La laïcité française: une absurdité.

S’il existe un sujet qui rencontre un consensus à peu près total en France et notamment dans la communauté juive, c’est bien celui de la laïcité à la française et sa prétendue supériorité sur tous les autres modèles, en particulier l’horrible communautarisme américain dont la sinistre réputation dans l’Hexagone n’est plus à démontrer.

Je ne vais donc pas me faire beaucoup d’amis, mais je vais vous révéler ce que j’ai déjà découvert depuis 18 ans ce mois-ci: la laïcité à la française est au mieux absurde, et au pire, fascisante. C’est une idéologie qui méprise la liberté individuelle et dont l’inefficacité est totale puisqu’elle génère très exactement ce qu’elle souhaite combattre.

La réacti0n pavlovienne de défense de la laïcité contre tout critique est encore apparue dans un article récent de Slate d’une Juive américaine. Même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’elle écrit, je dois avouer qu’elle a assez bien décrit mes sentiments sur la laïcité française. La réaction est assez éloquente: une quasi condamnation universelle et un record de commentaires pour un article de Slate.fr. On ne touche pas impunément aux idoles.

Comme je l’ai écrit, j’ai ouvert les yeux sur la laïcité il y a exactement 18 ans. En ce mois de Mars 1994 devaient se dérouler des élections cantonales dans le tiers ouest de la France. Mais problème – suite à une erreur du Consistoire qui n’avait pas prévenu a temps ou du Ministère de l’Intérieur, la date tombait en plein Yom Tov de Pessah. Interrogé sur le sujet dans « Tribune Juive », à la fin d’une longue interview, le grand rabbin de France de l’époque, Joseph Sitruk, déclarait que c’était une erreur bien malheureuse et que les Juifs religieux ne pourraient pas voter.

Big deal. Le taux de participation aux cantonales, élections supprimées depuis, était de l’ordre de 30% et celles-ci se déroulaient dans des régions où le nombre de Juifs, et de Juifs religieux de surcroit, était infinitésimal. Une non-affaire donc. Sauf que non. Repris dans « Le Monde », les déclarations de Sitruk devenaient « le Grand Rabbin de France appelle à boycotter les élections », ce qui évidemment suscita un petit scandale, pour le plus grand plaisir d’une partie des leaders communautaires qui haïssaient Sitruk malgré ou à cause de sa grande popularité au sein de la communauté. Sitruk soi-disant portait atteinte à la laïcité et à la République, c’était un dangereux fanatique religieux etc…

A l’époque, j’étais étudiant à l’Institut d’Etudes Politique de Paris, plus connu sous le nom de « Sciences Po », en deuxième année et président de l’UEJF local. Lors d’un cours de « Grands Enjeux de Je Ne Sais Plus Quoi », une sorte d’ersatz de cours de géopolitique, notre professeur, Mme Crémieux, qui avaient des problèmes assez sérieux avec ses origines juives, nous expliqua que Sitruk était « une des plus grandes menaces sur la République ». Comme j’étais le seul dans la classe à avoir lu l’interview en question, sans compter mon statut de président des étudiants juifs du coin, j’essayais alors de ramener les faits à leur juste proportion en expliquant que Sitruk n’avait jamais appelé à boycotter les élections, il avait juste décrit un état de fait. Les Juifs religieux n’avaient pas besoin de l’aval de Sitruk pour respecter la Halakha.

Mal m’en a pris. Je me rappelle avoir non seulement du subir la furie de Mme Crémieux (qui malgré tout devait bien m’aimer dans une espèce de relation haine-amour puisqu’à la fin de l’année j’avais quand même la meilleure note de la classe), qui me traita moi-même de fanatique extrémiste, mais aussi le mépris glacial de la quasi-totalité de la classe – à l’exception d’un seul qui était Juif, d’accord avec moi, mais moins téméraire.

