même pas l’excuse d’être efficace et de nous manipuler avec une parfaite maitrise des règles du page turner. C’est juste médiocre. »

    Pardon ?

    Perso! pour ma part ce que tu dit dans ton article est le contraire de ce que je penses, je suis d’accord que beaucoup de chapitres ne servent à rien mais je trouve que ça fait le charme de la trilogie !

    Je trouve que tout est crédible et que la recherche pour l’écriture du livre est très bonne !

    Je pense que cette trilogie est vraiment bien et je ne suis pas d’accord!

    Et pour ce que j’ai cité de ton commentaire sache que l’auteur a travailler dure pour sortir ces livres, alors du respect !

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  2. Je suis assez d’accord avec ta critique de cette trilogie, beaucoup de longueurs injustifiées et de l’incroyable (la tête trouée par une balle et enterrée vivante Lisbeth s’en sort une fois de plus). Cela dit c’est peut-être ces outrances et ces happy end un peu naïves qui sont fascinantes

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