Parlons cinema: Prometheus de Ridley Scott

And now something else entirely.

Parlons cinéma pour changer.  Je n’étais pas allé dans une salle de cinéma depuis des mois, et j’ai profité de passer un week-end à Herzliya pour faire un saut au Cinema City. Il m’est devenu quasi-impossible d’aller au cinéma à Jérusalem vu l’état des salles et le niveau du publique qui y vient (essentiellement des adolescents abrutis), seule la Cinémathèque est fréquentable mais son programme n’est pas très flexible.

Je suis donc allé voir un film que j’attendais depuis longtemps : Prometheus, le fameux prequel-qui-n’est-pas-un-prequel d’Alien. Ridley Scott, qui avait réalisé le premier Alien avait été écarté des suites et ne les a jamais vraiment reconnus. Depuis plus de 30 ans il ruminait une suite, devenue un prequel, puis, autre chose au final. Cette situation rappelle vaguement la tentative ratée de reboot/suite des films Superman il y a quelques années avec « Superman Returns » de Bryan Singer. Le film était censé être la suite de Superman 2, en ignorant l’existence des (catastrophiques) Superman 3 et 4, tout en étant joué par de nouveaux acteurs et en se passant dans les années 2000 alors que l’action aurait dû se situer dans les années 80 selon la logique de l’intrigue. Tout ceci entrainait une certaine confusion qui n’est pas pour rien dans le bide du film.

Revenons à Prometheus et commençons par la fin : même si le film est très problématique, il est profondément marquant et ce n’est pas une œuvre qu’on oublie 5 mn après avoir quitté la salle, contrairement à un autre film dont j’avais parlé ici. Prometheus est certainement, du point de vue purement visuel, un des plus beaux films que j’ai jamais vu, et artistiquement parlant, un chef d’œuvre. L’image, les décors, les effets spéciaux, tout est magnifique et inoubliable. Le trailer donne une bonne idée :

Le problème serait plutôt dans les facilités d’écriture et les incohérences du scénario. Des centaines d’excellentes critiques du film ont été écrites sur d’innombrables sites et blogs et je ne vais pas innover ici donc je serai bref. Les personnages ont des réactions inexplicables, irrationnelles, ou stupides simplement pour faire avancer l’intrigue, à l’opposé du comportement qu’auraient des gens réels. Des éléments d’intrigue sont introduits et jamais développés. Les questions centrales du film ne trouvent pas de réponse. Certains voient ici la marque du scénariste principal, Damon Lindelof, surtout connu comme le créateur et showrunner de la serie culte Lost. Difficile de dire exactement quel a été l’impact de Lindelof dans le scenario. On retrouve sa patte dans les questions métaphysiques que pose le film et l’absence de réponses claires, voire de réponses tout court, ce qui semble raviver chez certains le syndrome de la fin de Lost et ses interminables guerres virtuelles entre fans. On peut se consoler en se disant que cette résolution sera peut-être apportée dans la suite, qui s’appellera parait-il « Paradise ».

Le film semble aussi jouer avec les fans dans son rapport à Alien. L’action se déroule assez clairement dans le même univers. Le film semble petit à petit mettre en place les différents éléments du puzzle – qui étaient les fameux « Space Jockeys » du premier film, d’où viennent les « Aliens », bien qu’ils n’apparaissent pas, ou presque, dans ce film, et quel est leur fonction. Et en même temps, au dernier moment, Prometheus chamboule les choses et ne met place en place la dernière pièce qui relierait ce film a Alien.

Plus difficile à juger est l’arc central. L’idée que la vie sur Terre a été inséminée par des extraterrestres n’est pas vraiment nouvelle, c’est un des thèmes les plus courants de la SF (Star Trek, 2001, etc), et il y a même des gens qui croient réellement que les divinités des mythes de l’Antiquité sont en fait des extraterrestres. L’idée que nos créateurs auraient voulu nous éliminer n’est pas non plus entièrement nouvelle, et je ne parle pas du Déluge dans la Bible. C’était le thème d’un des meilleurs épisodes du reboot des années 80 de la série « The Twilight Zone », « A Small Talent for War », lui-même vague remake d’un des plus célèbres épisodes de la série originale des années 50 « To Serve Man ».

Dans les deux cas, un extraterrestre débarque à l’ONU et dans les deux cas, les humains, par naïveté, se trompent complètement sur ses néfastes intentions. Si dans Prometheus se sont les humains qui partent à la rencontre des extraterrestres, ils gardent la même naïveté face à ces créatures dont le mode de pensée même nous échappe. Après tout, si nous avons des problèmes pour comprendre les civilisations antiques et leurs façons d’appréhender l’univers – on ne sait toujours pas à quoi pouvait bien servir Stonehenge -, il est peu probable que nous puissions espérer comprendre des créatures qui nous dépassent complétement. Et effectivement, le film ne nous explique pas pourquoi, il y a 2000 ans, nos créateurs ont soudain voulu nous exterminer avant de devenir eux-mêmes accidentellement victime des armes qu’ils avaient mis au point contre nous.

Si la réponse n’est pas dans le film, elle a été donnée par Ridley Scott dans une interview, et elle illustre pourquoi une œuvre ne vaut que par elle-même et l’avis du créateur n’est que secondaire. D’après Scott, la réponse se trouve dans la datation : 2000 ans. Jésus aurait été en fait un des extraterrestres et suite à sa crucifixion, ceux-ci  auraient juge que les humains étaient définitivement corrompus et ne méritaient pas de vivre… C’est une explication tellement débile qu’elle me fait m’interroger sur les capacités mentales de Scott.

Malgré ces réserves, je ne peux que recommander ce film pour sa beauté et pour les questions qu’il pose et qui provoquent la réflexion.

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