Le même jour, en Italie, se déroulaient des élections législatives aux enjeux majeurs pour le pays. Bien qu’il n’y eu que 30,000 Juifs dans le pays et un faible nombre de pratiquants, le gouvernement décida de rajouter un jour de vote, le lundi, pour qu’ils puissent voter dans le respect de leurs traditions. Personne n’y vit de problème, l’Italie ne s’effondra pas dans les guerres interethniques ou religieuses, au contraire, la pratique du deuxième jour de vote fut même reconduite aux élections suivantes.

C’est donc à ce moment que j’ai compris l’absurdité intrinsèque de la laïcité française. Certes, cette capacité des Français à s’enflammer pour des questions ésotériques presque sans la moindre résonnance pratique est une spécialité nationale. Mais on était au-delà de l’absurde. Et c’était bien la preuve que la laïcité créait des problèmes au lieu de les régler.

Autre preuve: le fameux contre-exemple américain. Aux USA « communautaristes », où effectivement chacun vit selon sa foi, sa communauté, ses rites – jusqu’a une certaine limite bien sur et seulement ceux qui le souhaitent -, personne n’aurait l’idée qu’être Juif/Irlandais/Noir/etc.. et Américain pose la moindre contradiction, au contraire. On est là-bas fier de sa communauté (ou pas) et fier d’être Américain) en même temps. C’est le respect et l’enracinement dans sa culture qui permet justement de s’identifier à l’ensemble américain.

La France est culturellement, ethniquement et historiquement différente des USA. Mais elle a choisi depuis la fin du 19eme siècle  la voie inverse, au contraire d’ailleurs de la majeure partie de son histoire. Les Français ne supportent pas ce qui dépasse. Ils veulent que tout le monde soit pareil, comme eux. Ils ne sont pas racistes – noir, jaune, arabe, blanc, ça n’a aucune importance du moment qu’on s’habille, qu’on se conduit et qu’on parle comme un Français. A cela s’ajoute l’idéologie laïciste – la séparation de l’Eglise et de l’Etat pour protéger l’Etat de la religion (tandis qu’aux USA la séparation a pour vocation de protéger les religions de l’Etat), qui devient progressivement: protéger l’Etat des religieux et même de leur simple vue.

Je comprends ceux qui n’aiment pas voir des femmes voilées. Je n’aime pas non plus voir ça. Mais dans ce cas, il ne fallait pas laisser venir autant de musulmans en France. Interdire le voile, c’est comme traiter les symptômes plutôt que la maladie. Et aggraver la maladie pour le coup. Parmi les Juifs de France, une population intégrée, aisée, un « Français » cela signifie « un Goy ». On imagine facilement ce qui se passe dans d’autres communautés qui connaissent plus de difficultés.

La méthode française « républicaine » d’assimilation quasi-forcée n’est pas, historiquement, totalement inefficace sur le long terme. Elle est juste brutale et foncièrement anti-démocratique, et elle a pour inconvénient de susciter des réactions violentes et une certaine radicalisation chez les populations concernées. Les Français musulmans par exemple sont à la fois parmi les plus occidentalisés-laïcs et les plus violents en Europe. Et encore, leur occidentalisation a probablement plus à voir avec les pays dont ils viennent. Dans tous les cas, ce modèle ne peut marcher que quand la France offre en échange une identité forte et fière d’elle-même. Or tout ce que la France propose depuis 30 ou 40 ans, c’est un mélange de haine de soi et de haine de ce qui est diffèrent. Il est peut-être temps de changer les choses.

Mais d’un autre cote, ce n’est pas vraiment mon problème.

Un commentaire

  1. elle est surtout une hypocrisie, quand presque tous les congés scolaires sont calqués sur les fêtes chrétiennes que dans les cantines d’écoles on ne sert pas de viande le vendredi. En fait la laïcité française n’est qu’un christianisme sans contrainte ou un racisme (ou xénophobie plutôt) maquillé en « bien pensant »

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